Déjà handicapés par l’absence des joueurs NHL, les prochains jeux olympiques d’hiver, organisés à PyeongChang en Corée du Sud, pourraient bien être privés des joueurs KHL. Explications.
C’était mercredi dernier. Le Comité International Olympique annonçait la disqualification à vie de deux fondeurs russes, Evgeniy Belov et Alexander Legkov, pour violation des règles antidopages lors des Jeux olympiques de Sotchi en 2014. Le titre olympique sur 50 kilomètres de Legkov lui a d’ailleurs été retiré. Le sport russe continue donc d’essuyer les plâtres d’un scandale mis en lumière il y a un an par le rapport McLaren, qui mettait en cause plus d’un millier d’athlètes russes, maillons d’un système de dopage organisé à grande échelle sous couvert du Ministère des sports russe. Le rapport avait mis en cause des sportifs et des responsables politiques, une centaine d’athlètes furent exclus des Jeux olympiques d’été. Lors des derniers Mondiaux d’athlétisme, seulement un athlète sur trois a été autorisé à concourir, mais sous les couleurs d’un drapeau neutre.
L’ultimatum du CIO
Mais, en dépit des mesures prises par la Russie (laboratoires fautifs démantelés, introduction de cours de prévention, création d’une commission indépendante), le calvaire semble loin d’être terminé puisque deux autres rapports, Schmid et Oswald, sont en cours, les résultats sont attendus courant décembre. Vladimir Poutine, qui dénonce l’acharnement d’un lobby américain, a reçu un ultimatum de la part du CIO pour les prochains Jeux olympiques d’hiver : jouer sous un drapeau neutre ou ne pas faire le voyage jusqu’en Corée du Sud.
Évoluer aux JO d’hiver sous un drapeau neutre, il en est hors de question pour Poutine. Et la KHL russe a réagi, de la voix de son président Dmitri Chernyshenko. Ce dernier, comme beaucoup de dirigeants en Russie, crie à l’injustice. « Le CIO est en train de détruire l’ordre mondial du sport« , Chernyshenko n’y va pas par quatre chemins. La KHL respecte les règles de l’IIHF et de l’Agence Mondiale Antidopage – contrairement à la NHL, ce qu’il n’omet pas de préciser – mais selon lui, le CIO ne se fie pas seulement aux faits pour disqualifier les athlètes. Son prédécesseur, Alexander Medvedev, toujours membre au conseil d’administration, dénonce quant à lui une manœuvre politique autour de l’olympiade coréenne, au micro de Sport-Express : « Avec tous les problèmes liés au dopage dans le monde, ils ont décidé, pour une raison quelconque, de ne s’attaquer exclusivement qu’à notre pays.«
Des JO sans NHL et sans KHL ?
Aux menaces du CIO, Chernsyshenko en a brandi une autre : ne pas interrompre finalement le championnat durant la quinzaine olympique, obligeant les joueurs sous contrat en KHL à renoncer aux jeux. Une décision qui affecterait évidemment l’équipe nationale, mais également les autres sélections, qui devaient déjà se constituer sans leurs stars NHL. La sélection pré-olympique du Canada, qui participera au Tournoi Karjala en Finlande, est composée en grande majorité de joueurs KHL, comme la Finlande, la Suède et la Tchéquie, certes à un degré moindre et qui auront toujours la possibilité de privilégier leur championnat respectif.
Le président de la fédération internationale, René Fasel, est lui pris dans un étau. Il n’a jamais caché sa proximité avec la fédération russe, mais il est aussi membre du comité exécutif du CIO. Dans les colonnes de Sport-Express, il en appelait au bon sens de la KHL : « Si un tel plan de la KHL existe, ils doivent y réfléchir à deux fois. Car cela concerne le meilleur des athlètes, et il n’y a pas que des joueurs russes en KHL. J’espère que cela n’arrivera pas. Ce ne serait pas bon pour la ligue de suspendre ses joueurs pour les Jeux olympiques, cela sonnerait faux et cela renverrait un mauvais signal. Pensons à ce sport.«
Mais ces menaces de la KHL affecteront-elles vraiment le CIO ? Le CIO, qui demandait davantage d’efforts de la NHL, n’a rien cédé dans les discussions pour la participation des joueurs du circuit Bettman à la grande messe olympique. Ce chantage ne changera probablement rien aux diverses opérations réalisées dans le sport russe. Et les staffs de certaines sélections commencent déjà à réfléchir à un plan B. Rikard Grönborg, sélectionneur de la Suède, a annoncé qu’ils n’hésiterait pas à se servir exclusivement dans son championnat et en Ligue Nationale suisse. Quant au Canada et aux États-Unis, la porte pourrait être ouverte aux universitaires. Enfin, ce genre d’initiative pourrait inciter les joueurs étrangers à quitter la KHL pour d’autres championnats européens.
Une chose est sûre, en l’absence de la Russie, il n’y aura aucun remplaçant au tournoi olympique de hockey, faute de temps. Et en l’absence des NHLers et des KHLers, cela n’offrira pas le tournoi le plus populaire de l’histoire, mais au moins le plus ouvert.