Le hockey français redonne signe de vie

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Lorsque le gouvernement a annoncé le 28 octobre le reconfinement en raison de la deuxième vague de Covid-19, le hockey français a arrêté ses activités jusqu’au 1er décembre. Les sports professionnels sont certes toujours autorisés mais les clubs de hockey sur glace étaient dans une équation économique impossible sans recettes aux guichets. Après deux semaines d’attente inquiète, la FFHG a cosigné lundi soir avec les ligues pros des autres sports en salle (basket, handball masculin et féminin, volley) une tribune aux autorités pour les alerter sur leur situation précaire, en l’absence des droits télé dont peuvent bénéficier le football et le rugby. Le président Emmanuel Macron a débloqué dans la semaine un fonds de compensation de 107 millions d’euros pour tous les sports professionnels, mais le hockey sur glace attend de savoir la répartition pour être sûr de ne pas être le parent pauvre des sports collectifs. Les annonces gouvernementales ont fixé pour janvier le retour des spectateurs dans les tribunes. Maintenant que les championnats du monde de division IA ont été annulés et qu’il n’y a plus de frein à ce que le championnat s’achève le 30 avril (date de fin des contrats), l’idée est de revenir au jeu en décembre et d’avoir un calendrier plus soutenu en 2021 en programmant trois matches par semaine pour boucler un championnat complet.

L’arrêt du hockey en novembre a été décidé au moment même où, après une première diffusion d’un Rouen-Grenoble en début de saison, le hockey sur glace devait faire son retour à la télévision chaque vendredi de ce mois sur la chaîne Sport en France. Le match Nice-Amiens du 30 octobre, qui devait commencer cette séquence télévisuelle, a été annulé comme les autres. C’est pour les caméras de télévision que deux matches de hockey sur glace se joueront finalement en novembre, les deux seules rencontres de hockey dans tout le pays au cours de ce mois d’inactivité. Bordeaux reçoit comme prévu Anglet pour le derby du Sud-ouest – également diffusé sur France 3 Nouvelle-Aquitaine – avant de se rendre la semaine prochaine pour un match avancé à Nice qui aura donc bien « sa » rencontre télévisée à Jean-Bouin. Ce match qui redonne enfin signe de vie est plus qu’une affiche régionale : c’est tout le hockey français qui l’attend.

Si on peut craindre un manque de rythme après un long arrêt, les deux équipes semblent techniquement plus affûtées. Les Bordelais n’hésitent pas à opter pour une tactique exigeante en patinage en mettant deux joueurs au forechecking, mais ce faisant, Robin Lamboley prend la première pénalité derrière la cage adverse dès la deuxième minute. Anglet n’obtient qu’un seul tir de la ligne bleue pendant cet avantage numérique, mais domine le milieu de tiers de manière relativement surprenante. Nicolas Arrossamena, qui n’arrive pas à reprendre le centre de Batna dans le slot, et Sébastien Gauthier, arrivé seul jusqu’à la cage par l’aile gauche, ont les meilleures occasions.

L’Hormadi prend à son tour une pénalité en zone offensive pour une crosse haute de Lionel Tarantino. Les deux minutes qui suivent concentrent de très bonnes occasions bordelaises. Olivier Labelle en particulier est très bien placé au rebond d’un tir d’Andrew Johnston mais n’arrive pas à conclure. Quand les Basques atteignent la fin de pénalité, ils rentrent au banc tous en même temps et laissent Gabriel Desjardins – rentré du Canada après la naissance de son enfant – se procurer un face-à-face avec Antoine Bonvalot. L’attaquant canadien feinte à droite, mais le gardien angloy repousse de la botte gauche. Une seconde pénalité basque contre Jiri Hunkes, à cheval sur la pause, a moins de conséquences.

Anglet fait toujours jeu égal en deuxième période, même si les transitions bordelaises sont rapides et dangereuses : Robin Lamboley ne trouve pas le cadre sur une belle passe de Johan Skinnars à 2 contre 2. La bonne prestation de l’Hormadi est récompensée de l’ouverture du score. Clément Fouquerel avait laissé peu de rebonds jusqu’ici, mais il relâche un tir du redoutable sniper Nicolas Arrossamena, et Oskars Batņa fait franchir la ligne au palet (0-1). L’Hormadi peut confirmer à la faveur d’un retenir de Desjardins trente secondes plus tard. Mais au retour à 5 contre 5, Johan Skinnars égalise rapidement sur un exploit individuel : le meilleur marqueur actuel de la ligue signe un magnifique tir du revers dans un angle très fermé en visant le haut du filet et en touchant la gourde de Bonvalot (1-1).

Pierre-Maxime Poudrier en tour de cage est paré par Fouquerel. Lefebvre fait trébucher Riendeau, mais Hunkes prend une pénalité similaire pour empêcher un breakaway en infériorité numérique. C’est Bordeaux qui se retrouve à 5 contre 4, et pendant une pénalité différée, François Paquin dévie en pleine lucarne un palet envoyé vers la cage par Simon Bourque (2-1). Les Boxers restent en avantage numérique, mais ils n’en profitent pas et Moisand concède un surnombre en rentrant au banc.

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Oskars Batna – photo d’Anthony Mangeard

 

Maintenant que les Bordelais ont pris l’avantage, ils adoptent une stratégie plus défensive en essayant de contrôler les offensives basques lors de la troisième période. Mais il n’est jamais bon de trop subir le jeu. Nicolas Arrossamena trouve une parfaite passe au second poteau pour Oskars Batņa (2-2). Antoine Bonvalot s’interpose alors face à Simon Bourque qui reprend le palet en plein élan sur une entrée de zone de Nicolas Arrossamena. Un arrêt-clé car Anglet tue le match dans la foulée. Sur une mise au jeu en zone offensive gagnée pour une fois par Batņa, Clément Fouquerel est complètement masqué sur un tir de la ligne bleue de Jiri Hunkes (2-3). Lionel Tarantino achève ensuite ses anciens coéquipiers bordelais : il contre François Paquin à la ligne bleue offensive et se présente seul face à Fouquerel pour l’ajuster du revers (2-4). Même si Bérard fait faute sur Bélisle derrière la cage basque, l’Hormadi tue cette dernière pénalité. Le but d’Olivier Labelle à six secondes de la fin arrive donc bien trop tard.

En l’absence de la star majuscule de la ligue Lukas Kaspar, on aura apprécié ce soir l’international letton Oskars Batņa, finisseur opportuniste qui a très bien utilisé son gabarit dans la protection du palet et dans la conquête (sauf aux engagements où il finit à 2 sur 14). Mais la victoire d’Anglet est avant tout une grande performance collective. On a découvert ce soir l’attaquant junior Hugo Baron sur une quatrième ligne qui n’a pas donné sa part au chien. La moitié de la défense basque avait 20 ans ou moins. Aligné en première paire aux côtés du seul arrière étranger Jiří Hunkes, l’international junior de 18 ans Jules Boscq a fini le match avec une belle fiche de +4 et a épaté par ses prises d’initiative, avec de belles montées offensives et un bon lancer. Un espoir intéressant pour le hockey français à ce poste.

Désignés joueurs du match : Johan Skinnars pour Bordeaux et Antoine Bonvalot pour Anglet.

Commentaires d’après-match (sur France 3 Nouvelle-Aquitaine)

Olivier Dimet (entraîneur de Bordeaux) : « On savait qu’Anglet ne lâcherait rien pendant 60 minutes. Il faut reconnaître qu’ils méritent leur victoire. Ils ont été mieux que nous, notamment à 5 contre 5 où ils ont été plus dangereux que nous. On a un match la semaine prochaine à Nice, il faudra vite rebondir. Si on fait un prestation comme ça, on aura une autre défaite. Il faudra se remettre les pieds sur terre et préparer au mieux ce match. »

David Dostal (entraîneur d’Anglet) : « On n’a pas volé ce match, le résultat est là. Les quatre lignes ont bien joué. On a joué avec palet, on était plus en confiance, plus opportuniste. À la fin du deuxième tiers, il y avait 2-1, on s’est dit qu’on était meilleurs 5 contre 5, qu’il fallait qu’on joue notre jeu car on se crée des occasions. C’était une question de temps. C’étaient des buts travaillés. Il y a eu un bon coaching, on a changé au bon moment. Le dernier but est un exploit individuel de Lio [NDLR : Lionel Tarantino], il a joué ici, il a fait un gros travail, des blocks, c’est mérité pour lui. »

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Jules Boscq – photo d’Anthony Mangeard

 

 

Bordeaux – Anglet 3-4 (0-0, 2-1, 1-3)
Vendredi 20 novembre 2020 à 20h30 à Mériadeck. Huis clos.
Arbitrage de Savice Fabre et Laurent Garbay assistés de Clément Goncalves et Guillaume Barthe.
Pénalités : Bordeaux 8′ (2′, 6′, 0′) ; Anglet 10′ (4′, 4′, 2′).
Tirs : Bordeaux 32 (11, 11, 10) ; Anglet 33 (8, 17, 8).

Évolution du score :
0-1 à 28’00 : Batņa assisté d’Arrossamena et Decock
1-1 à 31’43 : Skinnars assisté de Labelle et Johnston
2-1 à 35’37 : Paquin assisté de Bourque et Hurtubise
2-2 à 50’47 : Batņa assisté d’Arrossamena et Decock
2-3 à 53’00 : Hunkes assisté de Batņa
2-4 à 53’38 : Tarantino

Bordeaux

Attaquants :
Johan Skinnars – Andrew Johnston – Olivier Labelle
Alexandre Mulle – Mark Hurtubise – Gabriel Desjardins
Aina Rambelo – Robin Lamboley – Mathias Arnaud
Vince Tartari – François Paquin – Julien Guillaume

Défenseurs :
Louis Bélisle – Marc-André Levesque
Simon Bourque – Jules Lefebvre
Bastien Lemaitre – Maxime Moisand

Gardien :
Clément Fouquerel [sorti à 58’30]

Remplaçant : Gaëtan Richard (G). Absents : Jules Gallet (suspendu), Loïk Poudrier (blessé).

Anglet

Attaquants :
Lionel Tarantino – Pierre-Maxime Poudrier – Yanick Riendeau
Thomas Decock – Oskars Batņa – Nicolas Arrossamena
Louis Vitou – Sébastien Gauthier – Benjamin Bérard
Florent Neyens – Victor Ranger – Hugo Baron

Défenseurs :
Jules Boscq – Jiří Hunkes
Kevin Maso – Théo Larroque
Andrea Palat – Mathieu Pons

Gardien :
Antoine Bonvalot

Remplaçant : Léo Bertein (G). Absents : Riku Silvennoinen, Guillaume Beaudouin, Lukas Kaspar.

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