Bordeaux a réussi d’excellents débuts en Autriche, mais fait face à une montagne plus grande encore cette semaine. Pour le premier match de Coupe d’Europe à domicile de l’histoire des Boxers, ce sont les Adler de Mannheim qui se présentent à Mériadeck. S’ils sont aujourd’hui un point derrière les champions de France, qu’on ne s’y trompe pas : c’est parce que les vice-champions d’Allemagne ont eu une opposition supérieure.
Mannheim a en effet affronté des clubs suédois, les meilleurs de la compétition. Les hommes de Dallas Eakins ont battu Växjö, et s’ils ont ensuite perdu contre Skellefteå, c’est après avoir plutôt dominé les champions de Suède. Ils n’ont pas été récompensés, notamment parce que leur nouveau gardien Jake Hildebrand a mal paru sur le but décisif des visiteurs pour son premier match officiel sous ses nouvelles couleurs. Un Hildebrand de nouveau titularisé ce soir.
Et cela début mal pour Hildebrand qui encaisse un but sur son premier tir cadré. Alors que Papillon est déjà bien entré dans son match, le gardien américain se laisse embarquer par le magnifiique tour de cage de Jules Boscq, dont la passe en retrait parfaite est convertie dans le haut du filet par Tommy Giroux (1-0). Deux minutes plus tard, c’est la quatrième ligne bordelaise qui place une contre-attaque ultra-rapide à 2 contre 1 : la passe transversale de Kaylian Leborgne est reprise de volée par Loïc Farnier… à l’extérieur du poteau. Clairement, Bordeaux a mis plus de vitesse dans son début de match.
Mannheim est renversé par la furia bordelaise. Un puissant lancer d’Enzo Carry est bloqué par le sacrifice de Kristian Reichel mais le palet revient sur Pierre-Olivier Morin qui tire à mi-distance et le rebond est pris du revers par Luke Santerno entre les jambes du défenseur Leon Gawanke (2-0).
Trop beau pour être vrai. Cela ne dure pas, et c’est malheureusement un tir anodin du buteur Mattias Plachta depuis le cercle gauche qui file sous les bottes de Quentin Papillon (2-1). Un mauvais but que le gardien de l’équipe de France voudrait sûrement pouvoir rembobiner…
Papillon ne peut absolument rien en revanche quand un beau slap de Nicolas Mattinen arrive en pleine lucarne : il est masqué, il est sans crosse, et il a Tom Kühnhackl qui le gêne, agenouillé sur la glace devant lui (2-2). Les arbitres valident le but après vidéo parce que c’est Lamarche qui a poussé Kühnhackl là… et que Papillon l’a ensuite maintenu au sol ! Le gardien français prend donc de surcroît deux minutes de pénalité pour rudesse, bien gérées par ses coéquipiers.
Tom Kühnhackl retient Ulysse Tournier sur un engagement en zone bordelaise. Les Boxers obtiennent donc une supériorité numérique… au déroulement catastrophique. Une passe impossible de Tommy Giroux en zone neutre est interceptée par Anthony Greco, qui part seul face à Papillon et le fusille côté mitaine (2-3). Et avec les règles de la CHL, le but en infériorité annule la pénalité. Même pas possible de se refaire…
Les Boxers n’arrivent pas à doser l’agressivité mise pour protéger leur enclave. Morin prend donc deux minutes de prison pour cinglage (plus deux pour dureté avec son adversaire Schütz). Sur cet avantage numérique, Jérémie Poirier marque à son tour dans le cercle gauche, trouvant un espace entre Papillon et son poteau (2-4).
Autant les Bordelais sont partis vite, en termes de rapidité de patinage, autant tout est allé trop vite ensuite pour eux dans la gestion des émotions. Ils ont vu le match leur filer entre les doigts sans jamais avoir le temps de se remettre psychologiquement. Un retour au calme du vestiaire est nécessaire.
Bordeaux revient sur la glace avec l’esprit conquérant du début et s’installe en zone offensive dès la deuxième minute. Jérémy Beaudry met le palet à la cage, Hildebrand laisse un rebond et Baptiste Bruche se retrouve seul pour contrôler et ajuster le gardien (3-4). La dynamique initiale est revenue. Leborgne fonce dans la défense mais sa passe du revers à destination de Farnier est déviée par Hayden Shaw qui s’est bien replié.
Après 25 minutes de jeu, les Boxers se procurent une énorme chance d’égaliser sur une contre-attaque fulgurante à 2 contre 1. La passe de Farnier est reprise par Tomasino à bout portant sur le gardien, qui perd de vue le rebond. Le palet est près de la cage ouverte et Jarod Hilderman arrive pour l’envoyer dans l’angle. Il s’en faut de peu…
Les Boxers ont retrouvé leur mordant et ne lâchent plus leur proie. Justin Schütz charge Félix Girard avec la crosse. L’avantage numérique est en place mais Hildebrand pousse sa cage – remise en place quelques minutes plus tôt après une action de Girard – qui sort facilement de ses gonds. Après l’engagement qui suit, les champions de France n’arrivent plus à réinstaller leur jeu de puissance. L’élan reste bordelais en fin de tiers, avec un tir du poignet de Morin dans l’épaule gauche du gardien, ou encore cette occasion de Farnier qui a surgi devant Renouf pour passer derrière le défenseur et prendre un tir, détourné par la jambière droite de Hildebrand.
À l’avant-dernière minute du deuxième tiers-temps, Quentin Papillon prend sa deuxième pénalité pour avoir fait trébucher Tom Kühnhackl (photo ci-dessous). En infériorité, le gardien prend Greco sur la tête et l’altercation qui suit ajoute à la confusion. Le quatuor franco-polonais de ce soir n’assure pas l’impression habituelle de fluidité de l’arbitrage CHL…
Bordeaux commence le troisième tiers à 4 contre 5 et reprend tout de suite une pénalité, contre Farnier qui accroche Macek. En powerplay, Leon Gawanke est servi à gauche du but à deux mètres de distance, mais Papillon fait un arrêt capital.
Les minutes suivantes celles sentent le KO de part et d’autre, entre actions chaudes de Mannheim et rapides contres bordelais. Steven Fournier n’arrive pas à conclure en échappée et bute sur Hildebrand. Baptiste Bruche, lui, subit la faute nette de Patrick Brown pour un tir de pénalité évident. L’attaquant français le transforme en freinant devant le gardien pour un tir ras glace (4-4). Explosion de joie à Mériadeck dans un concert de voix et de tambours.
Les Adler réagissent par un temps fort de trois ou quatre minutes, pas plus. Une reprise de Girard sur passe de Carry finit dans le petit filet et Bordeaux redevient dangereux. Le défenseur offensif Jérémy Beaudry vient même tirer à bout portant sur Hildebrand, la rondelle s’envole. Julien Guillaume aussi passe derrière son défenseur (Fohrler) à la retombée d’un dégagement en flip mais centre trop son tir sur le gardien. Sur un lancer de Carry de la bleue, Bruche se fait enlever sa crosse sur le rebond.
Après tant de contre-attaques bordelaises ce soir, la transition fatale, c’est Mannheim qui la trouve, à trois minutes et demie de la fin. La longue passe diagonale de Nicolas Mattinen traverse toute la zone neutre et est réceptionnée à la ligne bleue par Kristian Reichel qui est passé dans le dos de Maxim Lamarche. L’international tchèque décoche son redoutable tir du poignet, dans le haut du filet (4-5). Lamarche a une chance de se rattraper en prenant un lancer avec un bon écran de Bruche, mais il passe à côté.
Olivier Dimet prend son temps mort et détaille une tactique à employer à 6 contre 5. Mais ses hommes n’arrivent pas à l’appliquer face au pressing de Mannheim. Les Boxers ont livré un beau combat mais s’inclinent d’un but.
La position de Bordeaux – encore douzième au classement – est forcément devenue plus fragile. Les Eisbären, qui ont renoué avec la victoire ce soir contre Graz et profitent désormais d’un calendrier facile, ne resteront sûrement pas derrière jusqu’à la fin. Les deux clubs suédois Rögle et Växjö non plus, pas plus que KooKoo ou le champion norvégien Storhamar (deux équipes qui ont le même nombre de points et une différence de buts à peine inférieure).
Pour se qualifier, les Boxers devront donc décrocher une victoire dimanche soir contre Plzeň, qui est un peu l’équipe-surprise avec 9 points sur 9 et un beau succès ce soir chez le champion suisse Fribourg-Gottéron. Les Tchèques arriveront-ils donc trop confiants ? Pas sûr car ils seront prévenus de la compétitivité bordelaise à chaque match.
Commentaires d’après-match :
Olivier Dimet (entraîneur de Bordeaux) : « C’était un gros match. On savait que de toute manière on n’avait pas le choix face à une belle équipe de Mannheim, il fallait qu’on fasse un super match. Ce soir il y a de la déception parce que les gars ont livré une grosse bataille. À 5 contre 5 on a essayé de faire jeu égal et ce sont les unités spéciales qui nous font mal ce soir. Mais je suis fier de la performance de mes gars même si on n’a pas gagné. On a appris beaucoup ce soir face à une telle équipe. On savait que les moindres petites erreurs seraient payées cash, on a essayé d’être sérieux défensivement et exploiter nos chances à l’offensive. C’est pas passé loin mais bon, voilà. »
Baptiste Bruche (attaquant de Bordeaux) : « Je pense qu’on a joué un bon match mais Mannheim est une des meilleures équipes d’Europe. C’était un match de détails. Nous manquons la première période où nous prenons quatre buts dont un en infériorité qui n’est pas bon. Je pense qu’on a fait un bon match et prouvé qu’on mérite d’être ici. On verra le prochain match. Nous devrons être meilleurs et prendre plus de points dimanche. »
Dallas Eakins (entraîneur de Mannheim) : « Le respect du plan et un bon état d’esprit. En jouant dans cette Champions League, on affronte beaucoup de styles différents qu’on ne voit pas souvent. Quand on entre dans ces rencontres, il faut faire ce qui est requis pour gagner, et nous avons été capables de le faire. Nous jouerons un autre style après-demain (à Fribourg), nous sommes habitués aux équipes suisses donc nous serons plus prêts pour celle-là. »
Matthias Plachta (attaquant de Mannheim) : « Je crois que c’était un match serré et que nous n’avons pas été très bons défensivement. Nous avons fait trop d’erreurs. Ils ont bien travaillé et dégagé beaucoup de palets avec des flips hauts, c’était difficile pour nos défenseurs. Néanmoins nous avons pris les trois points et je pense que nous avons mérité la victoire. »
Bordeaux – Mannheim 4-5 (2-3, 1-0, 0-0)
Vendredi 11 septembre 2026 à 20h15 à Mériadeck. 3500 spectateurs.
Arbitres : Cyril Debuche (FRA) et Wojciech Czech (POL) assistés de Joffrey Yssembourg et Pierre Mercier-Landry (FRA).
Pénalités : Bordeaux 14’ (6’, 6’, 2’) ; Mannheim 10’ (2’, 6’, 2’).
Tirs cadrés : Bordeaux 21 (5, 7, 9) ; Mannheim 25 (14, 11, 11).
Évolution du score :
1-0 à 03’39” : Giroux assisté de Boscq et Morin
2-0 à 06’59” : Santerno assisté de Morin et Carry
2-1 à 07’44” : Plachta assisté de Gilmour
2-2 à 08’38” : Mattinen assisté de Macek
2-3 à 11’38” : Greco (inf. num.)
2-4 à 16’58” : Poirier assisté d’Esposito (sup. num.)
3-4 à 21’43” : Bruche assisté de Beaudry et Carry
4-4 à 45’43” : Bruche (tir de pénalité)
4-5 à 57’23” : Reichel assisté de Mattinen
Boxers de Bordeaux
Attaquants :
Tommy Giroux – Pierre-Olivier Morin (4’) – Luke Santerno (+1)
Enzo Carry (+1) – Félix Girard (+1, 2’) – Baptiste Bruche
Steven Fournier (-1) – Yvan Mongo (-1) – Quentin Tomasino (-2)
Kaylian Leborgne (-1) – Julien Guillaume (-1) – Loïc Farnier
Défenseurs :
Kévin Dusseau (C) – Maxim Lamarche (-2)
Jules Boscq (+2) – Jéremy Beaudry (-1)
Ulysse Tournier – Jarod Hilderman (-1)
Gardien :
Quentin Papillon (4’) [sorti à 58’40”]
Remplaçants : Gaëtan Richard (G), Aïna Rambelo, Tom Guidoux.
Adler Mannheim
Attaquants :
Kris Bennett (-3) – Kristian Reichel (-2) – Anthony Greco (-2)
Matthias Plachta (+2, 2’) – Luke Esposito – Zach Solow (2’)
Justin Schütz (+1, 4’) – Marc Michaelis (+1) – Alexander Ehl (+1)
Tom Kühnhackl (+1, 2’) – Patrick Brown (+2) – Brooks Macek (+2)
Défenseurs :
Daniel Renouf (+2) – Nicolas Mattinen (+2)
Hayden Shaw (-2) – Leon Gawanke (-2)
Jérémie Poirier (+1) – John Gilmour (+1)
Tobias Fohrler
Gardien :
Jake Hildebrand
Remplaçant : Maximilian Franzreb (G). Absents : Lukas Kälble (D, malade)… et tous les jeunes U23 qui ne jouent pas car les quotas de la DEL n’existent pas en CHL !















































