Le miracle slovène rend jaloux

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Comment un pays avec 7 patinoires et moins de mille licenciés (dont 117 adultes) a-t-il pu se qualifier deux fois de suite pour les Jeux olympiques ? La question taraude le monde du hockey sur glace, et en premier lieu les pays pour qui la qualification est si difficile.

La réponse facile serait : la présence d’une superstar, d’un don du ciel, nommé Anže Kopitar. L’explication est un peu courte, et d’autant moins convaincante que les Slovènes s’étaient qualifiés sans lui la première fois, il y a quatre ans. Au-delà de ce seul joueur, on ne peut que remarquer que dix joueurs de l’équipe nationale sont nés et ont été formés à Jesenice, une ville de 13 000 habitants à peine, qui a donc engendra la moitié d’une équipe olympique. Et la moitié-clé, comprenant bien évidemment le trio magique Jeglic-Tičar-Sabolic qui se comprend parfaitement.

Cela répond à cet étonnant paradoxe : en un quart de siècle d’existence, la Slovénie n’est jamais montée au-dessus de la treizième place mondiale, et pourtant elle a signé sa seconde qualification aux JO, compétition qui réunit les 12 meilleures nations du monde (et uniquement les 11 meilleures en 2018 du fait de la qualification d’office de la Corée du Sud). Juste de la chance ? Ou plutôt une conséquence du format de qualification ?

Dans un tournoi sur trois jours, il y a en effet peu de temps pour préparer un groupe. Il faut donc s’appuyer sur des bases solides de longue date. 17 des 23 joueurs qui se sont qualifiés étaient déjà présents à Sotchi. Le changement de sélectionneur s’est fait en douceur : Matjaž Kopitar a quitté son poste après cinq ans pour aller entraîner en Suisse, mais son ancien adjoint Nik Zupančič assure la continuité en conservant le « vieux système », qu’il a juste rendu « un peu plus agressif ».

STEPANOV Andrei 110429 283Cette stabilité, le Bélarus peut le regarder avec envie, lui qui se déchire dans une polémique sur la naturalisation de joueurs nord-américains. La Slovénie lui a donné la leçon sans jamais avoir eu recours à un tel artifice…

Les Slovènes ont bénéficié d’un calendrier en fin de compte très favorable. Ils ont d’abord affronté la Pologne, qui ne s’est entraînée que trois jours au complet après avoir récupéré les joueurs de Cracovie pris par la première participation d’un club polonais en CHL. Ils ont ensuite battu un Danemark quasi-éliminé et déjà moribond, qu’il ne restait plus qu’à achever. Et ils sont arrivés à ce dernier match contre le Bélarus fragilisé par la perte de son gardien titulaire.

La question des gardiens a été une vraie bombe à retardement pour les Biélorusses. La mise à l’écart de Dmitri Milchakov avait fait polémique, mais on avait expliqué qu’il pourrait servir de recours en cas de force majeure. Certes, mais pas dans l’urgence. Sonné par un choc au premier match, Kevin Lalande a commencé le deuxième match avec des maux de tête et a dû jeter l’éponge. Il a donc bien fallu aligner sa doublure de 22 ans, Mikhaïl Karnaukhov, que l’entraîneur des gardiens Jari Kaarela prépare depuis deux mois… pour qu’il progresse à l’avenir et a priori pas du tout pour qu’il puisse déjà garder les cages de l’équipe nationale. Il serait facile de mettre l’élimination sur le dos du jeune gardien débutant. Les Biélorusses ne sont pas tombés dans ce piège facile. Dans un sondage internet, seuls 3% d’entre eux citeront le gardien comme la raison de l’échec.

En même temps, il serait curieux que les Biélorusses se lamentent sur leur sort quand on sait que la Slovénie est arrivée au tournoi de qualification olympique avec deux gardiens… au chômage. C’est le problème quand un pays n’a plus de championnat national digne de ce nom, et a des clubs en ruine : il subit les péripéties des carrières de ses internationaux. Et à ce poste difficile, Robert Kristan et Gasper Krošelj ont peiné à retrouver un club. Cela n’empêchera pas Krošelj de devenir un des héros de la qualification.

Après une première période sans but et presque sans occasions, le Bélarus s’est tiré une balle dans le pied par deux pénalités consécutives, un accrochage de Graborenko puis un retard de jeu de Stas. À 5 contre 3, Rok Tičar n’a pas manqué l’occasion d’ajuster la lucarne la plus proche. Moins d’une minute plus tard, une transition parfaite de Mitja Robar depuis sa zone défensive a envoyé en contre-attaque Jeglic et ce même Tičar, laissé démarqué par la défense locale (0-2).

KOSTITSYN Andrei 110505 023Durant ce tournoi de qualification à domicile, le Bélarus a au moins retrouvé des qualités de persévérance. Mené au score à chaque match, il a réussi à chaque fois à reprendre la situation à son avantage. C’est encore presque le cas face aux Polonais. Andrei Stepanov y va à son tour de son doublé, avec un tir à mi-distance dans le haut du filet puis une déviation sur un tir de Nick Bailen (2-2). Dans l’intervalle, le jeune gardien Karnaukhov a fait sa part du travail en repoussant un tir de pénalité de Jan Urbas.

Le Bélarus aurait donc pu gagner, en particulier pendant le nouveau format de prolongation à trois contre trois, quand Geoff Platt a un formidable palet de but en partant en 2 contre 1 avec Chalres Linglet. Mais le destin des deux équipes se jouera à la cruelle épreuve des tirs au but. Et tandis que Tičar se montrera une fois de plus décisif, Andrei Kostistsyn ne réussira pas à faire sortir Krošelj de sa position. Le vétéran biélorusse devra assumer cet échec encore plus frustrant pour lui que pour les autres : blessé à l’époque des JO de Vancouver, l’aîné des Kostsitsyn, vu son âge, ne participera sans doute jamais aux JO !

Désignés joueurs du match : Mikhaïl Karnaukhov pour le Bélarus et Rok Tičar pour la Slovénie.

Commentaires d’après-match

Nik Zupančič (entraîneur de la Slovénie) : « Nous avons grandi en tant qu’équipe durant ce tournoi, et c’est énorme pour notre équipe de venir d’un si petit pays et de se qualifier encore pour les Jeux olympiques. Cette nouvelle qualification montre que ce n’est pas une simple question de chance. »

Anze Kopitar (attaquant de la Slovénie) : « Le caractère de cette équipe est indescriptible. Nos gars sont si passionnés de jouer pour leur pays, et à chaque fois que nous sommes ensemble, nous pensons que nous pouvons gagner. C’est une des raisons majeures de cette victoire. »

Dave Lewis (entraîneur du Bélarus) : « Je ne vais pas critiquer mon équipe. Les joueurs n’ont rien à se reprocher. Nous avons remonté deux buts. Nous avons un jeune gardien qui a résisté à une énorme pression. Tout ce qui nous a séparés de la victoire, c’est un pénalty. […] Une fois, mon équipe a perdu en prolongation le septième match d’une finale de Coupe Stanley. Une autre fois, nous avons été en finale mais nous avons été battu en quatre matchs secs. Ce sont les seules choses comparables à la défaite de ce soir. […] Cela n’a pas toujours été facile, mais cela a toujours été un plaisir de travailler avec ces gars. Je pense qu’ils ont progressé depuis que je suis avec eux, et je crois que ça continuera. »

 

Bélarus – Slovénie 2-3 aux tirs au but (0-0, 1-2, 1-0, 0-0)
Dimanche 4 septembre 2016 à 17h00 à la Minsk Arena. 15086 spectateurs.
Arbitrage de Stefan Fonselius (FIN) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Yuri Ivanov (RUS) et Martin Korba (SVK).
Pénalités : Bélarus 6′ (4′, 2′, 0′, 0′), Slovénie 6′ (0′, 4′, 2′, 0′).
Tirs : Bélarus 29 (4, 12, 9, 4), Slovénie 31 (5, 9, 15, 2).

Évolution du score
0-1 à 21’46 » : Tičar assisté de Kopitar (double sup. num.)
0-2 à 22’49 » : Tičar assisté de Jeglič et Robar (sup. num.)
1-2 à 38’08 » : Stepanov assisté de Kovyrshin et Kulakov
2-2 à 51’41 » : Stepanov assisté de Bailen et S. Kostitsyn (sup. num.)

Tirs au but :
Slovénie : Sabolic (à côté), Kopitar (réussi), Tičar (réussi).
Bélarus : Kulakov (à côté), Stepanov (réussi), A. Kostitsyn (poteau).

Bélarus

Attaquants :
Andrei Kostitsyn (2′) – Sergei Kostitsyn (A) – Artur Gavrus
Charles Linglet – Andrei Stas (C, 2′) – Geoff Platt
Andrei Stepanov (+1) – Yevgeni Kovyrshin (+1) – Aleksandr Kulakov (A, +1)
Aleksandr Kitarov – Artyom Volkov – Aleksandr Pavlovich
Stanislav Lopachuk

Défenseurs :
Kirill Gotovets (+1) – Nick Bailen (+1)
Oleg Yevenko – Roman Graborenko (2′)
Yevgeni Lisovets – Nikolai Stasenko
Kristian Khenkel

Gardien :
Mikhaïl Karnaukhov

Remplaçant : Ivan Kulbakov (G). Blessé : Kevin Lalande (G, commotion).

Slovénie

Attaquants :
Žiga Pance – Anže Kopitar (A) – Jan Urbas (A)
Robert Sabolic – Rok Tičar – Žiga Jeglič
Miha Verlič (-1, 2′) – Jan Muršak (C, -1) – Ken Ograjenšek (-1)
Anže Kuralt – Aleš Mušič – Nik Pem
Marcel Rodman

Défenseurs :
Sabahudin Kovačevič – Jurij Repe
Blaž Gregorc – Mitja Robar
Aleš Kranjc (2′) – Luka Vidmar (-1)
Miha Štebih

Gardien :
Gasper Krošelj (2′)

Remplaçant : Robert Kristan (G).

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