Au bout du suspense

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Les Bleus débutent par un match qui s’annonce très équilibré face au Danemark. Les deux pays se valent au classement mondial et sont tout autant décimés par les absences de leurs meilleurs joueurs. Lors de leur dernière confrontation au Mondial, les Français s’étaient imposés 6-2 : c’était à Minsk, en 2014, une victoire qui avait lancé leur course aux quarts de finale.

C’est un peu le même scénario qui se dessine pour les deux équipes aujourd’hui. Le niveau relevé de ce groupe A laisse à penser que le perdant risque de devoir jouer son maintien dans un match couperet face à la Grande-Bretagne – le septième et dernier de la France, en fin de tournoi. Si les hommes de Philippe Bozon pouvaient s’épargner ce stress…

Cela passe donc par une victoire aujourd’hui et les joueurs en sont conscients. La détermination est évidente, et le renfort d’Alexandre Texier apporte un plus indéniable. Bozon a choisi de lancer dans le grand bain Peter Valier et Cédric Di Dio Balsamo, qui vont apparaître pour la première fois à ce niveau. Anthony Guttig est réserviste, et Teddy Da Costa est en tribunes et pas encore officiellement inscrit. Pierre Crinon patientera pour ses débuts.

Côté danois, les absents – Nikolaj Ehlers, Oliver Bjorkstrand notamment – sont importants, mais l’effectif est rompu aux Championnats du monde. Un an après leur échec à domicile (pas de quart de finale), il va falloir digérer. L’absence de leur meilleur gardien, Frederik Andersen, fait peser une lourde pression sur les épaules de Sebastian Dahm.

Le Danemark sur le fil

La France débute dans son camp avec quelques arrêts de Hardy sur des lancers excentrés. Les attaquants tricolores se projettent vite vers l’avant, avec un premier tir en force de Bertrand, non cadré.

Le Danemark fait le jeu et se crée une chance dangereuse dans le slot. Le sifflet de l’arbitre retentit juste avant que le palet ne finisse au fond des filets. Il y avait surnombre français et un Bleu avait touché le disque, mettant fin à l’action…

La défense ne tremble guère – tout juste un palet traverse-t-il l’enclave – et explose en contre dans les dernières secondes. Valier se montre malin le long de la bande. Il crée un deux-contre-un et trouve Leclerc, trop près de la cage pour reprendre assez fort. Le tour de cage qui suit ne passe pas, bien bloqué.

Une séquence qui donne confiance. La France appuie physiquement, à l’image d’une charge appuyée de Chakiachvili en attaque. Mais le Danemark a ses armes : un tir est dévié devant Hardy et le palet s’écrase sur la barre !

La France défend bien, avec une prestation notable de Chakiachvili et Gallet, actifs dans les bandes et propres à la relance. Le combat physique est là aussi et provoque une interruption, lorsqu’une charge de Treille dans le coin fait sauter un élément d’un panneau de plexiglas.

Dès la reprise du jeu, Texier est victime d’une charge et obtient deux minutes contre Nicklas Jensen pour crosse haute. Vingt secondes plus tard, Hecquefeuille lance de la bleue à travers le trafic. Claireaux, en écran, dévie, puis prend le premier rebond, et Charles Bertrand signe son premier but aux Championnats du monde sur le second (0-1).

Perret enchaîne avec une solide occasion, pendant que Hardy continue à garder le fort bleu. La France joue désormais avec confiance et ne concède plus grand chose.

La plus belle chance danoise survient en contre. Une mauvaise appréciation à la bleue offensive et le Danemark, avec Bødker, file en deux-contre-un. Dame-Malka parvient à freiner le passeur en se jetant au sol, et lorsque la passe arrive, Peter Valier, revenu de nulle part, parvient à détourner le palet hors glace !

Actifs avec leurs crosses, les Français coupent bien les actions adverses, gagnent les duels dans les bandes et relancent proprement. Hardy, bien positionné, réalise de bons arrêts avec une économie de mouvements. Le premier quart d’heure de l’ère Bozon est plutôt maîtrisé.

Des relances propres et explosives vers l’avant : Rech mène le palet et est accroché, provoquant une faute danoise. Le jeu de puissance peine à s’installer mais finit par obtenir une volée de Fleury. Peu après, une erreur à la bleue de Bertrand provoque une échappée et Hecquefeuille est puni pour accrocher. À 4 contre 4, le Danemark égalise. Hardy sauve une première fois et, couché sur la glace, ne peut pas faire grand chose quand Storm, au duel avec Claireaux, vient gratter le palet près du poteau (1-1).

Le souci, c’est que Hecquefeuille est toujours puni. Et sur le 5 contre 4 qui suit, Markus Lauridsen expédie un tir puissant plein axe, qui transperce le gardien français juste avant la sirène (2-1).

Des Bleus virevoltants

Le jeu reprend avec le même profil : une formation française plutôt défensive. Hardy sort un premier arrêt, puis les Bleus sortent de leur boite. Après un travail de Perret, Chakiachvili bouge bien à la bleue et décoche un tir bloqué de la mitaine par Dahm. Les Bleus prennent le contrôle du match. Texier tricote en zone offensive, et, après un beau geste technique, s’ouvre un tir lointain sorti de l’épaule.

C’est alors qu’arrive un but improbable : alors que les Bleus changent de ligne, Dame-Malka, du rond central, expédie une mine qui glisse entre les jambières de Dahm pour un but casquette (2-2).

Alors que la France semble mieux contrôler son match, elle se fait piéger sur un centre mal repris. Bødker s’échappe sur la gauche en profitant du changement de ligne. Chakiachvili l’accroche et les officiels signalent un tir de pénalité. Hardy ne tremble pas et gagne son duel.

Cela ne brise pas l’élan français, avec encore une belle percée à gauche de Claireaux. À douze minutes de jeu, la France défend bien et récupère le palet. Hecquefeuille le remonte et écarte à gauche vers Bozon, qui, en tête de cercle, lance au but. Dahm laisse un rebond dont s’empare Fleury : excentré, le capitaine ne rate pas la cage ouverte pour son vingtième but aux Championnats du monde (2-3).

Un surnombre danois donne une nouvelle arme aux Bleus. Ils se font piéger en contre et Hardy, qui avait initialement dégagé le palet maladroitement, sort un grand écart spectaculaire. Le palet est immédiatement repris et la France file à trois contre deux. Bozon écarte vers Rech à droite, qui renvoie vers Claireaux de l’autre côté. La volée du Saint-Pierrais est trop rapide pour Dahm (2-4).

La France déroule son hockey, avec une grande qualité dans le jeu de transition et de l’impact physique dans les bandes. Treille libère ainsi Bertrand derrière le but et la passe trouve Texier dans le slot. Dahm, cette fois, fait l’arrêt.

Mais le Danemark n’a pas dit son dernier mot. Lars Eller reçoit le palet à la bleue et son tir profite d’une forêt de joueurs pour surprendre Hardy (3-4).

Ce match est débridé, et Valier enchaîne avec un tour de cage dangereux. Les dernières minutes sont plus équilibrées. Hardy sort la botte à deux reprises dans les dernières secondes, et la France conserve ce 4-3 précieux.

Un match indécis

Prudente, la France ralentit le rythme en début de troisième. Elle se crée un 2-contre-1, où Leclerc manque le cadre, puis cafouille un palet dans la neutre. Quatre Bleus ferment la porte à l’attaquant adverse, mais Janil est sanctionné. Hardy sauve un premier palet, puis la défense bien en place repousse vers l’extérieur. Les crosses sont actives et détournent un centre dans le slot au moment même du retour à cinq.

Le momentum est danois. Le travail près du but et dans le coin libère au cercle, et le centre de Nicklas Jensen dans l’enclave trouve la crosse de Jesper Jensen pour un but en hauteur (4-4).

Cette égalisation augmente d’un cran la nervosité dans la patinoire. Le public, très nombreux, est tendu dans ce match équilibré, et les prises de risques se réduisent. À 9’07 de la fin, Manavian est alors accroché dans la neutre. Les Bleus profitent de la pénalité différée pour s’installer pour une longue séquence, avant que le Danemark ne touche le disque. Bau sort alors pour faire trébucher…

La France se montre prudente. Texier surprend la défense en lançant Leclerc côté droit, mais le tir du meilleur joueur de ligue Magnus est bloqué par Dahm. Puis, les Tricolores s’installent. Un tir de Bozon met le feu dans la zone du gardien, avec Claireaux au rebond. Les esprits s’échauffent… Deuxième chance avec un tir de Rech dans l’axe qui touche le poteau. Le Saint-Pierrais bataille encore, Bozon reprend dans la confusion mais Dahl sauve miraculeusement. Pire pour les Bleus, Claireaux concède deux minutes sur l’action.

Hardy sauve alors la France à quatre reprises, avec l’aide d’une crosse de Thiry devant une cage ouverte. Bau est lui aussi tout proche de marquer dans les dernières secondes et voit le palet filer juste à côté…

Les nerfs sont mis à rude épreuve. La défense bleue plie, et tente d’exploiter les contres. Bertrand bloque un tir et lance un deux-contre-un avec Perret. Il choisit le tir, Dahm bloque le palet. Tendue, la fin de match verrouille les occasions. Après une ultime mise en échec de Dame-Malka, les arbitres sifflent la fin du temps réglementaire…

La prolongation se révèle extrêmement nerveuse. Hardy sort plusieurs parades difficiles, avec l’aide de l’esprit de sacrifice de ses équipiers, notamment un Chakiachvili omniprésent. Mais la meilleure chance revient à Fleury, lancé en 2-contre-1 avec Chakiachvili. Les deux Tricolores ont leur chance mais Dahl repousse les deux tirs. Les Bleus vont en découdre en fusillade, sans leur habituel buteur dans l’exercice, Stéphane Da Costa, absent cette année.

Texier s’avance lentement et Dahm sort la mitaine.
Lars Eller prend de la vitesse et décoche un tir en lucarne, 1-0.
Bertrand tente la feinte et le tir entre les jambes, c’est arrêté.
Nicklas Jensen veut rendre hommage à Forsberg, mais sa feinte d’une main trouve la botte.
Rech piège Dahm d’un revers en hauteur, 1-1.
Bødker imite Lars Eller, même résultat : 2-1.
Sacha Treille décoche un bon tir, 2-2
Storm trouve un petit espace, 3-2.
Damien Fleury doit absolument marquer, mais le palet lui échappe et il ne parvient qu’à lancer un revers sans danger en pivot.

Le Danemark s’impose donc au bout du suspense, dans un match qui aurait pu basculer des deux côtés. La France collecte son premier point du tournoi : toujours bon à prendre dans la course au maintien…

Désignés joueurs du match : Frederik Storm (Danemark) et Valentin Claireaux (France)

Commentaires d’après-match :

Peter Valier (attaquant de l’équipe de France) : « Les places ont été chères et Philippe Bozon m’a fait confiance. Mon rôle c’est d’apporter de la vitesse et du bon jeu défensif, c’est pour ça que je suis là. Le match se joue sur des détails, un but, un sacrifice, un palet sorti. Les deux équipes ont bien joué et cela ne s’est pas joué à grand chose. Nous voulions bien débuter le tournoi et il y a beaucoup de positif malgré tout. Nous avons créé du jeu offensif, été solidaires en défense et Flo (Hardy) a tenu la baraque, comme d’habitude. Notre identité était là : on ne lâchera rien jusqu’au bout. »

Damien Fleury (attaquant de l’équipe de France) : « C’est dommage que ça n’ait pas tenu. Mais nous avons été solidaires et nous nous sommes battus jusqu’au bout. Cela reste un gros point. Notre système de jeu a changé, et il s’appuie sur nos qualités, avec de la vitesse, notamment des ailiers très rapides. Nous les avons mis en difficulté sur chaque rush. Globalement c’est un très bon match. Au deuxième tiers, nous nous sommes surtout concentrés sur nous mêmes. Les deux buts encaissés en fin de premier tiers nous ont fait mal mais nous sommes revenus forts, nous avons marqué trois buts et nous les avons mis dans le dur. C’est décevant de ne pas avoir tenu mais cela nous servira pour la suite. Il y a des absents c’est vrai, mais nous sommes concentrés sur nous. C’est une expérience pour les plus jeunes et un rôle plus important pour d’autres. Tout le monde a montré qu’il avait le niveau. »

Philippe Bozon (entraîneur de l’équipe de France) : « On s’est battus. C’était le mot d’ordre, avec ce groupe – on ne va pas revenir sur les absents, on ne va pas inventer des leaders. À ce niveau, il ne faut pas lâcher une minute, les quatre lignes ont contribué. Nous menons deux fois, mais on remet le Danemark dedans avec des erreurs, des pertes de palet dans la neutre. C’est le haut niveau, les deux équipes ont eu de bonnes chances. Malgré tout, cela reste satisfaisant. Valier et Di Dio Balsamo ont débuté : les choix en attaque auraient été très, très difficiles si tout le monde avait été présent. Ce sont des joueurs que je connais depuis longtemps, ils apportent de la vitesse. Plusieurs joueurs ont leur chance cette année, à eux de se montrer et pour certains, de prendre plus de responsabilités.
Contre le Danemark, la tactique était d’aller vite derrière eux pour les faire reculer. On ne l’a pas trop fait au début, ce qui fait qu’on a sans doute manqué quelques jeux, des deux-contre-un, mais la suite du match cela a bien fonctionné. Le jeu de puissance, nous l’avons travaillé dès que nous avons su un peu plus l’effectif définitif, donc plutôt sur les deux dernières semaines. Il a bien tourné contre la Suisse et l’Italie et encore ce soir. Les États-Unis demain ? C’est une chance unique, on n’a pas tous les jours la chance de jouer contre des joueurs de NHL. Nous prenons tous les matchs comme une possibilité de prendre des points qui nous rapprocheraient du maintien. Nous jouerons avec les mêmes intentions et si on arrive à les tenir, on tentera nos chances. »

Danemark – France 5-4 aux tirs au but (2-1, 1-3, 1-0, 0-0)
Samedi 11 mai 2019, 12h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 6190 spectateurs.
Arbitrage de Aleksi Rantala (FIN) et Jeremy Tufts (USA) assistés de Dmitri Golyak (BLR) et Jiri Ondracek (TCH)
Pénalités : Danemark 8′ (4′, 2′, 2′, 0′), France 8′ (4′, 0′, 4′, 0′)
Tirs : Danemark 39 (13, 14, 8, 3), France 28 (4, 12, 9, 3)

Récapitulatif du score
0-1 à 08’55 : Bertrand assisté de Claireaux et Hecquefeuille (sup. num.)
1-1 à 19’06 : Storm
2-1 à 19’56 : M. Lauridsen assisté de Storm et Jesper Jensen (sup. num.)
2-2 à 24’08 : Dame-Malka
2-3 à 32’21 : Fleury assisté de Bozon et Hecquefeuille
2-4 à 33’55 : Claireaux assisté de Rech et Bozon (sup. num.)
3-4 à 35’29 : Eller assisté de Bødker
4-4 à 46’34 : Jesper Jensen assisté de Nicklas Jensen et Meyer

Tirs au but :
France : Texier (arrêté), Bertrand (arrêté), Rech (réussi), Treille (réussi), Fleury (arrêté).
Danemark : Eller (réussi), N. Jensen (arrêté), Bødker (réussi), Storm (réussi).

Danemark (2′ pour surnombre)

Attaquants
Nicklas Jensen (4′) – Lars Eller (A, +2) – Frederik Storm (+1)
Morten Madsen (A) – Peter Regin (C, -1) – Mikkel Bødker (+1)
Nicolai Meyer (+1) – Jesper Jensen (+1) – Mathias Bau (2′)
Julian Jakobsen (-1) – Morten Poulsen (-1) – Nick Olesen (-1)

Défenseurs
Oliver Lauridsen (+2) – Markus Lauridsen (+1)
Jesper Jensen Aabo – Stefan Lassen (-1)
Nicholas B. Jensen (-1) – Oliver Larsen
Phillip Bruggisser (+1)

Gardien :
Sebastian Dahm

Remplaçant : Patrick Galbraith (G)

France (2′ pour surnombre)

Attaquants
Jordann Perret (+1) – Nicolas Ritz (+1) – Charles Bertrand
Timothé Bozon (+1) – Valentin Claireaux (A, 2′) – Damien Fleury (C, +1)
Sacha Treille (-2) – Alexandre Texier (-2) – Anthony Rech (-2)
Guillaume Leclerc – Eliot Berthon – Peter Valier
Cédric Di Dio Balsamo

Défenseurs :
Olivier Dame-Malka (+1) – Antonin Manavian (+1)
Florian Chakiachvili (-1) – Thomas Thiry (-1)
Hugo Gallet (-1) – Kévin Hecquefeuille (A)
Jonathan Janil (2′, -1)

Gardien :
Florian Hardy (G)

Remplaçant : Sebastian Ylönen (G). Réserviste : Anthony Guttig (malade)

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