La NHL avance masquée

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Interrompu par la la pandémie de Covid-19, le championnat NHL va faire son retour. Les longues négociations entre joueurs et propriétaires ont abouti à un protocole d’accord strict sur les conditions de cette reprise, mais aussi à une convention collective élargie, qui éloigne le risque d’un nouveau lockout.

Après des grèves en 1991-92, 1994-95, 2004-05 et 2012-13, le risque de négociations bien épineuses entre la NHLPA, le syndicat des joueurs, et les propriétaires des franchises représentés par Gary Bettman existait, à deux ans de l’expiration de la convention collective. Et au vu d’une année 2020 remplie de catastrophes, on est presque étonné que les deux camps aient trouvé un terrain d’entente. La pandémie de Covid-19 a finalement ramené tout le monde autour de la table et abouti à un protocole d’accord.

« Je pense que Don Fehr (directeur exécutif de la NHLPA) et moi savions que la paix était d’une valeur inestimable. Nous savions que, pour que notre business revienne au plus fort, nous devions éviter de rajouter au désordre du monde… »

Gary Bettman le résume ainsi. Les enjeux financiers de l’interruption du championnat en mars dernier, aux répercussions considérables – billetterie, sponsoring, droits TV, marketing… – rendaient la reprise de la saison essentielle. Mais cette fois, les propriétaires n’avaient plus vraiment la main : l’accord des joueurs étant indispensable, de nombreuses concessions ont été accordées.

Retour aux Jeux

La concession la plus médiatique est sans aucun doute le retour de la NHL aux Jeux olympiques en 2022 et 2026. L’attrait du marché chinois pour la prochaine édition rendait déjà cette perspective envisageable, et les négociations ont donc inclus cette décision dans les modalités de reprise, pour les deux prochaines éditions.

Une victoire pour les joueurs que l’or olympique fait rêver, et pour les fans de hockey en général, qui pourront assister à un tournoi accueillant les meilleurs joueurs de la planète. La vitrine olympique ne peut que servir la cause de la ligue – et le CIO, bien conscient de l’éclairage que cela offre, n’hésitera sans doute pas à financer les coûts annexes (notamment assurances)…

Le salary cap gelé

Chaque équipe dispose d’une enveloppe bien conséquente, mais la pandémie aurait pu réduire drastiquement la masse salariale autorisée, faute des revenus associés. On estime que les revenus pourraient chuter de 45% si la prochaine saison se joue sans public, et impacter le plafond salarial.

Cela aurait mis dans des difficultés intenables la moitié des équipes, forçant à des échanges draconiens pour faire rentrer tous les salaires des joueurs dans un budget limité. Sans cet accord, le plafond aurait pu tomber de 81,5 millions à 65 millions seulement !

Le protocole d’accord fige jusqu’en 2023-24 ce montant de 81,5 millions de dollars et ajuste aussi le fameux « escrow », une redistribution des joueurs vers les propriétaires.

La situation reste une victoire pour les joueurs qui auraient pu être « menacés » par le paragraphe 17 de leurs contrats : « en cas de guerre ou d’autre événement indépendant de la volonté de la ligue, il peut être envisagé par la ligue ou le club de suspendre ou réduire les paiements ».

D’autres mesures plus techniques font partie de ce protocole d’accord avec des ajustements sur les clauses de non-échange ou la période de négociations avant le 1er juillet, ainsi que les offres qualificatives pour les agents libres de groupe 2.

Les joueurs divisés

Le protocole d’accord a cependant divisé les joueurs. Certains, plus jusque-boutistes, auraient aimé que la NHLPA montre ses muscles et attaque les dispositifs les plus contestés (notamment l’escrow). Artemi Panarin (Rangers) fut le seul joueur à s’exprimer de façon virulente sur les réseaux sociaux, mécontent de voir une bonne partie de son salaire repartir dans les poches des propriétaires…

De plus, les Européens, qui assistaient à distance à la propagation incontrôlée de la pandémie aux États-Unis, n’étaient pas très motivés à l’idée d’y retourner.

Donald Fehr a su parfaitement naviguer et trouver des terrains d’entente avec Gary Bettman et Bill Daly. Au final, le vote des joueurs a validé les étapes suivantes.

Une reprise des camps mi-juillet

Depuis le 13 juillet, l’intégralité des effectifs a donc repris la route des centres d’entraînement, dans des conditions inédites, pour cette phase 3.

Chacune des 24 équipes encore en course aura le droit à un groupe de 52 personnes, comprenant joueurs et staff. Autant dire une trentaine de joueurs, l’entraîneur et ses assistants, les responsables matériel, kinés et médecins, et un peu de support – responsable média ou coaching vidéo, par exemple.

Cette trentaine de joueurs procède donc à des mini camps d’entrainement de 15 jours afin de retrouver la condition physique. Et chacun bénéficie de tests réguliers afin de déterminer s’ils sont porteurs du virus du Covid-19.

Tampa Bay ou St. Louis ont ainsi dû fermer brièvement leurs centres d’entraînement ces dernières semaines, et Pittsburgh a dû mettre de côté 9 joueurs d’un coup. La ligue a tranché sur la communication : elle centralisera toutes les informations dans une loi du silence assez ubuesque, qui n’empêchera pas les spéculations.

Ainsi voit-on fleurir jour après jour les mentions « inapte à l’entraînement » qui en disent long sans dire grand-chose. Si Auston Matthews, identifié par le Toronto Star il y a quelques semaines, a bien dû évoquer, embarrassé, sa période de quarantaine, le défenseur Caleb Jones (Edmonton) est pour l’heure le seul à avoir révélé de lui-même son diagnostic positif. D’autres, comme David Pastrnak de Boston, a été victime d’un « faux positif » qui l’a privé d’entraînement.

En somme, la ligue tâtonne mais fait de son mieux, car l’essentiel des franchises est encore aux États-Unis où le nombre de cas bat des records chaque jour.

Le Canada, ce refuge

En effet, la NHL a tranché et fixé les « hubs » à Toronto (12 équipes de l’Est) et Edmonton (12 équipes de l’Ouest). Vegas, un temps favori, s’est vu écarté au dernier moment lorsque des membres du personnel des hôtels prévus ont été contaminés. D’après certaines sources, pas moins de 13 équipes auraient eu au moins 1 cas positif. Le dernier communiqué de la NHL fait état d’une trentaine de cas sur 4934 tests pratiqués, pour un total de 43 joueurs depuis le 8 juin.

Le gouvernement canadien a assoupli la mesure de contrôle aux frontières afin d’autorisé les joueurs à rejoindre les deux villes. Les journalistes qui couvriront la reprise se soumettent déjà aux 15 jours de quarantaine obligatoire. Tout ce petit monde sera ainsi confiné dans les hôtels pour une durée indéterminée – au rythme de l’élimination des équipes.

 Et les joueurs et staff seront donc dans une « bulle » extrêmement stricte, où les services associés seront eux aussi soumis à des contrôles avec niveaux d’habilitation précis.

Chaque personne travaillant à cette reprise recevra des tests réguliers, alors que les familles de joueurs resteront pour leur part à la maison jusqu’aux finales de conférence en septembre.

L’option de ne pas reprendre

L’accord entre la NHL et la NHLPA offrait en outre la possibilité aux joueurs de décliner la reprise sans pénalité, dans les trois jours suivant la ratification. Une poignée de joueurs a décidé de l’utiliser :

– Travis Hamonic, dont le bébé né l’an dernier a été hospitalisé 8 semaines pour des soucis respiratoires, a été le premier à l‘utiliser – d’autant que son épouse, médecin, est en première ligne.
– Le vétéran Karl Alzner (Montréal), qui a passé l’essentiel des deux dernières années en ligue américaine,
– Steven Kampfer (Boston) dont la femme et le fils sont victimes d’anomalies cardiaques,
– Mike Green (Edmonton) qui a évoqué des « raisons personnelles » – acquis depuis Detroit par les Oilers, il n’aura donc joué que 2 matchs pour sa nouvelle équipe,
– Roman Polak (Dallas), qui a signé en République Tchèque pour la saison prochaine et ne souhaitait donc pas revenir,
– Sven Bärtschi (Vancouver), qui a passé l’essentiel de l’année en AHL,
– Mike Kitchen, assistant coach des Panthers de Floride.

D’autres sont en attente du feu vert médical, notamment les joueurs victimes de diabète de type 1 comme Max Domi (Montréal) ou Kaapo Kakko (Rangers).

Calendrier

Le calendrier de reprise s’annonce donc chargé. Après les camps, les équipes rejoindront Toronto et Edmonton le 26 juillet, et joueront un match de préparation entre le 28 et le 30.

Dès le 1er août, les équipes joueront le tour préliminaire ou la poule de classement, pour un véritable marathon (3 matchs par jour dans chaque ville).

Le 1er tour officiel des playoffs débutera le 11 août – un jour après la loterie déterminant le 1er choix de la draft – le deuxième tour le 25, et les finales de conférence le 8 septembre. La finale débutera le 22 septembre et finirait au plus tard le 4 octobre.

Ce sera la première fois que la finale de coupe Stanley se jouera entièrement au Canada depuis… 1925. Edmonton accueillera le carré final.

Dans cette année étrange, il était donc « normal » qu’une tornade vienne frapper la Rogers Place arena d’Edmonton, inondant une bonne partie de la patinoire quinze jours avant la reprise !

Une saison 2020-21 décalée

La prochaine saison est donc décalée :
-Draft NHL les 9-10 octobre
-Marché des agents libres mi-octobre
-Camps d’entraînement à partir du 17 novembre
-Reprise de la saison 2020-21 le 1er décembre, avec l’espoir de jouer 82 matchs, quitte à décaler la finale jusqu’à juillet.

Sur ce, les Hurricanes de Carolina vous souhaitent une bonne reprise à tous…

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