La Suède a joué hier avec l’effectif le plus réduit possible parce qu’elle voulait intégrer les joueurs de la finale SHL. Résultat ? Elle n’a essuyé que des refus. Jacob de la Rose a expliqué qu’il jouait blessé et Linus Johansson a pris une mauvaise charge au match 7. Le sélectionneur Johan Garpenlöv a même re-re-demandé à Linus Omark – qui a pris sa retraite internationale depuis longtemps – mais il n’a pas changé d’avis.
Tout un pays se demande pourquoi ses hockeyeurs snobent à ce point l’équipe nationale. Est-ce lié à la personne de Garpenlöv ? Les nouvelles ne sont en effet pas meilleures en provenance de NHL. Dans le Minnesota, Joel Eriksson Ek se dit blessé et Jonas Brodin s’est contenté de dire non. Réponses identique de Johan Larsson et Marcus Johansson, deux joueurs de Washington en fin de contrat. Nicklas Bäckström se pose des questions sur la suite de sa carrière à cause de sa hanche. Le dernier espoir vient de William Nylander (Toronto), ou des dernières rencontres qui doivent avoir lieu dans la nuit (avec en tête les joueurs de Calgary). Les options paraissent toutefois se réduire si vite qu’on comprend mal pourquoi la Suède n’aligne même pas quatre lignes complètes. Elle joue ce soir avec seulement onze attaquants. Oskar Lang et Nils Åman, deux joueurs de Leksand présents depuis le début du camp d’entraînement il y a plus d’un mois en Norvège, ont été incorporés à la sélection définitive.
Les Tchèques semblent bien plus avancés dans leur construction d’effectif. L’annonce de l’arrivée en joker de Michal Kempný a toutefois un peu surpris : le défenseur a peu joué dernièrement à Washington, mais arrive avec la recommandation de l’entraîneur-adjoint Libor Zábranský qui l’a eu six ans dans son club du Kometa Brno. Il remplace donc David Musil qui a été renvoyé à la maison. Les deux renforts offensifs ne sont pas décidés, ils dépendent essentiellement de l’examen médical de sortie de David Pastrňák à Boston. Quand on a déjà quatre lignes, on peut se permettre d’attendre les deux remplaçants !
Les deux équipes ont changé de gardiens par rapport à leur premier match, ayant probablement préservé leur numéro 1 pour le grand choc de ce soir. Karel Vejmelka débute donc en championnat du monde devant le filet tchèque.
Premier point de bascule après six minutes d’observation, une perte de palet suédoise en zone défensive : une passe de Joakim Nordström ricoche sur le patin d’Adam Larsson. Červenka en profite et passe aussitôt dans l’axe pour la reprise de volée de David Krejčí (1-0).
La Tre Kronor peut toujours compter sur la qualité technique de ses défenseurs qui trouvent de belles longues passes pour des joueurs libres en entrée de zone. Mais dès qu’ils franchissent la ligne bleue, les Scandinaves ne trouvent aucune solution face au bloc tchèque compact. Le speaker finlandais interpelle en suédois les supporters en jaune et bleu, pour essayer de les ranimer, mais leur équipe les inquiète. Quant aux Tchèques, ils se contentent de défendre et ne placent que de rares contre-attaques. Sur l’une d’elles, la lumière de but s’allume même par erreur quand Matej Stránský reprend dans l’enclave la passe en retrait de Dominik Simon. Mais Magnus Hellberg a fait l’arrêt.
À 5 contre 5, la Tre Kronor n’a pas déployé une once de créativité. Mais en fin de première période, Hynek Zohorna accroche Lang. Lucas Wallmark n’a plus sa réussite olympique : il manque une cage grande ouverte sur un rebond après avoir pourtant eu le temps de contrôler le palet ! Mais la pénalité finit quand même par être exploitée. Héritant du palet face à la cage totalement vide, Rasmus Asplund ne peut pas manquer son premier but en équipe nationale (1-1).
Les infériorités numériques sont un talon d’Achille des Tchèques que l’arrivée d’un entraîneur finlandais n’a pas résolu. Au retour sur la glace, c’est la même histoire. Hertl dégage au-dessus du plexi, puis Flek accroche Bemström : la Suède joue à 5 contre 3. En haut du cercle droit, Emil Bemström reprend dans la lucarne opposée la passe en retrait de Wallmark (1-2).
Le match a été retourné par les pénalités, et c’est ensuite Karel Vejmelka, le gardien tchèque des Arizona Coyotes, qui craque. Un tir relativement anodin et excentré le transperce côté plaque (1-3). Trois minutes plus tard, Erik Gustafsson sort le palet de la zone d’une géniale « chandelle » et Rasmus Asplund est à la réception. Le jeune attaquant, échappé en solitaire grâce à cette passe merveilleuse, s’offre un doublé par un beau tir du poignet au-dessus de la mitaine du gardien (1-4). Un but fatal à Vejmelka. Marek Langhamer entre à sa place. Michael Špaček évite le pire au nouveau gardien en sauvant un palet sur sa ligne après une incursion incisive de Max Friberg.
Mais les pénalités peuvent fonctionner des deux côtés et un joueur d’expérience David Krejčí sait qu’une compensation peut survenir. Il provoque le jeune Rasmus Dahlin… qui finit par passer ses nerfs en rudoyant Blümel (photo ci-dessus). Sur l’avantage numérique, Tomáš Kundrátek piège Hellberg à contrepied de son déplacement sur une passe transversale de Červenka (2-4). Le match est relancé, mais il ne faut exagérer la tactique de provocation… Quand Vrana donne un coup de crosse à Dahlin, c’est bien lui qui va en prison.
Le troisième tiers-temps débute par un mauvais changement suédois qui laisse les Tchèques à 2 contre 0. Matej Blümel attend que passe devant lui un Adam Larsson en glissade désespérée, puis sert patiemment David Krejčí qui tire… là où était la cage. Il n’y en a plus, elle a tourné à 180°C sur un seul de ses gonds après avoir été percutée par la glissade défensive de Dahlin. Pas de but, ni de pénalité, à la grande frustration des supporters tchèques. Asplund retient ensuite le bras de Krejčí en zone neutre, mais le jeu de puissance ne donne rien et est interrompu par une interception de la crosse de Nordström.
La situation tchèque empire. Sur une transition à 3 contre 2, Anton Bengtsson convertit une passe en retrait de Mathias Bromé pendant que Carl Klingberg masque le gardien (2-5). Les supporters ont l’air totalement dépités. Mais Roman Červenka leur redonne espoir dès l’action suivante en signant sa sixième passe décisive en deux jours (!), une transversale parfaite pour Blümel qui compile son troisième but (3-5).
Magnus Hellberg n’a pas paré tant de tirs, mais son quinzième arrêt est le plus important, face à Smejkal qui le dribble en un contre un après un service de Vrána. Un surnombre à cinq minutes de la fin n’aide pas la cause tchèque. Kari Jalonen sort son gardien avec plus de deux minutes restantes, mais ses six joueurs mettent près d’une minute à quitter leur zone défensive face au bon pressing suédois.
Quelles conséquences ce renversement complet de situation, survenu en dix minutes de jeu effectif, aura-t-elle suite sur la suite de la compétition ? Comptablement, en tout cas, une chose est sûre : la Suède a 6 points à la fin du premier week-end, contre 0 l’an dernier. Au lieu d’être en position de se faire éliminer, elle reste positionnée pour une qualification à une place intéressante. Avec comme prochain adversaire la Grande-Bretagne (mardi), elle a le temps de finaliser sa composition. Le succès de ce soir rendra-t-elle la situation plus attirante pour les éventuels jokers ? C’est tellement plus facile et tentant de rejoindre une équipe victorieuse…
Dans l’autre camp, c’est le moment de vérité de Kari Jalonen. On a déjà vu l’équipe tchèque s’écrouler de cette façon par le passé, et elle tombait alors dans une spirale négative. L’entraîneur finlandais saura-t-il trouver les mots et les leviers pour identifier et résoudre les problèmes ? On n’est qu’en début de tournoi, il y a le temps. Les pénalités sont un sujet, mais aussi le duo-vedette NHL Hertl-Vrána, toujours à zéro point. Les Tchèques chercheront à se rassurer mardi contre de coriaces Autrichiens.
Désignés joueurs du match : Roman Červenka pour la Tchéquie et Rasmus Asplund pour la Suède.
Commentaires d’après-match :
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « Nous étions passifs en première période. Nous n’avons pas mis la défense suédoise sous pression et nous avons passé trop de temps dans notre zone. Et bien sûr, nous avons aussi pris trop de pénalités, comme un retard de jeu ou un surnombre… On ne peut pas faire ça. D’un autre côté, j’ai apprécié la troisième période. Nous avons commencé à être agressifs. Maintenant il faut tout analyser et venir avec de nouveaux plans. [Questionné sur la ligne Smejkal-Hertl-Vrána] Oui, je dois analyser ça. Ce match a rendu clair que nous devrons probablement changer les lignes. Ce sera notre travail pour demain. La ligne Červenka-Krejčí-Blümel a joué de manière excellente. Ils s’entendent très bien, ils travaillent dur, ils se créent beaucoup d’occasions et ils marquent des buts. Mais en général, nous devrons repenser la composition des blocs. »
Johan Garpenlöv (entraîneur de la Suède) : « Je veux plutôt mettre l’accent sur les joueurs qui sont là. Oliver Ekman-Larsson fait son septième championnat du monde, ce type de joueur est important pour le hockey suédois. Ils viennent jouer pour leur pays, c’est vraiment apprécié de notre part, mais c’est aussi important pour le bien du hockey suédois. »
Tchéquie – Suède 3-5 (1-1, 1-3, 1-1)
Dimanche 15 mai 2022 à 20h20 à la Nokia Arena de Tampere. 6089 spectateurs.
Arbitres : Jeff Ingram (CAN) et Sean MacFarlane (USA) assistés de Nick Briganti (USA) et Šimon Synek (SVK).
Pénalités : Tchéquie 12′ (4′, 6′, 2′), Suède 8′ (2′, 4′, 2′).
Tirs : Tchéquie 21 (4, 9, 8), Suède 34 (11, 15, 8).
Évolution du score :
1-0 à 06’03 : Krejčí assisté de Červenka
1-1 à 19’24 : Asplund assisté de Bemström et Wallmark (sup. num.)
1-2 à 22’47 : Bemström assisté de Wallmark et Gustafsson (double sup. num.)
1-3 à 25’50 : Bromé
1-4 à 28’52 : Asplund assisté de Gustafsson
2-4 à 37’36 : Kundrátek assisté de Červenka et Jiříček (sup. num.)
2-5 à 44’50 : Bengtsson assisté de Bromé
3-5 à 45’19 : Blümel assisté de Červenka et Simek
République Tchèque (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Roman Červenka (C, +1) – David Krejčí (A, +2) – Matěj Blümel (+2)
Jiří Smejkal (-1) – Tomáš Hertl (2′) – Jakub Vrána (2′)
Dominik Simon (-2) – Michael Špaček (-3) – Matěj Stránský (-2)
Jakub Flek (2′) – Jiří Černoch (2′) – Hynek Zohorna (2′)
Défenseurs :
Radim Simek – Filip Hronek
Jan Ščotka (A) – Tomáš Kundrátek
David Sklenička (-1) – David Jiříček (-1)
Michal Jordán
Gardien :
Karel Vejmelka puis à 28’52 Marek Langhamer [sorti à 57’44].
En réserve : Lukáš Dostál (G).
Suède
Attaquants :
Joakim Nordström (A, -1) – Lucas Wallmark – Emil Bemström (-1)
Rasmus Asplund (2′) – Joel Kellman (-1) – Max Friberg
Mathias Bromé (+2) – Anton Bengtsson (+2) – Carl Klingberg (+3, 2′)
Oskar Lang – Nils Åman
Défenseurs :
Rasmus Dahlin (2′) – Adam Larsson (A, -1)
Oliver Ekman-Larsson (C) – Erik Gustafsson (2′)
Henrik Tömmernes (+1) – Anton Lindholm (+1)
Gardien :
Magnus Hellberg
Remplaçant : Marcus Högberg (G).