Finlande – Suisse (Mondiaux 2018, 1/4 de finale)

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La Finlande veut rejoindre en demi-finale les deux nations nord-américaines, qu’elle a nettement battues au premier tour, et confirmer face à un Canada revanchard. Encore faut-il pour cela négocier le match-piège par excellence, face à la Suisse. Attention à ne pas se laisser endormir dans une patinoire de Herning relativement vide pour ces quarts de finale (alors que les tribunes sont pleines à Copenhague). Les nations nordiques sont néanmoins celles qui réussissent le moins à la Nati.

Même si les premières présences offensives sont finlandaises, la plus impressionnante est l’oeuvre de la Suisse. Emmenée par un excellent Kevin Fiala, elle fait même subir une très longue séquence en zone défensive à la ligne de Manninen, complètement cuite dans les duels car elle n’a pas pu changer pendant la rotation helvète.

La Finlande concrétise bien plus vite une de ses propres séquences en zone offensive, grâce à son intelligence de jeu. Le bon travail de conservation de palet met hors de position les défenseurs suisses Kukan (battu au duel) et Untersander (suiveur) qui se laissent entraîner dans le même coin. Tommi Koivisto renverse alors le jeu par une passe transversale pour son partenaire Markus Nutivaara qui s’est avancé dans le cercle droit, dans le dos de Hofmann et Haas qui regardaient le palet (1-0). En clair, ce sont les arrières finlandais qui ont marqué le but et l’assistance alors que seuls des attaquants suisses défendaient près de la cage !

Bousculés au début, les Finlandais semblent passer en contrôle du match à partir du moment où ils mènent au score. Mais un contrôle un peu trop tranquille peut parfois être trompeur. Un seul but d’avance, ce n’est rien en hockey. L’arrêt-mitaine de Harri Säteri sur un lancer d’Enzo Corvi aurait dû servir d’avertissement. Juste avant la mi-match, Nino Niederreiter fait un grand tour de la zone offensive et sert Kevin Fiala qui s’est fait oublier dans le dos de la défense. Juuso Riikola essaie de rattraper son erreur de marquage en se jetant, il bloque le premier rebond de Corvi mais pas le second (1-1).

Les Finlandais donnent brièvement l’impression d’accélérer soudainement, mais il est difficile d’élever le rythme d’un coup quand on ne l’a pas fait plus tôt. Même leur meilleure paire d’arrières jusqu’ici fait subitement n’importe quoi : Nutivaara écarte mollement le palet et Koivisto se le fait prendre en étant mis en échec dans le coin par Joël Vermin, qui vient dans l’enclave pour glisser la rondelle entre les jambes de Säteri (1-2). Trente secondes plus tard, Simon Moser échappe à la charge de Tolvanen contre la bande en zone neutre et prend un lancer d’angle : le rebond est alors pris par Grégory Hoffmann en cage ouverte (1-3).

Même s’il manifeste toujours peu d’émotions sur son banc, Lauri Marjamäki utilise évidemment son temps mort. La réaction de son équipe est peu probante. Le géant Marko Anttila a la cage grande ouverte sur un rebond… et tire juste à côté. Fiala fait trébucher Mäenalanen : la Finlande termine donc la période en avantage numérique, mais même son meneur offensif Aho perd deux fois de suite le palet. Toutes les stars finlandaises ont failli dans cette deuxième période : Teräväinen a accumulé les mauvaises décisions, et l’implication au repli défensif de Granlund et Rantanan a franchement laissé à désirer.

Déjà défaits par le Danemark et l’Allemagne, les Finlandais n’arrivent pas à aborder ces rencontres face à des adversaires théoriquement inférieurs qui patinent et travaillent plus qu’eux. Ils se heurtent forcément au troisième tiers-temps à une équipe suisse repliée et compacte que ne laisse plus d’espaces. En plus, Timo Meier part en échappée solitaire… Harri Säteri préserve les chances de son équipe en bloquant le palet avec sa botte.

Le match peut basculer quand la crosse de Michael Fora atteint Aho au visage : 2’+2′. Première pénalité mineure exploitée : Aho centre pour Veli Matti Savinainen près de la cage qui remet intelligemment en retrait pour Mikko Rantanen (2-3). Des « Suomi » retentissent soudain, alors que les supporters finlandais avaient autant disparu que leurs joueurs. Mais la seconde partie de la pénalité n’est pas utilisée et le souffle s’éteint. Les Suisses gagnent les duels, récupèrent les palets, et se procurent les tirs les plus dangereux sur leurs contre-attaques.

La Finlande était connue historiquement pour son complexe d’infériorité, mais aussi pour ne jamais faillir dans un match élmiminatoire face à des adversaires n’appartenant pas au top-6 mondial. Cette infaillibilité est désormais révolue, et les deux années de mandat de Lauri Marjamäki s’achèvent dans la honte, mais aussi dans l’incompréhension et la frustration. Cette équipe avait en effet montré un visage si enthousiasmant sur certaines rencontres… L’explication est peut-être à chercher aussi dans la jeunesse des joueurs-clés.

La Suisse accède aux demi-finales pour la seconde fois dans le nouveau millénaire. En 2013, elle avait aussi franchi la manche suivante. Mais cette fois, c’est le Canada de Connor McDavid qui l’attend.

Désignés joueurs du match : Markus Nutivaara pour la Finlande et Tristan Scherwey pour la Suisse.

Trois meilleurs Finlandais du tournoi : Sebastian Aho, Teuvo Teräväinen et Markus Nutivaara.

Commentaires d’après-match

Joël Vermin (attaquant de la Suisse) : « On savait qu’on avait une bonne chance contre une équipe jeune, même s’ils sont très bons. Si on resserrait les espaces, on savait que ça les frustrerait. […] C’était un moment difficile de manquer les JO sur blessure, je ne vais pas le cacher, mais cela compense de pouvoir être ici et d’accéder aux demi-finales. On se sent bien, mais il ne faut pas être trop excité. On devra faire la même chose qu’aujourd’hui contre le Canada, et qui sait… »

 

Finlande – Suisse 2-3 (1-0, 0-3, 1-0)
Jeudi 17 mai 2017 à 20h15 à la Jyske Bank Boxen de Herning. 5634 spectateurs.
Arbitrage d’Antonin Jerabek (TCH) et Stephen Reneau (USA) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Miroslav Lhotsky (TCH).
Pénalités : Finlande 0′ (0′, 0′, 0′), Suisse 8′ (0′, 4′, 4′).
Tirs : Finlande 34 (13, 10, 11), Suisse 27 (6, 14, 7).

Évolution du score :
1-0 à 07’01 : Nutivaara assisté de Koivisto et Rantanen
1-1 à 29’13 : Corvi assisté de Fiala et Niederreiter
1-2 à 32’32 : Vermin assisté de Meier
1-3 à 33’08 : Hofmann assisté de Moser et Fora
2-3 à 48’20 : Rantanen assisté de Savinainen et Aho (sup. num.)

Finlande

Attaquants :
Eeli Tolvanen (-1) – Mikael Granlund (C, -1) – Mikko Rantanen (A, -1)
Veli-Matti Savinainen – Sebastian Aho (A) – Teuvo Teräväinen
Kasperi Kapanen (-1) – Sakari Manninen – Pekka Jormakka
Saku Mäenalanen (-1) – Janne Pesonen (-1) – Marko Anttila

Défenseurs :
Miro Heiskanen – Ville Pokka
Miika Koivisto (-1) – Markus Nutivaara
Tommi Kivistö (-1) – Julius Honka (-1)
Juuso Riikola (-1)

Gardien :
Harri Säteri [sorti à 58’31]

Remplaçants : Ville Husso (G), Olli Palola. Réservistes : Eero Kilpeläinen (G), Niko Mikkola, Antti Suomela.

Suisse

Attaquants :
Kevin Fiala (+1, 2′) – Enzo Corvi (+1) – Nino Niederreiter (A, +1)
Timo Meier (+1, 2′) – Joel Vermin (+1) – Sven Andrighetto (+1)
Gregory Hofmann – Gaëtan Haas – Simon Moser
Noah Rod – Reto Schäppi – Tristan Scherwey

Défenseurs :
Raphael Diaz (C) – Roman Josi (A, +3)
Ramon Untersander (-1) – Dean Kukan (+1)
Mirco Müller (+1) – Michael Fora (4′)
Lukas Frick [4 présences]

Gardien :
Leonardo Genoni

Remplaçants : Reto Berra (G), Chris Baltisberger. Réservistes : Gilles Senn (G), Joël Genazzi, Damien Riat.

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