Serait-ce vraiment une surprise si la Suisse battait le Canada ? Sur les deux dernières confrontations olympiques, face aux meilleurs joueurs de NHL, la Nati reste sur une victoire et une défaite aux tirs au but. Elle a aussi défait les Canadiens aux derniers championnats du monde. Alors, cette équipe canadienne n’ayant pas eu le droit de piocher en NHL est censée être à la portée des Helvètes : ils se verraient bien eux aussi médaillables. La dernière confrontation en Coupe Spengler ne plaide cependant pas en leur faveur.
Il ne faut pourtant pas oublier que le Canada reste le Canada, le pays de hockey, capable d’aligner un panel sans égal d’équipes de valeur. Dès la première présence, les champions olympiques en titre sont présents sur chaque palet, en dignes représentants de la feuille d’érable. Ils patinent avec une ardeur remarquable et finissent leurs mises en échec.
Le capitaine suisse Raphael Diaz prend deux joueurs en même temps sur le râble au forechecking (Klinkhammer et O’Dell de la quatrième ligne) : le message est envoyé. Et ce n’est pas juste un message pour la forme. La première ligne enchaîne : le palet est envoyé en fond de zone, René Bourque va au pressing dans la bande sur Untersander pour assurer la possession puis se rend sans opposition devant la cage pour dévier l’envoi de Chris Lee. Un but d’école à la canadienne (0-1).
Autres fondamentaux du jeu nord-américain, les unités spéciales. Une boîte très agressive tue d’abord la première pénalité (cinglage de Goloubef) sans laisser les Suisses respirer. Puis Rüfenacht est sanctionné pour une obstruction sur le gardien. Le jeu de puissance se met alors en place. René Bourque travaille encore dans le coin pour sortir le palet vers la ligne bleue avant de se replacer devant le gardien pour masquer complètement le lancer de Maxim Noreau (0-2).
Craignait-on les vieilles jambes de cette équipe canadienne ? Elles ne s’arrêtent pas. Elles gardent toujours la même activité quand le gain de la rondelle est assuré afin d’assurer le mouvement des joueurs non porteurs du palet et donc la mobilité du jeu dans la zone offensive. Les actions semblent naturelles et bien huilées. La Suisse reste dépassée par le rythme et le poteau la sauve d’un troisième but de Klinkhammer.
La deuxième période n’apporte pas de répit à la Nati. Un surnombre est sifflé à son encontre. Derek Roy dribble entre Du Bois et Schäppi pour transmettre le palet juste devant le but à… René Bourque, qui y établi un lit de camp (0-3). Wojtek Wolski signe alors une contre-attaque ébouriffante en mettant complètement dans le vent Herzog en zone neutre puis en tirant à mi-distance en pleine lucarne (0-4).
Patrick Fischer utilise son temps mort et sacrifie son gardien Genoni pour faire rentrer le vétéran Jonas Hiller dans les cages. La Suisse domine maintenant territorialement mais reste sous la menace de la vitesse des attaques canadiennes. Andrew Ebbett se procure ainsi une échappée face à Hiller. Ce dernier referme les vannes, non sans frayeur : il relâche notamment un mauvais palet de sa mitaine, mais se rattrape lui-même en plongeant devant Derek Roy qui s’apprête à saisir l’offrande.
En troisième période, une crosse haute de Roy sur Rüfenacht devant la cage laisse la Suisse à 5 contre 3. Andres Ambühl, servi dans le cercle droit par une diagonale, fait résonner le poteau le plus proche. La pression reste forte à 5 et même 6 contre 4 (Hiller est sorti). Après une bonne séquence de passes conclue par un tir axial de Rüfenacht, le palet file entre les bottes de Ben Scrivens qui croit l’avoir arrêté. En fait, Simon Moser a vu la rondelle filer derrière le gardien et la pousse au fond des filets (1-4).
Les Suisses ont le mérite de ne rien lâcher, eux non plus. Ils se mettent à remporter plus de duels pour la conquête du palet. Patrick Fischer sort son gardien sur une mise au jeu en zone offensive… à près de six minutes de la fin. C’est culotté mais pas couronné de succès. Dès que le palet est récupéré par les Canadiens, Wolski passe la ligne rouge et marque en cage vide (1-5).
La grenouille suisse s’imagine prendre du volume, mais elle a pu constater dans ce match qu’elle ne sera jamais l’égale du bœuf canadien. Elle pensait que les valeurs seraient nivelées dans ce tournoi 0% NHL, et en a oublié que l’envie, la hargne et l’implication collective sont les principales valeurs au hockey sur glace.
Des valeurs qui irriguent les veines de tous les hockeyeurs canadiens, où qu’ils jouent. En un match, ces joueurs à la feuille d’érable ont conquis les sceptiques y compris dans leur propre pays. Ils ont prouvé qu’ils méritaient d’être là et qu’il ne fallait plus parler des absents. Face à la Nati – un étalon aussi stable que le franc suisse – ils ont réussi le meilleur résultat d’une équipe canadienne aux JO depuis… Albertville, avant que la NHL ne s’invite à l’évènement.
Tout comme la Suède, les Canadiens sont rentrés dans le tournoi avec le juste état d’esprit, dès la première minute. Indispensable dans une compétition aussi courte. Ils ont montré qu’ils pouvaient eux aussi faire partie des favoris, et qu’il faudrait compter avec le Canada pour le podium.
Suisse – Canada 1-5 (0-2, 0-2, 1-1)
Jeudi 15 février 2018 à 21h10 au Centre de hockey Kwandong. 2802 spectateurs.
Arbitres : Antonin Jerabek (TCH) et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Jimmy Dahmén (SUE) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : Suisse 6′ (2′, 2′, 2′) ; Canada 6′ (2′, 0′, 4′).
Tirs : Suisse 29 (8, 9, 12) ; Canada 28 (7, 14, 7).
Évolution du score :
0-1 à 02’57” : Bourque assisté de Lee et Roy
0-2 à 07’30” : Noreau assisté de Lee et Roy (sup. num.)
0-3 à 25’00” : Bourque assisté de Roy (sup. num.)
0-4 à 25’52” : Wolski assisté de Noreau
1-4 à 47’33” : Moser assisté de Rüfenacht et Ambühl (sup. num.)
1-5 à 54’53” : Wolski assisté de Kelly et Ebbett (cage vide)
Suisse (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Denis Hollenstein (-1) – Gaëtan Haas (-1) – Vincent Praplan (-1)
Simon Moser (A, -2) – Andres Ambühl (-1) – Enzo Corvi
Tristan Scherwey (-1, 2′) – Pius Suter – Simon Bodenmann
Reto Schäppi – Cody Almond (-1) – Thomas Rüfenacht (-1, 2′)
Fabrice Herzog (-1)
Défenseurs :
Patrick Geering – Félicien Du Bois (-1)
Philippe Furrer (A, -1) – Raphael Diaz (C)
Eric Blum (-1) – Ramon Untersander (-2)
Dominik Schlumpf
Gardien :
Leonardo Genoni puis à 25’52” Jonas Hiller [sorti de 47’20” à 47’33” et de 54’10” à 54’53”]
En réserve : Tobias Stephan (G), Romain Loeffel, Grégory Hofmann.
Canada
Attaquants :
René Bourque (+1) – Derek Roy (A, +1, 2′) – Gilbert Brûlé (+1)
Mason Raymond (2′) – Chris Kelly (C, +1) – Christian Thomas
Wojtek Wolski (+2) – Linden Vey (+1) – Andrew Ebbett (+1)
Rob Klinkhammer – Eric O’Dell – Maxim Lapierre (+1)
Quinton Howden
Défenseurs :
Chris Lee (A, +1) – Mat Robinson (+2)
Chay Genoway (+1) – Maxim Noreau (+1)
Marc-André Gragnani – Cody Goloubef (2′)
Karl Stollery (+1)
Gardien :
Ben Scrivens
Remplaçant : Kevin Poulin (G). En réserve : Justin Peters (G), Stefan Elliott, Brandon Kozun.