Bilan de la saison NHL 4/4: San José, Pittsburgh, Boston, Nashville, Tampa Bay, Winnipeg, Vegas, Washington

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8e – San José Sharks – par Nicolas Leborgne

Après la finale 2016, les Sharks avaient perdu au 1er tour en 2017 face à Edmonton. L’effectif, quasi inchangé, espérait rebondir et aller encore plus haut, mais avait perdu l’historique Patrick Marleau, sans que le manager général Doug Wilson ne le remplace. La saison 2017-2018 se termine finalement au deuxième tour face à l’improbable équipe de Vegas, que les Sharks auront poussé jusqu’au match 6. Un match 6 perdu à la maison 3-0, alors que San José trouvait les montants de Fleury à quatre reprises… Tout un symbole.

Malgré cette déception, San José a offert de meilleures statistiques globales que la saison dernière. Cette treizième qualification en playoffs en quatorze saisons prouve que la franchise californienne demeure une valeur sûre. Mieux, elle a franchi les 100 pts – la 2e fois seulement en six saisons. Les soucis ont été réels une bonne partie de l’année, notamment l’attaque. Le jeu des Sharks, trop stéréotypé, a souvent consisté à s’appuyer sur le slap de Brent Burns à la bleue, mais le grand défenseur a peiné à régler la mire pendant la première moitié de saison. Conséquence, le compteur de buts a mis du temps à grimper. Les 3,01 buts par match se classent 13e – une progression par rapport à 2016-17, mais loin des attaques de feu de nombre de leurs rivaux. Avec 2,76 buts encaissés, la 9e place de San José en défense démontre une tendance à des scores modestes, serrés, des matchs qui basculent sur peu de choses. Le jeu de puissance, seulement 16e, ne fut pas un atout, alors qu’en infériorité, 84,8% des situations ont été maîtrisées – 2e total de la ligue.

Un bilan contrasté donc, mais certains choix ont payé. À la deadline, l’arrivée d’Evander Kane fut définitivement un boost favorable, avec 9 buts en 17 matchs, puis 4 de plus en playoffs. L’ancien des Sabres s’est intégré immédiatement et a reçu un contrat risqué de 7 ans et 49 millions dans la foulée, engageant la suite de sa carrière en Californie. Il n’a jamais dépassé les 60 points en une saison, en dépit de quatre saisons à 20 buts…

Kane a donc aidé une attaque qui en avait cruellement besoin, car le centre fétiche, Joe Thornton, n’a pu jouer que 47 matchs, touché au genou. Le grand pivot de 39 ans comptait alors 36 pts dont 13 buts, et semblait avoir retrouvé un certain élan. Sa blessure a coïncidé avec une série de défaites, qui a précipité l’acquisition de Kane. En son absence, la jeune garde s’est efforcée de compenser. Joe Pavelski s’est mué en passeur (44 assistances), ne signant que 22 buts, repositionné au centre, après un début de saison perturbé par des pépins physiques. La finition est venue de Logan Couture (34 buts), Tomas Hertl (22 buts, 46 pts, records de carrière) et Timo Meier (21, dont 18 à 5 contre 5). Les deux jeunes joueurs ont franchi un petit palier, mais ils vont vite devoir endosser un costume bien plus grand… Hertl l’a compris et ses 9 pts en 10 matchs de playoffs sont encourageants. Autres bonnes surprises, Chris Tierney (17 buts, 40 pts, record de carrière) et Kevin Labanc (11 buts, 40 pts), ainsi qu’un retour en forme de Joonas Donskoi (32 pts en 66 matchs). Tierney, surtout, a assumé un rôle majeur en infériorité et se positionne comme un excellent centre de 3e ligne. Labanc, un rookie, a pour sa part brillé en supériorité. Le léger retour en forme de Mikkel Bødker (37 pts) aura surtout permis de l’échanger à Ottawa dans l’affaire Mike Hoffman en fin de saison, contre des choix de draft, tant le Danois a été acculé dans son propre camp toute la saison.

Avec une attaque en difficulté, il fallait donc une défense engagée vers l’avant, ce que Brent Burns a su parfaitement faire. L’homme à la barbe foisonnante a tenté 332 tirs cadrés, 3e de la ligue derrière Ovechkin et Seguin. Il aura mis un temps fou à débloquer son compteur de buts et n’en marque finalement “que” 12 (contre 29 l’an dernier), tout en menant l’équipe en points (67). Malgré tout, il a souffert dans le jeu défensif pur. Certes, il compte des statistiques de possession favorables (54,3%) mais son équipe a encaissé plus de buts qu’elle n’en a marqué avec lui sur la glace. À sa décharge, son partenaire habituel Paul Martin, 37 ans, a fortement ralenti et été blessé les trois quarts de l’année. Il a joué plus en ligue mineure qu’en NHL (18 matchs à 14)… Ce furent donc Dylan DeMelo, Joakim Ryan ou Tim Heed qui se sont succédé. Les deux derniers, des rookies, ont connu une certaine inconstance. Le principal souci de Burns a été un manque de concentration hors glace, illustré par quelques prises de bec avec la presse. Il a sans doute mal digéré le départ de Bob Boughner, qui l’avait beaucoup fait progresser dans son jeu défensif. Loin de la qualité de 2016-17, Burns a cette année commis des erreurs de débutant. Il va rentrer dans la 2e de ses 8 années de contrat et devra se remobiliser.

Ce n’est certes pas vraiment le rôle premier de Burns de défendre, dans le schéma de l’entraîneur Peter De Boer… Ce rôle est plutôt dévolu à la paire Marc-Edouard Vlasic (32 pts) – Justin Braun, qui a assumé les meilleurs trios adverses. Braun, surtout, a atteint un record de carrière sans le moindre point en supériorité : 33 pts à 5 contre 5, soit autant que PK Subban et Seth Jones, excusez du peu… Le duo a cependant souffert en possession. Finalement, la 3e paire aura été solide, avec un Brendan Dillon au top (22 pts), parfait dans son rôle de défenseur physique. Son entente avec DeMelo aura bien fonctionné.

Enfin, dans les buts, Martin Jones aura montré une certaine inconstance avec 91,5% d’arrêts, mais il a brillé en playoffs. Son remplaçant, Aaron Dell, a parfaitement joué son rôle avec des statistiques similaires.

San José semble poursuivre sa mue, entamée l’été dernier avec le départ de Patrick Marleau. Une année de transition : les leaders trentenaires ne parviennent plus vraiment à porter l’équipe à bout de bras. Mais la jeune garde a franchi un cap : Couture, Hertl, Meier, Labanc, Tierney ont tous battu leurs records de carrière en attaque, et Joakim Ryan ou Tim Heed tenu bon en défense. Pas de raison que les Sharks subissent un déclin. Joe Thornton a rempilé pour un an et poursuivra sa route dans le livre des records des meilleurs passeurs, en quête de cette coupe Stanley qui lui échappe depuis si longtemps…

 

7e – Pittsburgh Penguins – par Thibaud Chatel

Remporter deux coupes de suite constituait un exploit pour les Penguins de Pittsburgh dans la NHL actuelle. Trois de suite ? C’était insensé… et ils ne l’ont pas fait… Auraient-ils pu le faire ? Qui sait. La bonne étoile qui doit accompagner les futurs champions semblait avoir cette fois-ci quitté les Pens qui ne vont tout de même pas se plaindre après deux bagues supplémentaires.

La saison régulière a eu un drôle de visage pour la bande de Sidney Crosby. Plutôt à l’aise dans le jeu à 5 contre 5 (7e de la ligue pour la possession comme pour les buts anticipés), Pittsburgh a lutté contre un manque de réussite effrayant, apeurant, historiquement bas. C’est simple, à Noël, Pittsburgh affichait le second pire PDO depuis 10 ans, 300e sur 301 équipes donc ! Si les tireurs luttaient bizarrement pour mettre la rondelle au fond, le problème venait principalement des gardiens. Matt Murray a connu une saison difficile avec un taux d’arrêts de 90,7%, lui qui sortait de saisons à 93% (sur un échantillon de seuilement 13 matchs) et 92,3%. Le pauvre Murray a également perdu son père courant janvier, s’absentant pendant un moment de l’équipe. Son remplaçant Tristan Jarry n’a guère fait mieux (90,8% d’arrêts) et seul Casey deSmith a affiché des choses intéressantes (92,1% en 14 matchs). Mais, au final, Pittsburgh a dû composer avec le 30e taux d’arrêts de la ligue, seul Ottawa faisant pire. 30e également au PDO avec tout juste 98,1, les Pens ont longtemps eu la dynamique sans les résultats, même si leur niveau de jeu pouvait permettre d’espérer un redressement au classement d’ici la fin de la saison, ce qui arriva enfin à partir de la mi-janvier.

En attendant, c’est le powerplay qui garda l’équipe à flot. Avec 26% de réussite, la supériorité numérique des Penguins était la plus efficace de la ligue. La triplette Crosby-Malkin-Kessel n’a plus vraiment besoin d’être présentée… Rajoutez à cela Kris Letang à la pointe et Patric Hornqvist et vous obtenez une arme de destruction massive. 38 des 98 points de Malkin cette saison vinrent du jeu de puissance, 42 sur 92 pour Kessel, 38 sur 89 pour Crosby… Le différentiel de buts négatif à 5 contre 5 était ainsi compensé par les unités spéciales.

Individuellement, le capitaine Sidney Crosby a encore été à la baguette avec 54,7% de possession et 56,5% de buts anticipés en sa présence, parmi les tout meilleurs de l’équipe. En comparaison, les indicateurs d’Evgeni Malkin tournaient autour de 51,5% et ceux de Phil Kessel de 49%, dans le négatif. Kris Letang était revenu en pleine possession de ses moyens et il a pesé positivement sur le jeu. Brian Dumoulin s’est également bien accroché sur la première paire à ses côtés. Patric Hornqvist a connu une autre excellente saison avec 49 points. Gabe Guentzel a vu son pourcentage de réussite aux tirs redescendre sur terre (22 buts et 48 points au final) mais a redécollé en séries avec 21 points en 12 matchs, aux côtés d’un Crosby en feu. Le fond d’alignement a cependant manqué de punch. Riley Sheahan puis l’acquisition Derrick Brassard n’ont pas réussi à dynamiser une 3e ligne qui faisait par le passé la force des Penguins.

Ces Penguins étaient quand même forts, peut-être même plus forts que l’an passé. Après avoir vaincu presque sans encombre les Flyers au premier tour, l’opposition face aux Capitals a cependant vu la chance printanière tourner pour une fois en faveur de l’équipe adverse. Les deux clubs se sont bien partagé le jeu, à 50% de possession et de chances de marquer chacun, mais Washington a enfilé les buts sur un Matt Murray sans réponse alors que Braden Holtby dressait, lui, un mur devant ses filets. L’an passé, Marc-André Fleury avait gagné à lui seul la série et le portier des Caps regardait les attaquants des Pens lui voler autour. Le vent tourne, comme souvent au hockey. C’était au tour des Caps de gagner. Pittsburgh retentera sa chance l’an prochain, et aussi longtemps que ses vedettes feront partie de l’élite de la ligue.

 

6e – Boston Bruins – par Thibaud Chatel

L’année de la renaissance pour les Bruins de Boston. Après une défaite piteuse au premier tour contre Ottawa l’an passé et deux saisons précédentes sans printemps, Boston ressemblait à une équipe à court de ressources, possédant quelques excellents joueurs mais peu de relève. L’entraîneur Claude Julien avait été mis dehors en février et remplacé par son assistant Bruce Cassidy. Si le système de Julien, parmi l’un des plus dominants de la ligue la dernière décennie, avait ses failles, un Tuukka Rask en baisse constante n’avait pas aidé les récents résultats. Et l’équipe avait fini la saison sous Cassidy avec des indicateurs de jeu sur la pente descendante. Un signe d’une baisse de niveau comme celle qui avait suivi le départ de Babcock à Détroit ?

Pas du tout. Nous penchions dans ces pages pour un affaiblissement continu des Bruins et ceux-ci ont prouvé tout le contraire. Bruce Cassidy a pris le système de Julien et l’a perfectionné. Il a surtout changé la mission du trio Brad Marchand – Patrice Bergeron – David Pastrnak. Habitués auparavant à faire face aux meilleurs trios adverses et aux départs en zone défensive, la ligne s’est vue déchargée de ce poids pour libérer ses capacités offensives. Résultat, Marchand a enfilé 85 points en 68 matchs, Pastrnak 80 en 82 et Bergeron 63 en 64, s’approchant pour la première fois de sa carrière du point par match. Des performances records pour tous, qui s’accompagnaient de la même dominance dans le jeu. Avec Bergeron sur la glace à 5 contre 5, Boston affichait 57,2% de possession, tout simplement le 2e parmi tous les joueurs de la ligue. Ensemble, les trois ont enregistré 58% de possession, 53,5% des buts anticipés et 60% des buts inscrits et nous ne serions pas les premiers à les qualifier de meilleur trio de la ligue.

Collectivement, les Bruins ont roulé sur la NHL comme aux débuts des années 2010. Meilleur taux de possession, 3e aux buts anticipés, un des systèmes défensifs les plus hermétiques, le 4e powerplay, la 3e infériorité numérique… Tuukka Rask a également semblé renaître de ses cendres après un début de saison difficile, ajoutant au système de jeu un dernier rempart de luxe. Le rookie Charlie McAvoy a remodelé la défense à lui-seul. Avec 32 points en 63 matchs, 56% de possession et 54% de buts anticipés, tout cela face aux meilleurs trios adverses, McAvoy aurait largement pu prétendre au titre de rookie de l’année s’il n’avait pas raté une vingtaine de matchs et sans la concurrence de Matthew Barzal. Il a transporté le vieux Zdeno Chara sur son dos toute la saison. De 55,3% de possession avec McAvoy, Chara tombait à 49,7% sans lui ! Derrière, Torey Krug a pu tranquillement enfiler 59 points avec un Brandan Carlo plus à son aise dans un rôle de numéro 4.

Ce mix de vétérans et de jeunes illustre la saison des Bruins. L’afflux massif de sang neuf a redonné cette profondeur manquante derrière les piliers du club. Boston doit ainsi 58 buts et 174 pts à ses rookies, n°1 de la ligue devant New Jersey (156 pts). Danton Heinen, 23 ans, a terminé 5e compteur du club à 47 points, formant avec Riley Nash et David Backes un 3e trio dominant dans le jeu. Jake DeBrusk, 21 ans, fut 7e compteur du club avec 43 points en 70 matchs. Il a surtout transporté un David Krejci qui peine sur la glace sans une telle aide. De 54% de possession avec DeBrusk, Krejci tombait à 49% sans lui. Un constat qui a poussé les rumeurs d’échange cet été pour le vétéran.

Au terme des 82 matchs, Boston figurait donc logiquement parmi les quatre grosses écuries de la ligue avec Nashville, Winnipeg et Tampa Bay, au point de payer pour un renfort comme Rick Nash. Tampa Bay qu’ils étaient appelés à retrouver dès les demi-finales de conférence. Il fallait avant cela passer les Maple Leafs de Toronto au premier tour, un mal qui aurait été évité sans une défaite lors de la dernière journée de la saison face à Florida. Défaite sans laquelle Boston aurait terminé première de l’Atlantique et aurait tranquillement affronté New Jersey en première ronde. Le résultat de ce contretemps fut une lutte sévère de sept rencontres face à Toronto, dans laquelle Boston laissa beaucoup de plumes physiquement. Arrivée lancée face aux Lightning, la machine s’enraya dès le second match et Tampa fila en finale en cinq petites parties. Le nombre de joueurs blessés était rédhibitoire, notamment un Bergeron touché à l’aine et Tampa remporta ses face à face sur la glace.

Coup du sort ? Le fait d’affronter un autre favori si tôt était de toute façon au programme, même avec un effectif en santé. La bonne nouvelle est que Boston a retrouvé le plus haut niveau, réussissant une mini-reconstruction en 2-3 ans. Si les jeunes pouvaient enlever un peu plus du poids reposant sur les épaules de Bergeron pour qu’il arrive en forme au printemps, Tampa et Toronto auront bien un 3e adversaire dans l’Atlantique.

 

5e – Nashville Predators – par Thibaud Chatel

La déception des Predators. Passés si proches l’an passé (sans vouloir reparler de la performance de Pekka Rinne en finale, ni du premier but refusé pour un hors-jeu millimétré lors du premier match…), tout recommencer pouvait sembler une longue corvée pour Nashville. Un peu à l’image des Sharks en 2016-17, la saison régulière devait constituer une interminable balade avant le début des vraies affaires.

Ce fut le cas… 82 matchs, le trophée du Président en poche et un effectif en santé pour aborder les séries. L’année servit en fait essentiellement au Directeur Général David Poile à renforcer son équipe afin de se donner toutes les chances d’aller cette fois-ci au bout. Si la signature de Nick Bonino donnait un 3e centre aux Preds, le principal chantier demeurait de trouver un second centre de niveau top-6. La perte de Ryan Johansen en playoffs l’an passé avait clairement laissé transparaître la faiblesse lorsqu’il s’est agi d’affronter les centres des Penguins en finale. Ce fut chose faite lors du deal à trois pour Matt Duchene, dans lequel Nashville récupérera Kyle Turris en échange notamment de l’espoir Samuel Girard, de toute façon barré par le top-4 actuel de la défense. En 61 matchs ensemble, la ligne Turris – Kevin Fiala et Craig Smith afficha 58% de possession, le 2e rendement de la ligue à ce chapitre, 61% des buts anticipés et 72% des buts inscrits. Une performance en béton.

À la date limite des échanges, Poile acquit Ryan Hartman, payant certes le prix fort mais ajoutant un jeune joueur capable de suivre le noyau de l’équipe pour de nombreuses années. Il avait auparavant réussi à convaincre Mike Fisher de sortir de sa retraite à temps pour les séries. Enfin, Eeli Tolvanen, le choix de première ronde 2017 et qui a mis le feu à la KHL avec le club des Jokerit s’est joint au club pour la fin de saison, même s’il ne vit pas une minute de glace au final en séries.

Collectivement, le système du coach Laviolette n’avait guère évolué depuis l’an passé. 6e taux de possession de la ligue avec 52% des tirs tentés, Nashville perdait toujours autant en qualité en raison de tirs trop lointain et leur taux de buts anticipés a longtemps stagné en dessous des 50%, avant de dépasser tout juste cette marque en fin de saison. Et encore, cette amélioration fut surtout dû au retour au jeu de Ryan Ellis, qui solidifia la défensive en repoussant loin dans l’organigramme Alexei Emelin. L’équilibre d’un ensemble tient ainsi souvent en NHL à son membre le plus mauvais. La saison de P.K. Subban en est l’exemple parfait. En l’absence d’Ellis, Matthias Ekholm est allé épauler Roman Josi et Subban s’est donc retrouvé en compagnie de Emelin. Les deux ensemble ont affiché une possession de 47,6%, très négative. Sans Emelin ? Subban s’élevait à 57,6% ! Et Emelin sans Subban tombait à 44%… À nouveau mis avec Ekholm sur la deuxième moitié de saison, la paire habituelle affichait en comparaison 55% de possession… Malgré le Russe et le fait d’être largement employé en zone défensive par Peter Laviolette, Subban a presque égalé sa meilleure production en carrière avec 59 points et un record de 16 buts, se méritant une nomination comme finaliste au trophée Norris. Roman Josi a connu une saison à la hauteur de ses standards avec 53 points et Ellis en a mis 32 en 44 matchs.

Devant, le trio Forsberg – Johansen – Arvidsson est toujours aussi efficace et celui de Turris complétait enfin un top-6 de ce nom pour les Preds mais le fond d’alignement, la 4e ligne et la 3e paire ont peiné. Rendu en séries, l’Avalanche du Colorado a offert une résistance honorable mais vaine. La véritable épreuve pour les Preds venait ensuite face aux Jets de Winnipeg, ce que l’auteur de ces lignes pensait être une finale avant l’heure. Le monde du hockey priait pour une série en 7 matchs et les deux équipes nous l’ont offerte. Mais tout au long de l’affrontement, il a semblé que Winnipeg possédait davantage de profondeur et surtout une vitesse de plus, qui, lorsque actionnée, laissait les Preds loin dans le rétroviseur. Chaque fois que Nashville a réussi à garder le match serré, ils se sont imposés, mais les quatre victoires des Jets l’ont été par 3 ou 4 buts d’écart.

Ce qui nous amène à Pekka Rinne. Auteur d’une excellente saison à 35 ans avec 92,7% d’arrêts, son meilleur résultat en carrière, il s’est vu décerné le trophée Vezina du meilleur gardien (peut-être pas totalement mérité mais c’est une autre question), et a ainsi fait taire de nombreux sceptiques. Mais voilà, au moment crucial, le match 7 contre les Jets, il commit de nouveau deux énormes boulettes qui mirent le match hors de portée des Preds. Il est difficile de lui faire porter personnellement le chapeau, mais dans une ligue où avoir le meilleur gardien n’est pas un gage de succès, avoir un cerbère fiable et prévisible l’est bien davantage. Derrière lui, Juuse Saros a réalisé une excellente saison (92,5% d’arrêts en 26 matchs). À voir quel sera l’équilibre du tandem l’an prochain alors que Nashville poussera encore très fort pour soulever le trophée.

 

4e – Tampa Bay Lightning – par Nicolas Leborgne

Favori affiché de la saison, Tampa Bay a échoué, encore une fois, en dépit d’une saison record de 113 pts. Finaliste de la coupe Stanley 2015, le Lightning atteint le carré final pour la deuxième fois depuis et semblait disposer de tous les atouts. Le départ canon cette saison s’est appuyé sur une attaque inarrétable et une défense de fer. La deuxième moitié de saison fut un cran en dessous, mais Tampa a retrouvé ses valeurs en playoffs. Avec 3,54 buts par match, la meilleure attaque de la ligue (de loin, le deuxième n’étant qu’à 3,33 !) a pourtant disparu au pire moment. Le Lightning a été blanchi face à Washington, au match 6 qui leur aurait permis de boucler la série, puis au 7e à domicile. Le tout après avoir perdu les deux premiers matchs de la série à domicile, alors que l’équipe avait bouclé les deux premiers tours en cinq manches. De quoi se taper la tête contre les murs, car en face, Holtby n’avait connu aucun blanchissage cette saison !

Car oui, l’attaque floridienne a terrorisé toute la NHL. Nikita Kucherov semblait parti pour conquérir les titres de meilleur buteur et pointeur. Il a ralenti en deuxième partie, et a finalement été dépassé par McDavid. Tout de même, ses 39 buts (31 à 5 contre 5) et 100 pts lui ont valu une extension de contrat qui l’amènera jusqu’en 2027, à 9,5 millions par an. Ses volées ravageuses du cercle droit n’ont eu d’égales que celles de son capitaine Steven Stamkos à gauche. Enfin en santé (78 matchs joués), Stamkos a signé 27 buts, dont 15 en supériorité, et 86 pts. Vladislav Namestnikov a joué le rôle de centre (20 buts, 44 pts) avant d’être échangé à la deadline. JT Miller l’a remplacé poste pour poste avec la même efficacité (18 pts en 19 matchs)… Clairement, les deux snipers n’avaient pas besoin de grand monde.

La force de Tampa est venue de sa profondeur de banc quasi inégalée. Le jeune Brayden Point a dominé la deuxième ligne, signant 32 buts et 66 pts avec un énorme rôle défensif. Tyler Johnson, replacé sur l’aile (21 buts, 50 pts) et Ondrej Palat (35 pts en 56 matchs) l’ont accompagné. La révélation de l’année fut en troisième ligne, avec l’éclosion de Yanni Gourde (25 buts, 64 pts), 4e marqueur de l’équipe et étonnant rookie, non drafté, passé par l’ECHL. Avec Alex Killorn (47 pts) et Chris Kunitz (29 pts), les solutions ne manquaient pas… Le système de Tampa produit jeune sur jeune, à l’image de l’excellente fin de saison d’Anthony Cirelli (11 pts en 18 matchs et 53,8% de possession à 5 contre 5).

Jon Cooper avait de quoi faire donc, même si cela n’a pas suffi face à Washington. L’apport de ses défenseurs a parfaitement complété le jeu. Victor Hedman, avec 17 buts et 63 pts, a décroché son premier trophée Norris de défenseur de l’année. Il faut dire qu’il fut sur la glace pour 76 buts marqués contre 50 encaissés à 5 contre 5… Une saison dominante aux côtés de son compère Anton Strålman (18 pts). Ajouter Ryan McDonagh à la deadline avait tout du luxe, d’autant qu’il n’a pas trop produit (3 pts en 14 matchs) avant de signer 5 assistances en playoffs. Qu’importe, l’ex-Ranger a prolongé pour sept ans dès la saison terminée, complétant un top-4 mobile aux côté de Mikhail Sergachev. Le jeune Russe acquis dans l’échange Jonathan Drouin a connu une première saison productive (40 pts), dominant en possession (53,8%), dans un rôle protégé. La troisième paire Coburn-Girardi fut bien plus à la peine, dominée en possession assez nettement. Seul petit bémol d’une équipe qui a bien souvent campé dans la zone adverse (7e de la ligue avec 51.63% de possession)…

Une attaque de feu, une défense solide (13e de la ligue) : il manquait un gardien majeur, et le jeune Andrei Vasilevskiy a parfaitement tenu son rôle. Son début de saison exceptionnel a suffi pour le positionner dans les trois nominés au trophée Vezina, en dépit d’une fin de saison moins dominante. Il termine avec 91,9% d’arrêts tout de même, et des statistiques identiques en playoffs. Il n’aura pas volé de matchs contre les Capitals, malgré tout.

Tampa a donc dominé son sujet, au coude-à-coude avec Boston toute la saison avant de rafler le titre de conférence Est. La majeure partie de l’effectif est encore sous contrat à long terme, à des tarifs défiant toute concurrence. Steve Yzerman est peut être le meilleur manager général de la ligue, mais il lui manque une coupe. Un nouvel échec en 2018-2019 ferait désordre.

 

3e – Winnipeg Jets – par Nicolas Leborgne

Les Jets furent l’une des équipes de l’année et peuvent tirer un bilan très positif de leur saison. La progression de 27 pts au classement par rapport à 2016-17 témoigne d’une amélioration sensible de l’effectif. Malheureusement, la division Centrale est très relevée, et Winnipeg a sans doute laissé trop de forces dans une bataille dantesque contre Nashville au deuxième tour. Les sept matchs dans les jambes furent de trop face à Vegas. La défaite en finale de conférence Ouest, avec un scénario improbable – qui aurait prédit des buts gagnants de Ryan Reaves ?! -, ne doit pas pour autant diminuer les mérites de cette saison remarquable. Le public a répondu présent en masse dans ces phases finales et fait de Winnipeg une place forte difficile à conquérir.

La première arme de l’équipe dans son chemin parmi les prétendants au titre fut Connor Hellebuyck. Le gardien de 25 ans a parfaitement réagi à l’arrivée l’été dernier d’un concurrent : Steve Mason, signé 2 ans et 4,1 millions, qui fut au contraire l’un des pires agents libres de l’année. Hellebuyck aura joué 67 des 82 matchs, et termine avec 92,4% d’arrêts, 2,36 buts encaissés et six blanchissages. De quoi figurer parmi les trois candidats au trophée Vezina. Mieux, il a produit de manière comparable en playoffs.

Devant lui, la défense a fait aussi bien, avec la 5e moyenne de buts encaissés (2,63), ce qui allait de pair avec la 2e attaque (3,33) et la 9e place en possession (51,5%). Sur le plan collectif, Winnipeg n’a pas volé sa place dans le carré final.

Au rayon individuel, bien peu de lignes furent aussi dominantes que la première. Au centre, Mark Scheifele a consolidé sa place parmi les meilleurs de la ligue. Il signe 23 buts et 60 pts en 60 matchs, dominant le jeu comme bien peu de joueurs. Ses 14 buts en 17 matchs de playoffs sont exceptionnels. Son ailier droit, Blake Wheeler, termine meilleur pointeur de l’équipe avec une saison ébouriffante de 23 buts, 68 assistances et 91 pts : 9e marqueur et meilleur passeur, ex-aequo avec Claude Giroux. Mieux, il a contribué avec 21 pts, dont 18 assistances, lors des phases finales. La vision du jeu de Wheeler en avantage numérique a surtout permis au troisième larron, Patrik Laine, de se lancer sur les traces d’Ovechkin. Le Finlandais plante 44 buts, dont 20 en supériorité, et 70 pts pour sa deuxième saison NHL, avec une réussite au tir de 18,3%. Le plus étonnant venant de l’origine des tirs, bien souvent assez lointaine. Laine est un réel sniper au profil assez rare, mais il a eu du mal en playoffs (5 buts seulement).

La deuxième ligne aura été tout aussi dangereuse, autour du jeune Danois de 22 ans Nikolaj Ehlers (29 buts, 60 pts mais aucun but en playoffs), du rookie Kyle Connor (31 buts, 57 pts), qui a d’ailleurs fini la saison en première ligne, et de Bryan Little, l’ancien de l’équipe, auteur de 43 pts. Winnipeg a surtout franchi un palier statistique au retour de blessure de Mathieu Perreault (17 buts, 39 pts en 70 matchs), clairement sous-estimé.

Joel Armia, Andrew Copp et Adam Lowry ont aussi franchi les 20 pts, offrant une belle profondeur de banc. Adam Lowry, surtout, a joué un rôle majeur pour étouffer les meilleurs trios adverses, s’installant parmi les meilleurs attaquants-défensifs de la ligue. L’acquisition de Paul Stastny a la date limite des échanges a illustré les nouvelles ambitions des Jets, et le centre vétéran s’est parfaitement ajusté en deuxième trio, signant 13 pts en 19 matchs, puis 15 en playoffs. Winnipeg n’a cependant pas réussi à la retenir et il a rejoint Vegas au 1er juillet.

Le 5e jeu de puissance de la NHL s’est donc appuyé sur une ligne d’attaque variée, mais aussi sur des artilleurs spectaculaires. À ce titre, Dustin Byfuglien fait figure de menace constante, combinaison d’impact physique et offensif. Il n’a certes marqué que 8 buts, mais ses 43 pts, dont 22 en supériorité, démontrent que sa qualité de relance est du niveau élite. Il a encore haussé son niveau en playoffs, avec 5 buts et 16 pts en 17 matchs. Un Tyler Myers digne des attentes placées en lui après son trophée Calder (36 pts), un Josh Morrissey en talent émergent de défenseur-pur (26 pts) et un Jacob Trouba en progression (24 pts) complètent un top-4 mobile. Disposer de Dmitry Kulikov et Ben Chiarot en 3e paire, ce n’est pas mal non plus, avec Joe Morrow pour la profondeur, ce qui a renvoyé Tobias Enström, pilier historique du club, à ses études, handicapé par des pépins physiques.

Au final, une saison record de 114 pts, de nombreux records de carrière et une historique finale de conférence. Les Jets ont connu la plus belle saison de leur histoire et, au vu de la moyenne d’âge de l’effectif, semblent destinés à prétendre au titre encore quelques années.

 

2e – Vegas Golden Kinghts – par Thibaud Chatel

Vegas, Vegas, Vegas. L’histoire de cette saison. L’histoire d’un scénario presque parfait. L’histoire d’étoiles parfaitement alignées, presque trop. Trop d’ailleurs, au point de dérailler au pire moment. Tout a été dit ou presque sur cette saison historique et nous ne pensons pas forcément qu’il faille revenir point par point sur le parcours des Golden Knights mais plutôt s’en servir comme une réflexion sur la NHL.

Peut-on être champion sans faire exprès ? Vegas semble l’avoir démontré cette saison. Même s’ils n’ont pas soulevé la coupe, les Knights ont personnifié une ligue où la réussite a un impact majeur. Vegas a incarné le fait que dans un monde très homogène, un petit coup de pouce du destin peut mener loin. Que devaient être les Knights cette saison ? Dans les termes même de leur Directeur Général George McPhee, une équipe assurant un minimum de spectacle pour bâtir un marché mais surtout une franchise d’expansion en construction pour le long terme comme l’a montré son repêchage d’expansion. Celui-ci s’est concentré sur l’acquisition de choix de draft en échange de ne PAS choisir certains bons joueurs et sur l’obtention de vétérans pouvant être ré-échangés dans la foulée, toujours pour accumuler espoirs et choix de draft. Les David Perron, James Neal, Marc-André Fleury devaient être les exceptions et leaders du groupe, des choix évidents qui devaient apporter un minimum de crédibilité aux Knights.

C’est là qu’intervient le premier élément du destin. Rien, mais rien au monde n’obligeait Florida à offrir Jonathan Marchessault et Reilly Smith contre un simple choix de 4e ronde… Marchessault enfila 27 buts avec Vegas cette saison… Il en avait mis 30 avec Florida l’an passé… Rien n’obligeait Boston à laisser Colin Miller libre au repêchage, un joueur connu pour son potentiel encore non exploré. Tout comme Nate Schmidt à Washington, même si les Caps refusèrent surtout de payer pour le rendre intouchable. Schmidt devait être le joueur le plus utilisé cette saison par Vegas. Enfin, rien n’obligeait non plus Anaheim à laisser libre Shea Theodore, désormais le futur leader de la défense dans le désert. McPhee a surtout profité des erreurs des autres DG plus qu’il n’a fait de trouvailles lui-même. Aucun mal à cela, dans le sport il faut un gagnant et un perdant, même en coulisses, mais cela indique surtout les priorités bizarres de certains dirigeants dans la ligue.

McPhee eut finalement bien du mal à se départir des vétérans repêchés qu’il pensait monnayer par la suite. Methot, Emelin partirent pour de modestes choix mais Jason Garrison, Luca Sbisa ou Deryk Engelland passèrent la saison à Vegas, même si ce dernier, aux liens étroits avec la communauté, devait surtout servir d’ambassadeur. Et quand McPhee a dû passer à l’action, il a offert un trésor à Détroit pour un choix de 1er tour, un de 2e et un de 3e pour Tomas Tatar à la date limite des échanges. Tatar qui finalement regarda les playoffs de la passerelle… Un trésor qui devait servir à construire l’équipe à long terme et qui sert déjà à faire des folies. On passera sur l’affaire Vadim Shipachyov. Trois matchs en NHL et Vegas déclara qu’il n’avait pas ce qu’il fallait pour jouer dans la ligue. Pourquoi l’avoir signé au prix fort dans ce cas après des mois de scouting ? Voilà pour la réflexion sur la direction managériale de l’équipe.

L’élément suivant du succès des Knights est relatif au contexte de la division Pacifique, un concours de médiocrité cette saison. Arizona et Vancouver étaient hors compétition. Edmonton s’est enfargé dans ses erreurs. Calgary n’a pu lutter avec un PDO de 98,7. Anaheim a joué avec un effectif décimé par les blessures. Los Angeles a survécu grâce à Jonathan Quick et seul San José a un peu surnagé malgré des gardiens en grande difficulté. Dans ce contexte, terminer premier de la division ne demandait pas un grand effort. Non pas que Vegas a été mauvais, loin de là. Mais le 12e taux de possession de la ligue et le 16e pour les buts anticipés, le 11e powerplay et la 10e infériorité ne constituent pas vraiment un CV impressionnant. Un PDO positif de 100,6 a boosté ces performances et celui-ci aurait été bien supérieur sans l’intérim horrible de 16 matchs de Maxime Lagacé dans les cages…

À son crédit, le coach Gerard Gallant avait bâti un système prompt à surprendre ses concurrents de la Pacifique. Défense resserrée (9e pour les buts anticipés concédés) et projection rapide en attaque, le jeu des Knights a pris de vitesse toute la division, et ce jusqu’en finale de conférence où, pour la première fois de la saison, Vegas tomba sur un adversaire supérieur dans le jeu. Se rendre sans contestation jusqu’au dernier carré avec une équipe objectivement à peine supérieure à la moyenne dit tout de l’adversité rencontrée par les Knights. Ils en ont profité et c’est tout à leur honneur, mais imaginez cette équipe dans une autre division… Les dominations vont et viennent en NHL, et gagner c’est aussi tomber sur les bons adversaires au bon moment.

Le dernier élément du succès de Vegas vient de la réussite individuelle des joueurs. Oui, Florida a offert sur un plateau les deux tiers du premier trio des Knights, trio qui s’est montré dominant sur la glace. Mais le troisième larron, William Karlsson, au potentiel incertain à Columbus, a vu son étoile briller dans le ciel toute la saison. Son pourcentage d’efficacité de 23,4% était tout simplement aussi imprévisible qu’anormal, se plaçant dans le top-10 de la décennie. Rappelons que les tous meilleurs snipers de la ligue tournent en carrière à 14-15% de réussite et que la moyenne de la ligue est autour de 8%, ce qui était le cas de Karlsson avant. Ses 43 buts sont le reflet de cette chance d’une vie. À 15%, il aurait enfilé 27 buts plutôt que 43. C’est certainement là, autour de 25, qu’il faut s’attendre à le voir ces prochaines années et Vegas devra trouver les buts manquants ailleurs. Enfin, si Karlsson a mis si longtemps à resigner, c’est que Vegas avait bien du mal à estimer le potentiel réel du joueur, démêlant le vrai des faux semblants. Il a finalement signé 1 an pour 5,25 millions, coupant la poire en deux : un contrat « pour voir » s’il peut faire aussi bien.

Dernier élément : la performance de Marc-André Fleury dans les cages. À 33 ans, l’ex-Penguins a connu sa meilleure saison en carrière, avec un taux d’arrêts de 92,7%, lui qui tourne à 91,3% depuis le début de sa carrière. Le vétéran a un peu adapté son style mais il a objectivement joué au-dessus de ses moyens, comme en est capable un gardien pendant un temps donné. Cela a continué en séries, le temps d’emmener Vegas en finale de la coupe Stanley. Et surtout, au moment où Vegas a heurté un mur face aux Jets, Fleury a porté son équipe sur ses seules épaules, atteignant le summum de sa saison au meilleur moment. Le revers inévitable de la médaille fut un écroulement en finale face à Washington. Dommage pour lui mais cela était prévisible. Avant la finale, sa performance se situait à la hauteur de celle de Tim Thomas en 2011 ou de Jonathan Quick en 2012. Trop belle pour être vraie.

En général, même si Washington a été meilleur dans le jeu, bloquant notamment la zone neutre et donc les projections offensives des Knights, leur coupant les jambes, Vegas a vu la réussite disparaître d’un coup en finale. Alors que tous les rebonds et breakaways semblaient rentrer face aux Jets, ce fut l’inverse contre les Caps, à l’image du raté de Tuch à la fin du match 2.

Vous l’aurez compris, malgré tous les chapeaux que l’on peut tirer aux Knights (sans oublier la ferveur populaire créée, dans le contexte douloureux de la fusillade d’octobre), leur performance doit être mise en contexte. La ligne éditoriale saluant l’esprit collectif des joueurs, leur ardeur à voir chaque soir un coéquipier se venger de son ancien club, ces belles histoires n’ont pu résonner que grâce à la bonne étoile sous laquelle le club a vécu cette saison. Mais voir l’histoire se répéter l’an prochain est très improbable. Vegas a raté SA chance, dommage, mais l’histoire fut belle.

 

1er – Washington Capitals – par Thibaud Chatel

La rédemption, la consécration au moment où le monde l’attendait le moins. Washington a remporté la coupe Stanley. Alex Ovechkin a enfin soulevé le précieux trophée avant de festoyer comme un damné, lavant des années d’affront pour le bonheur de tous les amateurs de joie de vivre. Pourquoi maintenant ? Comment ? C’est le grand mystère de la saison.

Double détenteur du trophée du Président, grand favori historique à la coupe, voici deux saisons que Washington butait sur le futur champion Pittsburgh en demi-finales de conférence. Perdre contre le futur vainqueur, c’est rageant mais que peut-on y faire ? (demandez au PSG). La plus grande manœuvre réalisée par Washington cette saison a certainement été d’avancer masqué. Sans grands changements à l’intersaison, si ce n’est quelques trous laissés en défense, les Caps ont certes quasi tout le temps mené la danse dans la division Métropolitaine mais il fallait remercier pour cela un PDO très favorable de 101,6, le 4e de la ligue, masquant la 24e possession et le 26e taux de buts anticipés… Washington affichait donc durant la saison régulière des indicateurs de jeu côtoyant ceux des Islanders, de Vancouver ou Arizona… Pas franchement de quoi faire peur et nous étions nombreux à prévoir un nouvel échec tôt en séries, une fois la réussite envolée.

C’est la raison pour laquelle les modèles statistiques n’ont pas venu venir les Caps. Notre prédicteur Normandy les a donné perdants à chaque tour et Washington était 22e au Cup Score, qui avait placé le futur vainqueur de la coupe parmi son top-3 les cinq dernières saisons (Tampa, Boston, Winnipeg cette année). Tout cela car ces modèles se basent sur les données de la saison régulière, de loin les plus prédictives historiquement. Jamais une équipe n’avait autant changé de visage entre les deux phases de la saison. Mais quand on y pense, ce n’est pas New Jersey ou Colorado qui a causé la surprise (sans vouloir offenser), c’est un ex-grand favori qui a retrouvé ses moyens à temps.

Quelle fut donc le miracle de Washington ? Il faut regarder derrière pour cela. Conscients du gruyère qui tenait lieu de défense durant la saison régulière, les Caps se sont attachés à recruter des défenseurs capables de garder la rondelle à la date limite des échanges. Prenant leur chance avec les deux Tchèques Jakub Jerabek et Michal Kempny, c’est ce dernier qui trouva sa niche au sein du top-4 à la bleue aux côtés de John Carlson, derrière le solide duo Orlov-Niskanen. Une addition par soustraction car le principal bénéfice de l’arrivée de Kempny était de repousser Brooks Orpik loin dans l’alignement, un bien fou pour l’équipe. Avec Orpik sur la glace, la possession de Washington baissait cette saison de 5% et les buts anticipés de 8%… Un gouffre sans fond. Résultat, les buts anticipés accordés par Washington en séries les auraient placés au 2e rang de la ligue en saison régulière, un bond positif impressionnant.

Le reste est de la poésie. Ovechkin a enfilé 49 buts et s’est montré décisif en série. Mais rien de nouveau pour celui qui tournait déjà à un point par match au printemps depuis le début de sa carrière (et dépassait déjà Crosby lors de leurs affrontements directs), mais la victoire fait ressortir les bons côtés de l’histoire. Braden Holtby a dominé son sujet. Rien de nouveau pour celui qui détient le meilleur pourcentage d’arrêts en playoffs parmi les gardiens actifs. Pensez-y, en carrière, Holtby a arrêté 92,9% des palets en 82 matchs de séries. Une saison complète à un rythme digne d’un trophée Vezina. Mais, là aussi, la victoire fait enfin rejaillir le bon côté des choses. Evgeny Kuznetsov a mis 32 points en 24 matchs de séries, Nicklas Bäckström 23 en 20, lui qui tourne aussi à un point par match en playoffs depuis le début de sa carrière. Lars Eller réalisa des séries d’une maîtrise rare. Enfin non, il a toujours fait cela, mais la victoire… Bref, vous aurez compris.

La victoire de Washington c’est la défaite des mauvaises langues. Celles qui critiquaient Ovechkin et sa capacité à mener son équipe à la coupe. Celles affirmant qu’une équipe habituée à perdre ne peut se mettre à gagner. Celles ne voyant en Washington qu’une bande d’individualités… Les Caps ont également gagné avec 3 centres européens, et seulement 4 Nord-Américains au sein des 10 joueurs les plus utilisés (Carlson, Niskanen, Oshie, Wilson). C’est aussi la revanche du coach Barry Trotz, habitué à dominer en saison régulière mais à faire chou blanc en séries. Il a cette fois construit une équipe moins en contrôle du palet mais plus dynamique lorsqu’elle l’avait dans ses palettes. L’histoire lui a donné raison. Washington champion, c’est le sacre de l’imprévu et c’est tant mieux.

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