Strasbourg qualifié en finale sans son entraîneur et ses vétérans

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Strasbourg, exempt de la dernière journée, a connu une période compliquée depuis dix jours. L’équipe a en effet été rattrapée par la Covid-19 au plus mauvais moment, avant le carré final de la division 1. Son entraîneur Daniel Bourdages n’a donc pas pu faire le déplacement, de même que le capitaine Michal Duras ou que le joker Jan Safar. Tous trois ont été positifs et sont confinés chez eux. L’équipe alsacienne se présente donc sans le moindre trentenaire, à l’exclusion du gardien Hiadlovsky. Le coach « remplaçant » est donc Tarik Chipaux, ancien entraîneur de la réserve et qui devait cette saison s’occuper du partenaire Colmar, contraint à l’inactivité forcée depuis octobre comme tous les clubs amateurs.

Neuilly-sur-Marne adopte sa stratégie assez habituelle, même si l’on n’est pas sur sa petite glace : mettre la pression d’entrée. La meilleure défense de D1, même diminuée, ne se laisse pourtant pas déstabiliser. L’arrière canadien Kevin Massy, un des quatre joueurs étrangers restants, fait incursion en zone offensive qui se traduit par une longue présence installée. Strasbourg commence à changer de lignes pour prolonger cette attaque, et le capitaine de substitution Sébastien Trudeau remet le palet en retrait au centre qui sort juste du banc, en l’occurrence Louis Olive, pour un tir gagnant (1-0). Face à une équipe de Strasbourg bien en place, les Bisons ont des difficultés à trouver des solutions de passe.

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Sébastien Trudeau (photo de Denis Broyer)

Neuilly parvient à mettre plus de vitesse au retour des vestiaires. Un palet joué de derrière la cage longe même la ligne avant que Colombin ne la ramène vers son gardien. Félix Chamberland, qui a des présences doublées ce soir en jouant sur deux lignes différentes, semble bien s’accommoder de ce temps de jeu important et met beaucoup d’activité.

Entre les meilleurs powerplays de chaque poule, un coup de sifflet peut être crucial. Les deux équipes le savent et se sont montrées très sages pendant 27 minutes. Mais Neuilly a l’équipe la plus pénalisée du championnat et l’identité du premier coupable n’étonne pas : Jonathan Joanette se met à la faute lors d’un repli défensif en zone neutre. Quand une crosse haute est sifflée contre Leyland Plaire quarante secondes plus tard, Strasbourg se retrouve à 5 contre 3. Benoît Valier échappe à la vigilance adverse dès l’engagement et l’Étoile Noire est un peu mollassonne sur cette double supériorité numérique. Mais alors qu’ils sont revenus à quatre, les Bisons sont victimes d’une double dose de malchance (crosse cassée de Valier) et de maladresse, puisque Jarret Kup marque contre son camp en essayant d’intercepter une passe de Louis Olive : le Canadien touche ensuite le palet une seconde fois dans un effort pour se rattraper, mais sans corriger suffisamment la trajectoire fatale (2-0)…

Baptiste Bruche part à son tour en prison (faire trébucher) 19 secondes plus tard. Colton Waltz convertit cet avantage numérique depuis la ligne bleue pendant qu’Elias Leprieult masque parfaitement le gardien (3-0). François Dusseau appelle alors son temps mort car son équipe a pris un coup sur la tête, victime aussi de sa propre indiscipline. Bruche comprend le message et montre la voie avec une contre-attaque grâce à son patinage énergique. Ce sont bien les licences bleues d’Amiens qui participent au réveil de Neuilly : Tomas Simonsen évite d’une belle feinte l’obstacle de Guillaume Roussel qui s’est couché devant lui et tire ensuite entre les jambières de Tomas Hiadlovsky (3-1). Bruche offre même une dernière occasion à Ayotte avant la pause, d’une passe de derrière la cage.

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Félix Chamberlain – photo de Denis Broyer

Neuilly a fini fort au deuxième tiers-temps, et reprend sur le même rythme en troisième période. Assez logiquement, c’est Baptiste Bruche qui est récompensé de ses efforts, au rebond d’un tir de Thomas Giorgi (3-2). De plus en plus insaisissable, Bruche – normalement titulaire en Ligue Magnus avec Amiens – est même proche de l’égalisation en dribblant la défense et le gardien. Leprieult prend la première pénalité strasbourgeoise pour une crosse haute au visage de Belharfi (2’+2′). Neuilly se précipite un peu et n’arrive pas à installer posément son jeu de puissance pendant les deux premières minutes. Mais alors que la seconde moitié de la pénalité débute, les Bisons prennent place dans la zone offensive. L’international junior Tomas Simonsen – privé de toute compétition internationale depuis la crise sanitaire – se place dans le slot dans le dos de Hoehe et dévie parfaitement le palet envoyé par Mathieu Ayotte (3-3).

Strasbourg se met encore plus en difficulté quand Colton Waltz fait obstruction sur son homme lors d’une contre-attaque blanche surnuméraire. Le powerplay nocéen tarde un peu à s’organiser, mais y parvient sur une superbe passe en entrée de zone de Chamberland. Un tour de cage de Benoît Valier crée alors du danger, mais Joanette finit par faire faute en zone offensive. La supériorité numérique se renverse donc en faveur de Strasbourg, à quatre minutes de la fin. Elle semble longtemps inoffensive, mais Yssah Mensah entre en zone sur son aile droite et prend un tir rasant excentré que Taylor Dupuis n’aurait jamais dû concéder entre ses jambes (4-3). L’Étoile Noire n’a pas le temps de souffler car Waltz retourne en prison sur l’action suivante. Il faut donc souffrir jusqu’au bout, avec même un temps mort appelé par Tarik Chipaux à huit secondes de la fin avant un dernier engagement en zone défensive.

Devant sa télévision, Daniel Bourdages peut être fier de ses hommes, qui ont su appliquer le système qu’il a mis en place. Les Strasbourgeois sont restés très structurés pour une équipe si jeune. Ils ont su résister au regain d’énergie amené notamment par les jeunes Amiénois prêtés à Neuilly-sur-Marne. Les Bisons étaient pourtant tout près de renverser la situation, mais leur gardien canadien Taylor Dupuis a pris un mauvais but au pire moment. Ce sont donc les deux équipes de la Poule Est, Strasbourg et Marseille, qui s’affronteront en finale pour le titre honorifique de la résistance mentale, après une saison difficile pour tout le monde.

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photo de Denis Broyer

Commentaires d’après-match (au micro de la FFHG)

Tarik Chipaux (entraîneur de Strasbourg) : « C’est un carré final, donc on ne s’attend pas à ce que ce soit des matches qui ne soient pas chauds. On savait que ça allait être accroché jusqu’au bout, que 3-0 ça ne veut pas dire grand-chose dans ce genre de match. Je ne vais pas vous mentir, c’était beaucoup d’émotion. J’ai regardé mon pouls deux-trois fois, faut pas être cardiaque. C’était ma première fois dans le grand bain, on va dire, c’est la première fois que j’avais une expérience en D1 et j’ai le cœur qui s’est emballé. Cela représente beaucoup pour les gars, pour les dirigeants, pour les gens qui œuvrent pour ce club de manière bénévole pour la plupart. Et ça représente aussi beaucoup pour le mineur, car il y a beaucoup de jeunes issus du club dans cette équipe. Au-delà de ça, j’ai envie de dire que ça représente beaucoup pour le hockey alsacien, car il y a des jeunes issus de toute la formation alsacienne avec lesquels on travaille. »

François Dusseau (entraîneur de Neuilly-sur-Marne) : « Trop d’indiscipline. On avait dit qu’il fallait faire attention au powerplay de Strasbourg, ils nous en ont mis trois sur quatre. C’est dommage. On ne peut s’en prendre qu’à nous. Il aurait fallu marquer un peu plus tôt pour se libérer. On avait essayé de tourner à quatre lignes au départ pour mettre un peu de rouleau-compresseur, mais ça n’a pas réussi. On ne s’approchait pas assez de la cage. Bonne continuation à Strasbourg qui a mérité sa victoire et a travaillé pendant 60 minutes. »

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photo de Denis Broyer

Strasbourg – Neuilly-sur-Marne 4-3 (1-0, 2-1, 1-2)
Samedi 24 avril 2021 à 18h00 à l’Aren’Ice de Cergy-Pontoise. Huis clos.
Arbitre : Jimmy Bergamelli assisté de Jérémy Métais et Johan Fauvel.
Pénalités : Strasbourg 8′ (0′, 0′, 8′) ; Neuilly-sur-Marne 8′ (0′, 6′, 2′).
Tirs : Strasbourg 31 (7, 16, 8) ; Neuilly-sur-Marne 31 (7, 12, 12).

Évolution du score :
1-0 à 10’25 : Olive assisté de Trudeau et Cruchandeau
2-0 à 29’43 : Olive (sup. num.)
3-0 à 31’49 : Waltz assisté de Trudeau et Leprieult (sup. num.)
3-1 à 37’48 : Simonsen assisté de Valier et Belharfi
3-2 à 43’17 : Bruche assisté de Giorgi et Marks
3-3 à 50’03 : Simonsen assisté d’Ayotte et Auvitu (sup. num.)
4-3 à 57’33 : Mensah (sup. num.)

Strasbourg

Attaquants :
Corentin Cruchandeau (+1) – Samuel Rousseau – Sébastien Trudeau (C, +1)
Alejandro Burgos – Louis Olive (A, +1) – Lucas Sénéchal
Théo Lobstein (-2) – Elias Leprieult (-2, 4′) – Yssah Mensah (-2)
Colin Delatour – Arthur Pousse – Paul Fillod

Défenseurs :
Pierrick Hoehe (A) – Kevin Massy
Colton Waltz (-1, 4′) – Yoan Salve
Thibaut Colombin (-1) – Eliot Weber

Gardien :
Tomas Hiadlovsky

Remplaçant : Fabien Glanchant (G). Absents : Jan Safar (Covid-19), Eddy Thonessen (Covid-19), Michal Duras (Covid-19), René Jarolin.

Neuilly-sur-Marne

Attaquants :
Félix Chamberland – Mathieu Ayotte (-1) – Baptiste Bruche (2′)
Maxence Auvitu – Jonathan Joanette (4′) – Dustin Mowrey
[Chamberland] – Leyland Plaire (A, 2′) – Hugo Damy (A)
Benoit Valier (+1) – Rayan Belharfi (+1) – Tomas Simonsen (+1)

Défenseurs :
Guillaume McSween (C) – Guillaume Roussel
Thomas Giorgi (+1) – Cameron Marks (+1)
Florent Aube – Jarret Kup (+1)

Gardien :
Taylor Dupuis

Remplaçants : Rodolphe Brunetti (G), Bruno Baldris.

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