Il y a de la revanche dans l’air. Battus au Tournoi de qualification olympique, les Bleus de Yorick Treille retrouvent leur meilleur ennemi, la Lettonie. On se souvient du match de 2024, perdu par la France à six dixièmes de secondes de la fin de la prolongation…
Une équipe de France qui a déjà perdu la bataille du public, ce qui n’est pas une surprise. La poignée de supporters tricolores éparpillés dans l’Avicii arena n’ont aucune chance de se faire entendre au milieu de la marée grenat qui a colonisé les gradins.
Une équipe de France qui accueille plusieurs nouveaux. Kevin Spinozzi et Yohan Coulaud font leurs débuts en défense, et Antoine Keller s’installe sur le banc du remplaçant, laissant Julian Junca en tribunes. Alexandre Texier, initialement dans l’effectif annoncé, est finalement en tribunes, remplacé par Fabien Colotti. Aurélien Dair est aligné au centre.
Les Bleus opportunistes
La France essaie de jouer haut dès le début. Un revirement permet toutefois à Glebs Prohorenkovs de tirer le premier, sans problème pour Quentin Papillon. Le portier tricolore capte les deux essais suivants, dont une action d’Anri Ravinskis, servi par Dans Ločmelis dans le dos de la défense.
Les cinq premières minutes ont tout du round d’observation. Les deux équipes se regardent, sans prendre de risques. Les Bleus voient toutefois Bellemare rentrer au banc visiblement touché à l’épaule… il revient finalement quelques présences plus tard. Le premier tir bleu vient d’Anthony Rech dans l’axe, repoussé par Gudlevskis.
Le schéma du match se dessine nettement au fil des minutes. La France, très prudente, s’applique dans son jeu défensif et sa relance, attendant clairement les situations de contres. Elle ne compte qu’un seul tir cadré dans les douze premières minutes de jeu.
La France subit mais ne concède pas grand chose pour autant, défendant avec hargne et beaucoup de soutien. Et lorsque Martins Dzierkals efface le duo Fabre-Bellemare dans la neutre, il trouve Papillon sur sa route. Mamcics n’a pas plus de réussite sur l’aile droite, sur une action au cours de laquelle Kaspars Daugavinš reste au sol dans l’enclave. Les esprits s’échauffent un peu, mais cela ne va pas bien loin.
Les Bleus vont capitaliser sur l’une de leurs rares occasions. Jordann Perret fait le tour du but et remise à la bleue sur Pierre Crinon, qui trouve sur sa droite son partenaire Jules Boscq. Le jeune arrière reprend et Dylan Fabre place sa crosse mi-hauteur (1-0). Une bonne affaire sur seulement le deuxième tir du soir, et le premier but au Mondial de l’attaquant de Liiga !
Malheureusement, Vincent Llorca se rend coupable d’une crosse haute sur Dzierkals. Papillon est prêt, et se déplace vite sur la volée de Tralmaks, qu’il repousse de la botte. Kevin Bozon travaille fort en zone offensive pour gagner du temps. Mais il perd son casque et son remplaçant saute en jeu avant son retour au banc : surnombre, et 16 secondes de double avantage.
La défense est en mobilité permanente, agressive sur le porteur, et seul Dzierkals trouve un espace de tir. La mitaine de Papillon reste ferme : la France vire en tête grâce à une énorme solidarité défensive, et un bon opportunisme.
Un tiers-temps dominant mais frustrant
La France entame plutôt bien ce tiers, avec une première présence intéressante du trio de Bellemare, puis, deux minutes après, un arrêt de l’épaule de Gudlevskis. Papillon n’est pas en reste et sauve lui aussi un essai balte. La confiance semble au beau fixe chez les joueurs de Yorick Treille. Une astucieuse combinaison envoie Perret à pleine vitesse sur la gauche, et son lancer ras glace contraint le gardien letton à un arrêt pas si simple.
Malgré tout, les Bleus sont poussés à défendre dans leur propre zone. Ils cherchent à exploser en contre, ce qui leur offre une nouvelle chance en décalant Spinozzi. À la bleue, il voit son tir dévié juste à côté du cadre. La quatrième ligne se montre à son tour avec un tir de Kevin Bozon, mais Sacha Treille n’arrive pas à prendre le rebond dans de bonnes conditions.
Le public balte pousse, perturbé par le scénario. Les joueurs de Harijs Vitolins peinent à trouver des espaces dans la défense française, hargneuse dans les duels. Mieux, les Français dominent aux mises au jeu, ce qui leur permet de contrôler le jeu. La principale frayeur vient de… Enzo Guebey, dont la passe en retrait depuis le fond navigue entre le poteau et la jambière de Papillon !
Cette bonne gestion française prend une tournure plus compliquée suite à une obstruction évidente de Kévin Bozon dans la neutre. Papillon, plus que jamais concentré, ne tremble pas sur un tir de Kristians Rubins : on entend même les supporters français chanter son nom sur un rare moment de silence des supporters lettons.
Les Bleus tuent la pénalité et contrent même en surnombre. Les frères Bozon s’échangent le palet, et Kévin feinte le gardien… qui étire la jambière et sauve son camp ! Gudlevskis se montre moins serein sur un tir de Rech, sa mitaine relâchant le palet.
Le match s’anime. Nouveau tir de Toms Andersons, Papillon sauve. Fabre démarre en contre, fixe tout le monde et renverse, nouvel arrêt. Puis, c’est Bellemare qui mène un contre, et trouve Gallet en retrait : encore un arrêt ! Le match sent le KO… et les Français mettent la défense lettone au supplice avec de bons lancers et des déviations. Pierre Crinon trouve même le poteau ! Sur une pénalité différée – accrochage de Freibergs, le gardien grenat doit étirer la jambière à deux reprises, dont un bon tir de Coulaud.
Le jeu de puissance français va alors commettre l’erreur qu’il ne fallait pas sur le joueur qu’il ne fallait pas : Tim Bozon perd bêtement un palet dans sa zone, sous pression relative de Batna, et Martins Dzierkals n’en demandait pas tant. Il fixe Papillon et égalise (1-1).
Les Français sont sonnés mais restent en supériorité. Leclerc essaie de mettre de la pression en envoyant à la cage, et Bellemare chasse le rebond : échauffourée dans l’enclave, puis une deuxième sur le groupe suivant : Cibulskis et Treille sont punis.
Freibergs sort de prison et démarre un contre sur un palet qui bondit au-dessus de la crosse de Bellemare. En deux temps, Papillon étire la jambière et réalise un énorme arrêt. La France joue vers l’avant : Boudon s’infiltre et son tir échoue sur le gardien. La France prend alors l’avance en tirs, 15-14, mais a concédé un but dans ce tiers : 1-1 à la pause.
La Lettonie ferme la porte
La France débute mal au dernier tiers. Engluée dans sa zone malgré les efforts de Boudon, elle voit Zile lancer de la bleue, près de la bande, à travers une forêt de joueurs. Le palet touche un défenseur au duel avec Tralmaks et est dévié au-dessus de l’épaule de Papillon (1-2).
Les Bleus frôlent l’égalisation sur un rebond de Leclerc, avant de concéder un contre spectaculaire : Papillon sort très loin de son but et renverse Tralmaks le long de la bande. Le palet est libre, et cette fois c’est Dzierkals qui tombe et embarque un défenseur, avant que l’arbitre lui même ne soit projeté au sol !
Papillon reste imperturbable et, après une petite coupure suite à un problème de porte au banc français, il reprend son match : nouvel arrêt sur un slalom de Locmelis. Les Bleus ont le mérite de ne rien lâcher dans les duels, et cherchent des contres explosifs avec le soutien de leurs arrières – Gallet, puis Boscq tentent leur chance.
Le temps défile, et cela n’arrange pas les Bleus, qui ont bien du mal à s’installer durablement en zone offensive. Il leur faut tout d’abord beaucoup d’efforts à la récupération, puis traverser toute la patinoire face à une défense prudente. L’entrée en possession du palet se révèle difficile, tout autant que de gagner les duels au fond.
La meilleure chance revient à Leclerc à trois minutes de la fin : son tir voilé manque d’échapper à Gudlevskis, collé à son poteau droit. Les Bleus essaient encore, contraignant la Lettonie à plusieurs dégagements interdits.
Papillon sort, et les Bleus défendent tout d’abord leur cage vide. Perret remonte ensuite le palet, et Fabre, servi à droite, repique au centre : Gudlevskis repousse. Malheureusement pour les Bleus, une relance de Bellemare est ensuite interceptée et Locmelis assomme les Tricolores (1-3). Le joueur d’AHL en marque même un deuxième un peu plus tard, échappant à l’accrochage de Guebey, qui aurait de toute façon coûté un but automatique (1-4).
La France s’incline donc, malgré une prestation d’ensemble plutôt qualitative. Solide en défense en premier tiers, elle a pris ses marques et réalisé un deuxième tiers intense offensivement – mais sans réalisme. Une erreur individuelle de Tim Bozon a remis la Lettonie dans le match, qui a su faire la différence dans l’ultime période et défendre cet avantage jusqu’au bout.
Désignés joueurs du match : Kristers Gudlevskis (Lettonie) et Dylan Fabre (France)
Commentaires d’après-match :
Louis Boudon (attaquant de l’équipe de France) : « On entame bien le match, puis on fait des erreurs qui s’accumulent. Le troisième est bon, ils poussent et on a moins de jeux. Je pense qu’il faut être plus physiques devant la cage, les occasions étaient là. Mettre plus de trafic et compliquer le travail du gardien, ce qu’on a pas réussi à faire pendant 60 minutes. La solidarité était là, c’est l’ADN de l’équipe de France. Quentin a fait un gros match, on l’a parfois laissé un peu trop seul et c’est quelque chose à corriger pour demain et les matchs suivant. Défensivement c’est un bon début de tournoi. C’est mon quatrième championnat, j’ai maintenant le « A » et j’essaie d’amener mon expérience. Je dois apporter plus offensivement et défensivement, il y a des choses ajuster pour demain. »
Yohan Coulaud (défenseur de la France) : « À titre personnel je suis très content, à titre collectif forcément déçu. Nous avons perdu un match contre un concurrent direct pour les quarts de finale, il va falloir rebondir. Je ne m’attendais pas à jouer autant, ni même à faire partie du groupe en premier lieu, c’est donc que du bonheur. Oui, je m’attendais à cela en terme de physique et de vitesse. J’avais joué contre la Suisse et la Slovaquie en préparation, cela m’avait donné un ordre d’idées. Ce soir on a fait des sacrifices les uns pour les autres, notamment quand on a fait trois erreurs qui nous coûtent un 5 contre 3. Tout le monde s’encourageait, comme une famille. La Finlande sera un très beau défi, mais on en est capable, comme en 2017. D’autant qu’on a trois Finlandais dans l’équipe si on compte Charles, et même si on n’a pas encore fait le débrief car nous étions concentrés sur ce soir, ils peuvent nous parler de cette équipe. C’est une belle équipe, peut-être moins forte que d’autres années, mais qui fait partie du top-4 mondial. »
Dylan Fabre (attaquant de la France) : « Ce but, j’en suis très content après trois Championnats. C’est surtout un gros travail de toute la ligne, un bon tir de Jules, un tip et quand je me suis retourné c’était au fond. Je ne peux qu’être content. Mon ressenti avec ma ligne, c’est qu’on a passé beaucoup de temps en zone offensive en première et deuxième période, c’était le match parfait. La fatigue s’est peut-être fait sentir au troisième mais nous avons eu beaucoup d’occasions. Avec Jordann Perret on se ressemble un peu, avec la vitesse c’est facile de jouer tous les deux. Et PiEd a une très bonne lecture du jeu, il donne les bonnes passes. On sair que si on est pas bons défensivement, on prendra des roustes contre les gros donc le premier ordre, c’est d’être tight défensivement puis d’utiliser la vitesse en contre. Pour la finition ? Il n’y a pas forcément quelque chose à changer. Le but encaissé en supériorité nous a fait un peu mal psychologiquement car à 5 contre 5 on était bien. Il va falloir construire là-dessus, et essayer de regarder devant. »
Yorick Treille (sélectionneur de la France) : « La défaite est cruelle. Nous avons mis beaucoup d’ingrédients positifs ce soir, les gars se sont présentés. Ce deuxième tiers, on doit le gagner, nous avons beaucoup d’occasions. C’est frustrant, on méritait mieux, mais c’est la réalité du haut niveau. Le jeu défensif est une partie du plan de match, c’est comme pour toutes les équipes : il faut défendre si on veut récolter trois points. J’ai vu du sacrifice, de la solidarité, du backchecking. Nous étions en place, tout n’était pas parfait mais le 1-1 était frustrant. On prend le deuxième but tôt dans le troisième tiers, qui nous tape un peu sur la tête. La Lettonie adore ce genre de situation, ils excellent à fermer le jeu et gérer leur avance. Nous n’avions pas les ressources comme nous les avions au deuxième, et il restait peu de temps. Texier, je ne sais pas encore. Il n’était pas capable de jouer physiquement et je ne sais pas pour demain. Oui, nous avons eu beaucoup d’occasions, mais je préfèrerais n’en avoir que deux et qu’elles soient dedans… Il y a beaucoup de choses à retenir. Il faudra mettre les mêmes ingrédients, la structure défensive, la patience mais améliorer les transmissions, les transitions avec plus de précision. Mettre plus de palets à la cage et aller là où ça fait mal. On peut avoir la tête haute ce soir, les joueurs se sont présentés et c’est ce qu’on veut à chaque match. »
France – Lettonie 1-4 (1-0, 0-1, 0-3)
Samedi 10 mai 2025, 20h20. Avicii Arena de Stockholm, 7564 spectateurs.
Arbitres : Riku Brander (FIN) et Michael Tscherrig (SUI) assistés de Daniel Hynek (TCH) et Ludvig Lundgren (SUE)
Pénalités : France 8’ (4’, 4’, 0’) ; Lettonie 4’ (0’, 4’, 0’)
Tirs : France 19 (2, 13, 4) ; Lettonie 20 (8, 6, 6)
Récapitulatif du score
1-0 à 15’02” : Fabre assisté de Boscq et Crinon
1-1 à 35’36” : Dzierkals (inf. num.)
1-2 à 42’02” : Zile assisté de Komuls et Balcers
1-3 à 58’36” : Ločmelis (cage vide)
1-4 à 59’29” : Ločmelis assisté de Tralmaks
France (2′ pour surnombre)
Attaquants :
Dylan Fabre – Pierre-Édouard Bellemare (C) – Jordann Perret (-1)
Charles Bertrand (-1) – Louis Boudon (A, -2) – Anthony Rech (-3)
Guillaume Leclerc – Aurélien Dair (-1) – Tim Bozon (-2)
Kévin Bozon (2′, -1) – Nicolas Ritz – Sacha Treille (2′, -2)
Défenseurs :
Vincent Llorca (2′) – Hugo Gallet (A, -3)
Pierre Crinon (+1) – Jules Boscq (+1)
Enzo Guebey (-2) – Kevin Spinozzi (-1)
Yohan Coulaud
Gardien :
Quentin Papillon
Remplaçants : Antoine Keller (G), Fabien Colotti (A). En réserve : Julian Junca (G), Fabien Bourgeois (D), Alexandre Texier (A).
Lettonie
Attaquants :
Anri Ravinskis – Dans Ločmelis (+2) [puis Prohorenkovs à 25′] – Kaspars Daugaviņš (C)
Rudolfs Balcers (+2) – Glebs Prohorenkovs [puis Ločmelis à 25′] – Eduards Tralmaks (+3)
Mārtiņš Dzierkals (+2) – Oskars Batņa (+2) – Toms Andersons
Rihards Bukarts (-1) – Haralds Egle (-1) – Martins Laviņš (-1)
Défenseurs :
Kristiāns Rubins (A, +1) – Jānis Jaks (+1)
Ralfs Freibergs (2′) – Kristaps Roberts Zile (A)
Markuss Komuls (+1) – Roberts Mamčics (+1)
Oskars Cibuļskis (+2)
Gardien :
Kristers Gudlevskis
Remplaçant : Gustavs Grigals (G).






































