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Tampa Bay gagne mais peut mieux faire

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Le Lightning de Tampa Bay connait un début de saison en fanfare et domine pour l’heure la conférence Est. Quelques mois après avoir raté les playoffs en raison, notamment, de nombreuses blessures, la franchise dirigée par Steve Yzerman a vite chassé cette déception pour se remettre en marche. Si le classement plaide en sa faveur, Tampa peut-il pour autant faire d’ores et déjà figure de favori légitime pour la coupe ?

Ceci est purement un exercice de style car il n’est guère possible de tirer de telles conclusions après 15 rencontres, moins du quart de la saison. La saison passée a bien montré dans le cas de Tampa comment tout peut rapidement dérailler. Mais, dans une division Atlantique peut-être plus « facile », le Lightning est parti pied au plancher et compte déjà 11 victoires, 2 défaites et 2 autres en prolongation.

 

Un effectif enfin complet

La première raison des succès d’octobre est surtout de posséder un effectif en santé, chose plutôt rare ces dernières saisons du côté de la Floride. Avoir Steven Stamkos en pleine possession de ses moyens change à lui seule la donne pour cette équipe, tant le capitaine transforme tout ce qu’il touche en or sur la glace. Dans les cages, Andrei Vasilevskiy est débarrassé de la concurrence de Ben Bishop et semble enfin confirmer son talent. Enfin, en sacrifiant Jonathan Drouin, Tampa a ajouté un défenseur très mobile et ô combien prometteur en Mikhail Sergachev. Alors que le top4 à la ligne bleue tirait la langue il y a douze mois de cela, l’arrivée du Russe et l’émergence du rookie Jake Dotchin en cours d’année passée semble avoir remis à niveau cette faiblesse du club.

Alors est-ce que tout roule vraiment comme sur des roulettes ?

 

Un classement dopé à la réussite

Si le classement est très flatteur, la réalité sur la glace est en fait un brin plus nuancée. Plusieurs phénomènes camouflent des indicateurs qui ne permettent pas, pour le moment, de placer Tampa parmi les équipes les plus dominantes de la ligue. Comprenons par-là que Tampa surpasse artificiellement son potentiel, ce qui n’a rien d’illégal mais qui n’apporte aucune garantie de durabilité.

Tout d’abord, le power play des Bolts est une machine bien huilée depuis le début de la saison, comme il l’était l’an passé. En 2016-17, Tampa avait marqué 24,7% de ses buts à 5 contre 4. Bien mieux que ses poursuivants Edmonton ou Toronto entre 20-21%. Cette saison, Tampa a compté plus de 27% de ses buts en supériorité ! Cela traduit certes la dangerosité du power play mais l’histoire récente a bien montré que cela n’est que peu utile rendu en playoffs. Et surtout, la dépendance à cette unité spéciale est dommageable si par exemple un élément clé comme Stamkos ou Hedman venait à manquer. Et les équipes adverses finissent toujours par s’adapter avec le temps.

L’autre artifice du moment concerne la réussite des tireurs, la 6e meilleure de la ligue à 10,5%. Ce niveau, s’il baisse doucement, demeure historiquement élevé, alors que seules trois équipes ont connu une saison entière à 10% dans la dernière décennie. Nikita Kucherov est l’un des meilleurs snipers de la NHL, et marque en carrière sur 15% de ses tirs, mais il est présentement à 24% de réussite… Comme lui, Brayden Point, Vladislav Namestnikov, Ondrej Palat ou Tyler Johnson dépassent tous leur rendement habituel. Ce qui signifie que tous vont finir par baisser le pied, et Tampa avec eux le temps que les choses se stabilisent.

 

Un jeu encore à parfaire

Le talent de l’effectif est peut-être indéniable, mais les joueurs doivent d’abord se créer des chances pour pouvoir marquer, qui plus est quand la réussite sera redescendue à un niveau raisonnable. C’est ici que Tampa ne paraît plus aussi effrayante. Le Lightning est certes 7e de la ligue pour les tirs tentés en attaque, mais 18e pour les tirs cadrés, 14e pour les chances de marquer et 16e pour les buts anticipés marqués. Ce constat indique un fait simple : Tampa ne crée pas tellement plus d’offensive que la moyenne de la ligue.

Il existe surtout un manque certain de qualité, alors que la cartographie des Tirs tentés (rouge = supérieur à la moyenne de la ligue, bleu = inférieur) montre ci-dessous que le Lightning ne s’approche que très peu de la cage adverse, en plus de privilégier étonnamment le côté droit de la glace.

Défensivement, la situation est semblable. Tampa est 10e pour les tirs accordés, mais 24e pour les tirs cadrés accordés, 19e pour les chances de marquer et 16e pour les buts anticipés contre. La carte ci-dessus montre aussi que Tampa protège bien le devant de sa cage, mais la quantité d’opportunités offertes à l’adversaire est inquiétante. Individuellement, c’est toujours très difficile défensivement pour Tyler Johnson, Namestnikov, Girardi et même Kucherov, pourtant habitué à être un roc dans les deux sens de la patinoire.

Si Stamkos est vraiment un moteur extraordinaire pour son équipe, d’autres éléments clés du collectif tirent ainsi la langue et c’est cela qui fait émettre quelques doutes sur les capacités réelles du Lightning. Outre ses deux compères russes qui prennent un peu la défense à la légère, la première paire Hedman – Dotchin est dans une situation pour le moins inquiétante. Celle-ci se fait dominer dans la quantité et la qualité par ses adversaires soir après soir, très loin d’apporter la stabilité à toute épreuve que l’on attend d’un top2. Dotchin avait pourtant paru répondre aux besoins de Hedman l’an passé. Le géant suédois a été ainsi sur la glace pour 9 buts marqués mais 13 encaissés à 5 contre 5 depuis le début de la saison. Cela pourrait poser problème à long terme s’il ne redresse pas la tête. À moins que Jon Cooper ne chamboule ses duos. Mais, d’un autre côté, Strålman – Sergachev fonctionne bien.

 

Les motifs d’espoir

Si nous avons décrit jusque-là des motifs d’inquiétude, il faut également préciser que Tampa semble s’améliorer au fur et à mesure des matchs. Nous pouvons supposer que l’équipe trouve petit à petit son équilibre entre les recrues, les joueurs encore jeunes et les anciens. Les trios de Stamkos et Point sont stables mais le reste bouge beaucoup.

Toujours est-il que Tampa hausse petit à petit son niveau de jeu. Son taux de possession s’éloigne positivement des 50% depuis 5 matchs et se classe actuellement 9e de la ligue. Le problème de qualité des chances (obtenues comme accordées), symbolisé par le taux de buts anticipés pour l’instant encore négatif, remonte, lui, petit à petit vers le positif.

Ce sont là des signes objectivement plus encourageants que la réussite sur le power play, tant on sait que dominer le jeu à 5 contre 5 préfigure des succès à long terme d’une équipe. Tampa n’est pas aussi forte que son classement l’indique, mais elle pourrait le devenir si elle continue dans cette voie. Ses adversaires sont prévenus.