La trêve de Noel s’est terminée en NHL et la ligue plonge vers la deuxième moitié de saison. Dans ces deux longs mois d’hiver qui vont décider bien des destins alors que le rythme augmente, que le jeu se fait plus âpre, que chaque point compte et qu’il faudra se positionner comme acheteur ou vendeur à la date limite des échanges fin février. À l’issue des 40 premiers matchs, voyons donc quelles sont les forces en présence.
Voici un exercice auquel nous ne nous étions pas encore prêtés sur Hockey Archives, celui du Power Rankings, ou « classement des puissances » dans la langue de Molière… Tenons-nous en à la version originale si vous le voulez bien…
Le principe du Power Rankings est simple : établir un classement de la ligue, non pas en tenant compte uniquement des points, mais plutôt en regardant tout un ensemble d’aspects qui permettent de mieux cerner les forces profondes des équipes.
Nous avons étudié en détail les dix dernières saisons NHL et observé à quel point différents indicateurs étaient liés à une qualification ou non en playoffs. Car tout Power Rankings doit se construire autour d’une problématique commune : quel but donner à la puissance ? Il nous paraissait évident que la qualification en séries devait être ce phare dans la nuit. Ce but recherché par tous. Inutile donc de tenir compte d’indicateurs qui ne prédisent en rien une qualification.
Prendre en compte les chances de gagner la coupe Stanley sera un sujet pour une prochaine édition.
En attendant, nous avons gardé les indicateurs plus pertinents, donnant à chacun une valeur conforme à leur importance pour une qualification. En gros, le différentiel total de buts est le plus important de tous. Le jeu à 5 contre 5 est plus important que les unités spéciales, ou encore la possession du palet l’est davantage que la performance des gardiens.
Mis bout à bout, ces indicateurs sont regroupés au sein du « Power Score », note globale qui permet de classer les équipes.
Voici donc le résultat de nos calculs en date du 28 décembre. Observez avant tout le Power Score, et le détail des indicateurs si le cœur vous en dit. Plus c’est vert, mieux c’est. Plus c’est rouge…
1/ Tampa : les Bolts sont seuls au monde. Leur Power Score est le seul au-delà de 1100, largement supérieur à celui de San Jose, et l’équipe performe dans tous les compartiments du jeu. C’est la puissance incontestable de cette première moitié de saison. La suite du classement est beaucoup plus serrée.
2/ San Jose : Les Sharks montent lentement en régime. Leur jeu à 5v5 est fort et, surtout, leur différentiel de buts lors des unités spéciales est de loin le meilleur de la ligue avec 66% des buts inscrits. Le shooting % pourrait être meilleur, tout comme la performance de Martin Jones, qui cale un peu.
3/ Vegas : La surprise. Le jeu à 5v5 est bon sans être fantastique mais les tireurs restent chauds et les unités spéciales fonctionnent. La perspective des séries est bien réelle, si c’est bien le souhait de la direction…
4/ Toronto : Les Leafs cumulent un fond de jeu relativement solide et un duo tireurs-gardiens en grande forme. Andersen fait taire bien des critiques dans la Ville Reine.
5/ Winnipeg : Grosse performance des unités spéciales (55% des buts). Le jeu à 5v5 s’est largement amélioré mais celui qui avait donné du temps à la machine pour se mettre en marche, Connor Hellebuyck, vit des moments plus difficiles dans les cages. Et son auxiliaire Steve Mason n’est pas dans le coup. Par contre, Mark Scheifele va rater 6 à 8 semaines en raison d’une blessure.
6/ Boston : L’équipe en forme du moment qui est dans une série de 14 victoires pour 4 défaites… Les Bruins ont le meilleur taux de possession de la ligue et sont dans le top5 pour les buts anticipés. Tireurs et gardiens ont largement redressé la barre le dernier mois et les unités spéciales fonctionnent très bien aussi. Une place dans le top3 de la division semble désormais assurée pour Boston.
7/ Nashville : Tout va bien pour Nashville même si la possession et les buts anticipés sont encore à améliorer. On y travaille, surtout depuis l’arrivée de Kyle Turris. Et Ryan Ellis va bientôt revenir compléter le fameux quatuor défensif.
8/ Los Angeles : Possession à 50%, buts anticipés dans le négatif, unités spéciales dans le négatif aussi… Les Kings doivent leur place dans le top10 au meilleur duo de gardiens de la ligue (Quick-Kuemper) depuis le début de l’année (93,5% d’arrêts à 5v5).
9/ New Jersey : Autre équipe dont le système de jeu à 5v5 n’est pas dominateur, mais ici ce sont les unités spéciales et la réussite des tireurs qui font des Devils une menace offensive constante pour qui n’y prend pas garde.
10/ St Louis : Les Blues payent un certain manque d’opportunisme de ses tireurs et des unités spéciales bonnes sans être fantastiques. Mais le système de jeu est solide, ce qui est plus rassurant que pour d’autres équipes citées plus haut.
11/ NY Rangers : On a retrouvé les bons vieux Rangers. Dominés dans le jeu (47% de possession, 49,6% des buts anticipés), l’équipe repose sur l’opportunisme des tireurs et sur un Henrik Lundqvist retrouvé. Recette toujours aussi peu rassurante à long terme mais qui a permis aux Blueshirts de se glisser en playoffs ces dernières saisons. .
12/ Chicago : Leur Power Score est un cran en dessous des équipes précédentes, mais les Hawks peuvent compter sur leur possession du palet et comme toujours sur un grand Corey Crawford. Par contre, leur différentiel de buts surfe encore sur la première semaine de la saison (victoires 10-1 contre Pittsburgh et 5-1 contre Columbus). Ainsi à +13 après 2 matchs, il est de -4 depuis lors. De quoi s’inquiéter, surtout que Crawford est de nouveau blessé.
13/ NY Islanders : Dernière équipe avec un Power Score supérieur à 1010, les Isles sont pourtant dans le rouge partout, sauf pour le shooting %. Le jeu à 5v5 est moyen, les unités spéciales négatives, les gardiens toujours pas dans le coup. Attention à la chute si les Bailey, Lee, Barzal et Tavares baissent le pied.
14/ Dallas : Ken Hitchcock a, sans surprise, instauré un système de jeu très solide, pas vraiment fun à regarder mais efficace. L’équipe est dans le top5 pour la possession et les buts anticipés. Les Stars payent par contre des unités spéciales proche du fond de la ligue et un Bishop à la traine dans les cages.
15/ Colorado : Le système de jeu est carrément dans le rouge. Les Avs sont 30e pour les buts anticipés mais les unités spéciales tiennent l’équipe hors de l’eau, avec des tireurs en réussite. Pas certain que cela survive encore longtemps.
16/ Minnesota : Une version bridée du Wild de l’an passé. La troupe de Boudreau laisse toujours le palet à l’adversaire et bloque les chances dangereuses en défense mais ne parvient pas à être aussi opportuniste offensivement qu’avant. L’équipe s’accroche à une place en Wild-card faute de mieux mais cela tient à un fil.
17/ Washington : Les Caps n’ont plus grand-chose à voir avec l’équipe qui a dominé la ligue ces dernières saisons. Trop d’éléments importants dans la construction ont été perdus. Washington est dominé dans le jeu, les unités spéciales sont 28e de la ligue et l’équipe survit grâce à la réussite de ses tireurs et aux performances de Braden Holtby. Ce n’est pas comme ça qu’Ovechkin va soulever la coupe.
18/ Columbus : C’est surprenant de voir les Jackets aussi bas alors qu’ils occupent la 3e place dans la Métropolitaine, avec 6pts d’avance sur la première équipe non-qualifiée. Cependant, la troupe de John Tortorella n’a qu’une fiche de 7-6-2 lors des 15 derniers matchs et le différentiel de buts sur la saison n’est que de +5. Certains jeunes ont du mal à confirmer, les blessures arrivent (Atkinson, Wennberg, Murray, etc.) et les unités spéciales sont un gouffre, le pire différentiel de la ligue. Les Jackets ont ainsi un différentiel de -9 dans les situations de supériorité/infériorité. Si le système de jeu à 5v5 demeure efficace, l’autre problème est que Sergei Bobrovsky n’est que l’ombre de lui-même depuis quelques semaines. Meilleur gardien incontesté de la ligue fin novembre, il est désormais rendu 9e parmi les gardiens titulaires pour le taux d’arrêts ! Espérons pour Columbus que ce ne soit qu’un passage à vide.
19/ Edmonton : Le jeu à 5v5 (et les décisions managériales) sont repartis dans le bon sens après un mois de novembre à se gratter la tête. Les Oilers sont en tête de la NHL pour les buts anticipés, le shooting % est remonté dans la moyenne de la ligue et seul Cam Talbot peine toujours un peu. Le vrai handicap de l’équipe demeure le jeu en unités spéciales. Avec seulement 41,4% des buts dans ces situations, le 28e rendement de la ligue, cela fait beaucoup trop de buts à rattraper par la suite. Malgré cela, l’équipe grignote lentement son retard sur les playoffs. Le talent devant est trop important pour rester englué dans la cave.
20/ Pittsburgh : Les Pens sont légèrement positifs pour la possession et les buts anticipés, peuvent compter sur le 3e meilleur rendement des unités spéciales avec 58.8% des buts. Alors que font les doubles champions au 20e rang de notre Power Ranking ? Parce que tireurs et gardiens sont chacun 31e et derniers de la ligue dans leurs catégories. Avec 5,7% des tirs convertis en buts à 5v5, les Pens signent à pareille date la 267e performance sur 270 des 10 dernières années (la demi saison 2012-13 étant exclue). Difficile de croire que la guigne ne va pas finir par s’envoler. En attendant, les points s’échappent et Pittsburgh n’est actuellement plus en playoffs.
21/ Philadelphia : Moyens dans le jeu à 5v5, négatifs en unités spéciales, les Flyers survivent sur le dos d’un trio offensif et de Brian Elliott depuis le début de la saison. Lui et Michael Neuvirth forment le 2e meilleur duo de la ligue à 5v5 (93,4% d’arrêts). Si la dynamique se casse, les maigres espoirs des Flyers s’envoleront définitivement.
22/ Carolina : Un tigre de papier… Les Canes dominent tactiquement leurs adversaires (2e pour la possession comme pour les buts anticipés) mais ne concrétisent pas. Les tireurs sont 25e de la ligue, les gardiens seulement 18e et les unités spéciales sont défaillantes. Le fond de jeu est pourtant tel que l’équipe peut légitimement encore y croire. Ils sont actuellement dans une série de 6 victoires pour 1 défaite.
23/ Calgary : Les jumeaux de la Caroline mais à l’ouest. L’histoire est similaire. Le système de jeu est bon, Mike Smith livre la marchandise, même s’il baisse le pied. Par contre, les tireurs et unités spéciales laissent passer trop d’occasions. Attention à ne pas perdre contact avec les séries.
24/ Anaheim : Avec Anaheim, nous rentrons dans les équipes réellement dans le rouge, au sens propre comme au figuré. Les Ducks vivent une saison terrifiante au niveau des blessures et s’accrochent à un espoir de playoffs grâce à des tireurs en réussite et surtout des gardiens qui tiennent la baraque à bout de bras. John Gibson est bien secondé en cela par le vétéran Ryan Miller. Cela suffira-t-il ? C’est peu probable. Ryan Kesler vient de revenir au jeu mais Corey Perry est toujours absent.
25/ Florida : Rien de positif pour les Panthers. Roberto Luongo connaissait une très bonne saison avant de se blesser. Le retour de la vieille garde aux manettes du club n’a rien changé…
26/ Montréal : Si les Habs pouvaient encore susciter de l’espoir chez leurs partisans début décembre, les dernières semaines ne vont pas dans le bon sens. Carey Price a certes un taux d’arrêts total de 92,8% depuis son retour de blessure fin novembre, le 8e de la ligue sur cette période, mais le système de jeu à 5v5 qui était la seule force du club pique dangereusement du nez. Avec tout juste 51% de possession et 51,3% des buts anticipés, Montréal n’a pas de quoi compenser pour des tireurs toujours en berne et des unités spéciales négatives. On ne semble pas trouver de solutions dans le management des joueurs, Shea Weber est blessé pour une durée indéterminée et le calendrier à court terme est compliqué…
27/ Détroit : Les unités spéciales sont la seule satisfaction pour les Wings. Tout le reste est dans le rouge.
28/ Ottawa : Nul besoin d’en rajouter sur le cas Ottawa. Le système de jeu est problématique, Craig Anderson ne relève pas la tête. Des décisions difficiles s’annoncent pour les Sens.
29/ Vancouver : Après un début de saison réussi, facilité par un calendrier aisé, les Canucks sont en chute libre. Les blessures s’accumulent (Horvat, Baertschi, Sutter, Tanev) et si Brock Boeser fait des miracles et que les Sedin ont de beaux restes, difficile de ne pas se dire que c’est là la place naturelle de l’équipe.
30/ Arizona : Saison ratée. Antti Raanta a rattrapé ses stats de carrière, Derek Stepan est le second marqueur de l’équipe avec 22 points et Clayton Keller est un candidat légitime au trophée Calder. Mais derrière les habituels tauliers, le reste de l’équipe est bien trop faible. Est-ce un vrai manque de talent ou est-ce que Rick Tocchet était vraiment l’homme de la situation derrière le banc ?
31/ Buffalo : Jeu à 5v5 désastreux, unités spéciales désastreuses, tireurs aux abonnés absents, etc. Là aussi, Phil Housley ne semble pas trouver les clés d’une franchise en déconfiture.