La face cachée du miracle

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Pour célébrer les 40 ans du « Miracle sur glace » de Lake Placid, nous vous avions présenté en février les étapes détaillées de l’incroyable exploit des universitaires américains devenus héros de tout un pays après avoir terrassé l’ennemi soviétique. Mais les Canadiens, eux-mêmes avec une jeune équipe, auraient-ils pu réaliser ce même miracle ? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît…

En avant-propos, il manquait la première étape du parcours des boys américains, le but in extremis qui a tout déclenché. Voici cette omission réparée avec le compte-rendu du premier match États-Unis – Suède. Rappelons que les États-Unis n’avaient fini que cinquièmes des JO deux ans plus tôt alors même que deux grands pays boycottaient le tournoi olympique pour protester contre les règles sur l’amateurisme, la Suède et le Canada.

Ces deux équipes faisaient donc leur retour. Tandis que l’URSS se livrait à une humiliation du Japon, les Canadiens affrontaient une majorité de leurs compatriotes, dont la double nationalité avait permis de propulser un pays inédit au plus haut niveau mondial, et pour son premier – et dernier – tournoi olympique : Pays-Bas – Canada.

À cet instant, les Canadiens ne se doutaient pas que les Néerlandais joueraient un rôle crucial dans leur avenir olympique. En effet l’équation de ce « groupe rouge » (sic – en pleine guerre froide on savait donc où jouaient les communistes) semblait simple. Le vainqueur de Canada-Finlande prendrait la deuxième place qualificative derrière l’Union Soviétique.

On ne se doutait pas que la Pologne viendrait mettre son grain de sel en battant la Finlande ! De ce fait, le match Pologne-Canada prenait une importance décisive, et les Canadiens se trouvaient dans une position trop confortable. Ils se mettaient à faire des calculs, ce qui n’est pas dans leur culture.

Pouvoir se permettre de perdre, « une partie du problème » selon le capitaine canadien Randy Gregg à l’issue d’un Canada – Finlande (avec lien vidéo) qui laissait un goût bizarre.

Le Canada pouvait se qualifier quand même par la petite porte à la faveur d’une égalité à trois. « Notre qualification tient à une chose, que la Pologne batte les Pays-Bas », résumait judicieusement Gregg. Sauf que les Canado-Néerlandais se transformaient en bourreaux des Canadiens en battant justement les Polonais !

Il n’était plus question de règlements ou de comptes d’apothicaires. Le Canada n’avait plus qu’une seule chance, réaliser un « miracle » en battant l’Union Soviétique. Comme le résultat était conservé, la médaille d’or lui tendrait alors les bras ! Comme vous pouvez le constater, dans ce match URSS-Canada (avec lien vidéo), la patinoire de Lake Placid se transformait en chaudron canadien et un parfum de miracle flottait déjà…

Lisez bien les commentaires d’après-match et le pronostic de l’entraîneur canadien sur le match entre les Américains et les Soviétiques, tenu en conférence de presse et rapporté par les journaux. Tiens donc… Mais alors, n’avait-on pas dit que personne ne pensait que les États-Unis allaient gagner ? (en dehors peut-être de Herb Brooks et de ses joueurs).

Un miracle annoncé est-il encore un miracle ? Je vous laisse sur cette méditation philosophico-religieuse après ce nouvel évangile qui vous donnera peut-être un point de vue différent et complémentaire sur l’évènement  sacré du sport américain.

Pour le déroulé complet des Jeux olympiques 1980, c’est ici.

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