À la découverte du doyen du hockey français

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Depuis plusieurs mois, les équipes de Hockey Archives ont travaillé sur un projet inédit et ambitieux : déterminer le doyen vivant du hockey français (ayant évolué en compétition nationale senior). En préambule, il est nécessaire de préciser l’impossibilité de garantir à 100 % qu’il n’y ait pas d’ancien joueur vivant plus âgé : en effet tous les hockeyeurs français n’ont pas pu à ce jour être identifiés ou retrouvés. Néanmoins, ce sont plus de 150 joueurs sur plusieurs décennies qui ont été analysés, jusqu’aux recherches généalogiques dans les registres d’état civil, pour aboutir à cette proposition. Nous prenons donc le parti d’assumer cette position avec une quasi-certitude sur l’identité du doyen. Et la date de publication n’est pas un hasard, puisque nous le dévoilons le jour de son 95e anniversaire.

Paul Eynaud est un Gapençais pure souche. De ceux qui ne quittent la ville qu’à l’occasion du service militaire. Il y est né le 19 novembre 1925, et s’intéresse très tôt à la glisse. Tandis que des pionniers, parmi lesquels Roger Brown ou Georges Allard, mettent sur pied la toute première équipe de hockey sur glace de la commune, le jeune Paul s’initie de son côté au patinage en vissant des lames sous ses chaussures pour arpenter la Luye en hiver.

La Seconde Guerre mondiale éclate et freine l’essor du hockey en France, sans stopper totalement les championnats. À l’issue de celle-ci, l’équipe locale fait son apparition en compétition, s’engageant en deuxième série, et Paul Eynaud rejoint l’effectif. Les débuts sont marqués par un système D perpétuel : l’équipement est minimal, les joueurs jouent avec des maillots confectionnés ou reprisés la veille des rencontres par les familles, et des jambières tricotées. On se tourne vers le fabriquant de ski de la cité qui fournit pour l’occasion des crosses de bois. Quant à l’aire de jeu, Paul Eynaud se souvient avoir participé comme d’autres à des levées aux aurores pour aller arroser au tuyau « la Glacière » du quartier de la Blâche, pas loin de l’Alp’Arena actuelle, les jours de match.

Les adversaires de l’époque sont principalement Villard-de-Lans, l’équipe seconde de Chamonix, mais aussi et surtout le voisin Briançon, déjà considéré comme le grand rival. Une équipe plus rodée qui a brillé durant la guerre au deuxième échelon national. Les adversaires plus lointains sont rares, même si la compétition amène Gap à affronter à l’occasion des formations franciliennes.

Paul Eynaud joue principalement ailier droit, même si l’effectif limité le pousse parfois à dépanner à d’autres postes. Il joue aux côtés de son beau-frère André Michelon, les deux hommes étaient mariés à des sœurs jumelles. La cage est gardée par André Duhaut. Le fondateur Georges Allard est toujours là, en compagnie de son fils. On retrouve « Coco » Euzet (également président), Jean Chevalier, Marcel Rougny, Roger Pascalini… Parmi les joueurs figurent également le futur maire de Gap (de 1971 à 1989) Bernard Givaudan, ou encore Roger Bellet, oncle du journaliste féru de hockey sur glace Laurent Bellet.

Les premières saisons de Gap en championnat sont encore méconnues. Tout juste savons-nous que pour la première année, l’équipe seconde de Chamonix a remporté la poule « Alpes » de deuxième série. En 1947-1948, une finale du Dauphiné a opposé Briançon et Villard de Lans.

Avec ses deux formations promues en première série, l’horizon se dégage enfin un petit peu pour Gap en février 1949, qui peut participer pour la première fois à la finale nationale de seconde série, à Villard-de-Lans. L’équipe s’incline une première fois contre Chamonix II (6-1), puis concède deux lourds revers contre la seconde équipe du Racing (11-1) puis contre Radio Tout Sport Paris (20-2).

Au passage de décennie, et âgé de 25 ans, Paul Eynaud décide de raccrocher les patins. Il en est alors au début de sa carrière professionnelle, en tant que prothésiste dentaire.

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L’équipe de Gap en 1947

Il ne se détourne pas du hockey pour autant. Dans les années 70, alors que le club toujours totalement amateur se structure et remporte son premier titre de champion de France en 1977, il occupe la fonction de dirigeant. Et quand l’équipe connait une grande zone de turbulence en fin de décennie, loupant les play-offs et congédiant le charismatique entraîneur tchèque Zdenek Blaha, les choses bougent en interne. Paul Eynaud devient co-président du club avec Georges Die.

Sous sa présidence, le club retrouve une dynamique positive, et devient même champion d’automne de la saison 1979-1980. Il terminera à la troisième place de la saison régulière, et quatrième de la poule finale. La saison suivante est plus délicate et s’achèvera par une huitième place en saison régulière, mais un maintien sans trembler en poule de promotion/relégation. Le duo Eynaud – Die laisse alors la main à Jacques Villard.

Paul Eynaud fête aujourd’hui ses 95 ans et semble être, selon toute vraisemblance, le doyen du hockey français. Il fait partie des artisans qui ont lancé puis porté le hockey dans la ville de Gap, assurant la relève puisque ses fils, petits-fils et arrière-petits-fils ont pratiqué ou pratiquent aujourd’hui entre Grenoble, Villard-de-Lans et la ville familiale de Gap.

Merci à Elsa Eynaud et toute la famille, ainsi qu’à Jody Obninsky, pour l’aide apportée dans la constitution de cet article.

Note : Ces recherches ont également permis de déterminer le doyen des joueurs internationaux français.  Il s’agit de Daniel Huillier. Ce joueur qui a connu une longue carrière au sein du HC Villard de Lans de la fin des années 40 au milieu des années 60, a notamment porté le maillot de l’équipe de France à l’occasion du « tournoi Junior » de 1953 (futur Mondiaux B).
Il est né le 7 mai 1928 et a aujourd’hui 92 ans.

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