Une dernière saison avant les eaux troubles?

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Ce soir débute une nouvelle saison pour notre sacro-sainte NHL. Un nouvel exercice que nous avons tous impatiemment attendu durant un été encore une fois bien trop long. Mais bien que le puck soit tout proche d’être lâché pour cette nouvelle saison, il se pourrait bien que cette saison soit la dernière saison de tranquillité que nous ayons à vivre avant le retour d’un potentiel « lock-out ».

 

Il faut dire que depuis vingt ans, les fans de la NHL se sont habitués à ces arrêts de travail dont l’administration Bettman est devenue une spécialiste. Néanmoins, une telle décision jetterait encore plus l’opprobre sur cette ligue, incapable de mettre en place un règlement de travail sans en passer par un bras de fer à la fois contractuel et médiatique.

Loin de nous l’idée de vous faire (déjà) peur, mais pour y voir plus clair et envisager les potentiels points de friction quant à cet éventuel arrêt de travail, Hockey Archives a décidé de faire un éclairage sur cette menace qui ferait de cette nouvelle saison la dernière « saison normale » avant ce nouveau défi.

 

Rétrospective : les grandes lignes de la CBA 2013.

Vous vous en rappelez forcément, il y a 7 ans, la ligue entrait dans un nouveau « lock out », le troisième de son histoire. Un arrêt de travail inévitable qui à l’époque se devait de fixer un cadre juste entre joueurs et propriétaires, le tout dans un ligue en plein développement économique.

À l’époque, beaucoup d’analystes ne s’attendaient pas à voir un arrêt de travail prolongé comme en 2005 (ndlr : la saison ayant été annulée). Or, on connaît tous la suite. Des négociations en forme de montagnes russes, allant de nouvelles optimistes jusqu’à une rupture des négociations. Il fallut 113 jours avant qu’un accord soit trouvé et que la moitié de la saison soit sauvée. Une négociation compliquée qui déboucha sur plusieurs modifications quant à la substance du dernier accord.

Pour se remettre dans l’esprit de ces négociations, voici les éléments principaux introduits dans cette entente du 6 janvier 2013, entente conclue pour 10 ans :

  • Partage des « revenus du hockey » à 50/50 : avant cette entente, les joueurs recevaient 57% de ces revenus hockey
  • Instauration d’un « Escrow » sur le salaire des joueurs : un dispositif voué à respecter le partage à 50/50 des revenus (nous y reviendrons plus tard)
  • Limitation des contrats : fin des contrats à rallonge et limite de 8 ans pour un joueur qui re-signe avec son équipe et de 7 ans pour un joueur agent libre

Ici résident les trois principaux nouveaux points dans cette entente de 2013. Une entente dans laquelle les joueurs ont donc abandonné beaucoup, notamment quant à la proportion du partage des revenus. Un abandon néanmoins calculé et qui en terme d’image paraît logique aux yeux des fans.

Mais avec du recul, aux yeux des joueurs, cette entente fait grincer pas mal de dents. Certains éléments ne sont pas pour satisfaire les joueurs et beaucoup semblent prêts à déterrer la hache de guerre pour revenir sur les modalités de cette entente.

 

Une sortie avant les dix ans ?

Comme mentionné plus haut, l’entente de 2013 doit durer dix ans, soit jusqu’en septembre 2022. Mais il avait été introduit dans cette entente que la ligue nationale et l’association des joueurs se réservaient une possibilité de sortie de cette entente au mois de septembre 2019.

Pour la ligue, la porte de sortie se situe le 1er septembre 2019 alors que l’association des joueurs pourra faire de même le 15 septembre 2019. Nous sommes donc à moins d’un an d’un potentiel arrêt des activités NHL et pour le moment aucun potentiel début de négociation entre les deux parties n’est envisagé.

Mais soyons d’accord, si rien n’arrive sur ces deux fenêtres, le CBA actuel peut aller à la fin de sa durée initiale, soit jusqu’en septembre 2022.

 

Les points de friction d’une nouvelle négociation

Si nous en sommes rendus aujourd’hui à parler d’un hypothétique lock-out, c’est qu’il existe des points de friction dans cette entente de 2013 ; et comme nous l’avons mentionné juste avant, c’est chez les joueurs que les principaux griefs se développent. Beaucoup estiment avoir perdu la main dans la dernière négociation et espèrent bien imposer des modifications pour eux nécessaires dans la prochaine négociation.

Parmi tous ces points, quatre nous paraissent relativement chauds. Ces quatre points pourraient bien voir les négociations se tendre et nous diriger vers une nouvelle négociation dure.

 

  1. Le « Hockey Related Revenue » : donnez-moi la bonne définition !

C’est dans la définition que réside tout le problème ici. Le « Hockey Related Revenue » est le nerf de la guerre. Il s’agit de tous les revenus reliés au hockey. Mais dans cette simple traduction littérale réside tout le problème : qu’est ce qu’un revenu relié au hockey ? Et c’est ici que joueurs et propriétaires ne sont pas d’accord.

Aujourd’hui, l’accord de 2012 ne définit pas clairement ni exhaustivement ce qui rentre en ligne de compte dans le HRR. De manière générale, il s’agit de tous les revenus perçus par les 31 franchises de la ligue nationale. Jusque là, tout peut paraître normal. Mais quand on y regarde de plus près, du point de vue des joueurs, ce flou entourant le HRR n’est pas pour les satisfaire.

Pour certains agents de joueurs, la redéfinition des revenus reliés au hockey sera l’élément de négociation principal dans cette future entente. Déjà interrogé à ce sujet par The Athletic, Bill Daly, député commissaire de la Ligue Nationale, parle quant à lui « d’ajustements voués à intégrer des éléments nouveaux qui sont venus modifier le paysage de la ligue depuis la dernière entente ». Et là-dessus, on ne peut pas donner tort à Bill Daly.

 

Premier élément de taille : les expansions ! Vous le savez, la NHL s’est engagée depuis maintenant 2 ans dans un processus d’expansion visant à ajouter 2 équipes aux 30 présentes. C’est déjà chose faite pour Las Vegas qui est entré dans la ligue la saison dernière et ce sera bientôt le cas pour Seattle qui devrait recevoir l’aval du Board Of Governors d’ici la fin de l’année. Dans ces deux processus, la ligue aura récolté plus d’un milliard de dollars de frais d’expansion de la part des propriétaires de Las Vegas et Seattle. Si les joueurs n’ont rien vu de l’argent de Vegas, ils entendent bien profiter de l’arrivée de Seattle.

Ce premier élément de taille lié au développement économique de la ligue en amène un autre tout aussi large : la légalisation des paris sportifs ! Les États-Unis ont ouvert il y a quelques années les paris sportifs et les revenus en découlant sont bien entendu énormes. Là encore, pas de mention de ces revenus dans le cadre du HRR.

 

On le voit bien, le flou qu’il peut y avoir dans l’actuelle entente en ce qui concerne les « Hockey Related Revenues » est une première porte ouverte à la dispute. La NHL et la NHLPA n’ont pas attendu l’approche de l’ouverture des négociations pour se disputer sur ce point. Plusieurs fois déjà, les deux parties se sont présentées face à des arbitres judiciaires pour déterminer si certains éléments rentraient dans le cadre des HRR. Ce fut le cas déjà au mois de mars de cette année lorsque la NHLPA considérait que les subventions d’état versées aux franchises des Columbus Blue Jackets, Nashville Predators et Winnipeg Jets devaient être intégrés aux HRR. L’arbitre réfuta cette interprétation.

 

  1. L’escrow : l’ennemi des joueurs ?

Pour la plupart des joueurs NHL, cette nouveauté introduite dans le dernier « Collective Bargaining Agreement » est leur principal grief quant à cette dernière entente. Voulue par les propriétaires, elle fait grincer pas mal de dents dans la NHL.

Revenons rapidement sur ce qu’est l’escrow. Tout d’abord, il s’agit d’un terme qui veut dire ni plus ni moins que « partage en fiducie ». Pour faire simple et concret, il s’agit d’une partie du salaire de chaque joueur qui est mis de côté par la ligue. Comme une sorte de taxe. Ce partage a pour but de mettre en phase le salaire distribué chaque saison aux joueurs avec le partage des 50/50 du HRR. Ainsi, le système de l’escrow permet à la ligue d’augmenter la valeur de ses contrats en s’assurant en fin de ligne que le partage à valeur égale du HRR est bien respecté. Ce système a été mis en place car la ligue augmente saison après saison son plafond salarial sur des prédictions de revenus. L’escrow est là pour prévenir toute disparité entre la prédiction de la ligue et les revenus réellement récoltés à la fin de la saison. Ainsi, la NHL redistribue aux joueurs le trop-perçu qui leur permet de respecter les 50/50 du HRR.

Mais au fil du temps, ce système n’est pas pour satisfaire les joueurs : pourquoi ? Si depuis son instauration le pourcentage de mise en escrow diminue (plus de 16% à son instauration contre 11,5% la saison dernière), le montant redistribué aux joueurs en fin de ligne, lui, ne fait que diminuer. Lorsque en 2013-14 ils récupéraient 27% du montant mis en escrow, ils n’en ont récupéré que 18% en 2016-17.

 

Bien que ce système ait plus un effet psychologique que le reste, il paraît néanmoins difficile de voir les joueurs arrêter le jeu juste pour cet élément-là. Le principal grief de l’escrow est qu’il créé de la disparité entre le salaire annoncé et le salaire réellement encaissé. Il faut dire qu’en fin de ligne, un joueur NHL touche bien moins que l’on peut le croire, le tout après déduction des différentes taxes auxquelles ils sont assujettis.

L’escrow a pour principal bénéfice de permettre à la ligue d’augmenter de manière régulière son plafond salarial et de permettre à certains joueurs de pouvoir toujours évoluer dans cette ligue. Le remettre en question reviendrait à diminuer la valeur faciale de chaque contrat NHL et donc à créer des dissensions entre chaque joueur. Soyons clair, les joueurs ne risqueront pas plusieurs semaines sans salaires pour quelques déductions salariales.

 

  1. La durée des contrats : la ligue veut encore une diminution.

Ce fut là aussi une grosse avancée du dernier CBA : la fin des contrats interminables. Entre 2005 et 2012, le sport national de tous les managers de la ligue était d’accorder des contrats tous aussi longs les uns que les autres, dépassant facilement les dix années. Cela leur permettait de payer les joueurs plus cher et d’étaler le paiement pour rester dans les clous du plafond salarial.

Le dernier CBA a mis fin à ces pratiques en limitant les contrats à 8 années. Mais aujourd’hui, face à une ligue en constante évolution économique, les joueurs sont tentés de faire tomber cette restriction et leur permettre de jouir de contrats longs et juteux. En face, les propriétaires sont plus favorables à des contrats chers mais courts, ne leur liant pas les mains avec un joueur à vie.

Exemple du salaire d’Anze Kopitar déductions faites des différentes taxes et de l’escrow

Un élément intéressant à introduire ici peut être la restructuration des contrats comme elle existe en NBA ou en NFL. Les franchises sont autorisées, avec l’accord du joueur, à restructurer son contrat. Une sorte d’indexation de ses performances et de la dynamique du marché. Mais il y a peu de chances de voir un tel dispositif aboutir, surtout quand on connaît l’esprit « revanchard » des joueurs au regard du dernier CBA.

 

  1. Les JO : le talon d’Achille des joueurs.

Si La NHLPA entend aller reconquérir des éléments concédés aux propriétaires en 2012, il y a fort à croire que les propriétaires ne lâcheront pas sur toute la ligne. Il leur faudra donc prioriser leurs demandes. Et les Jeux Olympiques font partie des revendications des joueurs.

Cet hiver, nous avons tous passé des JO sans joueurs NHL, décision unanime de la ligue qui n’est pas parvenue à s’entendre avec la NHLPA, le CIO et l’IIHF sur ce terrain-là. On le sait, les propriétaires sont de plus en plus réticents à l’idée de faire partir leurs joueurs aux JO. Pour eux, cela les prive de plusieurs jours de compétition, ce qui a pour effet de ramasser le calendrier. Mais le principal refus se situe dans le risque que cela représente. Perdre un joueur dans un tournoi où la NHL ne perçoit aucun dollar leur paraît superflu. Pour les joueurs, c’est une autre histoire.

Les JO représentent la chance d’une vie : celle de représenter sa patrie. Bien que la NHL ait essayé d’implanter la Coupe du Monde de Hockey en 2016, cela n’a pas la même saveur. Pendant longtemps, les JO était la seule compétition où les nations occidentales (Canada, USA, Suède, Finlande) pouvaient se frotter aux nations communistes (URSS, Tchécoslovaquie). Les JO seront toujours la référence internationale pour le hockey. On le voit, les joueurs ont plus à gagner des JO que les propriétaires.

Si les joueurs souhaitent donc faire entrer cette participation dans le prochain CBA, il y a fort à croire que les propriétaires se serviront de cette volonté pour obtenir une concession de leur part. Rien n’est gratuit dans de telles négociations.

Les négociations à venir promettent d’être tendues. Si la tension n’est pas encore palpable entre les deux camps, il se pourrait bien que l’escalade se fasse sentir d’ici la fin de la saison qui s’ouvre. Tout ce que l’on peut espérer, c’est que les prétentions de chacun soient rapidement connues et que les négociations débutent au plus tôt. Renégocier régulièrement une entente salariale permet à une ligue sportive de s’adapter aux challenges qui s’offrent régulièrement à elle. La seule chose que nous demandons, nous, fans de hockey, c’est qu’une fois de plus cela ne débouche pas vers un lock out qui serait aussi indécis que celui de 2012.

 

Sources : The Athletic; Bloomberb BNA; Therecord.com;
Crédit Photo : timesfreepress.com

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