Cela fait un an que Lukáš Horák joue sous le maillot de la Slovénie. La France – qu’il a envoyé en division inférieure – est bien placée pour le savoir… Mais il y a vraiment un match très spécial que la composition des groupes lui réserve cette année : jouer contre son pays d’origine, la Tchéquie, et ce dès son tout premier match. Deviner qui Edo Terglav alignerait dans les cages ce soir n’était pas difficile.
Avant de rejoindre le coach Terglav à Grenoble en janvier 2016, Horák avait son avenir bouché comme jeune troisième gardien de Litvínov, un club entraîné par Radim Rulík et présidé par Jiří Šlégr. Aujourd’hui, les deux hommes sont le sélectionneur et le manager de l’équipe nationale tchèque. Rulík a remplacé ce soir Matěj Blümel par Jan Mandát sur la première ligne. Šlégr, lui, a essayé de détendre l’atmosphère auprès des journalistes (« Je suis content que Fantômas soit aussi arrivé. Je l’ai vu dans le public ») en donnant la mauvaise nouvelle du matin : l’examen médical final de Lukáš Dostál à Anaheim a été négatif, le gardien ne viendra pas. Dominik Pavlát débute ce soir devant les filets tchèques, mais c’est son vis-à-vis qui est sous le feu des projecteurs.

Pas le temps de se chauffer pour Horák. La Slovénie est déjà réduite à quatre après deux minutes de jeu à cause d’une crosse haute de Beričič. Face au talent tchèque déjà démontré face à l’Allemagne, il faut faire preuve de beaucoup d’activité défensive en infériorité numérique pour couper les lignes de tir et de passe. C’est ce que font Aleksandar Magovac, qui bloque avec son corps, et surtout le gardien Lukáš Horák qui intercepte de la botte la passe de Červenka qui cherchait son complice Sedlák au second poteau. Les Slovènes continuent à souffrir dans leur zone et n’ont pas tiré au but.
Soudain, après huit minutes, Vozelínek fait trébucher Török quand celui-ci accélère pour sortir de sa zone. Voilà qui change tout ! Sur un palet conquis derrière la cage par Jan Drozg. C’est ce même Matic Török qui convertit l’avantage numérique, d’un beau revers à mi-hauteur, côté plaque de Dominik Pavlát (0-1). Le buteur slovène connaît bien le gardien tchèque… qui était son coéquipier cette saison avec Ilves ! Dominik Pavlát ne restera pas en Finlande la saison prochaine, car il a signé avec Kladno en début de semaine ; cela a d’ailleurs déclenché chez certaines mauvaises langues des soupçons de favoritisme au sujet de sa sélection. En effet, Rulík et une partie de son staff quitteront justement l’équipe nationale pour ce club de Kladno…
Lukáš Horák continue d’avoir beaucoup de travail, d’autant que ses « compatriotes » viennent souvent le chatouiller de près dans la peinture bleue, mais il réussit à conserver son invincibilité jusqu’à la fin du tiers.
La leçon n’a pas suffi aux Tchèques : ils reprennent une pénalité en zone offensive au deuxième tiers. C’est cette fois Dominik Kubalík qui fait trébucher Rok Ticar. Néanmoins, les tirs slovènes n’arrivent pas jusqu’à la cage où Anze Kuralt fait pourtant de bons écrans. Pire encore, juste au moment où la pénalité s’achève, Rozle Bohinc laisse échapper le palet en contrôlant une passe dans l’axe de sa zone défensive. Matyáš Melovský intercepte de la crosse dans l’air, il bute en un contre un sur Horák car Jan Ćosić l’accroche (photo ci-dessus) mais Martin Kaut a suivi et conclut (1-1).
Double peine pour la Slovénie : but, plus pénalité contre Ćosić. Soulagée, la République tchèque installe son jeu offensif en confiance et n’est pas loin de passer devant. Jakub Flek lance sur le poteau en frôlant la lucarne alors que Lukáš Horák est masqué par Kubalik.
La Slovénie souffle, mis pas très longtemps. Son capitaine Sabolič commet un cinglage sur Galvas et part lui aussi en prison. Les arbitres expulsent les Tchèques de la zone offensive quand Lukáš Sedlák (certes poussé par Magovac) joue à saute-mouton sur Horák, mais le répit est court. Le gardien de l’Olimpija Ljubljana doit ensuite se coltiner le géant Vozelinek avec la seconde escouade de powerplay (photo ci-dessus). Pas une mince affaire. Il peut souffler et boire à sa gourde après cette nouvelle infériorité numérique surmontée.
L’intense pression tchèque continue à 5 contre 5. Après un lancer de Kempny, Lukáš Sedlák est seul au rebond devant le but. Il se met sur son revers et donne l’avantage aux Tchèques (1-2, photo ci-dessous). Il était temps car le compteur de tirs affiche 25 à 6. Le malheureux Lukáš Horák passe ensuite près de concéder un but gag quand il sort de sa cage et que son dégagement dans la bande est renvoyé assez près de la cage vide. Peu avant la sirène, la Slovénie est aussi proche d’égaliser : Marcel Mahkovec arrive seul face à la cage à la réception d’une passe lobée de Sabolic et slape… au-dessus du palet qui ne bouge pas !
Les Tchèques se créent de nouvelles occasions dès le début du troisième tiers. La très belle passe du jeune Tomáš Galvas décale Michal Kovařčík dont le tir est repoussé de justesse du bouclier par Lukáš Horák. Néanmoins, les blancs commettent toujours de petites erreurs. La relance sous pression de Kempny est par exemple interceptée par Beričič qui tire aussitôt du revers en direction de Pavlát.
La Slovénie peut encore compter sur un énorme sauvetage de Horák devant Melovsky qui pensait bien le palet au fond. Le jeu est néanmoins devenu assez équilibré. Sur un engagement gagné en zone offensive par Rok Tičar, la reprise instantanée de Jan Goličič est contrée par un défenseur mais le palet revient dans l’axe sur Anže Kuralt (qui fut coéquipier de son père Bostjan Goličič en même temps que de Horák à Grenoble) qui lance et bat Pavlát côté plaque (2-2).
Ce résultat est une surprise mais reflète de plus en plus ce qui se passe sur la glace. Les Tchèques sont de plus en plus nerveux, et leur fébrilité ne leur permet plus de retrouver leur domination initiale. Les Slovènes ont autant de séquences de contrôle du palet, y compris en zone offensive. La sirène leur offre un point tout à fait mérité.
Un point qui ne sera pas seul. En prolongation, le jeune défenseur tchèque Tomáš Galvas, qui avait réussi de bons débuts hier, commet son « moment d’apprentissage ». Il vient s’empaler sur la défense et perdre le palet dans l’enclave adverse alors que ses coéquipiers l’ont dépassé. Un breakaway s’offre donc à Marcel Mahkovec, le second de la soirée. Cette fois, il ne foire pas son tir mais fusille Pavlát côté mitaine (3-2). La Slovénie réussit le plus grand exploit de son histoire et c’est un gardien tchèque qui a fait tomber son pays natal !
Désignés joueurs du match : Lukáš Horák pour la Slovénie et Matyáš Melovský pour la Tchéquie.
Commentaires d’après-match :
Lukáš Horák (gardien de la Slovénie) : « J’ai essayé de ne pas y penser, mais dès l’échauffement, ça respirait la République tchèque ici : DJ tchèque, chansons tchèques, etc. Je m’en souviendrai toute ma vie, c’est inoubliable. Si on m’avait dit il y a quelques années que je serais au championnat du monde, je ne l’aurais pas cru. J’essaie de profiter de chaque jour ici. Toute ma vie, j’ai regardé et encouragé les Tchèques. Maintenant, je joue contre eux et on gagne… Je ne sais même pas quoi dire, je n’arrive toujours pas à y croire. Ma famille n’est pas là. On ne savait pas jusqu’au dernier moment si je viendrais [NDLR : après sa blessure], alors on n’a rien réservé. Mais tout le monde devait être assis devant la télévision et j’espère qu’ils encourageaient les Slovènes. J’espère qu’ils ne mettront pas le feu à ma voiture et à la maison. Nous avons tenu le centre de la zone et je pense que les Tchèques ont eu du mal à se créer des occasions claires. C’est comme ça qu’on doit jouer. Nous ne gagnerons pas grâce à notre talent, nous devons nous battre. Deux points dans ce tournoi ne signifient rien. Il nous reste encore six matchs. Nous ne devons pas flotter dans les nuages, nous devons garder les pieds sur terre et poursuivre ce que nous avons commencé. »
Radim Rulík (entraîneur de la Tchéquie) : « Il y a eu des occasions et nous avons eu la supériorité territoriale tout au long du match, mais malheureusement nous n’avons pas été productifs. Les Slovènes ont défendu avec de plus en plus de ténacité. Horák a eu un peu de chance, mais ça fait partie du jeu. Il s’est très bien entraîné [depuis 2015]. Pour l’instant, je veux vraiment calmer et aider l’équipe. Mais bien sûr, c’est une grosse complication, si nous voulons jouer les quarts de finale, il faut battre de tels adversaires. La suite du championnat montrera si nous pouvons en tirer des leçons. […] Je voulais faire entrer plus d’attaquants après le match d’ouverture pour que nous ayons de l’énergie, et pour faire place à la récupération. À partir de mardi, nous comptons clairement sur [Blümel] dans l’alignement, il jouera beaucoup. Nous avons encore cinq matchs de poule, donc il aura assez d’espace pour s’habituer à la glace plus large. »

Slovénie – Tchéquie 3-2 après prolongation (1-0, 0-2, 1-0, 1-0)
Samedi 16 mai 2026 à 20h20 à la BCF Arena de Fribourg. 5528 spectateurs.
Arbitres : Cedric Borga (SUI) et Andre Schrader (ALL) assistés de Renars Davidonis (LET) et Patrick Laguzov (ALL).
Pénalités : Slovénie 8’ (2’, 4’, 2’, 0’) ; Tchéquie 6’ (2’, 2’, 2’, 0’).
Tirs : Slovénie 17 (4, 5, 7, 1) ; Tchéquie 35 (10, 15, 10, 0).
Évolution du score :
1-0 à 09’49” : Török assisté de Drozg et Sabolič (sup. num.)
1-1 à 24’44” : Kaut assisté de Melovský
1-2 à 37’14” : Sedlák assisté de Kempný et Mandát
2-2 à 48’28” : Kuralt assisté de Goličič et Tičar
3-2 à 61’14” : Mahkovec assisté de Tičar
Slovénie
Attaquants
Robert Sabolič (C, 4’) – Matic Török – Marcel Mahkovec (+1)
Žan Jezovšek – Rok Tičar (A, +1) – Anže Kuralt
Ken Ograjenšek – Luka Maver (-1) – Jan Drozg
Jaka Sodja – Miha Beričič (-1, 2’) – Nik Simšič (-1)
Filip Sitar
Défenseurs :
Blaž Gregorc (A, +1) – Jan Goličič (+1)
Aljoša Crnovič – Aleksandar Magovac (-1)
Miha Štebih – Jan Ćosić (-1, 2’)
Rožle Bohinc (-1)
Gardien :
Lukáš Horák
Remplaçant : Zan Uš (G).
Tchéquie
Attaquants :
Roman Červenka (C) – Lukáš Sedlák (A) – Jan Mandát
Daniel Voženílek (2’) – David Tomášek (-1) – Jakub Flek (-1)
Dominik Kubalík (+1, 2’) – Matyáš Melovský (+1) – Martin Kaut (+1)
Ondřej Beránek – Michal Kovařčík – Jaroslav Chmelař
Défenseurs :
Michal Kempný (+1, 2’) – Filip Hronek (A, +2)
Libor Hájek (+2) – Tomáš Cibulka (2’)
Jiří Ticháček (+1) – Marek Alscher
Tomáš Galvas (-1)
Gardien :
Dominik Pavlát
Remplaçants : Josef Kořenář (G), Jiří Černoch (A). Non équipés : Jan Ščotka (D), Matěj Blümel (A)










































