Un entraîneur étranger au Sparta : le dernier mur tombe

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C’est la rentrée un peu partout en Europe et l’Extraliga tchèque débute ce soir. Double champion en titre, le Kometa Brno reste le principal candidat à sa succession. La victoire est devenue « comme une drogue » à en croire son entraîneur-président Libor Zabransky. Toutefois, le départ du gardien Marek Ciliak (Slovan) et du défenseur Jakub Krejcik (Lukko Rauma) ne seront pas si faciles à compenser.

Principal adversaire, Trinec a encore renforcé son attaque avec l’international letton Roberts Bukarts et le centre défensif slovaque Marek Viedensky. Son entraîneur Vaclav Varada promet de continuer à pratiquer un hockey attractif, tout en étant capable de bien défendre en zone neutre. Il L’an passé, cette équipe avait réussi son rajeunissement en intégrant de jeunes joueurs locaux qui avaient débuté en quatrième ligne avant de cartonner de plus en plus jusqu’à s’immiscer parmi les meilleurs marqueurs des play-offs. Les « aciéristes » ont ainsi ouvert une tendance. Le HK Mountfield de Hradec Králové, justement battu en demi-finale par Trinec, a imité son vainqueur en rajeunissant à son tour son effectif. Les autres candidats au titre sont Plzen, seule équipe à avoir réussi un carton plein dans les quatre premières journées de CHL, et Liberec.

Mais on ne l’entend pas de cette oreille au Sparta Prague, qui reste sur une saison ratée et est frustré de voir les « provinciaux » dominer. Le club de la capitale a créé l’évènement cet été en embauchant pour la première fois un entraîneur étranger, l’ex-sélectionneur allemand Uwe Krupp. C’est un peu l’ultime frontière qui est tombée de ce fait, l’ultime barrière psychologique. La République Tchèque a longtemps été une grande exportatrice d’entraîneurs dans toute l’Europe. Des entraîneurs étrangers ont fait leur trou dans des pays comme la Suède ou la Russie (où le Tchèque Vujtek avait ouvert la voie avec deux titres à Yaroslavl), et même brièvement en NHL (le regretté Ivan Hlinka). Mais, à l’exception des cousins slovaques considérés comme assimilés, cela reste une révolution difficile à accepter.

Certains ont pris la défense de Krupp, comme l’ex-sélectionneur germanophile Alois Hadamczik. Mais l’ancien entraîneur du club Pavel Richter lui a prédit un sort plus funeste : « Krupp était un excellent joueur, c’est un grand coach, mais j’ai peur que ça ne marche pas. La langue ne sera pas un problème, tout le monde parle ou comprend l’anglais. Cependant, la mentalité tchèque est différente. Je pense aussi qu’il ne fera pas autant jouer Kropacek, qui a été bon au Mondial U18. Le noyau du Sparta s’est détourné du club et il faut en créer un nouveau. »

L’ex-sélectionneur Ludek Bukac a précisé ces réserves : « Cela ne fait que confirmer que le hockey tchèque perd son identité. Notre hockey a toujours su engendrer de grands entraîneurs. Il est étrange que le Sparta regarde à l’étranger. Quand les Suédois m’avaient appelé pour prendre en charge leur équipe nationale, l’entraîneur local Tommy Sandlin avait été offensé. Pas parce que j’étais un mauvais coach, mais il était énervé que l’on sous-estime l’environnement local. Des douzaines de nos entraîneurs ont connu le succès en Allemagne, et nous n’avons pas pu trouver un Tchèque pour notre équipe la plus fameuse. »

Tout le monde s’accorde en tout cas à dire que ce mandat de Krupp au Sparta a valeur de test : certains le voient déjà devenir entraîneur de l’équipe nationale tchèque… Un étranger aux commandes de la sélection ? On ne parle plus ici simplement de clubs… Tous les esprits ne sont pas prêts à cette ultime éventualité qui fait débat, en République Tchèque comme également en Russie, car elle sonnerait comme un désaveu pour les spécialistes locaux.

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