Dans ces phases finales qui ont respecté la hiérarchie dessinée en poules, c’est la première confrontation entre favoris qui paraît totalement équilibrée. Les deux pays ont su développer une culture de la victoire, l’un plus récemment que l’autre. La Finlande a remporté 5 de ses 6 dernières demi-finales aux championnats du monde, et le Canada 5 des 6 dernières.
Le Canada a sans doute plus de talent pur en attaque, mais il a perdu son défenseur majeur Evan Bouchard, la principale arme à la ligne bleue en jeu de puissance, victime d’une commotion face aux États-Unis. Pas de remplaçant en urgence, pas forcément pertinent avec le voyage. Et inutile de rêver à Cale Makar, éliminé la veille mais blessé pendant les playoffs… Sam Dickinson, coéquipier de Celebrini à San José, a été activé, mais il n’a plus joué depuis 17 jours (les rencontres de préparation contre la France et la Hongrie)… Le jeune arrière complète juste la rotation mais n’entre pas dans les unités de jeu de puissance, où demeurent Reilly et Mateychuk.
De jeunes gardiens en question
C’est aussi un face-à-face à distance entre deux gardiens de la nouvelle génération qui jouent leur première compétition internationale, et ont vite laissé les vétérans Talbot et Korpisalo sur le banc. Jet Greaves a dégagé beaucoup de confiance depuis le début du tournoi. Justus Annunen a laissé une impression plus mitigée.
Ce sont les Finlandais qui allument les premières mèches. Un gros pressing en fond de zone provoque une première occasion. Jet Greaves perd ses appuis sur un tir puissant de Vili Saarijärvi, le puck revient devant une cage vide mais Waltteri Merelä n’arrive pas à le reprendre. Une minute plus tard, après une perte de palet de Gabriel Vilardi à la ligne bleue offensive, Helenius initie vite une transition par la bande. Tout de suite parti, Patrik Puistola se sert du défenseur Nurse comme écran et tire au-dessus de la mitaine de Greaves (0-1).
Une séquence installée de possession canadienne répond, mais les Finlandais dégonflent la pression. Sans être pressé et avec une autre solution ouverte, Urho Vaakanainen, le défenseur des New York Rangers, commet une grosse erreur : sa relance dans la bande est contrée par Mark Scheifele. Aussitôt, un tir de Denton Mateychuk rebondit dans la poitrine de Dylan Holloway venu se placer devant la cage… et Robert Thomas vient alors frapper la rondelle en plein vol avant qu’elle ne retombe (1-1, photo ci-dessous).
Le Canada met alors une pression soutenue pendant quelques minutes… et c’est au moment où elle semble s’être relâchée qu’un but arrive de nulle part. Après une passe lobée de Celebrini par dessus la zone neutre, Dylan Holloway entre en zone et prend un lancer a priori anodin… mais si fulgurant et bien placé qu’il bat Justus Annunen du côté du bouclier (2-1).
Les blancs essaient de réagir mais Anton Lundell rate le palet avec la cage ouverte au rebond d’un tir de Mikko Lehtonen. La première période s’achève avec seulement quatre Finlandais sur la glace car Helenius a fait trébucher Celebrini. Le jeu de puissance du Canada n’est pas du tout dangereux.
Un tiers-temps finlandais à sens unique
La deuxième période débute par une égalisation finlandaise… qui ressemble à l’égalisation canadienne. Elle ne vient pas d’une erreur, mais d’une bonne remontée de palet d’Aleksander Barkov. Mais ensuite, c’est encore un lancer de la bleue (de Mikko Lehtonen) qui arrive droit sur le corps de l’attaquant qui s’est mis en écran devant le gardien, Mikael Granlund en l’occurrence. L’ailier pivote vite pour marquer du revers et est devancé par… son coéquipier Barkov qui conclut en premier (2-2, photo ci-dessous). Comment les Finlandais s’étaient-ils retrouvés si facilement à 2 contre 1 devant la cage ? Parce que Nurse avait essayé de contrer le tir… et que Celebrini patinait n’importe où sans vraie utilité. Oui, le prodige a encore une marge de progression dans le jeu sans palet.
Plusieurs interventions du gardien canadien et de sa défense empêchent alors le résultat de se renverser un peu plus. Jet Greaves pousse bien sur ses jambes pour s’opposer à Hämeenaho sur un palet traînant dans le slot. La Finlande profite d’un changement de ligne du Canada pour partir en 2 contre 1 mais Dylan DeMelo plonge parfaitement pour bloquer la passe. Puis c’est encore Greaves qui pare de la mitaine un missile de Puljujärvi.
Mais à force de jouer avec le jeu, on se brûle. Une mauvaise passe en zone neutre de Tavares, une entrée de zone que n’arrive pas à bloquer Dickinson, et voilà Konsta Helenius parti dans le dos de la défense. Il glisse le palet sous Greaves en papillon… et le palet roule derrière la ligne. Les arbitres n’accordent pas le but en direct, mais les images sont impitoyables pour le gardien (2-3, photo ci-dessous).
Dans la minute suivante, Jesse Puljujärvi reconquiert le palet par une grosse mise en échec sur Morgan Rielly puis vient mettre le capharnaüm dans le slot. Cela profite à Aatu Räty qui se jette sur un palet qui traîne (2-4).
Plus encore que par la passivité des Canadiens sur les buts encaissés, on est choqué de ne pas voir de réaction d’orgueil. La Finlande continue de monopoliser la rondelle. On attend beaucoup plus de nombreux cadres d’expérience du Canada… et c’est le quatrième trio qui donne l’exemple avec l’unique séance de possession installée. Connor Brown y tire sur le poteau et Räty est sévèrement sanctionné pour l’avoir fait trébucher. De nouveau, les rouges sont en supériorité en fin de période. De nouveau, ils tournent à court de solutions autour d’une boîte finlandaise bien tassée. Orphelins de Bouchard qui aurait pu envoyer un boulet de canon dans cette foule ? Le compteur de tirs n’a même bougé pendant ces deux minutes : 10 à 3 pour la Finlande dans ce deuxième tiers-temps…
La troisième période, la force du Canada ?
Il ne reste plus qu’un argument en faveur du Canada : ses grosses troisièmes périodes, où il a inscrit la moitié de ses buts. Mais les efforts sont peu convaincants ce soir. La meilleure occasion est une contre-attaque finlandaise à 2 contre 1. Saku Mäenalanen choisit le tir, repoussé par Greaves (photo ci-dessous).
La seule réaction vient une fois encore des « nobodys » du quatrième trio – ceux qui ne pèsent « que » 40 points par saison NHL. Une belle remontée de palet collective permet à Connor Brown de servir Fraser Minten seul près de la cage, mais sa reprise à bout portant va droit dans le gant d’Annunen.
Ah, tiens, voilà enfin Tavares impliqué sur autre chose que trois des quatre buts encaissés : il lance et prend son propre rebond. Rien à faire… Annunen élève son niveau. La défense finlandaise est aussi très active avec les crosses pour gêner les constructions.
La Finlande a néanmoins tendance à reculer, même si Antti Pennanen avait dit avant le match qu’il fallait retenir la leçon de la défaite olympique et continuer à attaquer face au Canada…. Laisser Celebrini jouer avec le caoutchouc est particulièrement dangereux, sa maîtrise est évidente, mais il est un peu étonnant de lui laisser toute la responsabilité offensive quand on lit les autres noms de l’effectif.
Un but sournois est toujours possible : Nurse est tout proche de trouver un trou de souris entre Annunen et son poteau, mais la rondelle est aussi capricieuse qu’un ballon de basket qui tournerait autour du panier avant de ressortir. Misha Donskov sort son gardien pour jouer à 6 contre 5, mais, Ryan O’Reilly reste seul devant la cage et l’attaque rouge est totalement statique. Un temps mort pris à 1’09” de la fin règle ce problème : c’est beaucoup mieux, deux ou trois joueurs se déplacent sans cesse dans l’enclave… mais c’est trop tard. Le gong sonne.
Une hiérarchie trop figée ?
Connor Brown a l’air le plus dévasté à la fin du match, à la hauteur de son implication. Peut-être un peu plus de méritocratie aurait-il pu aider l’équipe canadienne ? Hormis le bref passage du grand espoir Porter Martone sur le premier trio à la place de Cozens, les cinq attaquants prévus pour se partager les trois places en quatrième ligne n’ont jamais changé de statut de bout en bout du tournoi, pendant que les neuf joueurs établis étaient protégés dans la hiérarchie. Un peu de mélange aurait-il pu faire réagir cette équipe qui a subi les évènements comme rarement ce soir ?
Le coaching a toujours fait la force du Canada, mais ce banc où Donskov est entouré de trois entraîneurs de NHL n’a pas tenté grand chose et a tardé à réagir aux évènements. Ceci dit, ce n’est pas que la faute du staff. Il est étonnant que des joueurs aussi expérimentés attendent qu’on leur donne la consigne pour mettre de l’activité et de la mobilité à 6 contre 5…
Désignés joueurs du match : Dylan Holloway pour le Canada et Aleksander Barkov pour la Finlande.
Trois meilleurs Canadiens du tournoi selon leur coach : Macklin Celebrini, Jet Greaves et Sidney Crosby
Trois meilleurs Finlandais du tournoi selon leur coach : Juha Jokiharju, Jesse Puljujärvi et Aleksander Barkov.
Commentaires d’après-match :
Macklin Celebrini (capitaine du Canada) : « Je pense qu’on a bien joué au premier et au troisième tiers-temps. Il y a eu quelques absences mentales et quelques erreurs en deuxième période qui nous ont coûté cher. Ils se sont tenus à leur structure. Ils ont fait la même chose tout au long du match. On savait qu’ils allaient mettre en place une trappe en zone neutre, où on ne peut pas se permettre de perdre les palets. Ils ont défendu vraiment dur. »
Anssi Pennanen (entraîneur de la Finlande) : « Nous avons gagné, et c’était le plan. La façon de gagner un match de hockey est libre. Le début était un peu lent, mais la deuxième période était excellente. En troisième période, nous en avons fait suffisamment. Bien sûr, cette victoire me donne beaucoup de confiance, mais il est aussi important de me calmer un peu pour que ça ne dure pas trop. Ce que j’ai dit dans le vestiaire à la première pause, gardons-le secret pour l’instant. L’important, c’est ce qui s’est passé en deuxième période. Les choses dont nous avons parlé ont bien fonctionné. Il s’agissait mieux réagir et anticiper, d’aller vers le palet vers et, surtout, de jouer de façon plus audacieuse. Il faut oser, et il y aura des opportunités. […] La ligne de Barkov a encore été excellente. Bien sûr, même si on n’avait pas l’avantage des changements, on a essayé de les mettre autant que possible contre Celebrini et Crosby. Puis on a remarqué que ce n’était pas nécessaire. Les meilleurs joueurs obtiennent toujours quelques espaces, c’est assez clair. Mais on s’en sortait plutôt bien avec eux. »

Canada – Finlande 2-4 (2-1, 0-3, 0-0)
Samedi 30 mai 2026 à 16h20 à la BCF Arena de Fribourg. 10 000 spectateurs.
Arbitres : Christoffer Holm (SUE) et Sean MacFarlane (USA) assistés d’Oto Durmis (SVK) et Jiří Ondráček (TCH).
Pénalités : Canada 0’ (0’, 0’, 0’) ; Finlande 4’ (2’, 2’, 0’).
Tirs : Canada 29 (12, 3, 14) ; Finlande 21 (9, 10, 2).
Évolution du score :
0-1 à 03’30” : Puistola assisté de Helenius
1-1 à 08’17” : Thomas assisté de Holloway et Mateychuk (sup. num.)
2-1 à 14’26” : Holloway assisté de Celebrini et DeMelo
2-2 à 20’49” : Barkov assisté de Granlund et Lehtonen
2-3 à 31’28” : Helenius assisté de Granlund et Barkov
2-4 à 32’50” : Räty
Canada
Attaquants :
Sidney Crosby (A, -1) – Macklin Celebrini (C, -1) – Dylan Cozens (-1)
Dylan Holloway (+1) – Robert Thomas (+2) – Mark Scheifele (+2)
John Tavares (-3) – Ryan O’Reilly (A, -3) – Gabriel Vilardi (-2)
Porter Martone – Fraser Minten – Connor Brown
Emmitt Finnie
Défenseurs :
Parker Wotherspoon (+2) – Denton Mateychuk (+1)
Morgan Rielly (-1) – Dylan DeMelo (-2)
Darnell Nurse (-2) – Zach Whitecloud (-1)
Sam Dickinson (-1)
Gardien :
Jet Greaves [sorti à 57’17”]
Remplaçant : Cam Talbot (G). Non équipés : Jack Ivankovic (G), Evan Bouchard (D, protocole commotion), Dawson Mercer (A)
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund (A, +2) – Aleksander Barkov (C, +3) – Konsta Helenius (+3, 2’)
Patrik Puistola – Anton Lundell (-1) – Lenni Hämeenaho (-1)
Sakari Manninen (+1) – Aatu Räty (+1, 2’) – Jesse Puljujärvi (+1)
Saku Mäenalanen (-1) – Hannes Björninen (-1) – Waltteri Merelä (-1)
Défenseurs :
Ville Heinola (+1) – Urho Vaakanainen (-1)
Mikko Lehtonen (+1) – Henri Jokiharju (+1)
Olli Määttä (A, +2) – Nikolas Matinpalo (-1)
Vili Saarijärvi (+1)
Gardien :
Justus Annunen
Remplaçants : Joonas Korpisalo (G), Janne Kuokkanen (A). Non équipés : Harri Säteri (G), Mikael Seppälä (D), Sami Päivärinta (A). Blessés : Teuvo Teräväinen, Eemil Erholtz (A).











































