Canada – Russie (Mondiaux 2018, 1/4 de finale)

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C’est peut-être le plus gros choc de ces quarts de finale. La Russie débarque avec une deuxième place de poule, battue dans la « finale » du groupe par la Suède, 2-1. On peine à estimer le niveau réel de cette équipe, qui a gagné face aux petits avec aisance, mais n’a pas vraiment convaincu contre les autres.

En face, le Canada n’a fini que troisième du groupe de Herning, et espère qu’un changement d’air va consolider une alchimie d’équipe défaillante. Le poste de gardien est sous les feux des projecteurs, mais pas seulement. Pour des joueurs à peine arrivés comme Vlasic et Turris, le voyage au Danemark risque de tourner court si l’équipe à la feuille d’érable ne hausse pas son niveau de jeu.

Le Canada étouffe son adversaire

Elle s’y emploie dès les premières minutes avec plusieurs tirs masqués, cherchant à gratter des rebonds dans le slot. Turris lance, et O’Reilly prend le rebond, que Shestyorkin repousse de la botte.

Défensivement, c’est moins serein. Seul au cercle, Soshnikov a été oublié au marquage et se heurte à Kuemper. Andronov prend en revanche deux minutes sur l’action canadienne suivante.

Le jeu de puissance est un peu poussif et bascule à dix secondes de la fin. Le Canada est muselé à la bleue le long de la bande et doit ressortir… mais la passe latérale trouve McDavid, qui fixe et laisse derrière lui pour Parayko. Le défenseur des Blues lève très haut sa crosse et expédie une mine qui transperce le gardien (0-1).

La défense canadienne n’a pas le même niveau d’efficacité et cafouille un palet tout près de sa cage. Grigorenko se libère et parvient à lancer au but. Kuemper couvre bien son poteau.

Le Canada fait l’essentiel du jeu, parvenant à utiliser sa vitesse. Une percée du duo Schwartz-Horvat en est l’illustration. La Russie peine à développer du jeu, et encore plus à s’approcher de la cage. Elle balbutie tellement son hockey qu’elle concède un surnombre évident.

Le Canada n’en profite pas, manquant bien trop de précision dans ses passes. Shestyrokin est surtout sollicité après le retour au complet, avec un tir dévié par Turris puis un essai de Nugent-Hopkins. Le centre des Oilers s’octroie la dernière occasion mais tire au dessus. La Russie n’a pas du tout réussi à développer son jeu et a subi tout le premier tiers, sans parvenir à trouver des espaces ni à enchaîner des passes.

Révolte russe

Le début du deuxième tiers est du même tonneau. Le Canada parvient à trouver des lignes de tirs et attaque la cage, pour des écrans et des rebonds. Un style classique efficace : la Russie gagne très peu de duels. Les rares chances de l’autre côté sont muselées par un bon jeu à la crosse.

Petit à petit cependant, le Canada recule, imperceptiblement, et laisse la Russie manœuvrer. Kuemper doit rester vigilant sur une ou deux situations autour de son but, notamment un tour de cage dangereux. Cette pression accrue réveille enfin les nombreux partisans russes.

Après un bon essai de Gusev, la Russie tente de s’installer en attaque mais, dans un duel dans les bandes, Andronov reçoit deux minutes pour faire trébucher. Le jeu de puissance fixe, tourne bien. Parayko récupère un palet bloqué, et décale McDavid au cercle droit. Le capitaine des Oilers trouve un espace vers le cercle opposé. Nugent-Hopkins contrôle, et double la mise (0-2).

Peut-être trop soulagée, la formation canadienne craque juste derrière. Un tir de la bleue profite presque à Anisimov au deuxième poteau, qui manque le cadre. Kuemper est alors hors de position ? Ligne de fond, l’attaquant de Chicago prend le rebond et trouve Mikheyev dans le slot, devant un but grand ouvert (1-2).

Edmundson puni pour retenir, le Canada est aux abois. Si le jeu de puissance se montre pathétique, la Russie reprend son temps fort. Après un beau mouvement de Barabanov, elle force la défense canadienne à rester en retard. Coincés autour de leur cages, les arrières à la feuille d’érable commettent une faute et subissent. Dadonov travaille derrière le but et trouve Barabanov au milieu des Canadiens. La reprise échappe à Kuemper (2-2).

Les Canadiens reprennent le contrôle de la partie, obtenant une bonne chance de Vlasic en tour de cage. Mais, à cause de quelques minutes de relâchement, ils se retrouvent à 2-2 après deux périodes.

Chacun son tour

La partie reprend, assez verrouillée, avec une légère domination canadienne. En revanche, côté tirs, les supporters n’ont guère l’occasion de s’enthousiasmer : à peine deux essais canadiens en cinq minutes, et aucun russe…

Finalement, le Canada va marquer… en contre-attaque. Un palet dégagé retombe sur Schwartz, sorti du banc, dans la neutre. Sur une feinte de corps, il efface son vis-à-vis et déboule en deux-contre-deux. Il freine et son défenseur perd sa crosse, ce qui lui permet de servir Turris entre les cercles. L’autre défenseur russe est lui tombé, et l’attaquant de Nashville fusille Shestyorkin (2-3).

Le plus dur est fait ? Non ! La Russie égalise une minute plus tard, grâce à un tir de Zaitsev de l’aile, dévié en hauteur par Andronov (3-3).

Le Canada repart immédiatement à l’assaut et met le feu dans l’enclave par Barzal, intenable. En face, une erreur de défense permet à Anisimov de tester Kuemper entre les cercles. Le match est de plus en plus débridé.

Une montée rageuse de Tyson Jost finit par perturber la défense. Il résiste au duel, en puissance, et envoie un tir à la cage. Shestyorkin maîtrise mal le rebond. Pierre-Luc Dubois passe alors devant son défense et s’arrache pour pousser le rebond (3-4). En revanche, le Canada perd Schwarz, victime d’une charge contre la bande et qui doit rentrer au vestiaire.

Et une minute plus tard, le Canada craque encore. Anisimov contourne à gauche et tente un revers en hauteur au premier poteau, qui passe au-dessus de l’épaule de Kuemper (4-4). Le bras de fer continue…

Dans les dernières secondes, chaque équipe se fait une frayeur lorsque les deux gardiens échappent des rebonds. Mais personne n’en profite : prolongation !

Le jeu est plutot fermé, avec deux chances russes d’Andronov puis Mikheyev. Mais, sur la remontée de palet canadienne, une pénalité est appelée… Le Canada pose son temps mort pour préparer ce quatre contre trois. Il manque un peu de vitesse et n’exploite pas vraiment bien la qualité de tir de Parayko et Ekblad. Turris remplace alors Parayko, et le jeu tourne. McDavid, patient, déniche O’Reilly dans le slot pour une déviation en hauteur (4-5).

Le Canada s’en sort, dans un match très disputé. Pas vraiment rassuré par sa défense et son gardien, Bill Peters a de quoi cogiter… Pour la Russie, les choix de Vorobyov posent question, notamment dans les cages. L’équipe a joué bien trop sur courant alternatif et manquait bien trop de réalisme.

Désignés joueurs du match : Ryan Nugent-Hopkins (Canada) et Pavel Datsyuk (Russie).

Commentaires d’après-match

Pierre-Luc Dubois (attaquant du Canada) : « On a bien joué contre une très bonne équipe. Sur mon but, je vais au filet et je ne sais pas trop ce qui se passe, mais de toute façon c’est ce qu’il faut faire. Quand j’ai reçu l’appel de Team Canada, j’étais très content, c’est un grand honneur. J’ai joué pour les U17, U18 et U20, j’avais envie de cette étape supplémentaire. Il y a de super bons joueurs dans cette équipe et il ne faut pas s’arrêter là. Ma première saison NHL ? J’ai beaucoup à apprendre, mais je suis content de mon travail. J’ai commencé à l’aile, puis je suis revenu au centre et je m’y suis mieux retrouvé. Je dois encore m’améliorer, apprendre des vétérans. J’ai hâte que la nouvelle saison commence. »

Colton Parayko (attaquant du Canada) : « Nous avons bien débuté, puis la Russie a bien poussé au deuxième tiers et repris le momentum. Nous avons retrouvé notre style de jeu physique au troisième, mais ils sont revenus deux fois au score. C’était un match de haut niveau entre deux grandes nations. »

Bill Peters (entraîneur du Canada) : « La Russie a bien joué, avec de l’intensité au deuxième tiers et un avantage territorial. Nous savions qu’ils prenaient peu de pénalités et qu’il faudrait tirer avantage du peu de situations. Notre jeu de puissance avait bien débuté le tournoi et nous l’avons ajusté hier. Nous n’avions pas exploité le quatre-contre-trois contre les États-Unis, mais cette fois, l’exécution était bonne. Turris a fait un bon geste et O’Reilly a laissé sa crosse au bon endroit. Nous avons besoin des quatre lignes, du jeu en infériorité. Chaque joueur a plus de responsabilités, c’est le style canadien. Les Russie-Canada sont toujours spéciaux, un véritable combat de poids lourds. »

Ilya Vorobyov (entraîneur de la Russie) : « La différence s’est faite en supériorité. Nous avons joué un match solide. Je suis déçu de la pénalité en prolongation, la faute est très légère. »

 

Russie – Canada 4-5 après prolongation (0-1, 2-1, 2-2, 0-1)
Jeudi 17 mai 2016, 16h15. Royal Arena de Copenhague. 9017 spectateurs
Arbitrage de Mark Lemelin (USA) et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Brian Oliver (USA) et Hannu Sormunen (FIN)
Pénalités : Russie 8′ (4′, 2′, 0′, 2′), Canada 2′ (0′, 2′, 0′, 0′)
Tirs : Russie 30 (4, 15, 8, 3), Canada 41 (12, 9, 15, 5)

Récapitulatif du score
0-1 à 04’45 : Parayko assisté de McDavid et Eberle (sup. num.)
0-2 à 31’51 : Nugent-Hopkins assisté de McDavid et Parayko (sup. num.)
1-2 à 32’53 : Mikheyev assisté d’Anisimov et Zaitsev
2-2 à 37’32 : Barabanov assisté de Dadonov (att. sup.)
2-3 à 47’11 : Turris assisté de Schwartz
3-3 à 48’44 : Andronov assisté de Zaitsev et Soshnikov
3-4 à 52’36 : Dubois assisté de Grigorenko et Zaitsev
4-4 à 54’34 : Anisimov assisté de Grigorenko et Zaitsev
4-5 à 64’57 : O’Reilly assisté de McDavid et Ekblad (sup. num.)

Russie

Attaquants :
Kirill Kaprizov (2′) – Pavel Datsyuk (C, +1) – Nikita Gusev
Mikhail Grigorenko (+1) – Artyom Anisimov (+2) – Pavel Buchnevich (+1)
Yevgeni Dadonov (A, -1) – Ilya Kablukov (-1) – Aleksandr Barabanov (-1)
Ilya Mikheyev (+2) – Sergei Andronov (A, 4′, +1) – Nikita Soshnikov (+2)
Maksim Shalunov [1 présence]

Défenseurs :
Vladislav Gavrikov – Bogdan Kiselevich
Nikita Nesterov – Nikita Zaitsev (+3)
Yegor Yakovlev – Aleksei Bereglazov
Dinar Khafizullin (+1)

Gardien :
Igor Shestyorkin

Remplaçant : Vasili Koshechkin (G). Réservistes : Ilya Sorokin (G), Nikita Tryamkin (A), Maxim Mamin (A, épaule).

Canada

Attaquants :
Kyle Turris – Ryan O’Reilly (+1) – Jaden Schwartz (+1)
Ryan Nugent-Hopkins (-1) – Connor McDavid (C, -2) – Brayden Schenn (A, -2)
Josh Bailey – Pierre-Luc Dubois – Tyson Jost (-1)
Mathew Barzal – Bo Horvat (-1) – Jean-Gabriel Pageau
Jordan Eberle (-1)

Défenseurs :
Marc-Édouard Vlasic (+2) – Colton Parayko
Joel Edmundson (2′) – Aaron Ekblad (+1)
Ryan Murray (-3) – Darnell Nurse (-2)

Gardien :
Darcy Kuemper

Remplaçants : Curtis McElhinney (G), Ryan Pulock (D). Réservistes : Mickael DiPietro (G), Thomas Chabot (A), Anthony Beauvillier (A).​

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