Le HC Košice avance masqué

Kosice
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À l’heure où les clubs slovaques ont déjà présenté leurs recrues respectives, il manque toujours à l’appel le plus gros poisson de l’Extraliga, celui même qui, d’ordinaire, suscite le plus de débats sous les Tatras. Le HC Košice – il s’agit de lui –, frappé de plein fouet par l’arrêt prématuré du championnat en mars pour cause de pandémie du Covid-19, est depuis dans un état végétatif qui inquiète grandement non seulement dans la deuxième ville de Slovaquie mais aussi dans le reste du pays. Le mutisme de l’octuple champion national au niveau de ses acquisitions estivales pouvait mettre la puce à l’oreille. Fin juin, la direction du plus prestigieux club slovaque rendait publique sur son site ce que tout le monde pressentait depuis quelques semaines : la survie du HC Košice ne tient plus qu’à un fil.

Un mécène qui bat de l’aile

On pensait pourtant que Košice, de tous les clubs de Slovaquie, serait le plus à l’abri de la crise économique résultant de la crise sanitaire. Depuis 20 ans en effet, il bénéficie du soutien inconditionnel du mécène U.S. Steel, dont l’usine sidérurgique implantée aux confins de la métropole emploie grand nombre de locaux. Le groupe américain a racheté à l’aube du troisième millénaire la société VSŽ (« les Métallurgies de l’Est slovaque ») qui soutenait alors le HC Košice. Il a par conséquent sauvé le hockey local à coups de billets verts. Plus de 40 millions d’euros auront ainsi été injectés par la multinationale de Pittsburgh depuis la reprise, sans compter la construction de la moderne Steel Aréna, patinoire de 8400 places qui a accueilli les Mondiaux en 2011 et 2019.

Cependant, le secteur de la sidérurgie subit sa plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale et le robinet de U.S. Steel Košice coule beaucoup moins fort pour le hockey depuis la saison 2018/2019. Le Covid-19 a accéléré le processus et de 750 000 euros initialement prévus pour la saison 2020/2021, la direction de l’usine a annoncé qu’elle ne donnerait finalement même pas un centime. Le HC Košice tirait de la stabilité financière que lui procurait son gros et unique sponsor un avantage certain sur la concurrence ; il est aujourd’hui la victime de son propre modèle.

Des dettes de loyer exorbitantes

Le championnat subitement stoppé début mars, avant même le débuts des lucratifs play-offs, il s’est alors produit un colossal effet domino qui, ajouté à la situation financière de U.S. Steel, pouvait tout simplement entraîner le forfait du plus grand palmarès national. Aussi, les pertes liées à l’absence de billetterie s’élèveraient à 500 000 euros auxquelles il faut ajouter 150 000 euros de pertes de recettes publicitaires. Les dettes ont de fait augmenté, voire décuplé, notamment celles liées au loyer de la patinoire : des 330 000 euros de créances du club, 200 000 sont à essuyer pour juste couvrir les frais de location restants de la Steel Aréna.

À l’instar de son plus grand rival national Slovan Bratislava, le HC Košice loue une patinoire à très grande capacité, certes rentable lorsqu’elle peut servir, mais qui s’avère être un véritable gouffre financier en cas de crise majeure telle que celle du coronavirus. La société qui gère la location de la Steel Aréna n’est guère en meilleur état : 27% des bénéfices de la patinoire sont issus du hockey, le reste provient des recettes de divers évènements (concerts, salons, autres sports…) qui n’ont pas pu avoir lieu pour cause de pandémie, soit un manque à gagner estimé à 400 000 euros. Hormis Bratislava, les autres clubs d’Extraliga disposent d’une patinoire municipale aux frais de location beaucoup moindres voire inexistants.

Un riche qui fait la manche

Si la Ville de Košice soutient toujours le club à hauteur de 100 000 euros destinés essentiellement aux équipes de jeunes, les aides extérieures peinent à arriver. La Fédération slovaque a bien distribué 50 000 euros à toutes les formations de l’élite afin de compenser en partie les pertes liées à la pandémie, mais cela reste marginal en comparaison aux sommes nécessaires pour faire marcher un si gros appareil. Surtout, les représentants des clubs d’Extraliga, Košice en tête, reprochent à Miroslav Šatan, président de la fédération, de ne pas utiliser dans cette situation de crise les recettes issues des derniers championnats du Monde organisés en Slovaquie, notamment dans la Steel Aréna de Košice…

On cherche donc des boucs-émissaires et on décide de faire appel à la générosité de chacun. Le 1er juillet, dans une conférence de presse donnée en ligne, Július Lang, le président du HC Košice, annonce qu’une collecte de fonds publics sera lancée le jour même pour recueillir les 700 000 euros minimums nécessaires au maintien de l’équipe senior dans l’élite nationale pour la saison 2020/2021. Cette tentative désespérée de chercher l’argent là où il n’est pas s’accompagne d’une campagne médiatique nommée #MySmeHCKošice (« Nous sommes le HC Košice ») dans la laquelle les personnalités locales invitent les Cassoviens et autres amoureux du hockey à faire un don sur le compte créé pour l’occasion ou bien à acheter un produit dérivé sur la nouvelle boutique du club. En parallèle, les dirigeants du HC Košice assurent chercher activement un repreneur à U.S. Steel. Le délai avant verdict est fixé au 15 juillet, soit après seulement deux semaines de collecte. Mission impossible.

U.S. Steel, naufragé et sauveur à la fois

Au-delà de la risée provoquée par cette tentative de sauvetage totalement improvisée, l’action est surtout complètement inefficace puisque la bagatelle de 30 000 euros est seulement amassée mi-juillet. Alors que tout suiveur s’attend à un forfait retentissant du géant slovaque, ses dirigeants envoient dans la foulée aux instances fédérales l’inscription du HC Košice pour la prochaine édition du championnat, prenant tout le monde à revers. Un repreneur aurait-il été trouvé in extremis ? Le club repart dans un silence radio qui laisse coi. Il faut attendre douze jours avant d’avoir enfin les premiers éléments de réponse et, une énième fois, le quidam a de quoi tomber de l’armoire : le 27 juillet, en milieu d’après-midi, les médias slovaques annoncent le sauvetage du HC Košice par… U.S. Steel ! L’usine au bord du gouffre, qui ne devait plus rien donner au club, (re)vient à son secours en lui octroyant quelque 860 000 euros, soit 110 000 de plus que ce qui était prévu avant la crise du Covid-19 ! La surprise et le soulagement laissent rapidement place aux interrogations : toute cette campagne de recherche de fonds aurait-elle été mise en scène pour que U.S. Steel trouve plus rapidement un successeur ? Comment la multinationale spécialisée dans l’acier peut-elle dégager d’un coup près d’un million d’euros après avoir notifié qu’elle ne ferait plus aucun effort ?

Avec qui, avec quoi en 2020/2021 ?

Les incertitudes sont nombreuses. Maintenant que les Oceliari peuvent respirer, il convient de se demander pour quelle organisation les dirigeants vont opter. L’effectif a maigri comme neige au soleil : le gardien Andrej Košarišťan est parti chez le voisin tchèque (Kladno) tout comme le jeune défenseur international Patrik Koch (Vítkovice), le capitaine Dávid Skokan est retourné chez lui à Poprad, le trio offensif Dalibor Bortňák / Branislav Rapáč / Jakub Sukeľ a traversé le pays pour vêtir la casaque de l’ennemi Slovan Bratislava. Le HC Košice ne jouera pas les premiers rôles la saison prochaine et composera très probablement avec les juniors locaux chaperonnés par deux ou trois pointures. Ce pourrait être Marcel Haščák et Michal Chovan, les deux meilleurs pointeurs de l’équipe l’an passé, qui n’ont toujours pas signifié leur départ de la Métropole de l’Est slovaque. Et quid de l’entraîneur ? Le germano-tchèque Peter Draisaitl sera-t-il toujours sur le banc cassovien à la reprise prévue en octobre ?

Et d’ailleurs, ce banc, dans quelle patinoire se trouvera-t-il ? La Steel Aréna ne sera pas moins chère en 2021, et la jauge de spectateurs risque d’être fortement restreinte dans le contexte sanitaire. On parle de la Crow Aréna (2000 places), nouvelle identité de l’ancienne Lokomotiva dans laquelle le club a évolué pendant la construction de la Steel Aréna il y a une quinzaine d’années… Si le mécène U.S. Steel a enlevé un énorme poids au HC Košice, les dirigeants doivent composer dans une conjoncture économique et sanitaire aux conséquences toujours inconnues.

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