Double champion en titre, Pittsburgh peine à retrouver son niveau de jeu cette saison. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. La fatigue, les blessures et les départs de l’intersaison ont fait mal mais le vent semble avoir tourné. À quoi faut-il s’attendre de leur part pour cette seconde moitié de saison ?
Retour à la réalité
Fraîchement auréolés de leur deuxième conquête en autant de saisons, les Pingouins sont revenus sur terre assez rapidement. Favori pour une 3e Coupe consécutive avant le début de la campagne, les choses ne se sont pas passées comme espérées pour Sid et Cie.
La fatigue peut en partie expliquer leur début de saison en dent de scie. Ils ont joué presque 200 matchs en 2 ans. C’est beaucoup, même pour des athlètes d’exception. Le calendrier n’épargne personne. C’est un fait, pas une excuse. Cette équipe a peut-être tout simplement préféré partir lentement mais sûrement. Une des données qui n’a pas changé est la réussite létale de leur avantage numérique. Un des tous meilleurs de la Ligue encore cette année.
Les blessures de Matt Murray et Justin Schultz sont venus mettre à mal l’équilibre de la formation. Ils font partie des joueurs cadres, et leur absence se fait ressentir. Schultz est utilisé sur le Top4 et est précieux sur l’attaque massive de Pittsburgh. Le gardien, quant à lui, connaît une saison en dessous des standards auxquels il nous avait habitués. Il a malheureusement été contraint de retourner chez lui après le décès de son père. Ce ne sont que deux joueurs, mais les Pingouins en sont rendus là.
L’après Coupe Stanley est d’autant plus compliqué pour eux car ils ont perdu de gros morceaux, voire très gros. Marc-André Fleury qui était un des leaders n’est plus là. C’était un luxe que la franchise ne pouvait plus se permettre que de l’avoir comme mentor de Murray. Nick Bonino est peut-être la plus grosse perte dans cette vague de départs. Il apportait une profondeur qui offrait à Mike Sullivan la chance d’avoir 3 trios dangereux offensivement. Son jeu défensif est aussi un manque que la franchise n’a toujours pas comblé. Chris Kunitz et Trevor Dailey s’ajoutent à cette liste. N’oublions pas les deux vétérans, Matt Cullen et Ron Hainsey. C’est au final un manque à gagner de 45 buts et 71 passes pour l’équipe.
Le rendement offensif de certains joueurs n’est pas assez constant pour aider l’équipe à gagner sur une base plus régulière. Connor Sheary, Carl Hagelin, Olli Määttä et Justin Schultz ont du mal à retrouver leur niveau des saisons passées.
Assez pour l’offensif, parlons du jeu défensif, et plus particulièrement à 5 contre 5. À vrai dire, c’est cet aspect là qui pose le plus de problème aux Pingouins. Le « Heat Map » pour les lancers alloués ne ment pas. On peut ainsi voir la différence significative entre la saison dernière (à droite) et cette saison. Plus c’est rouge, moins c’est bon. Pittsburgh donne beaucoup plus de lancers A+ – dans le bas de l’enclave – et le résultat est simple : plus de buts accordés et donc moins de victoires. Ils arrivent à rester à flot grâce à leurs unités spéciales.
Lentement mais sûrement
Un point qu’il faut toutefois garder en tête est que les Pens montent doucement en puissance. Oui le début de saison a été difficile dans le jeu mais l’équipe a passé la tempête sans perdre pied, et montre désormais un meilleur visage.
La progression sur les indicateurs de possession et des buts anticipés est constante depuis le départ. Le chemin a été long et l’équipe n’a dépassé la barre des 50% que mi-novembre pour les buts anticipés et début décembre pour la possession. Mais, depuis, le rythme suit son cours et la dernière série de matchs les a vus passer la barre des 51%. Cela ressemble déjà davantage à une équipe compétitive. L’effort est surtout global. L’attaque est plus dangereuse à 5 contre 5, là où le bât blessait jusqu’ici, et la défense travaille ses défauts. Pour peu que l’incroyable malchance qui plane sur l’équipe disparaisse complètement…
Car en plus du démarrage en mode diesel, les Pens ont dû batailler avec un manque de réussite rarement vu. Pittsburgh demeure 31e à la fois pour le shooting % (derrière Arizona et Buffalo) comme pour le taux d’arrêts des gardiens… Depuis la saison 2007-2008, une seule équipe avait eu un indice PDO (qui réunit le shooting % et le taux d’arrêts) inférieur à celui des Penguins rendu à Noël ! Cela classait donc Pittsburgh 300e sur 301 équipes… Cette situation ne peut durer et le PDO remonte maintenant doucement. Il est aujourd’hui à 96 et il faut rappeler qu’aucune équipe en 10 ans n’a fini la saison en deçà de 96 et seulement 13 en dessous de 98… Et il s’agissait toujours d’équipes au talent très très limité. Les Penguins vont voir la réussite revenir, soyez-en assurés.
Et maintenant ?
Avec une trentaine de match à jouer et 4 semaines avant la date limite des transactions, l’état-major va devoir prendre certaines décisions importantes. Les Pens ne semblent pas très loin de pouvoir faire – encore – des dommages en séries. Reste à savoir si Jim Rutherford sera prêt à sacrifier le futur de l’organisation pour prétendre aux grands honneurs. Si oui, quels sont les besoins qui doivent être comblés ?
Un centre numéro 3 :
Mark Letestu, EDM, prix moyen
Le centre droitier pourrait venir donner main forte à sa première équipe dans le circuit Bettman. Il est très bon sur une deuxième vague en PP. Les Oilers ne seront pas trop gourmands et son salaire de 1,8M$ est abordable.
Tomas Plekanec, MTL, prix moyen/élevé
Tout va dépendre de la tangente prise par Marc Bergevin, mais il sera probablement demandé à la date limite s’il est disponible. Excellent sur les mises en jeu et les tâches défensives, son côté offensif n’est plus ce qu’il était. Le prix devrait être un choix de 2e ronde et un prospect. Son salaire ne sera pas un problème, Montréal peut se permettre d’en garder une partie.
Derek Ryan, CAR, prix moyen/élevé
Belle révélation cette année, il semble plus être le style de joueur que Mike Sullivan aime avoir à disposition. Les Hurricanes sont toujours dans le course pour les séries, et ils jouent dans la même division que Pittsburgh. S’ils ne sont pas éliminés, peu de chances qu’ils veuillent aider un concurrent direct. Tout dépendra de l’offre.
Colton Sceviour, FLO, prix faible/moyen
Joueur typique de 3e trio, il pourrait être l’option la moins onéreuse. C’est un spécialiste des faceoffs et du désavantage numérique. À moins que les choses se replacent miraculeusement pour les Panthers, il finira la saison ailleurs et pour un prix modique.
Un ailier gauche de Top 6
Evander Kane, BUF, prix élevé/très élevé
Le talentueux ailier gauche connait une belle saison malgré les déboires de son équipe. Tout porte à croire que les Sabres vont maximiser leur investissement en le laissant partir pour le bon prix. Au moins un joueur des Pens ferait le chemin inverse, en plus d’un prospect et d’un choix de 1re ronde. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ?
Patrick Maroon, EDM, prix moyen
Sa saison est à l’image de celle des Oilers : décevante. Un changement d’air pourrait lui être bénéfique. Il aime se placer aux alentours du filet et ramasser les miettes. Il a également un talent en dilettante de marqueur à ses heures. Son gabarit pourrait aider dans les séries.
Mike Cammalleri, EDM, prix faible
Loin d’être le joueur qu’il était par le passé, il lui reste toujours sa marque de fabrique : un lancer du poignet dévastateur. Un choix de 4e ronde pourrait l’amener avec Pittsburgh.
Avec tout ça, on oublierait presque Phil Kessel est en passe de connaître la meilleure saison de sa carrière. Cependant, le plus important reste le succès de l’équipe et de participer aux séries. Les Pingouins – avec de l’aide extérieure – vont le faire. Et même fatigués, il ne faut jamais les prendre à la légère.