Match incertain en barrages : la Suisse est plus capable d’approcher les meilleures équipes mondiales que l’Allemagne, mais les derbys entre ces deux équipes nivellent les valeurs et accouchent toujours de petits scores.
Le match commence par un incident après… 9 secondes de jeu. Le défenseur offensif Christian Ehrhoff, peut-être le joueur le plus important de l’équipe allemande, voit arriver à pleine vitesse Cody Almond qui le charge à la tête, coude en avant. Ehrhoff reste visiblement sonné et les arbitres expulsent logiquement le Suisse, brisant le quatrième trio à vocation défensive. L’Allemagne se fait vite justice : un lancer lointain de Leo Pföderl file entre les bottes du gardien Jonas Hiller (0-1). Redevenu titulaire après ses Mondiaux ratés à la faveur d’un premier match manqué par Genoni, Hiller craquerait-il de nouveau ?
Le butin allemand ne sera pas plus important : les cinq minutes d’avantage numérique sont réduites à trois car Felix Schütz charge avec la crosse dans le dos de Raphael Diaz. À 4 contre 4, un tir en angle de Diaz est mal arrêté par Danny aus den Birken : le palet roule dans son dos mais Marcus Kink le sauve juste avant la ligne. La Suisse ne se laisse en tout cas pas abattre et retrouve la bonne dynamique : les assauts se succèdent sur la cage allemande avec beaucoup de rapidité et d’activité.
Les Allemands, parce qu’ils ont un temps de retard en patinage, multiplient les pénalités similaires : Noebels, Hager et Mauer font en effet trébucher respectivement Diaz, Herzog et Haas. Les jeux de puissance de la Nati sont peu concluants, même s’ils participent à sa nette domination territoriale sur toute la première période. Seul dommage pour l’Allemagne : Fauser a pris un lancer de Diaz dans la mâchoire et doit couvrir son visage en sang. Pour le reste, elle aura survécu à ces infériorités numériques répétées.
Les blessés (Ehrhoff et Fauser) reviennent au jeu et l’Allemagne aborde donc la deuxième période au complet. La Suisse continue d’imprimer le tempo et de mettre la pression. Le travail préparatoire d’Andres Ambühl et de Pius Suter pour la conservation du palet permet à Simon Moser d’égaliser dans une cage grande ouverte (1-1).
Le fait d’avoir été menée avait rendu la Suisse très dynamique et entreprenante. Elle conserve cet élan pendant quelques temps face à un adversaire désormais discipliné. Mais maintenant que le score est de parité, on replonge peu à peu dans la morne tradition d’un Suisse-Allemagne : un match fermé et peu spectaculaire où les deux équipes se neutralisent.
On entre dans les dix dernières minutes de ce ronron quand la crosse de Yasin Ehliz atteint le visage de Scherwey. La Suisse s’installe de manière laborieuse, mais dans la lutte dans le coin, Daryl Boyle fait trébucher Moser : 14 secondes à 5 contre 3 pour la Nati… et aucun lancer. La suite du powerplay n’est pas meilleure, avec un hors-jeu à la ligne bleue en bouquet final.
À cinq contre cinq, le match demeure une bataille de chifonniers pour le palet, sans génie, sans maestria et sans vitesse. Un tir de Brooks Macek est détourné de l’épaule par Hiller. Rien d’autre à se mettre sous la dent. Pendant les vingt dernières secondes, le palet reste coincé dans la bande entre des patins et des crosses : on ne saurait trouver meilleur symbole d’un spectacle mortifiant !
La prolongation à 4 contre 4 doit permettre enfin d’avoir des espaces. Andres Ambühl gagne le premier engagement mais n’arrive pas ensuite à capter la passe de Blum qui part en dégagement interdit. Ambühl gagne difficilement la mise au jeu suivante dans sa zone, en envoyant le palet vers le coin opposé. Frank Mauer est le plus rapide pour le chercher, avant de le laisser à Dominik Kahun qui tire à la cage. Le petit ex-attaquant reconverti défenseur Yannic Seidenberg est placé dans le dos du grand Moser au rebond et qualifie l’Allemagne (1-2). Le score est exactement identique au match de préparation à Kloten entre ces deux équipes.
La Suisse ne peut se prendre qu’à elle-même : elle n’a pas perdu ce match par l’expulsion initiale, mais au contraire en retombant dans un faux-rythme alors qu’elle a longtemps eu de l’élan et de la mobilité. Un plan de jeu idéal… pour les Allemands. Les voilà en quart de finale, alors qu’ils n’ont inscrit que 4 buts en 4 parties dans le temps réglementaire.
Le rêve de médaille helvétique est donc dissipé, celui de l’Allemagne vit toujours : la dernière fois qu’elle avait battu la Suisse aux Jeux olympiques, c’était en 1976 à Innsbruck et elle avait décroché le bronze. Un signe du destin ? Il lui faudra un exploit d’une autre envergure contre la Suède, face à qui elle avait été malchanceuse en poule.
Commentaires d’après-match
Philippe Furrer (défenseur de la Suisse) : « Je ne comprends pas comment nous avons pu perdre cette partie. Pendant le match, j’étais sûr que nous allions gagner, nous étions meilleures. Mais nous avons laissé passer trop d’occasions, et en powerplay le palet ne voulait juste pas rentrer. »
Jonas Hiller (gardien de la Suisse, 36 ans) : « C’est ma dernière compétition avec la Suisse. J’en avais fait part au sélectionneur Patrick Fischer le début du tournoi. Si je veux continuer à jouer à haut niveau avec Bienne, je dois mieux gérer mon temps de récupération. J’avais peiné à récupérer après les Mondiaux de Paris. »
Yannic Seidenberg (défenseur de l’Allemagne) : « À 4 contre 4, on joue aussi offensif à Munich. Franky Hördler connaît aussi le système de [l’entraîneur munichois et ex-entraîneur berlinois] Don Jackon. C’est pourquoi nous nous sommes dit que nous allions essayer un peu. Un tir au but, et le rebond est arrivé sur ma crosse. C’est peut-être là que les 16 années professionnelles ont payé. […] Quoi, on joue déjà demain contre la Suède ? Peu importe, on a une chance. Peut-être que cette fois les tirs sur le poteau ou sur la transversale iront au fond des filets. »
Suisse – Allemagne 1-2 après prolongation (0-1, 0-0, 1-0, 0-1)
Mardi 20 février 2018 à 21h10 au Centre de hockey Kwandong. 2878 spectateurs.
Arbitrage de Jan Hribik (TCH) et Linus Öhlund (SUE) assistés de Fraser McIntyre (USA) et Hannu Sormunen (FIN).
Pénalités : Suisse 29′ (5’+20′, 2′, 2′, 0′) ; Allemagne 12′ (8′, 0′, 4′, 0′).
Tirs : Suisse 21 (8, 7, 6, 0) ; Allemagne 25 (5, 6, 12, 2).
Évolution du score :
0-1 à 01’19” : Pföderl assisté de Hördler et Hager (sup. num.)
1-1 à 23’40” : Moser assisté d’Ambühl et Suter
1-2 à 60’26” : Y. Seidenberg assisté de Kahun et Mauer
Suisse
Attaquants :
Simon Moser (A) – Pius Suter (+1) – Andres Ambühl
Denis Hollenstein – Gaëtan Haas – Vincent Praplan
Tristan Scherwey – Enzo Corvi (2′) – Simon Bodemann (2′)
Reto Schäppi – Cody Almond (5’+20′) – Thomas Rüfenacht
Fabrice Herzog
Défenseurs :
Philippe Furrer (A, +1) – Raphael Diaz (C)
Eric Blum (-1) – Ramon Untersander (-1)
Patrick Geering – Dominik Schlumpf
Romain Loeffel (+1)
Gardien :
Jonas Hiller
Remplaçant : Leonardo Genoni (G). En réserve : Tobias Stephan (G), Félicien Du Bois, Grégory Hofmann.
Allemagne
Attaquants :
Yasin Ehliz (2′) – Gerrit Fauser – Frank Mauer (+1, 2′)
David Wolf – Marcel Goc (C) – Marcel Noebels (2′)
Felix Schütz (-1, 2′) – Patrick Hager (A, -1, 2′) – Brooks Macek (-1)
Marcus Kink – Dominik Kahun (+1) – Mathias Plachta
Leonhard Pföderl
Défenseurs :
Christian Ehrhoff (A, -1) – Daryl Boyle (-1, 2′)
Yannic Seidenberg (+1) – Moritz Müller
Frank Hördler (+1) – Jonas Müller
Björn Krupp
Gardien :
Danny aus den Birken
Remplaçant : Timo Pielmeier (G). En réserve : Dennis Endras (G), Sinan Akdag (commotion), Patrick Reimer (blessé).