Voyez comme on se retrouve ! Dans ce format propre au tournoi olympique, la Tchéquie (septième) et la Suisse (dixième) se retrouvent en tour de qualification, six jours après s’être affrontés dans le groupe B. Le vainqueur du match accédera aux quarts de finale où il rencontrera la Finlande. Les deux sélections sortent du premier tour avec des bilans pour le moins mitigés. Dans ce groupe costaud, la Tchéquie a fonctionné sur courant alternatif, avec une défaite surprise face au Danemark (1-2) pour entame du tournoi, ce qui a compliqué les choses d’entrée de jeu. L’équipe de Filip Pešán peut en revanche capitaliser sur son dernier match « grand spectacle » face à la Russie, qu’elle est la seule à avoir battue (6-5 a.p).
Les choses furent encore plus complexes pour les Helvétiques, qui n’ont connu que la défaite en première phase. Certaines étaient prévisibles comme face aux Russes malgré un match compétitif (0-1), d’autres plus décevantes à l’image du match contre le Danemark (3-5). Finalement, la Nati n’a pris son seul point qu’en poussant les Tchèques aux tirs au but (1-2 t.a.b), ce qui augure d’une nouvelle partie a priori serrée.
L’entame est équilibrée. Le premier tir dangereux est l’œuvre de Smejkal sans cadrer. Mottet dévie le palet sur un lancer de Šulák et est proche de tromper son propre gardien. La bataille est âpre à la conquête de la rondelle. Fait rare après cinq minutes de jeu on ne compte qu’un seul tir cadré, côté suisse. La Tchéquie a pourtant plutôt les meilleures intentions, et pousse même le palet derrière la ligne pour un but invalidé, le palet ayant été joué dans les gants de Genoni. Hyka s’essaie ensuite mais son lancer passe au-dessus. La délivrance tchèque arrive sur la phase de jeu suivante, avec une belle combinaison offensive conclue par un lancer longue distance de Lukáš Klok, parfaitement masqué par Jan Kovář (1-0, 10’08).
Après ce but plutôt logique, la Nati cherche à réagir : sur un palet joué derrière sa cage, Hrubec perd le contrôle mais a le temps de se replacer pour arrêter la tentative de Loeffel. Elle obtient sa première supériorité quand Kovář projette Weber contre la bande. Hofmann met Hrubec à contribution, avant la conclusion sur un jeu de puissance bien installé, un lancer de Corvi pour un rebond gratté par Thürkauf, qui a la lucidité de remettre à Ambühl pour terminer le travail (1-1, 14’59).
Le momentum est passé par là car la Suisse remporte la mise au jeu et travaille en entrée de zone avec Hollenstein qui lance dans les patins adverses. Killian Mottet est plus prompt à gagner le palet pour inverser complètement le cours de ce début de match (1-2, 15’12). Les rouges cherchent à appuyer où ça fait mal avec une nouvelle tentative de Müller, Hrubec a le bon réflexe. Alatalo est ensuite bien trouvé à la bleue mais son slapshot ne trouve pas la cible. Après une entame clairement au bénéfice tchèque, la Suisse a su profiter de la première supériorité pour lancer son match et prendre le meilleur à l’issue de ce premier vingt.
Beaucoup de patinage au début du tiers médian, jusqu’à la pénalité appelée contre Fora pour une charge avec la crosse. Après un beau lancer de Krejčí que Genoni dévie du manche, la Tchéquie assoie son positionnement en zone offensive et cherche à faire circuler au maximum pour trouver la bonne position, mais les Suisses en profitent pour chasser le palet et gagner les secondes nécessaires pour tuer cette première infériorité. En fin de situation, Smejkal récupère un rebond mais ne parvient à tromper Genoni. Au retour à cinq, le gardien de Zoug est de nouveau décisif sur un lancer lourd depuis la bleue, puis devant Sobotka et Kovář qui avaient volé un palet à la défensive rouge. Le danger se précise et les joueurs de Pešán prennent de plus en plus de lancers à la cage, mais la progression est freinée par une faute de Jeřábek, permettant aux Suisses de souffler et de trouver les opportunités pour creuser l’écart. Sur un sacrifice, la Tchéquie perd Sobotka qui rentre aux vestiaires blessé. La défense tient longtemps, mais le power-play suisse fait mouche de nouveau, avec un palet glissant le long de la bleue jusqu’à Malgin qui enclenche et trompe Hrubec (1-3, 29’53).
Il devient urgent à mi-match de gagner en efficacité pour les Tchèques, mais Genoni s’impose à nouveau sur le capitaine Červenka, et prend de la confiance avec la multiplication des arrêts. Alors que la pression était grande, Jeřábek se met de nouveau à la faute en phase pourtant offensive, et sanctionne doublement son équipe que le jeu de puissance de la Nati est alors à 100% de réussite. Moins précis cette fois, il ne convertira pas la troisième situation et la Tchéquie reprend le jeu où elle l’avait laissé avec Smejkal qui part en un contre un depuis l’aile, mais perd un peu le contrôle en repiquant. Laissant l’initiative du jeu à son adversaire, la Suisse applique son hockey et mène de deux buts avant d’aborder la dernière période. Un véritable casse-tête pour les stratèges tchèques qui ne peuvent, en outre, pas blâmer les hommes sur la glace !
Au pied du mur, les Bohémiens et Moraves doivent trouver les clés pour mettre à défaut la défense suisse, qui ne s’embarrasse pas de détails en cette reprise, alternant remontées patientes du palet et pucks balancés quand cela s’avère nécessaire. Difficile de se mettre en position et quand Řepík profite enfin d’un mauvais changement de ligne, il bute sur un Genoni absolument impérial sur sa ligne. Hyka porte ensuite le danger en entrant rapidement dans l’enclave, trop rapidement sans doute pour faire fructifier cette position. La Nati a alors l’occasion sur un 2 contre 1 d’enterrer définitivement les espoirs tchèques, mais Bertschy loupe le palet devant la cage, idem pour Hollenstein sur la copie parfaite de cette phase de jeu. À dix minutes de la fin, les Suisses se montrent plus sans se découvrir de trop. Par le travail offensif, ils empêchent la Tchéquie de faire le siège et gagnent ainsi de précieuses minutes. La défense participe parfaitement à l’effort avec pour exemple le retour salvateur de Weber sur Stránský qui allait déclencher son lancer. Mozík essaie le lancer de loin, mais il rencontre le sacrifice helvète. La messe semble dite la minute suivante, avec un fore-check efficace des Suisses pour reprendre un palet, une passe judicieuse d’Andrighetto de derrière la cage, et le lancer puissant de Diaz pour dessiner un peu plus le succès des siens (1-4, 54’57).
Mais la Tchéquie essaie tout de même une cage vide, qui se transformera même en 6 contre 4 avec la faute de Müller. Cela sera vite payant avec un capitaine répondant à l’autre, Červenka reprenant sur un genou une passe pour maintenir la flamme (2-4, 55’59). Il reste quelques minutes au compteur et la Tchéquie demeure à six sur la glace, mais peine à s’installer. Pragmatique, la Suisse conserve le palet au maximum et vient signer son premier succès dans le tournoi, synonyme de qualification pour les quarts de finale. Aucun différentiel de niveau entre les deux formations, mais la Nati s’est montrée très solide défensivement autour d’un Genoni des grands jours, a su gérer ses temps faibles et capitaliser sur ses forces. La déception est côté tchèque, qui pouvait prétendre à mieux dans cette compétition, mais qui n’a pas grand chose à se reprocher sur cette partie au delà d’un manque d’efficacité. Pour la première fois de son histoire, la Tchéquie n’accède pas aux quarts de finale d’un tournoi majeur, que ce soit les Jeux Olympiques ou les Mondiaux.
Commentaires d’après-match :
Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « Les Finlandais sont une des meilleures équipes de ce tournoi. Ce sera très dur mais les joueurs sont chauds. Et demain, Dario Simion revient dans l’équipe. Il a passé 10 jours seul dans sa chambre en attendant ce moment et il apportera de nouvelles impulsions. Surtout avec Gregory Hofmann, ils forment un duo vraiment bien rodé. Nous devrons faire une aussi bonne prestation défensive qu’aujourd’hui. Et si nous avons encore la réussite de notre côté, ça viendra bien. »
Simon Moser (attaquant de la Suisse) : « Nous avons eu aujourd’hui l’équilibre parfait entre offensive et défensive. Nous avons aussi mis plus de palets à la cage et inscrit ainsi des buts inattendus. Personnellement, j’ai pu bloquer beaucoup de tirs et j’ai eu beaucoup de temps de jeu. Nous étions aussi mentalement plus prêts que contre le Danemark. »
Filip Pešán (entraîneur de la Tchéquie) : « Je suis terriblement désolé qu’une équipe aussi fantastique que celle que j’ai rencontrée ici ne puisse pas continuer. Bien sûr, je suis très déçu. Nous étions nerveux, le poids du match nous est un peu tombé dessus. Les palets n’ont pas rebondi en notre faveur, le premier but en est la preuve. Autant nous avions dominé les Russes en powerplay, autant les Suisses nous ont dominés dans ce secteur. Tout le monde pensait que nous serions ceux qui hisserait de nouveau la bannière du hockey tchèque. Malheureusement, nous avons suivi les échecs des dernières années. Nous jouions un peu contre le destin car la Suisse est un des adversaires les plus durs que l’on pouvait croiser. Il faut regarder un peu le monde en face. Nous considérons toujours l’absence de médaille comme un échec. Bien sûr nous le voulons, mais ce n’est pas une coïncidence si nous n’avons plus de médaille olympique depuis quinze ans. »
Tchéquie – Suisse 2-4 (1-2, 0-1, 1-1)
Mardi 15 février 2022 à 16h40 au Palais national omnisports de Pékin. 990 spectateurs.
Arbitres : Roman Gofman (RUS) et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Ludvig Lundgren (SUE) et Andreas Malmqvist (SUE).
Pénalités : Tchéquie 6′ (2′, 4′, 0′), Suisse 4′ (0′, 2′, 2′).
Tirs : Tchéquie 33 (5, 16, 12), Suisse 18 (9, 5, 4).
Évolution du score :
1-0 à 10’08 : Klok assisté de Knot et Červenka
1-1 à 14’59 : Ambühl assisté de Thürkauf et Corvi (sup. num.)
1-2 à 15’12 : Mottet assisté de Hollenstein et Diaz
1-3 à 29’53 : Malgin assisté d’Alatalo et Andrighetto (sup. num.)
1-4 à 54’57 : Diaz assisté d’Andrighetto et Herzog
2-4 à 55’59 : Červenka assisté de Krejčí et Kovář (sup. num.)
Tchéquie
Attaquants :
Lukáš Sedlák – David Krejčí (A, -1) – Tomáš Hyka
Roman Červenka (C, -1) – Jan Kovář (2′, -1) – Vladimír Sobotka
Matěj Stránský – Michael Špaček – Michal Řepík
Jiří Smejkal – Tomáš Zohorna – Hynek Zohorna
puis à 20’00 Radan Lenc
Défenseurs :
Libor Šulák – Vojtěch Mozík
Jakub Jeřábek (A, 4′) – Tomáš Kundrátek (-1)
Lukáš Klok – Ronald Knot
puis à 20’00 David Sklenička (-1)
Gardien :
Šimon Hrubec [sorti de 55’38 à 55’41, de 55’55 à 55’59, et à partir de 56’49]
Remplaçant : Patrik Bartošák (G). En réserve : Roman Will (G), David Musil (D), Michael Frolík (A).
Suisse
Attaquants :
Grégory Hofmann (-1) – Gaëtan Haas (A, -1) – Simon Moser (-1)
Calvin Thürkauf – Enzo Corvi – Andres Ambühl (A)
Sven Andrighetto (+1) – Denis Malgin (+1) – Fabrice Herzog (+1)
Denis Hollenstein (+1) – Christoph Bertschy (+1) – Killian Mottet (+1)
Joel Vermin [2 présences]
Défenseurs :
Mirco Müller (+1, 2′) – Raphael Diaz (C, +2)
Romain Loeffel (+1) – Yannick Weber
Lukas Frick (-1) – Michael Fora (-1, 2′)
Santeri Alatalo
Gardien :
Leonardo Genoni
Remplaçant : Reto Berra (G). En réserve : Sandro Aeschlimann (G), Ramon Untersander (D, blessé), Dario Simion (A, isolement Covid-19).