Bilan de la saison NHL 3/4: Colorado, New Jersey, Philadelphie, Los Angeles, Columbus, Toronto, Minnesota, Anaheim

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Suite de nos bilans équipe par équipe en NHL. Troisième épisode : les recalés du 1er tour des séries. Au menu, des surprises, des équipes qui ont vu de la lumière, des formations portées par une individualité et des clubs trop justes pour prétendre à un meilleur sort.

 

16e – Colorado Avalanche – par Thibaud Chatel

Étudier les équipes qualifiées de justesse pour les séries revient à revenir sur une série de coups de dés, de coups du sort qui ont fait qu’au bout de 82 matchs, au moins 4920 minutes de hockey, la différence entre hockey et golf au mois d’avril tient à un point ou deux, et une poignée de buts. Qualifié en battant St Louis lors de la dernière journée, Colorado est définitivement l’invité surprise de cette année. N’y allons pas par quatre chemins, l’Avalanche a reçu cette saison une bonne dose de karma positif après des années de misère. Le symbole de cela est peut-être l’échange de Matt Duchene. Après plus d’un an d’attente, l’Avalanche a enfin obtenu le retour souhaité pour son joueur dans une affaire à trois avec Ottawa et Nashville. Arrivé en provenance des Predators, Samuel Girard a déjà convaincu en défense par son dynamisme digne minimum d’un top-4. Colorado a ainsi fait le plein d’espoirs et de choix alors que les Sens ont été pour le moins généreux, lâchant notamment leur premier choix 2018 ou 2019.

Il est facile de se vanter quand il s’agit d’Ottawa mais, même à l’époque, il était raisonnable de penser que ce premier choix allait éventuellement valoir très cher tant il était aisé de voir les Sens plonger au classement.

Surtout que Ottawa a finalement choisi de donner le choix 2019, gardant le 4e pick de la draft 2018. Au vu de l’effectif des Sens, Colorado se frotte déjà les mains à l’idée de recevoir un très très haut choix de draft en juin 2019… C’était pour la parenthèse managériale. Joe Sakic, longtemps critiqué – y compris dans ces pages – pour son inaction, a eu ce qu’il voulait, renforçant la re-reconstruction du club et libérant le vestiaire d’un poids.

Qui saura dire si le départ de Duchene a réellement joué un poids psychologique ? Mais c’est à ce moment là que Nathan MacKinnon a décollé pour signer la meilleure saison de sa carrière (97 points en 74 matchs), à portée du trophée Hart de meilleur joueur de la ligue. Dans le jeu, MacKinnon, son ailier Mikko Rantanen (84 points) et Sven Andrigettho étaient les seuls attaquants avec lesquels Colorado dépassait les 50% de possession cette saison. La liste semble courte ? Oui car Colorado a encore été outrageusement dominé sur la glace.

Les Avs se sont classés 23e de la ligue pour la possession à 48,4% et surtout 29e pour les buts anticipés à 46,3%. Seuls Ottawa et Vancouver ont fait pire… Et surtout, cela est très similaire à la saison précédente, alors que Colorado était 28e pour la possession et 30e pour les buts anticipés… Dans le jeu à 5 contre 5, rien n’a changé. Comment donc expliquer alors le passage des bas-fonds du classement aux playoffs ?

Deux analystes ont déjà tenté de mesurer l’impact de la réussite/chance sur le classement en NHL. L’un a conclu que 38% du classement est dû à celle-ci. L’autre étude a conclu à… 37,6%. Si Colorado a tactiquement davantage joué le contre cette année, et s’est laissé porté par le trio de MacKinnon, la seule réelle différence au bout du compte avec l’an passé est le passage du pire PDO de la ligue en 2016-17 (97,1) au 5e cette saison à 101,5 ! Les gardiens ont notamment signé le 3e meilleur taux d’arrêts de la ligue à 5 contre 5, position qui était un trou noir auparavant. Deuxièmement, les unités spéciales ont tourné à plein régime. Le Power play a rentré 22% de ses opportunités, au 8e rang de la ligue malgré le 30e total de buts anticipés… (merci MacKinnon). Et le Penalty Kill fut le 4e plus efficace de la ligue, de manière méritée cette fois.

Au premier tour des séries, les Avs ont donné le change face à Nashville sans que personne n’y croie vraiment. Encore une fois, seul le trio de MacKinnon semblait pouvoir apporter des solutions. Un petit tour et puis s’en va.

Sur le plan individuel, Gabriel Landeskog a retrouvé des couleurs (62 points et des indicateurs de jeu juste derrière ceux de McKinnon). Alexander Kerfoot a connu une première campagne intéressante avec 19 buts et 43 points. Autre jeune, Tyson Jost a été limité à 22 points mais, dans l’ensemble, tous ceux qui ne jouaient pas avec MacKinnon ont souffert. Tyson Barrie a bénéficié du power play pour inscrire 57 points (30 en supériorité), Eric Johnson a été plutôt solide et il faut souligner le bon travail en profondeur de Mark Barberio. Dans les cages, Semyon Varlamov a retrouvé des couleurs et signé sa meilleure saison depuis la période 2013-15, bien épaulé par Jonathan Bernier.

Colorado a donc caressé sa patte de lapin toute la saison, au point de propulser l’entraîneur Jared Bednar parmi les finalistes du trophée Jack « PDO » Adams (no comment). Mais si les choses continuent comme cela, sans un minimum de réussite, il faut s’attendre à des déceptions dans les montagnes Rocheuses.

 

15e – New Jersey Devils – par Nicolas Leborgne

Outre Colorado, l’équipe que l’on attendait le moins en playoffs, c’est New Jersey. Les Devils ont touché leur première phase finale depuis la défaite en coupe Stanley face à Los Angeles en 2012, séduisant les observateurs par leur vitesse, et on pourrait résumer leur saison à un seul nom : Taylor Hall.

L’ancien Oiler d’Edmonton a explosé cette année et porté à lui tout seul son équipe vers la qualification. C’est peu dire que Hall, 26 ans, a mérité son trophée Hart de MVP de la saison. Il a reçu 72 premières places (1264 pts) contre 60 à MacKinnon (1194). Les deux hommes ont vraiment porté leurs équipes… Hall signe deux records de carrière à 39 buts et 93 pts, dont une ébouriffante série de 26 matchs consécutifs avec un point entre le 2 janvier et le 8 mars. Il semblait qu’il était alors le seul joueur de son équipe capable de finir les actions…

Hall a eu bien du mérite, car il a passé l’essentiel de l’année aux côtés de deux rookies. On s’attendait à ce que Nico Hischier, le numéro 1 de la dernière draft, fasse l’équipe, mais de là à le voir au centre de la première ligne, face aux meilleurs trios adverses, et signer quand même 20 buts et 52 pts à 18 ans… Oui, c’est 41 de moins que Hall (!) mais le jeune Suisse a séduit par sa maturité, son travail défensif et sa progression. Troisième larron, le Suédois Jesper Bratt, sorti de nulle part. Drafté au 6e tour en 2016, il devait rejoindre les London Knights mais a démarré l’année en feu et est finalement resté toute la saison (13 buts, 35 pts, dont 12 sur les 13 premiers matchs). Bratt a cependant peiné au fil de l’année et connu quelques matchs en tribunes en fin de saison, remplacé par Kyle Palmieri. Joueur emblématique (24 buts, 44 pts en 62 matchs), Palmieri reste très régulier, combatif et précieux en jeu de puissance. Il a malheureusement manqué 20 matchs pour un pied cassé.

Le banc, quel banc ? New Jersey avait Taylor Hall, c’était bien suffisant… Il a malgré tout bénéficié de relais : les joueurs du bottom-6 ont eu chacun leur temps fort. Brian Gibbons a débuté avec une réussite insolente avant de se blesser et de ne plus faire grand chose à son retour (12 buts). Puis, Brian Boyle a pris le relais, marquant but sur but et remplaçant Hall au All-Star Game (13 buts), dans une saison remplie d’émotion. Diagnostiqué d’une forme de cancer au camp d’entraînement, son retour émotionnel et ses performances lui ont valu le trophée Masterton. Une fois éteint, Boyle a passé le témoin au trio Coleman-Zajac-Noesen. Zajac, invisible pendant des semaines à son retour de blessure, est peu à peu monté en pression (12 buts, 26 pts) au centre des deux Texans. Le rookie Coleman a fini en feu (13 buts, 25 pts) avec un jeu défensif de haute qualité, et obtient aussi le bronze à Copenhague. Noesen a montré par flashs de belles qualités également (13 buts, 27 pts), et des statistiques de possession positives. On ajoutera l’ailier fort et rapide Miles Wood (19 buts, 32 pts), dynamite sur pattes. Seul Boston a marqué plus de points par ses rookies, et, avec 10 joueurs au delà des dix buts, les Devils ont donc trouvé une contribution du banc qui avait disparu depuis des années. Dommage que Marcus Johansson n’ait pu jouer que 29 matchs (14 pts) pour cause de commotion, victime d’un énième mauvais geste de Brad Marchand…

Ray Shero a donc réussi son pari de refonder les lignes d’attaque, même si cela reste modeste (15e attaque, 10e jeu de puissance, 21e en possession à 5v5). Ainsi, seuls Hall, Wood et Noesen finissent avec un Corsi positif… Shero est devenu acheteur à la date limite des échanges, ce que personne n’attendait. Patrick Maroon aura apporté un peu en supériorité, alors que Michael Grabner n’a rien donné, et passé l’essentiel des playoffs en tribunes.

Restait à refonder une défense passoire… et sur ce plan, le bilan est plus mitigé. Au rayon satisfaction, Will Butcher fait partie de la All-Rookie Team. Signé en agent libre depuis l’université de Denver, il termine 4e compteur de l’équipe avec 5 buts et 44 points, ne manquant qu’un seul match. Certes, il a bénéficié d’un rôle protégé, mais on a vite senti la précision de son jeu notamment en supériorité (23 pts). L’acquisition de Sami Vatanen contre le favori du public Adam Henrique a elle aussi beaucoup apporté. Le Finlandais a fini en première paire dans des rôles difficiles et compte 28 pts en 57 matchs. En revanche, Andy Greene a affiché ses 35 ans et peiné en possession (45%), ce qui n’a pas aidé son jeune partenaire Steven Santini, finalement renvoyé en AHL. Damon Severson a connu une saison décevante, lui qui venait de recevoir un gros contrat de 5 ans. Il a même connu quelques matchs en tribunes, mais marque tout de même 9 buts et 24 pts. John Moore n’a pas fait mieux (7 buts, dont plusieurs en prolongations) et quitte le club pour Boston au 1er juillet. Ben Lovejoy a débuté en tribunes avant de reconquérir sa place, avec une saison bien meilleure que la précédente – avec un temps de jeu réduit, et, plus étonnant, 51,9% de possession. Mirco Mueller fut également satisfaisant dans un rôle limité, ralenti par une blessure. Point positif, les Devils finissent avec le 8e jeu en infériorité de la ligue – même si cet atout a disparu face au Lightning en playoffs.

Côté gardiens, New Jersey n’a pas pu vraiment compter dessus. Cory Schneider fut très loin de son meilleur niveau. Limité à 40 matchs par des pépins physiques, le portier de 32 ans est-il déjà sur le déclin ? Avec seulement 90,7% d’arrêts et 2.93 buts encaissés, il a perdu sa place dans le sprint final au profit de Keith Kinkaid. L’éternel remplaçant de 29 ans bénéficiait d’une baraka spectaculaire dans les quinze derniers matchs, et termine sa saison avec 26 victoires en 41 matchs, 91,3% d’arrêts et 2,77 buts encaissés, avant de remporter le bronze au Mondial. Kinkaid aura su faire les arrêts importants : 89,1% jusqu’en février, mais 93,2% dans les vingt derniers matchs, derrière une défense friable. New Jersey passe donc en playoffs avec le 25e pourcentage d’arrêts à 5 contre 5… et un final de feu : 10-2-1 face à des cadors de la ligue, et la plupart sur la route s’il vous plaît.

La reconstruction est-elle finie ? Le chemin est encore long. Laminés, comme prévu, par Tampa Bay au premier tour (4-1), les Devils vont devoir consolider ces acquis dans une division Métropolitaine relevée. Ray Shero ne dévie en revanche pas de son chemin. Au 1er juillet, il a laissé partir Moore, Maroon, Grabner, Hayes, Stafford et Gibbons sans recruter personne. Les trous seront bouchés en interne : progression de Zacha, et possiblement Michael McLeod, Joey Anderson, Jesper Boqvist ou encore Blake Speers… Le groupe de prospects va bien, merci.

 

14e – Columbus Blue Jackets – par Nicolas Leborgne

Après la défaite face à Pittsburgh en playoffs 2017, le staff estimait qu’il manquait un “tueur” devant. Jarmo Kekäläinen y a remédié au cours de l’été en faisant l’acquisition d’Artemi Panarin, 26 ans, dans un énième échange avec Chicago. On se demandait si le Russe produirait sans Patrick Kane. La réponse : oui. Avec 27 buts et 82 pts, Panarin a porté les Blue Jackets. Le 2e meilleur attaquant de l’équipe le suivait avec seulement 48 pts – le rookie Pierre-Luc Dubois. Ce déséquilibre s’est traduit par une maigre 17e place au classement des attaques (2.88 buts par match). Un manque de finition surtout, car l’équipe termine 8e en possession à 5 contre 5 et 5e avec 33,7 tirs par matchs. Disposer du 25e jeu de puissance n’a pas aidé, un an après avoir eu le meilleur, ce qui témoigne de la volatilité de l’exercice…

Le problème de l’attaque a pesé une bonne partie de l’année, puisque Columbus était 29e après 54 matchs, avant de mieux finir. Cela n’a pas aidé face à Washington, même après avoir gagné les deux premiers matchs et poussé la plupart des rencontres en overtime grâce aux exploits du seul Panarin.

“The Bread Man” donc, et derrière lui, le désert. Dubois, 19 ans, a débuté en douceur avant de monter en puissance au fil des mois et de trouver un certain confort au centre (20 buts, 48 pts). Une bonne performance, lui qui ne comptait que 4 pts en 20 matchs, avant donc d’en marquer 44 dans les 62 derniers. Kekalainen avait bien raison de le choisir à la place de Puljujärvi… Cam Atkinson termine 2e buteur (24 buts, 46 pts) avec de belles qualités défensives, et le tout en 65 matchs seulement, signant 33 pts dans les 33 derniers matchs, avec son record en tirs par match. Josh Anderson (19 buts, 30 pts) obtient un record de carrière, et le jeune Danois Oliver Björkstrand a lui aussi progressé (40 pts et seulement 6,7% au tir), mais on attendait mieux d’Alexander Wennberg, qui n’a pas confirmé sa glorieuse saison 2016-2017 (8 buts et 35 pts en 66 matchs contre 59 pts l’an dernier). Handicapé par des blessures, il n’a pas porté le jeu de puissance. Pas mieux pour le capitaine Nick Foligno (15 buts, 33 pts) ou l’ailier fort Boone Jenner (13 buts, 32 pts, dont 19 sur les 28 derniers matchs). Matt Calvert, loin de sa saison à 30 buts, n’en a mis que 9, Brandon Dubinsky 6, étant même un temps renvoyé chez lui pour “des problèmes personnels”. L’acquisition de Thomas Vanek en fin de saison aura bien aidé (15 pts en 19 matchs) et contribué au regain offensif du sprint final.

En somme, Columbus n’avait guère d’attaque derrière sa première ligne. Comment expliquer la qualification ? Par la défense, bien sûr ! Avec 2,76 buts encaissés par match, les Blue Jackets se classent 10e, grâce à un duo exceptionnel. Seth Jones, 2e pointeur de l’équipe (16 buts, 57 pts) a fermé la porte une bonne partie de l’année, et son entente avec Zach Werenski (16 buts, 37 pts) est parfaite. Jones a frôlé les 25 minutes par match et Werenski les 23, en dépit d’un souci à l’épaule… Les deux autres paires ont reçu des miettes, avec la révélation Markus Nutivaara aux côtés du vétéran David Savard. Jack Johnson, poussif en 3e paire, n’a pas été retenu au 1er juillet et a rejoint Pittsburgh. Il faut dire que bien peu de joueurs ont de pires statistiques de possession que lui ces dernières années… À l’inverse, l’acquisition de Ian Cole à la deadline a fait un bien fou, notamment en infériorité, aidant à remonter un peu l’effroyable jeu en infériorité (27e au final). Les équipes spéciales auront donc fait très mal aux Blue Jackets cette saison.

Bien évidemment, disposer d’un dernier rempart infranchissable explique aussi beaucoup de choses. Sergei Bobrovsky a (encore) tenu son équipe à bout de bras. 37 succès, 92,1% d’arrêts et 2,42 buts encaissés en 65 matchs, et surtout un nombre de buts “sauvés” au delà de la normale (93,5% à 5 contre 5). Son remplaçant Joonas Korpisalo fut loin d’être aussi solide (89,8%). Malgré tout, le Russe, multiple vainqueur du Vezina, n’a pas convaincu du tout en playoffs (90% d’arrêts), et ses prestations ont agacé les supporters. Il sera en fin de contrat en juillet 2019 et, à 30 ans, l’avenir du poste de gardien se pose.

L’intersaison s’annonce ainsi très tendue. Les déclarations maladroites de Jack Johnson à son départ ont mis le feu aux poudres, mais c’est surtout le “cas” Panarin qui inquiète. Devenu de facto le franchise player de l’équipe, Panarin sera en fin de contrat en juillet 2019 et peut déjà recevoir un nouveau contrat. Mais les négociations traînent, le Russe hésite à rester à long terme dans l’Ohio, doutant que l’équipe puisse aller loin en playoffs – la franchise n’a jamais passé le 1er tour. Les Blue Jackets vont-ils parier sur lui ou l’échanger avant qu’il ne soit trop tard ? Ce sera le feuilleton des prochaines semaines…

 

13e – Philadelphia Flyers – par Thibaud Chatel

Les Flyers de Philadelphie ne savaient pas trop quoi attendre de cette saison 2017-18. Les vedettes Claude Giroux et Jakub Voracek sortaient de saisons plus que moyennes et le capitaine traînait des blessures récurrentes. Une bande de jeunes pointaient à l’horizon mais il était difficile de prédire quand ceux-ci seraient prêts à avoir un impact dans la grande ligue.

Au final, tout aura plutôt bien fonctionné pour les orange. La première bonne nouvelle fut que Giroux était pleinement remis de ses pépins physiques, en route vers la meilleure saison de sa carrière avec 102 points, au deuxième rang de la ligue. Giroux aurait même pu passer proche du trophée Hart si la saison n’avait pas été riche en joueurs ayant porté leur équipe sur leurs épaules (Hall, Kopitar, MacKinnon…). Giroux a sans doute payé là le fait de jouer avec un Sean Couturier en pleine explosion. Fini les seconds rôles dans l’ombre, placé au centre de la première ligne, poussant Giroux sur l’aile, Couturier a prouvé qu’il avait largement les épaules pour être un centre numéro un. Engrangeant 76 points, près du double de son record précédent, et se montrant dominant dans les deux sens de la glace, il a figuré parmi les trois finalistes du trophée Selke, remis au meilleur attaquant défensif. Un trophée pour lequel la réputation joue beaucoup. Couturier intègre ainsi le club des Patrice Bergeron ou Anze Kopitar.

Avec Giroux et Couturier sur la glace, Philadelphie affichait un taux de possession un peu supérieur à 53%, le meilleur de l’équipe. Sans eux, ce chiffre chutait dans le négatif à 48%. Pour les buts anticipés, c’était 55% avec eux, et 48% sans eux… Il faut ajouter plus de 36 points inscrits par Giroux en supériorité numérique en compagnie de Voracek (35 points), Shayne Gostisbehere (33), Wayne Simmonds (17) et 14 points pour Couturier. Cette première unité est celle qui produisait le plus de buts anticipés dans la ligue après la première vague des Maple Leafs de Toronto.

De vrais moteurs que l’équipe a eu du mal à suivre. Voracek a certes mis 85 points, un record en carrière, mais peut remercier le Power play comme nous venons de le mentionner. À 5 contre 5, il a beaucoup joué avec le numéro deux de la draft 2017, Nolan Patrick. Émergeant à 50% de possession et 52% de buts anticipés, le second trio s’en est bien tiré mais essentiellement grâce à leurs prouesses offensives car, défensivement, Patrick est celui avec lequel les Flyers accordaient le plus de tirs à l’adversaire. La jeunesse en apprentissage en somme. Un autre bon exemple fut Travis Konecny. Celui-ci a réussi à suivre le rythme sur le trio de Giroux-Couturier, mettant 47 points au final. Mais, sans eux, Konecny voyait ses indicateurs de possession chuter de 53% à 44% ! Un gouffre qui illustre une nouvelle fois le manque de support du bottom-6 de l’équipe.

Car le problème se trouvait derrière. Wayne Simmonds a bien ralenti comme l’illustre sa saison de 46 points. Mais surtout les Jori Lehterä, Valtteri Filppula, Dale Weise and co ont coulé dans le jeu. Cela n’a pas empêché l’entraîneur Dave Hakstol de leur conserver sa confiance, au plus grand dam des fans. Et c’était la même histoire en défense. Ivan Provorov a été au four et au moulin, surtout après avoir enfin été réuni avec Gostisbehere (et débarrassé d’Andrew MacDonald). Radko Gudas a été efficace défensivement mais son comportement dangereux a encore fait les manchettes. Travis Sanheim, 22 ans, a réalisé 49 matchs prometteurs dans le jeu : 53% de possession, 54% de buts anticipés, les meilleures stats de la défense. Mais MacDonald a encore sombré et Robert Hagg est le seul jeune à avoir déçu. Certes, il joua aux côtés de MacDonald, mais son jeu loin du vétéran ne s’améliorait pas pour autant.

Au total, la puissance collective de la moitié supérieure de l’équipe a fait des Flyers une équipe pouvant tout de même légitimement prétendre aux séries. Le coach Haskol avait mis l’emphase sur la défense et les Flyers se sont classés dans le top-10 de la ligue pour les tirs et les buts anticipés accordés. Dans une division Métropolitaine pleine d’équipes en surrégime, les Flyers étaient l’élément stable capable de survivre, ce qu’ils ont fait. Même la pénible série de 10 défaites consécutives fin novembre (dont 5 en prolongation), n’a pas empêché les coéquipiers de Giroux de retrouver les séries. Les performances à 5 contre 5 de Brian Elliott y sont aussi pour quelque chose (92,5% d’arrêts), bien épaulé par Michal Neuvirth (93,4% d’arrêts). Mais curieusement, les deux s’effondraient complètement en infériorité numérique alors que les Flyers ont affiché le 29e PK de la ligue.

En séries, les Flyers ont bien tenté d’emballer les débats face au grand rival Pittsburgh, et Couturier a été monstrueux avec 9 points en 6 matchs. Mais les Penguins ont largement dominé leur sujet avec 55% de possession et de buts anticipés, pour clore le sujet en 6 matchs. Les Flyers n’ont pas pour autant fait la fine bouche, heureux de retrouver leurs stars, de voir éclore les jeunes, en attendant la suite de la relève.

 

12e – Los Angeles Kings – par Thibaud Chatel

Un nouveau départ pour Los Angeles. L’équipe vainqueur de deux coupes Stanley n’y arrivait plus, ratant encore les séries la saison dernière. Clap de fin pour le DG Dean Lombardi et l’entraîneur Darryl Sutter, le grand artisan du système de jeu le plus dominant dans la ligue cette décennie. À leur place, l’ancien de la maison Rob Blake fut nommé aux commandes de la franchise et l’adjoint de Sutter, John Stevens, fut promu derrière le banc. Les Kings de Sutter constituaient une machine à contrôler le puck, confisquant celui-ci de manière parfois éhontée, limitant drastiquement les chances adverses. Malheureusement, c’est offensivement que le système avait atteint ses limites. Devant, L.A. pratiquait un jeu de la quantité, mais avait raté le virage qualitatif pris par la ligue en réponse justement aux Los Angeles, Boston et Chicago de ce monde. Trop de tirs pris en périphérie de la zone, des jambes vieillissantes pour aller chercher les rebonds… L’objectif numéro un de John Stevens était justement de rajeunir le système de jeu, y insufflant davantage de rythme et de vitesse.

Afin de prendre les défenses adverses de vitesse, il fallait par contre ouvrir le verrou défensif. Le résultat fut spectaculaire, mais pas dans le bon sens du terme. Entre 2011 et 2017, Los Angeles se classe 2e de la ligue pour les tirs accordés, et 3e pour les buts anticipés contre. Cette saison, les Kings pointaient au 30e rang pour les tirs accordés, 17e pour les buts anticipés. Si on a un peu resserré les barbelés autour de la cage de Jonathan Quick en fin de saison, le gardien des Kings n’avait jamais eu à subir un tel barrage. Drew Doughty a pourtant signé une excellente saison, et mérité peut-être de remporter le Norris, et les Muzzin et Martinez n’ont pas oublié comment défendre, c’est simplement que le coach leur demandait de jouer autrement. Un nouvel exemple de l’impact massif des entraîneurs sur la performance des équipes. Au total, L.A est tombé dans le ventre mou de la ligue pour la possession à 50% tout rond, après des années de domination, et au 23e rang pour les buts anticipés, dans le négatif à 48%.

Face à ce déluge, l’histoire de la saison des Kings s’est écrite dans les buts. Quick y a dépassé pour la deuxième fois de sa carrière les 92% d’arrêts (92,1), bien au-delà de sa moyenne historique de 91,6%. Le portier a littéralement porté son équipe sur son dos toute la saison, très bien secondé par Darcy Kuemper, le duo de gardiens signant le 4e taux d’arrêts de la ligue à 5 contre 5. Los Angeles a engrangé les points en début de calendrier lorsque le cerbère était en feu. Le matelas accumulé d’octobre à décembre s’est effrité par la suite, au même rythme que la réussite de Quick, mais les dégringolades des Oilers, Flames, Stars, Blues and co ont permis à L.A. de survivre jusqu’au bout. L’impact de Quick s’est aussi vu sur le Penalty Kill, où Los Angeles passait du 16e total de buts anticipés accordés, au 1er rang pour les buts encaissés.

Devant, le style de jeu en contre a redonné vie à Anze Kopitar, auteur de 92 points et d’une saison dominante. Le pointeur suivant des Kings, Dustin Brown, affiche seulement 61 points ! Brown porté par Kopitar justement toute la saison. Tyler Toffoli et Tanner Pearson ont dépassé les 40 points mais guère plus. Le rookie Adrian Kempe a inscrit 16 buts et 37 points. Il est clair que la profondeur a souffert de l’absence de Jeff Carter, auteur de 22 points en 27 matchs à son retour. Soulignons enfin les bons débuts d’Alex Iafallo, mais bien porté, lui aussi, par Kopitar.

L’odeur des playoffs a cependant donné des idées à Rob Blake, qui transigea avec Ottawa en fin de saison pour se débarrasser du contrat de Marian Gaborik en échange de celui de Dion Phaneuf, souhaitant colmater les brèches en défense, et de Nate Thompson pour la 4e ligne. Malheureusement, si Phaneuf décocha quelques boulets pour son arrivée, c’est avec lui que Los Angeles a, par la suite, accordé le plus de chances à l’adversaire…

Le premier tour face à Vegas constitua un chemin de croix pour Quick, qui signa l’une des meilleures performances de l’histoire pour un gardien perdant. Si le score des quatre rencontres demeura serré, c’est uniquement grâce au portier noir et argent. Les Kings subirent le jeu avec seulement 47% des tirs et 41,5% des buts anticipés… Au final, la vitesse des Golden Knights n’a fait qu’une bouchée du physique des Kings. Ce constat peut sembler problématique car le cœur de l’équipe a dépassé les 30 ans et est signé à long terme. Brown, Kopitar, Carter, Lewis, Thompson, le nouveau venu Kovalchuk, Phaneuf, Martinez sont tous trentenaires. Doughty a 28 ans, Muzzin 29. Pour les Kings c’est maintenant ou jamais, mais la saison dernière n’indique rien de vraiment bon pour eux. Le style a évolué mais les atouts sont peut-être passés de date.

 

11e – Anaheim Ducks – par Nicolas Leborgne

Dans la série “équipe portée par un joueur en feu”, ajoutons les Ducks d’Anaheim à la liste. Cependant, il ne s’agit pas cette fois d’un attaquant – ou d’un duo d’attaquant – mais d’un gardien. La saison 2017-2018 a vu la consécration de John Gibson parmi l’élite de la ligue. À 25 ans, le natif de Pittsburgh a porté son équipe sur ses épaules au cours de 60 matchs exceptionnels : 92,6% d’arrêts et 2,43 buts encaissés. Il fut le métronome d’une équipe au style de jeu à l’ancienne, selon les désirs de Randy Carlyle. L’entraîneur privilégie le défi physique et son équipe a semblé par moments en être usée. Aucun joueur n’a disputé les 82 matchs, et seuls trois en ont joué 80. Les blessures ont pesé sur les Californiens, car elles ont touché les cadres : Ryan Getzlaf (56 matchs joués), Ryan Kesler (44), Hampus Lindholm (69), Kevin Bieksa (59), Corey Perry (71) avant de perdre Cam Fowler juste avant les playoffs. Cela a forcé le staff à s’appuyer sur d’autres joueurs, qui n’ont pas toujours tenu la baraque. Les Ducks n’ont pas pu compter sur beaucoup de jeunes talents, et, avec 11 joueurs au delà de 30 ans, figuraient parmi les équipes les plus âgées de la ligue. L’expérience certes… mais face à la vitesse des Sharks, Anaheim a juste paru vieux, très vieux. Laminés 4 victoires à 0 sans jamais avoir vraiment une chance de renverser la série, les Ducks finissent avec plus de questions que de réponses. Six saisons de playoffs, cinquième saison au delà des 100 pts, marquées par deux finales de conférences perdues… mais la fenêtre s’est-elle refermée ?

Sur le plan individuel, tout n’est pas à jeter. Getzlaf a mené la charge avec 61 pts en 56 matchs, une prestation digne d’un MVP, distribuant les caviars à la ronde. Principal bénéficiaire, Rickard Rakell a confirmé avec 34 buts et 69 pts, records de carrière. Derrière ce duo, la saison fut bien plus compliquée. Corey Perry a reçu son lot de critiques pour une saison jugée dilettante (17 buts, 49 pts). Jakob Silfverberg a reculé (17 buts, 40 pts), mais cela correspond aussi à son profil d’ailier défensif, chose qu’il a particulièrement bien mené. Ces soucis offensifs ont poussé le staff à sacrifier Sami Vatanen, envoyé aux Devils contre Adam Henrique à un moment où tous les centres de l’équipe emplissaient l’infirmerie. Henrique s’est bien fondu dans le groupe (20 buts, 36 pts en 57 matchs) et a reçu un contrat de 5 ans début juillet. Bonne surprise aussi, Ondrej Kase. Le jeune Tchèque s’installe parmi les solutions d’appoint, avec 20 buts et 38 pts. Andrew Cogliano, qui a vu sa série d’ironman brisée par une suspension (830 matchs, aucun manqué depuis le début de sa carrière), n’aura en revanche marqué que 12 buts (35 pts), même si cela se rapproche de sa production standard. Son travail défensif n’est pas en cause, avec des prestations similaires de Derek Grant et Nick Ritchie. 10e choix de la draft 2014, on attend plus de Ritchie, au jeu très physique, mais guère plus. Globalement, une formation homogène, mais un cran en dessous de la moyenne de la ligue (19e attaque).

La clé fut donc Gibson dans les cages – Ryan Miller faisant de même avec 92,8% d’arrêts en 28 matchs -, et une défense très hermétique. Avec 2,55 buts encaissés, Anaheim se classe 3e de la NHL. Une performance due au brio de la jeune garde, Josh Manson (26 ans, 37 pts) et Brandon Montour (24 ans, 32 pts), qui ont pris le relais des blessés. Manson a surtout dominé dans le jeu (70 buts pour, 40 contre à 5 contre 5). Lindholm compte tout de même 31 pts, dont 13 buts, et reste le défenseur le plus précieux de l’équipe, avec Fowler (32 pts). Un top-4 convaincant, donc. La troisième paire l’a moins été, à l’image d’un Kevin Bieksa acculé dans sa zone.

Au final, Anaheim paraît à la croisée des chemins. L’essentiel de la masse salariale (23,7 millions) concerne Getzlaf, Perry et Kesler, 33 ans et, pour les deux derniers, en déclin évident. Perry, surtout, ne semble pas avoir digéré l’arrivée de Carlyle : après cinq saisons de 30 buts ou plus, il ne compte que 36 buts sur les deux dernières saisons… à 8,6 millions par an. Kesler (8,2 millions), pour sa part, n’a marqué que 14 pts en 44 matchs, écrasé dans son propre camp la plupart du temps, après son retour d’une blessure à la hanche. Le staff aura sans doute des choix à faire, car la division Pacifique est de plus en plus compétitive.

 

10e – Minnesota Wild – par Thibaud Chatel

Les saisons commencent à se suivre et à se ressembler pour Minnesota, une équipe suffisamment costaud pour faire les séries chaque année mais pas assez pour prétendre aux grands honneurs. Doucement mais sûrement, la recette du coach Bruce Boudreau s’est encore une fois mise en marche. Comme l’an passé, le Wild a tout misé sur sa défensive et la limitation des chances de qualité pour l’adversaire. Dans les faits, le Wild laisse donc le palet à l’autre équipe (26e de la ligue pour la possession) et se laisse bombarder, mais de loin. Résultat, pour la deuxième année consécutive, Minnesota termine meilleure défense de la ligue pour les buts anticipés accordés et pour les buts anticipés en général avec 53,8% de ceux-ci à 5 contre 5. Dans les faits, le Wild obtient 52,7% des buts marqués, proche du total anticipé donc, et, si la lutte fut longue, les sept points d’avance sur le 9e de la conférence en fin de saison représentent une marge assez confortable.

La différence au classement avec la saison dernière tient à la baisse du PDO, de 101,7 en 2016-17 à 100,8 cette saison. Celle-ci vient principalement de tireurs moins en réussite, ou plutôt en réussite normale comparativement à une saison royale la campagne précédente. Seuls Eric Staal et Mikael Granlund ont gardé le rythme. Les deux finissent meilleurs compteurs avec respectivement 76 et 67 points. Granlund affiche également les meilleurs indicateurs de jeu de l’équipe. Avec lui sur la glace, Minny obtenait 61% des buts anticipés (!), sans lui, cela tombait à 52%. Il formait également un duo redoutable avec Mikko Koivu, toujours excellent défensivement. Jason Zucker a enregistré 64 points (contre 47 l’an passé), en partageant son temps justement entre les trios de Granlund et de Staal, que du bénef…

Pas épargné par les bobos, Charlie Coyle et Nino Niederreiter ont connu une production en baisse. Le Suisse a même essuyé de sérieuses critiques pour son jeu défensif alors que dans l’ensemble ce fut le seul joueur largement positif pour la possession du palet (52% avec lui sur la glace, 46% sans lui !). Mais sa mentalité offensive ne cadre peut-être pas avec les volontés du coach, au point de faire surgir des rumeurs d’échange ces derniers mois. Zack Parise n’a pu jouer qu’une demi-saison et ses ennuis de santé récurrents commencent sérieusement, à 33 ans, à laisser présager des années difficiles, lui dont le contrat, vestige de l’ancienne convention collective, s’étale jusqu’en 2025…

Derrière, la paire Ryan Suter – Jared Spurgeon a fait la pluie et le beau temps. Ce sont les seuls défenseurs à afficher un taux de possession de 50%, et leurs buts anticipés étaient de 57% pour Suter et 60% pour Spurgeon ! Surgeon qui confirme saison après saison son talent immense et méconnu. Par ailleurs, Matt Dumba a explosé offensivement avec 50 points, bénéficiant d’une vingtaine de matchs aux côtés de Suter durant la blessure de Spurgeon. Autrement, son association avec Jonas Brodin a souffert dans le jeu mais bénéficié d’un PDO très favorable de 102-103. La lecture objective des faits a cependant certainement fait baisser la valeur de Brodin aux yeux de l’organisation alors que Dumba est monté en grade.

Dans les cages, Devan Dubnyk n’a pas connu une vilaine saison avec un taux d’arrêts de 91,8%, proche de sa moyenne en carrière. Pour le reste de l’effectif, en revanche, le Wild a peiné un peu trop fortement. Personne dans le bottom6 offensif n’a dépassé les 25 points. Joel Eriksson Ek a un peu déçu avec 16 petits points mais, à sa décharge, jouer avec Daniel Winnik et Marcus Foligno dans un schéma défensif n’était sûrement pas un cadeau. Les paris Tyler Ennis et Matt Cullen n’ont pas ajouté grand-chose et, au total, le Wild était sans doute trop déséquilibré pour jouer dans la même cour que les grosses écuries de la division Centrale.

Affrontant au premier tour les Jets de Winnipeg, Minnesota a explosé. Avec 59% de la possession et surtout 62% des buts anticipés, les Jets n’ont fait qu’une bouchée d’un Minnesota trop défensif quand arrivent les moments importants. Car, pour se répéter encore une fois, les attaques remportent les séries en NHL. Sept matchs est un laps de temps bien trop court pour attendre que l’adversaire fasse une faute. Contrôler la rondelle équivaut à contrôler son destin en se créant ses propres chances. Machine à gagner en saison régulière, la stratégie de Bruce Boudreau s’est une nouvelle fois heurtée à un mur. Ce mur a couté son poste au DG Chuck Fletcher, non reconduit en fin de contrat. Paul Fenton, adjoint à Nashville, le remplace aux commandes du club mais il apparait réellement difficile de voir le club gravir cette marche supplémentaire pour concurrencer les Nashville et Winnipeg, sans compter avec un St Louis réarmé et Dallas qui pousse. Minnesota est coincé entre deux eaux.

 

9e – Toronto Maple Leafs – par Thibaud Chatel

Toronto c’est l’équivalent de ces jeunes loups qui veulent grandir trop vite dans les films de mafieux. Ceux qui défient l’autorité et pensent mériter leur place au soleil mais finissent par mordre la poussière de la main des vieux sages. Après l’élimination au premier tour des séries 2018, une blague a circulé sur les Internets : 2017 : Toronto éliminé par les expérimentés Capitals, 2018 : Toronto éliminé par les expérimentés Bruins… 2030 : Toronto éliminé par les expérimentés Coyotes… Bien-sûr, Rome ne s’est pas faite en un jour mais il y avait de quoi être frustré pour des Maple Leafs qui comptaient bien capitaliser sur leur lancée de la saison dernière.

Cette idée reposait sur le principe que la bande de jeunes ne pouvait que s’améliorer. Ce qu’elle a fait d’ailleurs. Mais cette saison fut aussi le témoin d’une mise en abime interne entre cette masse de talent tout feu tout flamme et le parrain du gang, Mike Babcock. Aucune équipe n’a été aussi « fun » que les Leafs cette saison. Regarder Toronto c’était s’attendre à un déluge dans les deux sens de la patinoire. Toronto termina ainsi 3e meilleure attaque de la ligue pour les buts anticipés pour mais 28e défense dans l’autre sens ! Et c’est ce qui chagrinait l’entraîneur qui a bien tenté vers la mi-saison de remettre de l’ordre dans tout ça. Mitch Marner, William Nylander sont tour à tour allés faire une visite sur la 4e ligne histoire de retourner à la base. Des vétérans comme Leo Komarov ou Roman Polak reçurent un temps de jeu paraissant disproportionné pour leurs capacités. Conséquence : les indicateurs de jeu de Toronto piquèrent du nez et Babcock se résolu à lâcher de nouveau les rennes en fin de saison.

Au final, les prouesses dans le jeu des Leafs ne furent pas si impressionnantes : 50% de possession et 51% des buts anticipés, dans le ventre mou de la ligue. Toronto a pu cependant compter sur le 2e PDO de la ligue à 101,8. À quel point les tentations conservatrices de Babcock pour améliorer la défense ont-elles bridé le potentiel de l’équipe ? L’an prochain fournira peut-être une portion de réponse car la jeunesse a pris cet été le pouvoir au sein du club. Comme prévu, Lou Lamoriello a passé les rênes et c’est Kyle Dubas, 35 ans et enfant prodige du hockey côté management, qui prend la suite. Dubas n’a pas retenu les services des vétérans aimés de Lamoriello et Babcock : Komarov, Martin, Polak, etc. et Babcock devra faire avec un joueur comme Tyler Ennis en profondeur et des jeunes type Travis Dermott en défense.

La reconstruction des Leafs prendra donc un nouvel envol en octobre prochain, et les fans n’ont jamais été aussi enthousiastes. Les changements internes évoqués plus haut en sont la cause, jumelés bien-sûr avec l’arrivée de John Tavares et l’assurance donnée par Dubas qu’il pourra conserver toutes ses jeunes vedettes au sein du cap salarial. L’ex-capitaine des Islanders endossera donc une casquette de grand frère auprès des Auston Matthews and co.
https://twitter.com/davidnestico200/status/1017232774804262912

Matthews a confirmé son impressionnante saison rookie avec 63 points en 62 matchs. Mitch Marner est passé de 61 à 69 points. Nylander a égalé sa production de l’an passé avec 61 pions. Nazem Kadri est toujours un second centre de luxe efficace. Patrick Marleau a comme d’habitude dépassé les 25 buts. Enfin, Zach Hyman a affiché une progression intéressante avec 40 points et de indicateurs de jeu très positifs. Toronto a par contre dû laisser partir James van Riemsdyk et ses 36 buts vers d’autres cieux. Même chose pour Tyler Bozak. Deux éléments de l’ancienne génération au sacrifice nécessaire.

Que l’on soit conservateur ou non, tout le monde s’accorde pour dire que le chantier se situe derrière. Les deux paires de défense ont semblé déséquilibrées dans un souci de mitiger les risques. Morgan Reilly a trimbalé Ron Hainsey toute la saison, affichant un moyen 49% de possession avec lui, mais 56% sans Hainsey ! De même, Jake Gardiner a porté Nikita Zaitsev. Ensemble, les deux affichaient une possession à 48%, mais le Russe sans Gardiner tombait à 41%… Son contrat semble d’ailleurs la seule grosse épine dans les flancs de Kyle Dubas. Reilly et Gardiner ont chacun engrangé plus de 50 points mais Gardiner a pris symboliquement sur lui le rôle de bouc émissaire pour les trous d’air défensifs à l’issue d’un match 7 effroyable contre Boston. Une défaite dont il se mettait le poids sur les épaules dès la sirène finale. L’aide pourrait cependant venir de l’interne. Connor Carrick, 24 ans, et surtout Travis Dermott, 21 ans, ont démontré des choses très intéressantes, se positionnant tous deux dans le top5 de l’équipe pour la possession et les buts anticipés. Si l’on ajoute Andreas Borgman, Toronto n’aura sans doute pas besoin d’aller chercher un grand nom à l’extérieur, mais plutôt de réordonner ses paires défensives.

Ainsi, si la déception était palpable après l’élimination, celle-ci restait presque attendue. Toronto faisait face dans la division Atlantique à deux des toutes meilleures équipes de la ligue en Tampa Bay et Boston. C’était trop tôt pour les Leafs en 2018, mais la mise à jour estivale permet toujours de croire en des jours très radieux.

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