La course aux playoffs se précise grandement et à l’approche de la date limite des échanges – le 1er mars – beaucoup d’équipes vont rapidement devoir faire le point sur leur saison et se positionner comme vendeur ou acheteur. Voici le bilan dans la conférence Est au 1er février.
Décryptons chaque mois le classement de la NHL, ses logiques et ses incohérences annonciatrices de changement. Les statistiques utilisées dans cet article sont expliquées en fin de texte.
Par Thibaud Châtel @batonsrompus
Division Atlantique
Les Canadiens de Montréal vivent tranquillement de leur confortable avance engrangée plus tôt dans la saison. L’équipe présente cependant une double personnalité, peut-être circonstancielle, en ce début d’année 2017. Le mois de janvier a été en effet en demi-teinte, dans la continuité d’un mois de décembre marqué par une amélioration sensible dans le jeu mais n’apportant pas les points attendus au classement. Même en légère baisse, les statistiques des Canadiens demeurent ainsi très solides, 4e taux de possession de la ligue et deuxièmes pour les chances de marquer. Ce sont là des indices forts d’une formation au potentiel certain, constat que certains ont encore du mal à croire après des années de faux semblants uniquement sauvés par les exploits de Carey Price. Le gardien a justement connu son pire mois depuis des années, se montrant moins incisif dans sa cage et n’apportant notamment pas son aide salvatrice à une infériorité numérique défaillante. Il faut noter que bien des joueurs ayant participé à la Coupe du Monde en septembre tirent un peu la langue cette saison à un moment ou un autre. Price est également un jeune papa, si cela peut aider à expliquer un coup de fatigue passager. Il s’est néanmoins repris ces derniers matchs, au grand soulagement des fans.
L’équipe a également dû composer sans les services de son premier centre Galchenyuk, de Brendan Gallagher ou encore d’Andrei Markov. Tous reviennent ou vont revenir au jeu et il sera intéressant de voir si, une fois l’infirmerie vidée, Montréal pourra mettre à profit sa domination sur la glace. Malgré les grosses performances de Pacioretty, Radulov, Danault ou Beaulieu, l’équipe a joué un mois sans 2e trio offensif. Le DG Marc Bergevin sera certainement à la recherche d’un attaquant de top 6 d’ici le 1er mars. Montréal est « all-in » pour la coupe et pourrait pour la première fois sacrifier des espoirs (Sergatchev, Juulsen, Beaulieu) et son choix de 1er tour, chose que Bergevin a toujours refusé de faire par le passé. Car l’autre bonne nouvelle qui se dessine au fur et à mesure de la saison, c’est que Montréal évolue peut-être dans la division la plus faible de la ligue et pourrait passer les deux premiers tours des playoff sans rencontrer un autre candidat à la coupe, alors que les Washington, Pittsburgh ou Columbus vont s’entretuer en chemin dans la Métropolitaine.
Qui dit division « faible », tout est relatif, dit grosse bataille au classement. Rien ne semble décidé en ce qui concerne les autres places qualificatives. Second, Boston demeure toujours irrémédiablement plombé par un manque de de réussite aux tirs à se frapper la tête contre les murs, et la situation s’empire ! Les Bruins sont passés de 28e à 30e dans la ligue courant janvier, ne rentrant que 4,9% de leurs tirs ce mois-ci quand la moyenne de la ligue est historiquement autour de 7,5%. De plus, Tuukka Rask a aussi connu un mois difficile, ce qui ne fait qu’ajouter à la frustration ambiante. Car avec plus de 56% de taux de possession, Boston est de loin premier de la ligue à ce chapitre. Pensez que Los Angeles est 2e à 54% et Washington 3e à 53%, et que 18 équipes se tiennent entre 52% et 48%, cela donne une bonne idée de la performance des Bruins, également troisièmes de la NHL pour les chances de marquer. Les matchs dominés mais perdus se sont ainsi enchaînés et la tête de l’entraineur Claude Julien s’est retrouvée sur l’échafaud médiatique à plusieurs reprises. Tirer un tel système d’un effectif pourtant clairsemé devrait pourtant objectivement lui mériter le titre d’entraîneur de l’année. Mais au bout du compte, les points au classement influencent plus que la manière.
Ottawa garde également le cap, continuant de survivre au petit jeu de « celui qui perd le moins gagne »… Les statistiques sont toujours peu reluisantes mais chaque opportunité est saisie, notamment grâce au bon travail de Mike Condon dans les cages en l’absence de Craig Anderson. Les dirigeants d’Ottawa, de nature toujours optimistes au point de gaspiller un peu trop rapidement des espoirs contre des renforts immédiats, semblent encore une fois se positionner comme acheteurs sur le marché des échanges, et les Sens reviennent souvent dans les discussions autour de Matt Duchene. Ottawa osera-t-elle se séparer du récent MVP des championnats du monde juniors Thomas Chabot ? Si la troupe de Guy Boucher garde le rythme encore un mois, elle sera à surveiller mais Toronto et la Floride sont juste derrière en embuscade.
Toronto entretient la flamme de ses partisans à deux gros mois des playoffs. Les jeunes stars poursuivent leur folle aventure faite d’attaque foisonnante et de largesses défensives… Surtout que leur défenseur numéro 1 Morgan Reilly a raté deux semaines courant janvier. Toronto serait d’ailleurs sur le qui-vive à la recherche d’un défenseur top-4 afin de donner du coffre à leurs ambitions en avance sur les plans. Kevin Shattenkirk est assurément le plus gros nom sur le marché et Toronto a des espoirs à foisons à échanger. Iraient-ils jusqu’à sacrifier Nylander par exemple ? James van Riemsdyk est pour sûr disponible à qui veut discuter.
La Floride souffre toujours d’un faible taux de chances de marquer, malgré une possession globale favorable. Mais plus que tout, les Panthers sont, comme Boston, plombés par un manque criant de réussite, même si le fait de tirer de loin n’aide pas… Avec 6,1% aux tirs, ils sont 29e de la ligue mais le retour au jeu tant attendu de Huberdeau et Barkov pourrait assurément fournir des réponses aux maux de la Floride. Malgré leur saison chaotique, les Panthers restent bien en course pour les playoffs et possèdent même plus d’arguments qu’Ottawa par exemple pour l’emporter dans un sprint final.
Le temps des décisions approche pour Tampa Bay, incapable de trouver la solution à une saison très décevante. Ces favoris du mois de septembre continuent de présenter un visage méconnaissable et on ne répétera jamais assez l’impact qu’a eu la perte de Steven Stamkos sur le jeu du Lightning. Les gardiens sont à la peine, certaines vedettes comme Johnson ou Palat sont bien en dessous de leurs capacités et un casse-tête salarial se profile à l’horizon. Si les playoffs continuent de l’éloigner, Ben Bishop sera, malgré sa saison pénible, un lot prisé sur le marché des échanges, la ligue sachant bien qu’un gardien peut bénéficier rapidement d’un changement de décor. Et certaines équipes comme St. Louis donneraient père et mère pour un gardien qui tient la route. Les enchères sont encore trop basses pour passer à l’action mais le sentiment d’urgence se fera bientôt sentir partout. Tampa vendeur ? Qui l’aurait cru, mais Steve Yzerman demeure l’un des meilleurs DG de la ligue et pourrait profiter de ce recul momentané pour ajouter une pierre à un effectif qui demeure, sur le papier, une puissance du futur.
Si Buffalo et Détroit ne sont pas mathématiquement éliminés, il risque d’être bientôt temps de fermer les livres sur la saison en cours car, au-delà des points, c’est surtout le nombre d’équipes qui les séparent des playoffs qui forme une barrière probablement infranchissable. Buffalo en a peut-être encore un peu dans le coffre alors que la réussite aux tirs remonte enfin la pente comme le prouve un Evander Kane retrouvé. Détroit regarde déjà, elle, ses atouts à échanger. Vanek, Tatar, Smith ou Mike Green en font certainement partie. Que répondre si une équipe s’enquiert de Zetterberg ? Après 25 ans de présence en playoff, les Wings s’apprêtent à vivre un printemps sans hockey.
Division Métropolitaine
Washington a enfin passé la vitesse supérieure. Encore quatrièmes de la division début janvier, les Caps ont tranquillement déroulé ce mois-ci pour venir prendre la tête de la Métropolitaine, et de la NHL… Le taux de possession est stable à 53%, le 3e de la ligue et les chances de marquer sont passées de 50,3% à 52,4%. La bande à Ovechkin continue ainsi assurément de faire partie des favoris pour la coupe, affichant une solidité à toute épreuve. Ils ont de plus reçu un sacré coup de pouce en janvier de la part d’une réussite folle de leurs tireurs, ceux-ci rentrant plus de 13% de leurs tirs ! Sur l’année, le taux atteint presque 10%, ce qui, faut-il le rappeler, serait surprenant sur le long terme. Il faut peut-être s’attendre à une baisse de régime. Les Caps bénéficient également d’un Braden Holtby en très grande forme, et les gardiens de Washington affichent désormais le meilleur taux d’arrêts de la ligue à 94,3% ! Le PDO obtenu de 104,1 est évidemment le plus élevé de la ligue, alors qu’une seule équipe sur les dix dernières années a dépassé 103 sur une saison complète. Possession, tireurs et gardiens, tout sourit aux Caps mais il serait étonnant qu’ils ne passent pas tôt ou tard par un petit creux. À voir si cela les empêcherait de finir premiers de la division qui garantit un premier tour des playoffs plus clément. Acheteurs, les Caps ? Bien-sûr, pour ajouter encore de la profondeur.
Le mois de décembre des Blue Jackets de Columbus fut exceptionnel et janvier constitua un peu un retour de bâton. Les statistiques sont toujours bonnes, même si les chances de marquer baissent légèrement, mais la réussite des tireurs et les gardiens n’ont pu conserver le même rythme effréné qui boostait artificiellement les performances collectives. La réussite aux tirs est ainsi légèrement en baisse même si elle reste la quatrième de la ligue à 9,2%, mais surtout Sergei Bobrovsky a connu un mois difficile, tout comme ses multiples remplaçants alors que l’échange de Curtis McElhinney aux Leafs a laissé cette place vacante. Nous mettions en garde le mois dernier contre un PDO surnaturel de 103,7, il est déjà retombé à 101,9. La base reste solide et les Jackets voient les playoffs à l’horizon. Un peu de profondeur à l’attaque sera sûrement recherchée d’ici là.
Pittsburgh est le troisième larron de cette division Métropolitaine qui caracole en tête de la ligue. Les champions en titre continuent sur leur rythme solide même si possession et chances de marquer sont en légère baisse. Pittsburgh se classe encore 4e attaque et 24e défense pour le taux de possession et a détrôné Toronto pour la première attaque en termes de chances de marquer, conjugué à la 27e défense dans ce domaine… En bref, ça tire dans tous les sens à Pittsburgh, mais toujours au final en faveur des Pens. Ceux-ci semblent tout de même rechercher du renfort en défense comme Brendan Smith à Détroit ou l’expérimenté Oduya à Dallas.
Les statistiques des New-York Rangers sont stables, gardant la même recette d’une possession négative mais de chances de marquer positives. Par contre, la réussite aux tirs continue de baisser légèrement et, plus inquiétant, Henrik Lundqvist n’est souvent que l’ombre de lui-même cette saison. Depuis ses débuts en 2005, il n’a jamais présenté un taux d’arrêts inférieur à 91,6%, or il est à 90,7% cette année. Il est trop tôt pour l’affirmer, mais est-ce là la fin d’une ère à New-York ? Un jeu de possession moyen ces dernières années était plus que compensé par les exploits du gardien suédois, et si les Rangers ont compensé par un jeu plus rapide et surtout par la réussite de ses tireurs en début de saison, il est un brin inquiétant de se demander où finiront les Rangers avec une réussite normale et sans Lundqvist. Ils demeurent en très bonne position pour garder la première Wild-card de la conférence mais les playoffs s’annoncent difficiles en l’état actuel des choses.
Les Flyers de Philadelphie s’accrochent mais perdent du terrain dans la lutte pour la seconde Wild-card. Si la possession reste légèrement positive, les chances de marquer sont très basses à 45,5%, le 27e bilan de la ligue. Les gardiens ont toujours autant de mal à faire le boulot avec le 27e taux d’arrêts de la ligue et, en plus, les tireurs sont de moins en moins en réussite. Avec leur PDO de 97,7, les Flyers sont 28e de la ligue et ils seraient en droit d’espérer que la puck roule un peu plus souvent au fond du filet adverse d’ici la fin de saison. Mais le manque de talent en profondeur se fait là cruellement sentir. Les Flyers ont plusieurs bons espoirs à la défense, seraient-ils capables d’en échanger un contre du renfort à l’attaque ? Mark Streit est également un futur agent libre cet été et pourrait partir. Encore faut-il se positionner comme vendeur et accepter une saison sans playoffs. Chose qu’on ne peut leur demander à ce moment-ci, mais avec la concurrence de Toronto et de la Floride, ils risquent bien d’échouer aux portes des playoffs. Un mois décisif s’annonce donc.
Les Islanders de New York ont pris la décision de se séparer de leur coach Jack Capuano le 17 janvier, reconnaissant le début de saison plus que décevant de l’équipe. Bien qu’objectivement critiquable dans son système de jeu, le coach payait certainement pour les erreurs de sa direction qui n’a pas su remplacer les départs cet été de Kyle Okposo ou Frans Nielsen. Les 16 points en 46 matchs d’Andrew Ladd, 31 ans, ne récompensent certainement pas les 7 années de contrat à 5,5 millions de dollars qui lui ont été octroyées. Pierre-Alexandre Parenteau a été bêtement perdu au ballotage au tout début de saison. Il a 24 points avec les Devils et ne coûte que 1,25 million pour un an… Toujours est-il que le nouveau coach Doug Weight a su donner un coup de fouet à ses joueurs qui ont amassé 11 points sur 12 possibles fin janvier. Cette soudaine poussée les a rapprochés de la course aux playoffs et durant cette série les Isles sont par exemple passés d’une saison à 48% de chances de marquer à plus de 51%. Effet de coaching ou réaction d’orgueil, il est trop tôt pour le dire. Quoi qu’il en soit, il semble tout de même difficile de croire que cela suffira à subtiliser la dernière Wild-card disponible.
Pas de changement en Caroline et toujours l’impression de répéter la même histoire. Système de jeu très performant, 6e de la ligue pour la possession comme pour les chances de marquer, ils continuent de traîner une réussite aux tirs, caractéristique du manque de talent pur à l’attaque, et des gardiens présentant tout simplement le pire taux d’arrêts de la ligue… Les Canes feraient partie des partenaires d’échange logiques dans la lutte pour Matt Duchene, possédant plusieurs espoirs à la défense, ce que recherche Colorado. Cela serait assurément un ajout de taille pour les années futures. Ah, et il faudrait trouver un gardien quelque part aussi…
New Jersey se redonne de l’espoir par à-coups mais ne parvient pas à combler le retard qui les sépare des playoffs. 28e taux de possession de la ligue, 22e aux chances de marquer, ils tablent toujours sur des matchs accrochés et Cory Schneider a retrouvé des couleurs ce mois-ci. Mais les quelques occasions ne rentrent pas forcement, comme en témoigne un taux de réussite de seulement 6,9%, le 22e de la ligue. Si tout n’est pas fini, l’heure du bilan approche à grand pas pour les Devils qui n’ont pas non beaucoup d’atouts à échanger à part Parenteau.
Toutes les statistiques ne concernent que le jeu à égalité numérique (5v5). Constituant la grande majorité des matchs, seul le jeu à égalité numérique est révélateur des tendances de fond. À l’inverse, le jeu durant les supériorités et infériorités numériques est trop dicté par l’inégalité du moment et impose des tactiques temporaires non révélatrices des forces et faiblesses d’une équipe. Ces phases doivent plutôt être considérées en parallèle.
Taux de possession : Plus communément appelé « Corsi », cette statistique recense tous les tirs effectués par une équipe, qu’ils soient contrés, non-cadrés, arrêtés par le gardien ou deviennent des buts. Cette métrique est utilisée pour décrire quelle équipe a été la plus offensive durant un match, chaque tir étant une conséquence de la possession de la rondelle. Signe de l’importance retrouvée de la vitesse et du jeu offensif, les 5 derniers champions de la coupe Stanley figuraient parmi le top 3 de la ligue en termes de possession.
Chances de marquer : Le pourcentage de chances de marquer fonctionne comme le taux de possession mais ne prend en compte que les tirs pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu. C’est de cette zone que sont marqués 70% des buts en NHL.
% tirs : Le pourcentage de réussite aux tirs est tout simplement le nombre de tirs cadrés qui finissent au fond des filets. Si au niveau individuel cette statistique peut varier, à l’échelle des équipes le niveau de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 8%. Une différence importante indique par conséquent une période de réussite ou de déveine constituant une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.
% arrêts : Le pourcentage de tirs cadrés arrêtés par les gardiens d’une équipe. Si quelques gardiens se démarquent du lot, en bien ou en mal, le niveau des portiers de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 92%. Une différence importante indique par conséquent une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.
PDO : Il est simplement l’addition du % tirs et du % arrêts, donnant un score tournant logiquement autour de 100, et permettant de voir d’un coup d’œil si une équipe respecte les moyennes de la ligue ou non. Chaque année, environ 25 équipes sur 30 obtiennent ainsi un score entre 99 et 101. Les minimums et maximums peuvent aller de 97 à 103.