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La KHL, ou le choc des extrêmes sous un même toit

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La KHL est ainsi faite que certains clubs engagent un ancien joueur de D1 française tandis que d’autres pourraient fournir plus de deux lignes complètes à la Russie aux Jeux Olympiques. Plus encore qu’ailleurs, c’est dans la division Bobrov que se côtoient ces extrêmes.

 

Le SKA Saint-Pétersbourg peut-il conserver son titre de champion malgré le départ en KHL des deux derniers éléments de sa ligne phare (après Panarin) Vadim Shipachyov et Evgeni Dadonov ? Il a encore les cartes en mains, au moins pour cette saison. Nikita Gusev et Ilya Kovalchuk atteindront dans un an des âges limites en NHL (28 ans pour le premier pour ne plus être considéré comme rookie, 35 ans pour le second pour être agent totalement libre) et avaient donc tout intérêt à rester une année de plus, et pas seulement pour les JO. La saison suivante s’annonce encore plus compliqué face au plan triennal du CSKA. Il faut donc calmer le rival dès maintenant pour contrarier ses projets.

Le trio Kovalchuk-Datsyuk-Plotnikov est éprouvé. Gusev n’a certes plus ses partenaires au jeu collectif léché, mais a un centre plus direct et moins passeur (Nikolaï Prokhorkin) et il bénéficie des progrès de l’ailier formé au club Aleksandr Barabanov, qui s’est musclé physiquement. Ce sont deux lignes complètes stables que Znarok pourraient emmener telles quelles aux JO. Les rôles sont clairement répartis en attaque, bien mieux qu’au CSKA, avec le seul étranger Jarmo Koskiranta au centre de la troisième ligne et des travailleurs en quatrième ligne (Kalinin, Kablukov, Ketov).

En revanche, la défense, renforcée de la nouvelle référence à 5 contre 5 Vladislav Gavrikov (aucun but encaissé aux championnats du monde), a le défaut d’être pléthorique. Elle compte douze arrières, les Suédois David Rundblad et Patrik Hersley plus dix Russes qui ont tous été testés au moins une fois en équipe nationale. Cela fonctionne jusqu’ici parce qu’il y en a toujours deux à l’infirmerie.

L’entraîneur et sélectionneur national Oleg Znarok arrivera-t-il à assumer la pression du favori aux JO, puis à se remettre au second objectif que constitueront les play-offs. Il lui faudra gérer les frustrations de ceux qui auront échoué en Corée… ou, alternativement en cas de succès, de ceux qui auront manqué la grande aventure. Si la saison régulière est (trop) facile pour le SKA, tout sera moins simple, mais plus passionnant, à partir de février.

 

LEPISTO Sami-110512-041Les Jokerit Helsinki ne sont pas restés en KHL pour faire de la figuration. Ils fêtent leur 50e anniversaire et le célèbreront par un match en plein air contre le SKA en décembre. Même s’ils restent sur une saison très moyenne, les Finlandais n’ont jamais eu une composition aussi forte, la troisième de la ligue en valeur pure. Face au calendrier très dense en cette saison olympique, Jukka Jalonen dispose de 15 attaquants et 9 défenseurs de bon niveau et veut que chacun se batte pour gagner sa place.

La défense a été le secteur le plus renforcé. Tout comme le nouveau gardien Karri Rämö, les quatre recrues à l’arrière connaissent déjà tous la KHL : Matt Gilroy, Mike Lundin, Tommi Kivistö et Sami Lepistö ont à la fois de l’expérience et encore de belles années devant eux. Les grands gabarits danois Oliver Lauridsen et Jesper B. Jensen sont toujours là pour tuer les pénalités et faire le ménage en infériorité numérique.

La colonie du Danemark continue de s’étoffer puisque le centre et capitaine Peter Regin accueille à ses côtés son partenaire en équipe nationale Nicklas Jensen, qui amène sa vitesse et son excellent tir. Les ailes sont bien garnies, jusque sur la quatrième ligne avec le double mètre Marko Anttila et la pile électrique Antti Pihlström.

Les Jokerit, qui ont toujours misé sur l’expérience depuis leur entrée en KHL, intègrent même un junior, déjà en évidence aux derniers Mondiaux U20. Eeli Tolvanen n’a pas réussi son examen scolaire d’entrée au Boston College après avoir tenté de finir le lycée en deux ans (tout en étant deuxième marqueur d’USHL), et il a donc décidé de revenir au pays : son triplé à son premier match, avec trois tirs du poignet somptueux, a convaincu les Finlandais qu’ils tenaient une pépite. Il a aussi rendu les Russes jaloux car leurs juniors jouent de moins en moins en KHL !

 

DENISOV_Vladimir-100516-788Tout ça pour ça… En mai dernier, face aux contre-performances du Bélarus aux championnats du monde en France, la colère était montée jusqu’au président de la République : la pertinence de financer le Dynamo Minsk pour payer les salaires des joueurs étrangers était remise en question.

Quelques mois plus tard, les déclarations tempétueuses ont accouché d’une souris. On a bien compris que le représentant biélorusse en KHL ne serait jamais compétitif sans renfort. Quinton Howden et Jack Skille, judicieusement choisis pour leur capacités de patinage, sont arrivés peu à peu durant l’été. Le Dynamo, comme l’an passé, se reposera avant tout sur une ligne étrangère qui tiendra un rôle majeur. Cela n’empêchera pas les joueurs biélorusses de se développer : l’effectif n’est pas dense et Egor Sharangovich (19 ans), révélé à Paris par ses buts contre la Finlande et la France, a su y trouver sa place.

Deux points sont bien plus problématiques pour l’avenir à court terme de l’équipe nationale. Premièrement, le jeune gardien Mikhaïl Karnaukhov, qui incarne la possible relève à un poste défaillant, ne joue presque pas. Comment le pourrait-il derrière Jhonas Enroth ? Celui qui était le plus petit gardien de NHL s’est vite rendu indispensable. Calme et réfléchi, le Suédois, grand admirateur de Carey Price, est un analyste lucide qui utilise beaucoup la vidéo pour comprendre et anticiper les points forts adverses.

Deuxièmement, les internationaux Andrei Stas (vers Omsk) et Nikita Komarov (vers le Dynamo Moscou) sont partis se faire embaucher dans d’autres équipes de KHL pour « nourrir leur famille » (dixit Komarov) au prix du renoncement à leur citoyenneté biélorusse. Heureusement que le défenseur Vladimir Denisov a refusé le deal similaire proposé par le Traktor (rester en abandonnant son passeport pour ne plus compter dans le quota d’étrangers) et a choisi au contraire de rester au pays en déclarant que sa patrie passait en premier.

 

SpartakLe Spartak Moscou, « club du peuple », est aujourd’hui encore celui qui fait le plus d’efforts d’animation envers les supporters dans la capitale. Mais il a surtout besoin de résultats positifs pour être à nouveau aimé. L’étiquette d’éternels losers devient collante. Dans une Conférence Ouest dont le niveau ne cesse de baisser, il faut absolument viser les play-offs.

Le meilleur marqueur, qui était le défenseur Matt Gilroy, n’est cependant plus là. Il a décliné la proposition du club parce qu’il attendait une éventuelle offre NHL, et le Spartak l’a remplacé par l’international finlandais Ville Lajunen, qui sera donc le nouveau patron du jeu de puissance. Ironie de l’histoire, Gilroy a finalement signé aux Jokerit, l’ancienne équipe de Lajunen ravie de la substitution.

La recrue la plus importante est arrivée tardivement, en août, quand Aleksandr Khoklachev a été échangé par le SKA. Grand espoir de sa génération 1993, Khoklachev avait quitté le Spartak à 17 ans pour jouer en Junior Majeur au Canada, mais il n’a pas réussi à percer en NHL à Boston. Cet attaquant polyvalent revient dans son club formateur et a été placé à l’aile gauche du centre américain Ryan Stoa. Ces deux-là forment le duo offensif majeur.

Cela ne suffit cependant pas à des Spartakistes qui commettent toujours trop d’erreurs. L’entraîneur Vadim Epanchintsev, qui débute en KHL sans grandes références, n’a pas tardé à sévir. Une recrue-vedette, le vétéran Stanislav Chistov, transparent en pré-saison, a eu 8 minutes de temps de jeu au premier match avant d’être envoyé en équipe-ferme. Même le capitaine Maksim Potapov a été écarté de l’équipe. Epanchintsev a convoqué tous les joueurs pour dire qu’il ne voulait pas de passagers indifférents et qu’il était prêt à se séparer de ceux qui ne lui convenaient pas. Mais ce message autoritaire suffira-t-il à éviter une nouvelle saison décevante ?

 

SVARNY Ivan 140512 030Le dernier championnat fur une souffrance pour le Slovan Bratislava, en difficulté pour verser ses salaires. Le club qui était derrière lui au classement, le Medvescak Zagreb, a quitté la ligue, et beaucoup se demandaient si les Slovaques ne suivraient pas le même chemin. Bratislava n’a pas de quoi débourser plus : les 9000 spectateurs paient déjà les troisièmes tickets les plus chers de KHL (derrière Saint-Pétersbourg et Helsinki) et les partenaires locaux ont des moyens limités. Le Slovan a donc eu recours à des sponsors russes pour boucler son budget, et reste donc dépendant de l’aide extérieure comme ses concurrents.

Un nouveau directeur général sans lien avec le hockey, Patrik Zeman, est arrivé en remplacement du manager historique Maros Krajci. Chargé de mettre en place des procédures de stabilisation financière, il a commencé à rechercher des économies dans un poste de dépenses important, l’optimisation du coût des déplacements en avion. Même si le Slovan se veut rassurant sur son avenir en KHL, l’incertitude a compliqué la préparation. Le camp a commencé avec des juniors et l’équipe s’est formée tardivement avec des joueurs à court de condition physique.

Toute l’équipe était en effet à reconstruire, en particulier la défense où il ne restait qu’Ivan Svarny. Heureusement, Andrej Meszaros est revenu au jeu comme capitaine après neuf mois de convalescence et le Canadien Cam Barker fait aussi son retour à Bratislava. Les lignes arrières ont finalement été renforcées de Simon Després, joueur de NHL de 25 ans, accessible parce qu’il n’a joué qu’un match l’an dernier à cause d’une commotion cérébrale. La condition pour le signer était un package dans lequel Eli Sherbatov devait être aussi mis sous contrat : c’est ainsi que l’ancien attaquant de Neuilly-sur-Marne se retrouve à jouer (un peu) en KHL !

 

REDLIHS_Mikelis-2009-8053Le Dinamo Riga a été re-créé il y a 10 ans, comme la KHL, mais il vit des championnats de plus en plus difficiles. Il a dû commencer la saison sans trois attaquants majeurs à l’infirmerie (Mikelis Redlihs, Colton Gillies et T.J. Galiardi), et il a perdu dès la première semaine le défenseur Guntis Galvins blessé à la jambe.

La mission de Sandis Ozolins devenait dès lors impossible. Entraîneur débutant, sans adjoint d’expérience pour lui aider à apprendre le métier, l’ancien défenseur-vedette – choisi parce que le sélectionneur national Bob Hartley ne veut pas s’impliquer à plein temps – s’est trouvé condamné à l’échec et a vite compris qu’il ne servirait à rien d’insister. Son équipe diminuée, offensivement impuissante y compris en jeu de puissance, a accumulé les défaites et l’a rapproché de la sortie.

Le Dinamo Riga risque fort de plonger durablement en dernière position. Au classement multi-critères de la KHL, le club letton devrait donc objectivement se trouver mal placé, surtout si les supporters finissent par perdre patience. Sera-t-il exclu pour autant ? Pas sûr. La nouvelle stratégie annoncée de la KHL est de réduire les clubs russes, pas étrangers, et le Dinamo reste un instrument géopolitique important de la présence russe dans les pays baltes « hostiles ».