États-Unis – République Tchèque (Mondiaux 2018, 1/4 de finale)

180

Tchèques et Américains ne se quittent plus. Ils se retrouvent en quart de finale d’une compétition internationale pour la cinquième fois en cinq ans ! Les États-Unis l’ont emporté aux Jeux olympiques 2014 (5-2) et aux Mondiaux 2016 (2-1 aux tirs au but), la République tchèque s’est imposée aux Mondiaux 2014 (4-3) et aux JO 2018 (3-2 aux tirs au but). Cette cinquième manche est donc la « belle » avant, espérons-le, de diversifier un peu les affiches.

Mais si ces deux équipes sont destinées à s’affronter si souvent, n’est-ce parce qu’elles figurent dans un entre-deux derrière les grands favoris ? Une statistique fait très mal et n’est pas à répéter à ces deux équipes : lors des quatre confrontations listées ci-dessus, le vainqueur… a fini quatrième et sans médaille !

Si les coéquipiers de Patrick Kane – qui lance sur la barre transversale dès la deuxième minute – auraient été plutôt favoris au début du tournoi, l’arrivée des jokers bostoniens David Krejčí et David Pastrňák a relevé le niveau de l’attaque tchèque. C’est d’ailleurs Pastrňák qui provoque la première pénalité du match, quand Alec Martinez le fait trébucher. La situation profite uniquement… aux États-Unis, car Dylan Larkin profite d’une perte de palet de Libor Šulák à la ligne bleue pour s’échapper en infériorité ; il est toutefois rattrapé par le superbe plongeon défensif de Dominik Kubalík. Quand la pénalité s’achève, c’est Kane qui part en contre-attaque. L’accélération du capitaine américain laisse sur place le septième défenseur Adam Polášek en un contre un, et son tir croisé bat Francouz côté mitaine (1-0). Un lancer d’angle que le gardien tchèque aurait pu et dû arrêter.

L’inexpérience défensive des Tchèques est encore plus flagrante sur l’action suivante : le tournicotis de Johnny Gaudreau fixe Michal Moravčík à l’entrée en zone offensive, Nick Bonino attire le second arrière Filip Hronek vers la gauche et centre pour Cam Atkinson qui arrive lancé absolument seul face au but, dans le dos des jeunes attaquants Kubalík et Nečas (2-0). L’entraîneur tchèque Josef Jandač peut porter la main à son front…

Les Tchèques sont partis pour un enterrement de première, et l’ambiance est d’ailleurs digne d’un enterrement. Les tribunes de Herning se sont vidées après l’élimination du Danemark, peu de supporters tchèques ont pu faire le déplacement de Copenhague. C’est chaque année le problème des quarts de finale dont les billets sont chers pour des rencontres en semaine mais dont les affiches sont connues peu de temps avant.

Au moins, le DJ de Herning, fan de Right Said Fred qui tournait sur trois chansons depuis le début du tournoi, a enfin diversifié sa play-list. On se demande par contre comment il sélectionne ses titres, improbables. On découvre à la pause que la récemment décédée Rose Laurens a aussi chanté son Africa en anglais. Les Tchèques s’en fichent comme de leur première coiffure des années 80 (sauf peut-être le très capillaire Šulák), leur problème est qu’ils ont deux buts de retard et n’ont rien montré, tout au plus un rebond gratté par Jaškin.

La République Tchèque entre enfin dans la partie au deuxième tiers-temps. Plekanec se la joue vieux renard en attendant d’être derrière la ligne de fond pour tenter le ricochet gagnant, mais le but vient d’une belle action collective et d’un lancer beaucoup plus pur : une passe de Radek Faksa reprise de volée dans le cercle gauche par Michal Řepík (2-1). Cette équipe tchèque est donc capable de revenir dans le match si tous ses éléments apprennent à défendre, à l’instar du junior Martin Nečas qui tient parfaitement Bonino sur un rebond.

L’élan tchèque n’a pas vraiment survécu à la réduction du score. Les Américains sont repassés à l’attaque et Francouz capte de la mitaine une déviation de Coleman. Méfiants à juste titre envers la vitesse adverse, les Tchèques peuvent eux aussi chercher des contre-attaques. Nečas attire bien la défense et décale Kubalík pour un lancer ouvert, mais Kinkaid s’interpose. Mais voilà que Charlie McAvoy est sanctionné pour un cinglage. Martin Nečas, qu’on sent de plus en plus présent, égalise en déviant entre les cercles un service de Pastrňák (2-2). Les chants tchèques qui descendent des travées témoignent que la confiance est revenue… L’avantage n’est pas loin quand Pastrňák tire juste à l’extérieur du poteau, servi par Krejčí à 2 contre 1.

Les occasions manquées peuvent se regretter dans les deux camps. Mais un peu plus pour les tchèques au troisième tiers-temps. Roman Červenka manque une cage ouverte, une de plus, diront ses détracteurs. Sur une contre-attaque américaine pendant un changement de lignes, Lukas Hronek trébuche tout seul en patinage arrière à la ligne bleue (!) et Patrick Kane a le chemin du but grand ouvert pour un doublé personnel (3-2).

Larkin fait trébucher Pastrňák en zone neutre, mais les Tchèques organisent mal leur jeu de puissance et ne s’installent pas. Les Américains jouent désormais avec le chronomètre et se font compacts pendant que le temps défile. Aucun espace ne s’ouvre donc, jusqu’au temps mort pris par Josef Jandač à deux minutes et demie de la fin. Il sort son gardien et joue à 6 contre 5, mais la crosse cassée de Šulák renvoie les Tchèques défendre leur cage vide. La seule bonne position de tir de cette fin de match sera pour Dominik Kubalík, qui tarde trop à déclencher.

Les deux précédentes confrontations en quart de finale des championnats du monde avaient tourné en faveur du moins bien classé de la phase de poules. Pourtant, une meilleure position permet de bénéficier de l’avantage officiel de la glace et donc du dernier changement. Jeff Blashill en a fait un parfait usage pour envoyer Dylan Larkin neutraliser avec succès la première ligne tchèque Jaškin-Krejčí-Pastrňák. Pendant ce temps, ses attaquants rapides se sont ouvert des espaces.

Pour sa part, Josef Jandač n’a pas essayé de « matcher » le coaching et a donc laissé des joueurs inexpérimentés face au capitaine américain Patrick Kane… qui en a fait ce qu’il voulait. Ce n’est donc pas la meilleure sortie pour Jandač pour son dernier match aux commandes de l’équipe tchèque avant de rejoindre Magnitogorsk en KHL. Les États-Unis avaient un peu plus de talent, mais ils en ont aussi fait meilleur usage.

Désignés joueurs du match : Michal Řepík pour la République Tchèque et Patrick Kane pour les États-Unis.

Trois meilleurs Tchèques du tournoi : Dominik Kubalík, David Krejčí et David Pastrňák.

Commentaires d’après-match

Patrick Kane (capitaine des États-Unis) : « On a reçu la contribution de tout le monde, tout le monde a fait le job. C’est frustrant de ne pas avoir de powerplays. Mais quand on a repris l’avantage, on a fermé la porte. Ils ont pris plus de tirs et contrôlé le jeu dans cette troisième période, mais on s’est regroupé en défense et on a obtenu la victoire.

David Krejčí (attaquant de la République Tchèque) : « On savait qu’ils enverraient quelqu’un sur nous, cela n’a rien de nouveau, c’est pareil en NHL. Mais je pense que nous étions prêts. Après le premier tiers, on voyait sur les visages dans le vestiaire que tout le monde y croyait. Les jeunes ont bien joué, c’est une bonne nouvelle pour l’avenir. Les leaders ont été les leaders. Červus [Červenka] a été incroyable, il a patiné, fait beaucoup de travail dans les coins, malheureusement sans réussite. Nos défenseurs ont fait de bonnes choses pour éviter d’être pénalisés, car ils ont un bon powerplay. Mais il fallait qu’une équipe rentre à la maison. »

Josef Jandač (entraîneur de la République Tchèque) : « Nous avons donné beaucoup de minutes à Krejčí et Pastrňák [NDLR : 23 minutes], les Américains se sont beaucoup concentrés sur eux, mais ils se sont battus et sont allés à la cage. Malheureusement, hormis Řepík, personne d’autre n’a marqué à 5 contre 5. Le hockey est un jeu d’erreurs, je ne veux blâmer personne. Kane est un des meilleurs joueurs du monde et a fait la décision. Ce n’est pas si facile de défendre contre lui, et si Hronek a trébuché, c’est en raison de la vitesse de Kane. Malgré ce match, Hronek a été une bonne surprise. Comme Šulák, les défenseurs de Plzen, Moravčík et Sklenička, ont aussi progressé dans ce tournoi. J’espère qu’ils n’oublieront pas dans les prochaines années que l’équipe nationale leur a donné leur chance. Je suis convaincu que les jeunes, Nečas et Chytil mais aussi Zadina, Kaut ou Galvas, formeront l’ossature de l’équipe à l’avenir. […] Si je devais recommencer le tournoi depuis le début, je ne ferais pas différemment, je ne vois rien que je changerais. »

 

États-Unis – République Tchèque 3-2 (2-0, 0-2, 1-0)
Dimanche 13 mai 2018 à 16h15 à la Jyske Bank Boxen de Herning. 4846 spectateurs.
Arbitrage de Mikko Kaukokari (FIN) et Jozef Kubus (SVK) assistés de Dustin McCrank (CAN) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : États-Unis 10′ (2′, 4′, 4′), République Tchèque 2′ (0′, 0′, 2′).
Tirs : États-Unis 31 (12, 14, 5), République Tchèque 26 (9, 8, 9).

Évolution du score :
1-0 à 10’36 : Kane assisté de Ryan
2-0 à 12’19 : Atkinson assisté de Bonino et Gaudreau
2-1 à 24’56 : Řepík assisté de Faksa et Gudas
2-2 à 30’55 : Nečas assisté de Pastrňák et Hronek (sup. num.)
3-2 à 46’58 : Kane assisté de Ryan

États-Unis

Attaquants :
Alex DeBrincat – Colin White (-1) – Patrick Kane (C, +1)
Cam Atkinson (+1) – Nick Bonino – Johnny Gaudreau (+2, 2′)
Anders Lee – Dylan Larkin (A, 2′) – Chris Kreider
Blake Coleman (+1) – Derek Ryan (+2) – [Kane]
Tage Thompson [3 présences]

Défenseurs :
Alec Martinez (2′) – Charlie McAvoy (2′)
Will Butcher (+1) – Connor Murphy (A, +1, 2′)
Nick Jensen – Neal Pionk (+1)
Quinn Hughes (+1)

Gardien :
Keith Kinkaid

Remplaçants : Scott Darling (G), Sonny Milano. En réserve : Charlie Lindgren (G), Jordan Oesterle, Brian Gibbons.

République Tchèque

Attaquants :
Dmitrij Jaškin – David Krejčí – David Pastrňák
Roman Červenka (C, +1) – Radek Faksa (+1) – Michal Řepík (+1)
Dominik Kubalík (-2) – Martin Nečas (-2) – Tomáš Hyka (-2)
Filip Chytil (-1) – Tomáš Plekanec (A, -1) – Roman Horák (-1)

Défenseurs :
Libor Šulák (+1) – Radko Gudas (A)
Michal Moravčík (-2) – Filip Hronek (-2)
Michal Jordán – David Sklenička (2′)
Adam Polášek (-1) [sorti à 20′]

Gardien :
Pavel Francouz [sorti de 57’31 à 58’19 et de 58’59 à 60’00]

Remplaçants : David Rittich (G), Robert Kousal. Réservistes : Dominik Hrachovina (G), Jakub Krejčík, Andrej Nestrašil (A).

Les commentaires sont fermés.