La victoire de la France contre l’Autriche a rassuré bien du monde au vu de la qualité du jeu affichée, même si le staff pourra regretter d’avoir « perdu » un point. Pour capitaliser sur ce succès, l’idéal serait de s’imposer contre une vieille connaissance, le Danemark.
Les Bleus ont joué trois fois ce pays au Mondial depuis leur remontée en 2008 :
*en 2014 à Minsk, 6-2, avec un match monumental du trio Roussel-Bellemare-Da Costa – seuls Nicolas Ritz et Florian Chakiachvili sont encore là.
*en 2019, les Bleus sont battus 5-4 à Kosice aux tirs au but, alors qu’ils menaient 4-2 (buts de Bertrand, Dame-Malka, Fleury et Claireaux). Des points perdus qui ont cruellement manqué plus tard…
*en 2022 à Helsinki, une défaite 3-0 avec un but cage vide, match qui « reste en travers de la gorge » de Philippe Bozon, d’après ses propos après le premier match.
En somme, un match indécis, car le Danemark a certes gagné hier 3-1 contre la Hongrie, mais sans particulièrement briller. La star de Winnipeg, Nikolaj Ehlers, sera bien sûr à surveiller comme le lait sur le feu. Le jeu de puissance danois, très efficace, exigera une grande discipline de la part des Bleus.
Les deux équipes conservent le gardien qui a gagné hier : Sébastian Ylönen et Frederik Dichow.
La France entame avec un échec-avant agressif et des palets envoyés dans la profondeur. La première occasion revient donc aux Bleus, un centre d’un Tim Bozon très patient dans le coin, pour trouver Hugo Gallet en retrait. Le lancer est bloqué et dégagé. Puis, Lucien Onno prend un relais, contourne la cage et cherche Texier : Dichow bloque cette action dangereuse.
En face, Mathias Bau surprend Florian Chakiachvili à la bleue et file vers l’avant, résiste à son défenseur et offre à Sébastian Ylönen son premier arrêt. Quelques minutes plus tard, Bødker réalise une action similaire, au duel avec Chakiachvili. Il attaque la cage en repiquant au centre, et Ylönen tient bon.
Les Bleus sont appliqués, mais, sur un palet envoyé au fond, Dylan Fabre fait trébucher Ehlers en cherchant le disque derrière la cage danoise.
La grande force du Danemark, c’est : 1-son jeu de puissance et 2-Nikolaj Ehlers. Ylönen repousse trois fois l’échéance avec une série d’occasions dangereuses en une poignée de secondes, mais il ne peut rien sur le lancer d’Ehlers de loin, masqué par l’écran de Patrick Russell (0-1).
🇩🇰 @NikolajEhlers24 with a shot and it goes right to the back of the net!🚀@DKIshockey opens up the game!@NHLJets #IIHFWorlds #FRADEN pic.twitter.com/s20zmUgKl1
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Les Bleus répliquent par un tir de Boudon, puis par une montée collective, Alexandre Texier vers Tim Bozon, qui remise sur Justin Addamo dans l’axe. Il ne cadre pas, pas plus que Enzo Guebey, servi lancé par Tim Bozon. Ylönen reçoit lui des lancers cadrés et résiste de la botte sur une percée danoise de Patrick Russell.
Il reste 5’49 lorsque Valentin Claireaux vient charger Nikolaj Ehlers dans une action inutile. La charge est dans le dos, contre la bande, et les règles IIHF sont malheureusement connues. Après révision vidéo, les officiels lui donnent cinq minutes et méconduite de match. Par chance, Markus Lauridsen lui a demandé des comptes trop vigoureusement et prend deux minutes, ce qui réduit la durée de l’infériorité…
Deux exclusions en deux jours, le penalty kill français va devoir encore cravacher sur cette fin de tiers. Il résiste bien au départ, mais Mikkel Bødker s’avance au cercle droit, lance une première fois, récupère le palet contré par Hugo Gallet et profite d’un Ylönen qui a anticipé le premier lancer pour doubler la mise (0-2).
Mikkel Boedker doubles @dkishockey lead!🇩🇰👏🚨@HV71
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Il reste quelques secondes à tuer et les Danois sentent qu’il y a un coup à faire. Kévin Bozon est sévèrement puni pour obstruction au contact d’Ehlers, offrant une poignée de cinq-contre-trois. Les Bleus s’accrochent, et rentrent au vestiaire avec un 0-2, et encore 43 secondes à tuer.
La France gère bien cette reprise, revient au complet et tente de repartir vers l’avant. Kevin Bozon vient chasser un palet mal géré par Dichow derrière sa cage et remise dans le slot vers Sacha Treille, mais le gardien s’est replacé assez vite.
Après cinq minutes, les Français obtiennent deux chances coup sur coup. Un revirement envoie Guillaume Leclerc en contre, avec Louis Boudon et Alexandre Texier. Il sert Boudon, mais celui-ci n’ose pas tirer et sa passe vers le joueur de Columbus est bloquée. Puis, ce sont Anthony Rech et Leclerc qui menacent Dichow. Leclerc a une cage ouverte, mais tire sur Dichow. Sur la présence suivante, Leclerc ne rate pas l’offrande de Rech en retrait et réduit le score (1-2). C’est son deuxième but aux Championnats du monde : le premier remontait à 2018 contre la Suisse.
A perfectly executed pass from Rech to Guillaume Leclerc and @Hockey_FRA get their first!🇫🇷 @FehervarAV19 #IIHFWorlds #FRADEN pic.twitter.com/KDWMRmpSnt
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Une passe qui fait un bien fou à Anthony Rech. Il bloque un tir à la bleue et déboule en échappée. Seul face à Dichow, il le feinte et marque du revers (2-2). Les Bleus sont revenus !
La France est en plein temps fort et le Danemark semble sonné. Malheureusement, Lucien Onno commet une énorme erreur de relance : le palet arrive dans la crosse de Nick Olesen, qui allume un slap en lucarne sans même réfléchir (2-3). Un coup au moral pour les Bleus, qui cafouillent un peu dans les minutes qui suivent. Pire, Dylan Fabre reçoit deux minutes pour crosse haute…
Nick Olesen with a snipe and @dkihockey are back in the lead!🇩🇰📈 2-3#IIHFWorlds #FRADEN pic.twitter.com/EncAWvE2yh
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La pénalité est tuée et cela fait du bien aux Bleus. Jordann Perret enchaine avec une présence massive, qui fait tourner en bourrique la défense. Dichow résiste à ses assauts de près. Les joueurs de Philippe Bozon s’accrochent dans ce match, avec beaucoup de combativité.
Ils sont récompensés en toute fin de tiers. Une longue présence en zone offensive paie lorsque Gallet, avancé au fond, remise à la bleue vers Jules Boscq. Pas attaqué, le jeune défenseur lance à la cage et Justin Addamo, planté devant le gardien, dévie de la jambe puis de la crosse juste devant Dichow (3-3). C’est le premier but (et le premier point) aux Championnats du monde pour l’attaquant d’AHL, et le premier point de Jules Boscq.
Our emotions right now: 📈📉📈📉@JustinAddamo too much to handle in front of the Denmark net! @Hockey_FRA levels the game once again!🇫🇷#IIHFWorlds #FRADEN pic.twitter.com/npaoi3fmtS
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De quoi rentrer au vestiaire avec le sourire : 3-3, des Bleus sans doute plus forts à 5 contre 5 jusque là.
La France revient avec les mêmes intentions et de la prudence. Le jeu de puissance tricolore entre en piste avec une obstruction de Markus Lauridsen sur Chakiachvili. Texier et Bozon tentent des tirs, sans réussite, au cours d’une séquence longue et patiente. Puis, Rech force Dichow à un arrêt difficile sur la deuxième vague. Le Danemark a plié mais tient le choc.
La ligne Bertrand-Leclerc-Rech enchaine avec une bonne présence, ponctuée par un lancer de Bertrand repoussé par Dichow. Leclerc, intenable, crée encore le danger sur sa présence suivante, avec un lancer de Boscq pour conclure.
Perret et Fabre sont des poisons pour la défense et le deuxième reçoit un cinglage de Lauridsen pour le deuxième jeu de puissance tricolore. Texier tente deux fois, Chakiachvili une fois de loin mais le cadre se dérobe. Un ultime tir, bloqué, est finalement dégagé. Puis, un long palet envoie Texier au duel au fond. Il récupère derrière le but et trouve Tim Bozon seul devant la cage, mais il n’arrive pas à reprendre !
Le Danemark n’a que peu d’occasions : Ylönen répond présent si nécessaire, avec cette percée de Bødker à deux minutes de la fin pour un arrêt à bout portant. Avec sept tirs à trois, les Français ont dominé le tiers sans réussir à faire la différence. La prolongation va donc débuter.
Les Danois commencent en possession et tournent dans le camp bleu. La présence est longue, seul Texier a pu sortir. Tim Bozon et Chakiachvili, acculés dans leur camp, peinent à suivre et le défenseur de Rouen finit par être pénalisé pour un accrochage litigieux sur Jensen : 4 contre 3.
Perret contre et tente un lancer, sans réussite. Le Danemark reprend le palet et s’installe : Russell trouve la lucarne (3-4).
Les Bleus ne prennent donc qu’un seul point ce soir. Comme hier contre l’Autriche, il y a un sentiment d’inachevé : les Bleus auraient légitimement pu remporter six points en deux jours grâce à la qualité de leur jeu. Mais le réalisme n’a pas été au rendez-vous sur la fin de match dans les deux cas, avec des jeux de puissance non convertis aux moments-clés. Le Danemark peut s’estimer heureux de s’en sortir avec les deux points, tant il a été dominé à 5 contre 5.
Désignés joueurs du match : Anthony Rech (France) et Mattias Lassen (Danemark)
Commentaires d’après-match :
Jordann Perret (attaquant de la France) : « On a mal commencé, avec trop de fautes. Nous avons montré beaucoup de caractère pour revenir au score, on a tout bien fait. C’est dommage, on aurait mérité la victoire. Le jeu de puissance ? C’est comme ça, hier il nous a bien aidé, le penalty-kill aussi… ça ira mieux au prochain ! Ce retour au score fait du bien, cela montre qu’on est capables de le faire, on l’avait déjà vu en préparation contre la Norvège. On y croyait tous. L’arbitrage ? Je ne m’attarde pas dessus ! Qu’on râle ou pas, à partir du moment où l’arbitre lève le bras, on ne peut plus rien y changer, il faut passer à autre chose. »
Guillaume Leclerc (attaquant de la France) : « Oui, je me souviens de mon premier but au Mondial [contre la Suisse en 2018]. Je n’avais pas eu beaucoup de temps de jeu hier, donc quand j’en ai, ce temps est précieux, il faut bien faire. Je suis content de la ligne sur laquelle j’étais, nous avions déjà joué ensemble avec Anthony Rech. Il m’aide beaucoup à rester en confiance. Ce match, nous perdions 0-2, nous avons été capables de revenir et ce point reste précieux. La prolongation, on sait qu’une pénalité, c’est tout de suite dangereux. Eviter les pénalités ce n’est pas facile à ce niveau. Chaque match se joue sur des détails. »
Anthony Rech (attaquant de la France) : « C’est frustrant. Nous avons été la meilleure équipe à 5 contre 5. Sur le troisième tiers, ils n’ont pas vu le jour. Il faut juste qu’on arrive à la mettre dedans. Toute l’équipe s’est donnée à 100%, on bataille à chaque match. Oui ce but, je suis content pour ma confiance, mais j’aurais préféré les trois points. Je suis fier de cette équipe, de son caractère, on le montre depuis le début de la préparation. Beaucoup de gens nous annonçaient un long mondial, mais nous avons montré que nous étions prêts, tout le monde joue les uns pour les autres. Nous avons de gros leaders, Sacha, Tex… Nous sommes contents de jouer ensemble. Quand on marque trois buts, cela fait souvent mouche. Le problème, ce sont les pénalités. Avec trois buts marqués, on doit gagner. Notre jeu de puissance ? Ce n’est pas une science exacte, j’ai trouvé que nous avions eu de bons tirs voilés. Leur gardien fait de bons arrêts. On a essayé, avec de bonnes chances, des rebonds. Pour la Hongrie ? Il faut surtout rester humbles ! On sait comment il faut jouer. Rester simple. Il y a eu beaucoup de bonnes choses, que l’on avait pas vues l’an dernier. On joue vite, on patine, le palet est envoyé à la cage. On a un gros jeu défensif, on ne leur laisse pas de grosses chances. Maintenant, la confiance doit se retrouver dans les points. »
Philippe Bozon (entraîneur de la France) : « Je suis fier des joueurs et de l’équipe. Après ce départ, revenir et dominer à 5 contre 5, je ne vais retenir que cela. Je vous laisse commenter les autres événements. On fera le travail pour étudier cette première période. Tout le monde s’est calmé après ce tiers et à commencé à jouer au hockey. On a montré de bonnes choses, c’est frustrant. Mais on continue à gratter des points et à avancer. Nous avions eu une réunion avant le Mondial avec les officiels pour les nouvelles règles sur les accrochages, c’est dommage qu’ils n’aient été sifflés que d’un côté. En fin de troisième, on oublie de siffler, c’est sans doute pas important, quand Texier est accroché, mais on siffle en prolongation.
Le jeu de puissance ? Il y a eu de bonnes chances, il fallait continuer à tirer. Il y a eu du bon travail, peut-être aurait-il été plus judicieux de tirer mi-hauteur plutôt que ras glace. Mais on a eu nos chances. On sait que plus le niveau monte, plus ça sera difficile en supériorité car la vidéo, ça marche partout ! Il va falloir améliorer ça. Hier on les met, ce soir nous n’avons pas de jeu de puissance avant le troisième tiers, avec plus de pression et de tension, ça joue aussi. Les intentions étaient là, cadrer n’est pas évident car maintenant, toutes les défenses savent bloquer ou se sacrifier.
La défense ? Elle était assez bien en place, je n’ai pas grand chose à redire à cinq-contre-cinq, y compris pendant la préparation. On a très peu donné à l’adversaire. C’est le hockey, les unités spéciales restent en ligne de compte, comme hier.
La Hongrie ? On est habitués à ça, et il faudra se concentrer sur notre jeu. On ne doit pas changer parce que c’est un match important. On doit garder la même dynamique à cinq-contre-cinq, mettre de la vitesse. On a beaucoup dérangé le Danemark avec cette vitesse, donc on devrait pouvoir déranger la Hongrie aussi. On doit jouer selon notre identité des dernières semaines, pas plus. »
France – Danemark 3-4 après prolongation (0-2, 3-1, 0-0, 0-1)
Dimanche 14 mai 2023, 16h20. Nokia Arena de Tampere, Finlande. 4542 spectateurs.
Championnats du monde, groupe A.
Arbitres : Tobias Björk (SUE) et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Jake Davis (USA) et Jiří Ondráček (TCH)
Pénalités : France 33′ (9’+20′, 2′, 0′, 2′), Danemark 6′ (2′, 0′, 4′, 0′)
Tirs : France 26 (6, 12, 7, 1), Danemark 21 (9, 8, 3, 1)
Récapitulatif du score
0-1 à 08’27 : Ehlers assisté de M. Lauridsen et N. Jensen (sup. num.)
0-2 à 18’03 : Bødker assisté de Jensen Aabo et Bau (sup. num.)
1-2 à 25’48 : Leclerc assisté de Rech et Boudon
2-2 à 28’29 : Rech
2-3 à 30’34 : Olesen
3-3 à 39’31 : Addamo assisté de Boscq et Gallet
3-4 à 61’43 : Russell assisté de M. Lauridsen et Ehlers (sup. num.)
France
Attaquants :
Tim Bozon (+1) – Justin Addamo (+1) – Alexandre Texier
Dylan Fabre (4′) – Valentin Claireaux (A, 25′) [puis Boudon] – Jordann Perret (+1)
Anthony Rech (+2) – Louis Boudon (+1) puis Guillaume Leclerc (+2) – Charles Bertrand (+1)
Kevin Bozon (2′, -1) – Nicolas Ritz (A, -1) – Sacha Treille (C, -1)
Défenseurs :
Jules Boscq – Hugo Gallet (+1)
Florian Chakiachvili (2′, +2) – Vincent Llorca (+2)
Pierre Crinon (-1) – Lucien Onno (-1)
Enzo Guebey
Gardien :
Sébastian Ylönen
Remplaçant : Julien Junca (G). Réserviste : Quentin Papillon (G).
Danemark
Attaquants :
Nicklas Jensen (-2) – Patrick Russell (A, -1) – Nikolaj Ehlers
Frederik Storm (-1) – Morten Poulsen (-1) – Mikkel Bødker (A)
Niklas Andersen (-2) – Oscar Mølgaard – Mikkel Aaagard
Nick Olesen (+1) – Christian Wejse (+1) – Mathias Bau (+1)
Felix Scheel
Défenseurs :
Markus Lauridsen (6′) – Matias Lassen
Jesper Jensen Aabo (C, -1) – Anders Koch
Oliver Lauridsen – Morten Jensen (-2)
Anders Krosgaard
Gardien :
Frederik Dichow
Remplaçant : George Sørensen (G)