C’est un affrontement comme il y en aura beaucoup dans ce tournoi, entre une équipe bâtie sur la jeunesse – la Slovaquie – et une formation construite sur l’expérience – la Finlande. Cette dernière est toutefois privée du héros du Mondial 2019 Marko Anttila : contrôlé positif au Covid-19 à son arrivée à Pékin, le géant vient tout juste de sortir de six jours d’isolement dans sa chambre d’hôtel.
Arrivé seulement lundi (le temps d’avoir quatre tests négatifs consécutifs), Peter Cehlárik a déjà rattrapé son retard d’entraînement : sur sa première présence, il centre entre les jambes de son défenseur pour servir Marek Hrivik, seul face à cage mais qui ne cadre pas son tir. La Finlande se procure une occasion après quatre minutes, un lancer de la bleue dévié par la jambe de Pakarinen sur le poteau. Le reste du temps, elle n’arrive à rien et subit l’intensité des Slovaques, qui concrétisent par leur quatrième ligne. Niko Ojamäki tarde trop à relancer derrière sa ligne de but et se fait contrer par Pavol Regenda. Dans la continuité de l’action, celui-ci met le palet en aveugle à la cage : Hannes Björninen est trop passif alors que Juraj Slafkovsky surgit comme l’adolescent mort de faim qu’il est (0-1). La Slovaquie mène 5 tirs à 0 après huit minutes. Est-ce le temps de mise en route de leurs plus vieilles jambes ? En tout cas, les favoris finlandais ne sont pas du tout dans le rythme olympique.
Empêchée, empruntée, la Finlande est en grande difficulté face au pressing agressif slovaque. Mais sa première ligne trouve une ouverture : Teemu Hartikainen passe en zone neutre pour Sakari Manninen à la ligne bleue. Le petit centre a filé entre les deux défenseurs et décoche un fulgurant tir du poignet en lucarne (1-1). Marko Dano charge Björninen contre la bande et offre une démonstration de jeu de puissance à la finlandaise. L’action part de Harri Pesonen derrière la cage, passe à Niko Ojamäki dans la bande, est relayée dans le milieu par Valtteri Filppula qui décale la défense et sert dans le cercle droit Miro Aaltonen. Celui-ci trouve alors une passe parfaite pour offrir le but en cage ouverte à Pesonen au poteau gauche (2-1).
L’indiscipline n’est pas l’apanage des Slovaques. Pakarinen donne un cinglage sur Nemec et Lindbohm dégage un palet au-dessus du plexi sept secondes plus tard : la Slovaquie joue à 5 contre 3 pendant 1’57… mais Libor Hudáček et ses camarades ne font pas assez circuler le palet pour déstabiliser un triangle finlandais au sein duquel Atte Ohtamaa contre les palets. Au moment où la Finlande revient à cinq, elle lance une contre-attaque fatale : Miro Aaltonen est passé dans le dos du défenseur-prodige Simon Nemec pour reprendre face au but la passe de Joonas Nättinen (3-1). Score très cruel pour les Slovaques qui avaient mis le feu sur la glace pendant dix minutes…
Le métier de la Finlande a parlé. Elle est bien meilleure dans les unités spéciales, et le prouve encore en deuxième période pendant une obstruction sévère contre Komarov (il a été poussé sur le gardien). Craig Ramsay n’hésite pas à laisser Simon Nemec à la pointe de son powerplay, mais le défenseur de 17 ans finit sa présence cramé après deux pertes de palet dans sa zone au retour à 5 contre 5. Sur sa présence suivante, Nemec laisse un boulevard pour une contre-attaque finlandaise : la longue passe de Mikko Lehtonen est relayée à la ligne bleue par Markus Granlund pour Sakari Manninen (4-1).
L’autre joueur de 17 ans, l’attaquant Juraj Slafkovsky, est bien plus à son aise. Il feinte Björninen d’un mouvement d’épaules derrière la cage pour revenir face au but et réduire le score (4-2). Les Slovaques n’ont pas dit leur dernier mot. Ils réussissent une infériorité numérique exceptionnelle, ne laissant jamais la Finlande s’installer pendant deux minutes. Le pressing fantastique de Marko Dano lui permet même de récupérer le palet et le donner devant le but à Michal Kristof, qui tire au-dessus. Au retour au complet, Marek Hrivik manque lui aussi la cible en choisissant le tir à 2 contre 1.
L’erreur de trop survient après 16 secondes (!) au troisième tiers-temps. Le défenseur slovaque le plus expérimenté (en l’absence de Ďaloga blessé), Peter Čerešňák, essaie de dribbler Teemu Hartikainen dans sa zone le long de la bande et se fait voler le palet. L’ailier n’a plus qu’à centrer pour Manninen qui s’offre un triplé en tirant dans le haut du filet (5-2). La Slovaquie accuse le coup et subit le jeu jusqu’à ce que Slafkovský – encore lui – provoque une faute de Kemiläinen. Mais elle ne profite pas de cette pénalité. Quand Dano laisse traîner sa crosse qui touche un Finlandais tombant au sol, Miro Aaltonen envoie un missile entre les cercles, à mi-hauteur côté mitaine (6-2).
Pour le spectacle et l’état d’esprit offensif, on peut toujours compter sur la Slovaquie, mais elle est rarement récompensée dans ses résultats. Malheureusement pour elle, emportée par son forechecking, elle a toujours tendance à laisser des espaces dans le jeu sans palet, elle ne sait pas faire autrement. La Finlande les exploite à merveille, notamment son premier trio du Salavat Yulaev Ufa. Sakari Manninen a mis trois buts le jour de ses 30 ans : joyeux anniversaire ! L’histoire retiendra aussi que Juraj Slafkovský en a mis deux à 17 ans seulement (plus jeune buteur olympique depuis Ed Olczyk en 1984 à Sarajevo)… Il se permet même de critiquer ses collègues adultes (voir ci-dessous) ! Il faut dire que la performance des lignes slovaques a été inversement proportionnelle à leur hiérarchie théorique.
Commentaires d’après-match :
Craig Ramsay (entraîneur de la Slovaquie) : « Le premier s’est fini à 9 tirs à 6 pour nous, mais nous l’avons perdu 1-3. Nos erreurs étaient vraiment mauvaises, des pertes de palet en zone neutre. Nous avons bien démarré, Slafkovský a marqué en poussant devant le but, c’est ce que nous voulions faire. Mais je pense que l’enthousiasme d’être ici était un peu grand et nous avons trop ouvert le jeu. Nous devons comprendre que nous devons mieux faire en zone neutre contre une équipe qui joue la trappe. Quand nous avons eu le palet dans leur zone, nous avons bien joué. »
Juraj Slafkovský (attaquant de la Slovaquie) : « Les Finlandais sont en zone neutre, c’est difficile de passer. Surtout quand on a beaucoup d’individualités, comme nous sur nos deux premières lignes, qui aiment le palet et préfèrent le porter que l’envoyer au fond. Cela s’est vu aujourd’hui. Parfois des erreurs arrivent. Ils auraient pu en commettre aussi et nous aurions gagné. »
Miro Aaltonen (attaquant de la Finlande) : « La Slovaquie était forte au début et nous n’étions pas réveillés. Tout le monde a eu une longue pause sans match mais heureusement nous avons su nous améliorer. C’est le signe d’une bonne équipe. Bien sûr, c’est bien que notre unité de powerplay ait une expérience préalable [au tournoi Karjala en novembre]. Les deux buts réussis aujourd’hui continueront à nous aider. »
Sami Vatanen (défenseur de la Finlande) : « Ils ont pris un meilleur départ que nous, mais nous sommes restés calmes et nous avons repris l’avantage. Nous croyions en ce que nous faisions. »
Finlande – Slovaquie 6-2 (3-1, 1-1, 2-0)
Jeudi 10 février 2022 à 16h40 au Palais national omnisports de Pékin. 929 spectateurs.
Arbitres : Stephen Reneau (CAN) et Evgeni Romasko (RUS) assistés de David Obwegeser (SUI) et Brian Oliver (USA).
Pénalités : Finlande 10′ (4′, 2′, 4′), Slovaquie 6′ (2′, 2′, 2′).
Tirs : Finlande 30 (6, 13, 11), Slovaquie 33 (9, 15, 9).
Évolution du score :
0-1 à 05’33 : Slafkovský assisté de Roman
1-1 à 10’17 : Manninen assisté de Hartikainen et Pokka
2-1 à 14’22 : Pesonen assisté d’Aaltonen et Filppula (sup. num.)
3-1 à 18’20 : Aaltonen assisté de Nättinen
4-1 à 29’28 : Manninen assisté de Granlund et Lehtonen
4-2 à 31’49 : Slafkovský assisté de Čerešňák et Regenda
5-2 à 40’16 : Manninen assisté de Hartikainen
6-2 à 54’57 : Aaltonen assisté d’Ojamäki et Vatanen (sup. num.)
Finlande
Attaquants :
Markus Granlund (+3) – Sakari Manninen (+3) – Teemu Hartikainen (+3)
Harri Pesonen – Valtteri Filppula (C) – Iiro Pakarinen (2′)
Miro Aaltonen (+1) – Joonas Nättinen (+1) – Niko Ojamäki
Saku Mäenalanen (-2) – Hannes Björninen (-2) – Leo Komarov (A, -1, 2′)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen (+3) – Juuso Hietanen (+2)
Petteri Lindbohm (2′) – Sami Vatanen
Niklas Friman – Valtteri Kemiläinen (2′)
Atte Ohtamaa (A, -1, 2′) – Ville Pokka
Gardien :
Harri Säteri
Remplaçant : Frans Tuohimaa (G). En réserve : Jussi Olkinuora (G, isolement Covid-19), Marko Anttila, Toni Rajala (A).
Slovaquie
Attaquants :
Peter Cehlárik (A, -2) – Marek Hrivík (C, -2) – Tomáš Jurčo (-2, 2′)
Miloš Kelemen – Libor Hudáček – Kristián Pospíšil (-1)
Marko Daňo (-1, 4′) – Michal Krištof (-2) – Adrián Holešinský (-1)
Juraj Slafkovský (+2) – Miloš Roman (+1) – Pavol Regenda (+2)
Peter Zuzin [3 présences]
Défenseurs :
Michal Čajkovský – Peter Čerešňák (A)
Martin Marinčin (-1) – Šimon Nemec (-2)
Samuel Kňažko (-1) – Martin Gernát (-1)
Mislav Rosandić (+1)
Gardien :
Branislav Konrád
Remplaçant : Patrik Rybár (G). En réserve : Matej Tomek (G), Marek Ďaloga (D, légère blessure musculaire), Samuel Takáč (A).