Face au Danemark, rival dans la course aux quarts de finale, l’équipe de France est restée entre deux eaux. Satisfaite d’avoir obtenu son maintien, elle n’a pas parue morte de faim et avec l’ambition viser plus haut. Un match correct au final, mais qui laisse un sentiment d’inachevé.
Officiellement maintenus en élite après les défaites de l’Italie et du Kazakhstan hier, les Bleus n’ont plus rien à perdre, mais tout à gagner. Avec 5 pts, ils talonnent le Danemark, 6 pts. Une victoire aujourd’hui les laisserait en course vers les quarts de finale – avec une montagne suisse demain, et une canadienne mardi…
Le Danemark a le même souci : devoir absolument gagner, avec le Canada à venir dimanche. Les deux équipes alignent leur équipe-type et gardien numéro 1.
Patrick Bjorkstrand se crée le premier tir dangereux au cercle droit, suivi d’Alexandre Texier en slalom individuel spectaculaire qui met dans le vent Markus Lauridsen. La partie est nerveuse sur ces premières minutes, avec des duels très disputés. Mathias Bau en profite pour récupérer un palet libre et Buysse intervient proprement.
La France subit, mais obtient une bonne chance lorsque Leclerc bloque un tir et part seul sur l’aile droite. Son tir ne surprend pas Dahm. Les Bleus restent prudents, et partent vite en contre. Gallet récupère et remonte la neutre, poursuivant son action en écartant vers Texier et en attirant la défense. Le joueur de Columbus trouve ainsi Kévin Bozon esseulé dans l’axe… Il ne cadre pas cette très belle chance !
Les Danois ne sont pas en reste et Crinon doit dégager en catastrophe un palet chaud, après un arrêt de Buysse. Le jeu va d’un but à l’autre. Fabre écarte vers Perret qui rentre en zone offensive sur l’aile droite et son tir percute le poteau. La France s’enhardit… et manque de se faire piéger en deux-contre-un. Pierre Crinon, seul défenseur, coupe parfaitement la passe de la crosse.
En somme, un match très équilibré avec beaucoup de patinage, de duels, quelques occasions franches des deux côtés… La France joue plutôt en contre, et Texier, lancé par Rech à droite, chauffe la botte de Dahm. Buysse réplique d’un bel arrêt devant Jensen Aabo.
Le Danemark ouvre le score à 3’17 de la pause sur une contre-attaque. Une mise au jeu gagnée par les Danois repasse derrière le but de Dahm et remonte en vitesse dans le dos de la défense. Florian Chakiachvili est seul face à deux joueurs. Frederik Storm le fixe et trouve Peter Regin pour une reprise en lucarne (1-0).
Peter Regin opens the score for @dkishockey.🇩🇰🚨#DENFRA #IIHFWorlds pic.twitter.com/cmztFf5BbN
— IIHF (@IIHFHockey) May 21, 2022
Mathias Bau enchaine de volée sur un mouvement de gauche vers la droite, et Bysse répond présent. Le duo Texier-Rech répond immédiatement avec le soutien de Gallet, monté aux avant-postes. Le défenseur voit son tir contré. Ce sera la dernière occasion d’un tiers temps légèrement dominé par le Danemark, avec des chances des deux côtés.
La première grosse occasion de la reprise arrive par l’inévitable Texier. Anthony Rech accepte une mise en échec dans la neutre et libère Louis Boudon, qui percute dans l’axe. Le joueur NCAA écarte vers Texier au cercle droit. Son tir échappe à Dahm mais aucun Bleu ne parvient à s’emparer du palet libre.
Toujours bien fermée, la partie voit la première pénalité arriver après cinq minutes pour un retenir contre Thomas Thiry. L’assistant-coach René Matte avait expliqué, dans une interview de la FFHG, craindre le jeu de puissance danois : celui-ci convertit en une quarantaine de secondes. Joachim Blichfeld lance en tête de cercle droit et le palet trouve son chemin entre les jambes de Buysse (2-0).
Joachim Blichfeld on the PP makes it 2-0 Denmark pic.twitter.com/T6cu2Yo3XQ
— Hockey News Hub (@HockeyNewsHub) May 21, 2022
La France souffre, et Patrick Bjorkstrand, en tour de cage, obtient une nouvelle chance. En face, Charles Bertrand récupère un palet et percute la défense, élimine un défenseur et lance… Dahm écarte du bouclier.
Peu après, les Tricolores sont sanctionnés d’un surnombre – pour la première fois du tournoi. Une petite erreur de Chakiachvili, qui signale au banc qu’il change, mais joue le palet dans ses pieds… Felix Scheel se blesse sur ce jeu de puissance, sur une mise au jeu. Une seule occasion derrière, un tir de Storm bien repoussé. Mais sur son échec-avant, Kévin Bozon se frictionne avec Nikolaj Ehlers. Seul le Français est pénalisé car il lui a enlevé son casque, donnant quelques secondes 3 contre 5. La défense française tient bien le choc, bloquant les tirs et se dégageant proprement. Sur un bloc, Texier démarre avec Tim Bozon à sa gauche. Nikolaj Ehlers l’accroche, donnant un 4 contre 4, puis un jeu de puissance tricolore.
Fleury, Auvitu et Leclerc sont tout proches de marquer, Rech cherche aussi une déviation. Une bonne séquence des Bleus, mais le Danemark revient au complet et Mathias Bau lance du cercle gauche : il trouve la barre de Buysse.
La France subit (22 tirs à 11) mais obtient une bonne contre-attaque. Dylan Fabre, bien décalé par Kévin Bozon à 2 contre 1, écrase un peu sa crosse dans la glace au moment du tir. Puis, le trio Perret-Claireaux-Bertrand s’installe pour présence longue durée et plusieurs tirs dangereux, avec le soutien de Llorca et Auvitu.
Ce momentum aboutit à une crosse haute de Peter Regin. Tim Bozon essaie d’exploiter un écran de Treille, sans réussite. Le disque tourne autour de la défense sans parvenir à franchir le rideau. Le Danemark conserve son 2-0 à la pause. La France a beaucoup reculé sur la première partie de ce deuxième tiers, mais a repris des couleurs après le deuxième but, un peu plus rassurée par son premier jeu de puissance plus dangereux.
La France n’a pas le choix et doit faire le jeu pour revenir au score. Elle s’y emploie dans ces premières minutes, avec de gros efforts dans les bandes ou pour tenir le palet à la bleue. Quelques tirs en découlent, rarement cadrés malheureusement. Le meilleur tir revient à Auvitu après quatre minutes, Bertrand chassant un éventuel rebond devant Dahm.
Le momentum, certes stérile, est Français. Boudon et Treille combinent pour une entrée en zone et installent une bonne séquence. Rech, qui les accompagne, est victime d’un cinglage et Nicholas Jensen prend deux minutes. Malheureusement, les Bleus ne parviennent pas à se montrer dangereux et Guillaume Leclerc met fin à la séquence avec un retenir. À 4 contre 4, les joueurs de Philippe Bozon se montrent les plus dangereux. Gallet ne parvient pas à lancer sur un 2 contre 1, bien couvert par Markus Lauridsen, puis Perret tente la feinte de trop en se présentant seul devant le gardien. Dans les deux cas, les Bleus tardent trop à décocher, toujours à la recherche du geste parfait.
Il reste dix minutes et les tirs cadrés se font rares (3-3). Moment où le Danemark bénéficie d’un rebond favorable contre la bande. Le disque revient dans l’enclave, rebondit et Buysse finit par le trouver. Crinon est alors puni pour son nettoyage trop vif. Les officiels donnent tout d’abord une pénalité majeure, mais la vidéo sauve les Bleus et ne donne que 2 minutes pour charge avec la crosse. L’infériorité française poursuit son très bon travail et ne concède pas grand chose.
Il reste deux minutes et la France n’arrive pas à percer le coffre-fort danois. La sortie de Buysse est vite exploitée par Julian Jakobsen, plus rapide à récupérer un palet envoyé au fond (3-0).
La France s’incline et est quasiment éliminée de la course aux quarts de finale. Le maintien, lui, était déjà acquis : voila les joueurs de Philippe Bozon pris dans cet entre-deux, cette zone grise entre lutte pour ne pas descendre et lutte pour aller plus haut. Ce n’est pas un mauvais match en soi, notamment défensivement, mais c’est une rencontre frustrante, avec le sentiment qu’il y avait bien mieux à faire. Une mention « bien mais peut mieux faire » serait sans doute de rigueur. Et si ce que les Bleus devaient apprendre, c’est être plus ambitieux ?
Désignés joueurs du match : Henri-Corentin Buysse (France) et Peter Regin (Danemark)
Commentaires d’après-match :
Vincent Llorca (défenseur de la France) : « C’est frustrant, nous n’étions pas loin. Il a sans doute manque un petit quelque chose, de l’urgence dans notre jeu. On aurait aimé garder le 0-0 plus longtemps et les faire payer en supériorité. Nous avons eu des occasions pour revenir. L’objectif était de se faire plaisir, de se montrer agressif et respecter le plan comme lors des quatre premiers matchs, faire tout cela ensemble. Sur ce Mondial, j’ai beaucoup appris sur la constance. Il faut être présent du début à la fin, sur chaque présence, on ne peut pas prendre un shift plus tranquille. C’est intéressant, j’ai beaucoup appris et ce serait beau de vivre des matchs de cette intensité tous les soirs par la suite, c’est sûr ! »
Pierre Crinon (défenseur de la France) : « C’est dommage. C’était un match physique. Sur ma pénalité à la fin, il y a un cinglage sur mon gardien, je suis le pour le défendre et le Danois en rajoute un peu, c’est le hockey. Ce tournoi me fait progresser à ce niveau. Il faut rester focus, car la moindre erreur coûte cher. On voit que quand le groupe est soudé, on peut tenir tête à de grosses équipes. Même s’il n’y a pas tous nos talents, que c’est parfois difficile, ce sont aussi les personnalités de l’équipe et un groupe soudé qui peuvent faire la différence. »
Anthony Rech (attaquant de la France) : « Nous n’avons pas exécuté le plan. On s’est compliqué le jeu. Par exemple, nous n’avons pas forechecké comme on l’avait dit, on était souvent un seul joueur au lieu de deux. Le championnat n’est pas fini ! C’est une chance de jouer à ce niveau, de jouer des équipes de ce calibre. On est longtemps restés dans le match, on n’a pas fait un mauvais match en soi. Mais il faut que l’on retrouve l’équipe de France, on ne l’a pas été aujourd’hui. Ce soir on se repose, et demain on se réveille, sans quoi on risque d’en prendre une belle. »
Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « J’aurais aimé que l’on marque le premier but, cela nous aurait donné de l’énergie. On frappe deux poteaux au premier tiers, on était à peu près là dans le jeu. Ce premier but est dommage car il vient d’une mise au jeu en zone offensive, et on ne tient pas le plan convenu sur les engagements. Et quand les Danois ont une avance, ils ont une grosse discipline défensive, ils ne donnent pas grand chose et cela devient compliqué. Dans le deuxième tiers, nous n’étions pas dans le rythme, avec trop de pénalités. En troisième tiers, nous avons mis plus de pression, commencé à faire ce que l’on voulait faire. Mais ce n’est pas suffisant. Il manque ce petit plus que l’on a vu dans les premiers matchs. Nous étions un peu plus ordinaires, or à ce niveau il faut plus de sacrifice dans les petits détails, être plus affamé. Nous n’étions pas loin, mais il faut faire mieux.
Je pense que ce Danemark-là, contrairement à celui que nous avions joué cet été avec toutes leurs stars, était jouable. Je voulais que nous puissions jouer comme contre la Slovaquie et l’Allemagne, mais nous ne l’avons pas fait aujourd’hui, il faut être honnête et ne pas avoir peur de le dire. C’est ce que j’essaie d’inculquer aux joueurs, de ne pas se satisfaire de ça. Nous avons obtenu le maintien, c’était l’objectif, mais ce n’est pas mon caractère de m’arrêter à ça. Il faut continuer à pousser, à chercher plus dans la discipline quotidienne, et je sais que l’on est capables de faire mieux. Je n’ai aucun reproche sur les matchs contre la Slovaquie et l’Allemagne où nous avons fait ce qu’il fallait, mais aujourd’hui il y a un goût amer. On sait que pour les quarts de finale la marche est haute, il nous faudrait des joueurs avec plus d’envergure.
Les jeunes joueurs se sont présentés, ils ont donné de l’énergie. Globalement, il y a une mentalité à construire, apprendre à chercher plus quand l’objectif est acquis, vouloir plus, tous ces petits détails. On voulait mettre plus de pression sur le Danemark, y compris derrière leur cage, et on l’a fait à moitié. Ce sont ces petits détails où l’on voit la volonté. C’est la culture que l’on cherche à inculquer, cette discipline journalière.
On va déjà régler les petits bobos. Damien par exemple n’était pas très bien aujourd’hui, il a quand même tenu à jouer [il n’a pas joué au troisième tiers, NDLR]. On va faire un point médical, et on verra qui jouera demain contre la Suisse. Il y a aura changement de gardien c’est sûr, mais on verra après le bilan médical. »
Danemark – France 3-0 (1-0, 1-0, 1-0)
Championnats du monde élite 2022.
Samedi 21 mai 2022, 12h20. Helsingin jäähälli, 3007 spectateurs.
Arbitres : Roy Stian Hansen (NOR) et Jake Rekucki (USA) assistés de Daniel Beresford (GBR) et Hannu Sormunen (FIN)
Pénalités : Danemark 6′ (0′, 4′, 2′), France 10′ (0′, 6′, 4′)
Tirs : Danemark 30 (11, 12, 7), France 19 (7, 7, 5)
Récapitulatif du score
1-0 à 16’43 : Regin assisté de Storm et M. Lauridsen
2-0 à 25’28 : Blichfeld assisté de M. Lauridsen et Ehlers (sup. num.)
3-0 à 58’24 : Jakobsen assisté de Storm
Danemark
Attaquants :
Nikolaj Ehlers (2′) – Frans Nielsen (A) – Mathias Bau
Frederik Storm (+2) – Peter Regin (C, 2′, +1) – Felix Scheel (+1)
Mikkel Aagaard – Patrick Bjorkstrand – Joachim Blichfeld
Matthias Asperup – Julian Jakobsen (+1) – Morten Poulsen (+1)
Défenseurs :
Matias Lassen (+2) – Markus Lauridsen (+2)
Emil Kristensen – Jesper Jensen Aabo (A)
Oliver Larsen – Nicholas Jensen (2′)
Gardien :
Sebastian Dahm
Remplaçants : Frederik Dichow (G), Morten Jensen (D), Nicolai Meyer (A). Réservistes : Mathias Seldrup (G), Oliver Lauridsen (D)
France (2′ pour surnombre)
Attaquants
Tim Bozon (-2) – Damien Fleury (C, -1) – Sacha Treille (A, -2)
Anthony Rech – Louis Boudon – Alexandre Texier (-1)
Charles Bertrand (-1) – Valentin Claireaux (A, -1) – Jordann Perret
Guillaume Leclerc (2′) – Nicolas Ritz – Kévin Bozon (2′)
Dylan Fabre
Défenseurs
Yohann Auvitu (-1) – Hugo Gallet
Florian Chakiachvili (-1) – Vincent Llorca (-1)
Pierre Crinon (2′) – Thomas Thiry (2′)
Romain Bault
Gardien :
Henri-Corentin Buysse [sorti de sa cage de 57’57 à 58’24]
Remplaçant : Sébastien Ylönen (G). Réservistes : Quentin Papillon (G), Enzo Guebey (D), Fabien Colotti (A)