Présentation KHL (fin) : multiples façons de redorer son image

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Quand les supporters vous en veulent et vous menacent de boycott…

Quand vous supprimez un jour de deuil sans que cela paraisse odieux et irrespectueux…

Quand votre équipe nationale est dans la mouise et que vous devez changer votre image de président…

La KHL peut fournir des leçons pour retomber sur vos patins ! Des décisions managériales les plus ridicules aux plus malignes, il y a vraiment de tout dans ce dernier volet de la présentation KHL, consacrée à « l’occidentale » division Tarasov.

 

Le CSKA Moscou était le club européen avec la plus grande dichotomie entre ses affluences, déplorables, et son niveau sportif. Il a donc décidé de quitter sa patinoire obsolète pour emménager dans la plus belle enceinte sportive de Moscou : le palais de glace VTB du Parc des légendes, qu’il a fait rebaptiser « CSKA Arena » en signant un contrat de cinq ans.

Problème : les supporters ont annoncé le boycott des matchs, reprochant aux dirigeants de ne pas avoir choisi le Megasport de capacité équivalente (12 000 places) – où jouent déjà les basketteurs du CSKA – et d’avoir déménagé à l’autre bout de Moscou, loin du quartier historique du club. Néanmoins, ce groupe de supporters, qui n’assiste pas à chaque match et préfère souvent le football, n’est pas nécessairement représentatif de tout le public potentiel. Pour gagner la bataille de la communication, le CSKA sait qu’il doit remplir au mieux sa salle, deux fois plus grande que la précédente qui sonnait creux… Surprise : elle était pleine dès le premier match. Le sponsor majeur du club (la compagnie pétrolière Rosneft) s’est apparemment chargé d’acheter et surtout de bien distribuer les billets.

L’entraîneur Igor Nikitin s’est vu maintenir la confiance, mais avec de nouveaux adjoints. Sa rigidité a toutefois causé quelques départs. Alors que le club se présentait l’an passé comme agissant dans l’intérêt de l’équipe nationale en retenant les internationaux au pays par de beaux contrats, il a fait fuir deux joueurs outre-Atlantique cet été. Le défenseur Igor Ozhiganov, frustré d’être critiqué dans un rôle qui n’avait jamais été le sien (les phases d’infériorité numérique), a été jeté dans les bras de Toronto. Le cas de Sergei Shumakov est plus délicat : il a été suspendu lors des derniers play-offs pour violation du régime (bruits d’orgie dans sa chambre d’hôtel en déplacement…). Le club était prêt à lui pardonner, mais c’est lui qui s’est proclamé en grève en exigeant d’être échangé. Or, le CSKA l’avait acheté si cher qu’un tel échange devenait impossible… Il a été accueilli à Washington (il est de la même génération 1992 du Traktor Chelyabinsk que son ami d’enfance Kuznetsov).

Ultime sujet de controverse dans une intersaison qui n’en a pas manqué : l’échange du meilleur espoir du club Andrei Kuzmenko, qui avait refusé de signer une prolongation de quatre ans, au grand rival pour le titre, le SKA Saint-Pétersbourg, en retour de Sergei Kalinin. Cet attaquant défensif est mieux payé et n’a pas le même talent, il remplace en fait poste pour poste un joueur qui faisait le boulot, Roman Lyubimov, qui a alors été envoyé en équipe-ferme en août avant une rapide rupture par consentement mutuel. C’est donc un trio légèrement modifié, Telegin-Andronov-Kalinin, qui foule la glace en premier avec toujours la même mission de neutraliser les meilleures lignes adverses.

Mais pour ce qui est des rôles offensifs proprement dits, le CSKA a quand même perdu 4 de ses 6 meilleurs marqueurs à l’intersaison (il faut ajouter Nichushkin et Petrov à Kuzmenko et Shumakov) pour seulement deux arrivées de NHL, Anton Slepyshev et l’international danois Jannik Hansen, ce dernier entrant de plus dans le quota d’étrangers. Mais au vu du sur-effectif du CSKA, ce n’est peut-être pas plus mal. La concurrence reste forte, mais pas excessive en obligeant à faire tourner tout le monde. Un trio majeur Kaprizov-Vey-Grigorenko peut ainsi se former.

 

Depuis l’accident d’avion qui a coûté la vie à toute l’équipe du Lokomotiv Yaroslavl en 2010, le 7 septembre était un jour sans match en KHL, en hommage aux disparus. Au printemps, le conseil d’administration de la ligue russe a évoqué la fin de cette tradition respectueuse : dans un calendrier densifié pour passer de 60 (exceptionnellement 56 pendant la saison olympique) à 62 parties, le moindre jour compte ! Le deuil sacrifié sur l’autel du profit économique (ou plutôt de la moindre perte car les clubs de KHL ne se rentabilisent pas du tout par les recettes au guichet) ?

Pour éviter l’image désastreuse que cette décision aurait pu donner, la KHL s’est efforcée de placer cette journée sous le signe de la mémoire. Chaque club à domicile devait mettre en place un secteur du souvenir dans les tribunes avec 44 écharpes placées sur 44 sièges, une par victime du crash aérien. Les équipes se présentaient avec des brassards de deuil et les supporters pouvaient déposer des fleurs dans une zone réservée à cet effet dans les patinoires. La KHL a même pris soin de préciser que la réunion du Conseil d’Administration programmée ce même 7 septembre a commencé par une minute de silence. Message bien marqué : personne n’a oublié les disparus du Lokomotiv.

Le Lokomotiv, par contre, s’oublie parfois dans certains choix curieux. Le recrutement de David Desharnais aurait pu être un des plus beaux transferts de l’intersaison, il fut le plus ridicule. L’entraîneur Dmitri Kvartalnov n’avait pas vraiment été consulté sur ses besoins : il voulait un ailier et il a obtenu un joueur qui évolue uniquement au centre depuis 7 ans en NHL, et qui n’a jamais prétendu être polyvalent. Les tentatives obstinées de tester Desharnais à l’aile – alors qu’il devait déjà s’adapter à une surface de glace différente sans devoir en plus changer de position – ont conduit Kvartalnov à laisser sa précieuse recrue sur le banc. Le club s’est donc séparé de Desharnais, ce qui implique selon le règlement de la KHL de lui verser un quart de son contrat en dédommagement. Erreur de casting chèrement payée… Le Canadien a été recasé à l’Avangard où, avec un autre indésirable à Yaroslavl (Maxime Talbot après deux ans au Loko), il formera une petite colonie francophone avec l’entraîneur Bob Hartley.

Desharnais a été remplacé par… Brandon Kozun, dont le club avait essayé de se débarrasser tout l’été et qui n’avait pas repris l’entraînement ! Le voilà revenu en grâce alors que Kvartalnov n’avait guère apprécié son jeu la saison passée. Il figure à l’aile droite de la première ligne, aux côtés du pur centre finlandais Petri Kontiola. Et à l’aile gauche ? Un centre reconverti, Andrei Loktionov ! On comprend mieux le caractère superflu du recrutement de Desharnais…

 

Après la relégation du Bélarus en division I mondiale, on craignait le pire pour le Dynamo Minsk. Quelques mots assassins sous la moustache du Président de la République, et il pouvait se faire interdire d’aligner des joueurs étrangers, ce qui l’aurait envoyé au casse-pipe au vu du niveau actuel des joueurs biélorusses.

On se fait parfois un sang d’encre pour rien. Bien sûr, le Dynamo a commencé par rapatrier des joueurs biélorusses « à la maison » : les inévitables frères Kostitsyn, qui sont plus jeunes que ce que leur visage couperosé laisse transparaître (33 et 31 ans) et deux défenseurs qui jouaient en AHL, le bon patineur Kirill Gotovtsev et le lourd géant Oleg Yevenko. On classerait toutefois un seul de ces quatre joueurs comme vraiment utile pour redresser l’équipe nationale…

Mais le club a aussi pu recruter des étrangers. Il aurait été dommage qu’il ne puisse pas le faire car il s’y prend plutôt bien ! Le Dynamo a tissé de bons réseaux en Amérique du nord et fait de bonnes affaires. Si Teemu Pulkkinen a vraiment signé pour moins de 100 000 dollars par an comme on le colporte, c’est même la promo de l’année ! En fait, Minsk détient ses droits pendant encore deux ans pour l’avoir choisi à la draft KHL 2009 : oui, cette draft inutile, dépourvue de sens dans un contexte européen de formation, et depuis longtemps remisée au placard. Quand le club biélorusse annonçait le nom de Pulkkinen à l’époque, on regardait ça d’un air incrédule (voir notre article « quel sens donner à la draft KHL« ). À l’époque, ce pur buteur était un des deux grands espoirs du hockey finlandais avec son compère Granlund, mais il n’a pas connu le même développement. Faute de se faire une place sur une des deux lignes à vocation offensive en NHL, Pulkkinen a surtout joué en AHL, ligue mineure dont il a largement fait le tour. Dès que le staff de Minsk a su qu’il voulait revenir en Europe, il s’est démené pour l’avoir.

Pour le reste (faut-il y voir une prochaine vague de naturalisations ?), le Dynamo a recruté trois joueurs russes, dont Denis Kazionov, ailier énergique et talentueux mais à qui on a souvent reproché de ne pas suivre le système de jeu. De fait, les frontières entre hockeyeurs russes et biélorusses sont tombées cet été : le 23 août, le Ministère russe des Sports a annoncé que plus aucune restriction sur les sportifs biélorusses ne pourrait s’appliquer dans les championnats russes dans tous les sports collectifs. Le hockey sur glace a dû s’exécuter comme les autres.

Ce décret est venu trop tard pour influer sur la saison en cours, mais ce n’est théoriquement pas une bonne nouvelle pour le Dynamo Minsk, puisque les clubs russes pourront le piller (risque toutefois limité car la valeur de marché actuelle des joueurs biélorusses est assez basse). Par contre, c’est une excellente nouvelle pour l’équipe nationale : les joueurs qui ont renoncé à la nationalité l’an passé pour leurs carrières dans des clubs russes redeviennent sélectionnables. Au lieu de taper sur ses dirigeants de club, Lukashenko, suivant la nouvelle image de négociateur qu’il voudrait coller à la place de celle de dictateur, semble avoir réagi plus utilement en usant de son influence diplomatique…

 

Et de trois Français en KHL ! Après Stéphane Da Costa et Charles Bertrand, Yohann Auvitu a signé à son tour en KHL. Pas une surprise au vu des conclusions tirées de son expérience en NHL (voir citations de l’été), et parce que sa femme, rencontrée en Finlande en université, est russe (de Kaluga au sud-ouest de Moscou). Il a donc souvent visité le pays et connaît des rudiments oraux et écrits de la langue. On peut donc être sûr qu’il s’adaptera sans mal.

Le vrai enjeu pour Auvitu est le temps qu’il mettra à revenir au meilleur de sa forme après avoir dû subir une opération des adducteurs cet été. Il a signé un contrat de deux ans avec le HK Sotchi et espère ainsi pouvoir s’inscrire dans le long terme, d’autant que son entraîneur Sergei Zubov, ancien grand défenseur offensif de KHL, aura forcément des choses à lui apprendre. Sotchi a un seul autre nouvel étranger, le centre suédois Robert Rosén, car les trois autres étaient déjà présents l’an passé : le défenseur finlandais Jyrki Jokipakka et les attaquants canadiens Eric O’Dell et Sean Collins.

Continuité, certes, mais douceur de vivre sur les bords de la Mer Noire, quand même pas. Sotchi, club tangent pour les play-offs qui s’est qualifié trois fois en quatre ans d’existence, souvent de justesse, aura forcément la pression. Il lui faut aussi gérer la perte de celui qui était devenu son joueur-symbole en se présentant en costume de Superman au All-Star Game, Pavel Padakin. Zubov s’est séparé sans regret de cette figure médiatique, car il considère que Padakin pensait plus à ses stats personnelles qu’à l’équipe. Le joueur est plus à plaindre que son club de cette séparation car il aura bien du mal à se faire une place dans le système rigoureux de Bilyaeltdinov à Kazan. Ce ne sera pas le premier joueur porté disparu en quittant l’environnement favorable de Sotchi. Il a été remplacé par Aleksandr Polunin, jeune joueur de 21 ans qui a éclos en KHL à Yaroslavl.

 

Le Vityaz Podolsk a perdu son capitaine Aleksei Semyonov et son leader offensif Maksim Afinogenov. Souvent, les équipes s’efforcent de confier le « C » à des piliers de vestiaires de longue date. Pas ici. L’attaquant défensif Denis Kokarev, joueur-clé des titres du Dynamo Moscou en 2012 et 2013, a été recruté et immédiatement nommé capitaine. Il sera chargé de mener la troisième ligne.

Plus étonnant encore, l’identité du premier assistant-capitaine : Aleksandr Syomin, ancienne star de NHL au très grand talent naturel, revenu discrètement en KHL après une saison au niveau inférieur dans sa ville natale Krasnoïarsk. Il a une grande carrière en NHL comme en équipe de Russie, dont il pourra faire partager l’expérience, mais n’a pas vraiment la réputation d’un joueur qui tire un collectif… L’autre « A » est Miro Aaltonen, de retour après une année en AHL où il est devenu champion avec les Toronto Marlies mais sans atteindre objectif de jouer en NHL. Lui a au moins déjà connu le club, en 2016/17, l’année où il avait atteint les play-offs. Syomin et Aaltonen animent une ligne offensive talentueuse avec le joyau du hockey croate Borna Rendulic, arrivé en octobre 2017.

L’international tchèque Vojtech Mozik reste le pilier de la défense. Le gardien finlandais Joni Ortio aura forcément un rôle important. Enfin, le cinquième étranger sera l’attaquant slovaque Marek Hrivik, après neuf années non totalement abouties en Amérique du nord : une Coupe Memorial dès sa première année junior, des stats sans cesse en hausse en AHL, mais seulement 24 matches de NHL au compteur. Son objectif sera de regagner sa place en équipe nationale de Slovaquie après une apparition peu concluante en 2014 : c’est le moment idéal pour se faire connaître au pays, l’année du Mondial à domicile.

 

Ce lien avec l’équipe de Slovaquie, ce sera aussi l’enjeu majeur pour Vladimir Országh. Celui qu’on présente comme le meilleur entraîneur slovaque, coach du champion Banska Bystrica et adjoint de la sélection nationale, est réputé pour son travail pour faire progresser les jeunes talents : rétablira-t-il les ponts coupés entre le Slovan Bratislava et la fédération ?

Sa nomination est venue conclure un long feuilleton. Le directeur général arrivé l’an passé, Patrik Zeman, est en effet entré en conflit avec le directeur sportif Oldrich Štefl. Il a demandé à celui-ci de démissionner et annoncé publiquement que le nouvel entraîneur serait le Biélorusse Eduard Zankovets. Le conflit hiérarchique s’est réglé au sommet avec le président du club Juraj Široký, ex-président de la fédération qui reste une figure politique puissante et souvent honnie. C’est finalement Zeman qui a démissionné, et Štefl a alors nommé Országh.

Au-delà des problèmes de personnes, la situation du club était désastreuse : des salaires impayés et 700 000 euros de loyers en retard à la municipalité. Le Slovan a obtenu sa licence grâce à l’arrivée d’un sponsor international, Mastercard, en promettant de rembourser ses dettes. La KHL, qui cherche l’expansion internationale en dehors d’une Russie financièrement asphyxiée, l’aidé en délocalisant deux rencontres lucratives de saison régulière à Vienne, dans la riche Autriche, fin octobre face aux deux plus grands clubs russes (CSKA et SKA). Une plateforme idéale pour les sponsors et les médias.

Cette vitrine est d’autant plus nécessaire que le club a perdu 15% de ses abonnés. Il a mis en place un système de prévente, puisque les billets seront renchéris d’un à deux euros deux jours avant le match, et espère reconquérir les spectateurs manquants par de meilleurs résultats sportifs. L’équipe en a les moyens car elle a été renforcée. La valeur montante du hockey slovaque, Marek Ciliak, gardien double champion de République tchèque avec Brno, est venu faire concurrence à Jakub Stepanek.

Promu capitaine, Tomas Sersen accueille à ses côtés Éric Gélinas, défenseur au lancer puissant qui a passé trois saisons NHL chez les New Jersey Devils. Toujours emmenée par l’international tchèque Michal Repik, l’attaque s’est structurée autour de trois centres nord-américains qui connaissent la KHL, Chad Rau et deux « revenants » déjà présents en 2016/17 quand le Slovan était relativement compétitif, Jeff Taffe et Kyle Chipchura.

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