Interview de Stéphan Tartari (manager de Bordeaux)

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La première journée de Ligue Magnus reprend ce soir, et l’envie ne fait que croître. Le club qui aura fat le plus parler de lui à l’intersaison – et pas toujours pour de bonnes raisons – est sans conteste Bordeaux. Nous reviendrons sur ce cas par la présentation de l’équipe qui sera publiée en début de semaine prochaine, ainsi que par des interviews des joueurs et du staff publiées au fur et à mesure.

Nous commençons par Stéphan Tartari, le manager général des Boxers.

– Comment tu abordes cette saison, après toutes ces années, ce n’est pas évident, avec une petite contrainte supplémentaire ?

Je cache pas qu’il y a eu un été compliqué, avec pas mal de stress, pas mal d’attentes. Finalement, début septembre, on a été quand même un peu soulagé. C’est vrai qu’on part avec moins 9 points, et c’est une première bien sûr. D’autres clubs l’ont déjà eu, donc ce n’est pas insurmontable, mais quand même soulagé au niveau de l’état d’esprit du groupe, de l’ambiance qui règne dans le vestiaire, ça c’est un gros soulagement.

Hâte que ça commence bien sûr, on a eu des matchs de prépa qui ont été bons, on a eu 2 matchs compliqués contre Angers qui était bien rodé, bien en place, mais ça augure de belles choses. Je trouve qu’on est plutôt pas mal sur ce début septembre avec, comme je dis, un état d’esprit et d’excellents joueurs qui ont envie de bien faire.

– Ces soucis financiers, et ces moins 9 points, ça ne va pas endiguer la marche en avant du club, la progression qui était prévue ?

C’est sûr qu’on aurait préféré commencer comme tout le monde, à 0, mais 9 points c’est 3 victoires, à nous, dès ce vendredi à Lyon, d’essayer de rattraper une partie du retard. Plus vite ça sera rattrapé, plus vite ça sera oublié, c’est sûr.

Je me rappelle de Grenoble, il y a 2 ans, ils avaient perdu leurs 2 premiers matchs, donc sur certaines équipes ils étaient déjà à 12-15 points de retard, finalement après ils ont eu 20 victoires d’affilée, certes ils n’avaient peut-être pas la même équipe qu’on a, mais bon… Il faut aller match par match, vite arriver à 0, et puis se mettre en marche en avant pour accéder aux playoffs, ce qui est l’objectif.

– Justement le mercato est un petit peu perturbé avec ces soucis, vous êtes satisfaits de l’effectif tel qu’il est aujourd’hui ?

Bon, voilà, Olivier Latendresse et Dominik Kramár sont partis, et ça nous a permis d’aller chercher 3 joueurs avec de belles surprises : Hugo Gallet, c’est un coup de chance ; Tanner Glass, ben ça tombe du ciel, même si on savait depuis 2 mois qu’il était intéressé à venir, on ne pouvait pas il y a 2 mois, mais dès que l’opportunité s’est représentée, on a relancé le dossier, et c’est un gars en or, une machine de travail, un exemple, un gentleman malgré sa réputation de “tough guy”, on en est très content ; Oldřich Horák, un défenseur tchèque qui a de l’expérience d’Extraliga, qui voulait goûter à la France. Donc plutôt satisfait, oui, de la tournure des choses.

– Tanner Glass a-t-il vraiment signé pour moins cher que Latendresse ?

Bien sûr. De toute façon, c’était le deal. Une fois qu’on avait signé nos 2 défenseurs, il nous restait une somme, il a accepté cette somme. Après voilà, un joueur comme ça qui a gagné plus de 10 millions de dollars je pense en 7-8 ans, voilà ce n’est pas cinq, dix, quinze mille qui vont changer la donne, c’est bien ce qu’il nous a dit. La ville aide aussi, le club, la ville, l’école internationale, la situation. Il est ravi d’être là, ça se voit, et puis il va pouvoir passer plus de temps avec sa famille puisque ce n’est pas les mêmes contraintes qu’en NHL, ou AHL où y a 100 matchs par saison, ils ne sont jamais chez eux, donc il va pouvoir aussi profiter de sa famille.

– Est-ce que vous pouvez rassurer les supporters à long terme sur la pérennité du club ?

On a 580 partenaires, on a 450-500 abonnés, on a un public qui nous suit, c’est solide derrière, y a plus de 2 millions de budget, y a des clubs qui ont moins que ça, il faut se battre pour les avoir, ça ne tombe pas du ciel non plus.

Maintenant on est encadré avec la Fédé, c’est très bien, tous les mois on doit rendre des comptes, ce qui est normal, donc on est suivi, et puis voilà on va être sur cette ligne directrice là. Il y a eu une très forte évolution du club en quelques années, et c’est très bien pour le sport à Bordeaux, pour les Bordelais et pour nous.

Maintenant il faut stabiliser tout ça, c’est sûr qu’on n’a pas l’expérience de Grenoble, Rouen, qui ont 20 ans de Ligue Magnus, malgré tout un club comme Grenoble a eu aussi quelques soucis. C’est une petite sonnette d’alarme et c’est bien, maintenant on est dans les clous.

Bien sûr, on aurait aimé avoir un recrutement encore plus ambitieux, mais on a déjà une très belle équipe, une très belle qualité, peut-être un manque un petit peu de profondeur. Mais on a créé justement les U20 élite, c’est une première année donc il faut leur laisser du temps, ça ne va pas se faire en un an, ça c’est une très bonne chose pour le club amateur et pour le pro, ça se met en place petit à petit.

– L’objectif sportif ?

On va essayer de tout faire pour accrocher les playoffs, après on sait qu’en playoffs tout peut se passer. On l’a vu l’an dernier, on aurait dû finir mieux que 6e, on a fini 6e, puis finalement, en quart de finale on fait 4-0, puis on passe à un cheveu de la finale. Si on était allé en finale, on ne sait pas ce qui se serait passé. Aller en playoffs, puis se placer le mieux possible, c’est vraiment l’objectif.

– Est-ce que le niveau de la Magnus augmente aussi, on a vu de gros recrutements du côté de Rouen ou de Grenoble ?

Oui, ce n’est même pas de ce côté-là, c’est plutôt vers le bas que ça recrute, sur des équipes qui ont fini en playdowns. On voit que Chamonix sur le 1er match contre Grenoble a une très belle équipe, Nice a fait de très bons résultats, Mulhouse s’est renforcé et a fini 8e l’an dernier, Anglet qui monte aura une belle petite équipe, ça sera un promu compliqué à manœuvrer. Ces clubs vont être compliqués, et puis bon il y a bien sûr deux ogres, Grenoble et Rouen, surtout Grenoble avec l’effectif qu’ils ont, l’argent qu’ils ont mis, on va voir s’ils vont arriver enfin au bout au bout, mais parfois ça ne fait pas tout, donc on verra en fin de saison.

– Si les équipes du bas se renforcent, ça veut dire que tout le monde va être en danger, peut-être plus qu’avant ?

Tout à fait. Je pense que c’est plus intéressant pour les spectateurs, un peu plus stressant pour chaque équipe. Franchement, les équipes sont meilleures, avec de très bons étrangers, de bons Français, donc chaque match va être compliqué, il n’y a pas de match facile, encore plus pour nous qui sommes à moins 9.

– Le club n’a pas recruté autant de “non-JFL” qu’il en a la possibilité, est-ce volontaire pour un club avec le sélectionneur national ? Y aura-t-il encore les moyens de recruter un joker avec le plafond imposé ?

Non, c’est tombé comme ça. C’est un recrutement qui a été fait, on a perdu quelques Français, des “non-JFL”, ça vient du budget aussi. Les étrangers, suivant le coût de certains, c’est plus difficile de les attirer ou non.

Si y a un recrutement, peut-être on aura un jeune U20 qui peut arriver [NB : il s’agit de Teemu Loizeau dont l’arrivée vient d’être officialisée], mais sinon pour l’instant on est bloqué, ça c’est sûr, financièrement on n’a plus de budget pour recruter. Si on a un jeune qui vient, ça sera vraiment dans un cadre gratuit, ou de jeunes qu’on a eus comme Tanguy Auger ou Paul Bonnet qui sont arrivés en U20 élite, qui sont de 1999, qui ont 19 ans. Sinon, si on veut recruter, il faut montrer patte blanche, il faut déjà rentrer plus d’argent, et c’est la Fédé qui nous donnera l’autorisation. Mais si on arrive à rentrer plus d’argent, ça sera d’abord pour les salariés, les joueurs, qui ont fait un effort financier.

– Vous pouvez communiquez sur cet effort financier ? Est-ce qu’il y a eu un pourcentage qui a été appliqué à tout le monde ?

On ne communique pas là-dessus, mais oui ça a été équitable, c’est le plus important. S’il y a des passe-droits, ça ne marche pas.

Propos recueillis par Nini Calimoutou

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