Recette du titre KHL : des tirs bloqués et un logo

KHL 2020-2021. Finale. Avangard (Omsk) - CSKA (Moscow). Oleg Matytsyn, Alexei Emelin, Vladislav Tretyak, Alexei Morozov, Ilya Kovalchuk
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Le CSKA Moscou et l’Avangard Omsk se retrouvaient en finale de KHL pour la seconde fois, comme en 2019. Il y a deux ans, l’équipe de Bob Hartley, pour sa première saison comme entraîneur en Russie, s’était inclinée 4 matches à 0. Mais entre-temps, le CSKA a perdu ses stars (en premier lieu Kirill Kaprizov). Les Sibériens, même exilés en banlieue de Moscou, ont su poursuivre leur construction d’équipe bien mieux que les architectes et les maîtres d’œuvre de leur aréna devenue inutilisable.

La finale a été aussi disputée que prévu entre deux équipes qui patinent fort et ne lâchent rien défensivement, mais sans être d’abord aussi spectaculaire que le tour précédent entre Omsk et Kazan. Le match 4 l’a fait passer dans une autre dimension, plus palpitante encore. Le CSKA, qui menait 2 victoires à 1, y a concédé 52 minutes de pénalité avant que son adversaire ne prenne la moindre prison. Le coach moscovite Igor Nikitin s’est alors emporté contre les arbitres pendant la pause. Toutes les décisions n’avaient fait qu’appliquer les règles. Andrei Loktionov avait visé le bâton de Kostin mais son mouvement de crosse avait atteint l’entrejambe de son adversaire. Même accidentel, ce geste valait le vestiaire. Maksim Shalunov avait ensuite chargé Andrei Stas à la tête en zone neutre : sanction également indiscutable, même sans intention méchante.

Ces deux pénalités de cinq minutes, presque enchaînées, ont permis à l’Avangard – auparavant mené 0-2 – de commencer à revenir dans le match, même s’il n’a mis qu’un but pendant cette séquence. Quand il a repris l’avantage 3-2, le CSKA paraissait fichu, privé de ses premiers centres, mais il a égalisé à la dernière seconde par Mat Robinson à 6 contre 4. Ce but paraissait salvateur pour les Moscovites, il s’est révélé être le baiser de la mort. Omsk a gagné en prolongation… en infériorité numérique, par un tir précis de Pavel Dedunov à 2 contre 1.

Le scandale éclata le lendemain quand la commission de discipline suspendit Maksim Shalunov pour un match. Shalunov étant le meilleur buteur des play-offs, on reprocha vertement à la KHL d’être trop sévère avec ses stars au lieu de les protéger, ce qui n’arriverait pas en NHL (l’égalité devant le loi ne devrait pourtant pas être un principe cardinal ?). En son absence, l’attaque du CSKA resta muette. Pire, pour le deuxième match de suite, les Moscovites encaissèrent un but alors qu’ils jouaient en avantage numérique, et pour la seconde fois sur un palet perdu dans la bande par Konstantin Okulov, l’autre héros de ces play-offs dont il était meilleur marqueur. Reid Boucher se chargeait de la contre-attaque fatale pour un but de toute beauté.

КХЛ 2020-2021. Finale. Avangard (Omsk) – CSKA (Moscou). Lars Johansson, Aleksandr Khokhlachyov

Avant ce match 6, où Shalunov revient comme sa « victime » Stas, c’est donc l’Avangard qui est devenu favori. Il peut conclure « à domicile » dans sa patinoire-refuge de Balashikha. Dans cette bataille intense, les Sibériens jouent plus physique et donnent plus de mises en échec. À la dixième minute. Maksim Goncharov propulse contre la bande Andrei Svetlakov dont la tête heurte le bord de la balustrade au pire endroit. Le joueur de centre reste au sol, commotionné, et ne rejouera pas, mais aucune faute n’est sifflée. Il n’y aura pas de polémique pour autant ce soir.

Le match bascule à la dernière minute du premier tiers-temps. Face au bloc très bien en place du CSKA, le défenseur Oliwer Kaski – un des étonnants champions du monde finlandais de 2019 – part de sa ligne bleue, fait tout le tour de la zone offensive et, arrivé à rebours dans le cercle opposé, effectue une passe transversale en retrait pour Sergei Tolchinsky dont le one-timer à 12 mètres, avec un genou sur la glace, trompe Lars Johansson au ras de sa plaque, à contrepied de son déplacement.

Le CSKA est tout proche d’égaliser après deux minutes de jeu en deuxième période. Maksim Sorkin – qui a servi de centre de remplacement depuis deux rencontres et l’est encore avec la blessure de Svetlyakov – gagne une mise au jeu dans le rond central pour Mat Robinson qui utilise la bande pour dribbler son vis-à-vis Kirill Gotovets et place un tir croisé… qui frappe le poteau opposé ! À quoi tient une finale… Les Moscovites n’auront plus d’occasion aussi belle. Et pourtant, alors qu’aucune pénalité n’a été sifflée (sauf un surnombre du CSKA) pendant 55 minutes, deux joueurs de l’Avangard sont envoyés en prison à douze secondes d’intervalle : Denis Zernov pour faire trébucher, et Ville Pokka pour crosse haute. Comme depuis le début des play-offs, les Sibériens sont remarquables de sacrifice, à l’instar de Damir Sharipzianov qui se jette deux fois devant les lancers. Le gardien tchèque Simon Hrubec signe aussi deux arrêts décisifs, sur un tir de Bogdan Kiselevich et surtout sur le rebond d’Anton Slepyshev seul dans le slot.

Sergei Tolchinsky

Finissant par deux blanchissages, Hrubec aurait pu être sacré MVP de ces play-offs, mais la distinction revient à un Russe, le buteur du jour Sergei Tolchinsky. Un vainqueur très symbolique : c’est un Moscovite formé au CSKA, où il était en fin de contrat la saison dernière. L’Avangard avait surenchéri sur la proposition moscovite en lui proposant 50 millions de roubles, en sachant que le CSKA serait embêté pour débourser une telle somme avec l’instauration du plafond salarial. Cela impliquait de payer une indemnité de transfert (on évoque 85 millions de roubles), mais personne à Omsk ne regrette cet investissement. Les propos de l’époque du président du CSKA Igor Esmantovich (« Il a demandé un certain salaire et nous pensions qu’il ne le valait pas ») avaient vexé Tolchinsky, et ils lui ont peut-être donné la force de ce one-timer gagnant.

Autre symbole, la Coupe Gagarine est soulevée par deux vétérans, le capitaine remplaçant Ilya Kovalchuk mais aussi le capitaine originel Aleksei Emelin, hospitalisé pour un grave problème au foie il y a quelques semaines à Kazan et revenu donner signe de vie dans cette célébration avec ses coéquipiers. Il n’est en effet absolument pas question de distanciation sociale, que ce soit sur le banc et en tribune. C’est jour de fête à Balashikha… et à 2600 de kilomètres de là, à Omsk, où l’on se réjouit à distance.

khl season 2020 2021
KHL 2020-2021. Finale. Avangard (Omsk) – CSKA (Moscou). Oleg Matytsyn, Aleksei Emelin, Vladislav Tretyak, Aleksei Morozov, Ilya Kovalchuk

Commentaires d’après-match :

Damir Sharipzianov (défenseur d’Omsk) : « Pokka a bloqué des tirs, Emelin a bloqué des tirs, ils en ont bloqué tellement. Je les ai regardés et je savais à quel point ils aidaient, parce que l’équipe qui bloque le plus de tirs gagne la majorité du temps. C’est une composante très importante. Bien sûr, pas autant que les buts, mais très importante aussi. Il y aura bientôt un nouveau venu dans la famille, donc je dédie cette victoire à mon futur fils. La Coupe Gagarine, bien sûr, guérit tous les hématomes. Ce 3 contre 5 était un épisode-clé du match. Maintenant, on peut dire que je jouais blessé. Les doigts sont cassé, j’ai mal partout, mais c’est OK. »

Sergei Tolchinsky (attaquant d’Omsk) : « En signant mon contrat avec l’Avangard, je rêvais d’être en finale contre le CSKA. Je ne peux pas croire que ce rêve soit devenu réalité. Je suis très heureux, ce sont des émotions irréelles. Il y a deux ans, j’ai gagné la coupe avec le CSKA mais je n’avais presque pas joué, maintenant les émotions sont complètement différentes. J’ai eu le temps de pleurer, de rire et de me réjouir. Maintenant c’est juste un grand soulagement. Je connais tout le monde au CSKA, j’y ai beaucoup d’amis. Je me sens même un peu désolé pour eux. Je ne savais que je serait meilleur joueur des play-offs. J’avais en tête la course avec Okulov [au classement des marqueurs des play-offs], un point n’a pas suffi pour le dépasser, mais le principal, c’est la Coupe Gagarine. Et Okulov est un grand joueur, je suis content que ce soit lui qui soit devant moi. »

Igor Nikitin (entraîneur du CSKA) : « Le plus fort a gagné. Je suis fier de mon équipe, Omsk a mérité sa victoire. Sergei Tolchinsky n’est pas un étranger pour moi, j’ai travaillé avec lui, il mérite de gagner. Je suis très reconnaissant à Omsk pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Mes parents y vivent, ce n’est pas une ville étrangère pour moi. Je voudrais remercier le CSKA pour l’opportunité de travailler dans ce club. Pas assez de stars dans la composition en comparaison à la dernière finale ? Je ne vois pas l’intérêt d’en parler. Le hockey est un sport collectif. Nous avions l’opportunité de gagner avec cet effectif. En playoffs, tous les gardiens doivent jouer au-dessus de leurs capacités. Comme Hrubec, Lars Johansson a aussi très bien joué, donc nous sommes en finale. »

Simon Hrubec (gardien d’Omsk) : « C’est un sentiment incroyable. Je croyais en moi-même que ça pourrait arriver. Quand je jouais pour Kulun, j’ai dit à ma femme que je voudrais jouer pour l’Avangard un jour. Elle m’a demandé pourquoi ? Parce qu’ils ont le meilleur logo de toute la ligue ! Ensuite, je suis devenu un joueur de l’équipe et j’ai pensé que c’était une bonne chose. On m’a dit que j’aurais ma chance. Mais n’oublions pas que si [le gardien titulaire initial] Igor Bobkov n’avais pas joué un super premier tour, on n’en serait pas là. »

KHL 2020-2021. Simon Hrubec

Avangard Omsk – CSKA Moscou 1-0 (1-0, 0-0, 0-0)
Mercredi 28 avril 2021 à 19h00 à la Balashikha Arena. 2488 spectateurs.
Arbitrage de Viktor Gashilov et Denis Naumov assistés d’Aleksandr Chernyshov et Nikita Shalagin.
Pénalités : Omsk 4′ (0′, 0′, 4′), CSKA 2′ (0′, 2′, 0′).
Tirs : Omsk 23 (10, 10, 3), CSKA 25 (11, 9, 5).

Évolution du score :
1-0 à 19’28 : Tolchinsky assisté de Kaski

Avangard Omsk

Attaquants :
Reid Boucher – Corban Knight – Klim Kostin
Ilya Kovalchuk (C) – Denis Zernov (2′) – Ilya Kablukov
Sergei Tolchinsky (+1) – Kirill Semyonov (+1) – Aleksandr Khokhlachev (+1)
Pavel Dedunov – Andrei Stas (A) – Nikita Komarov

Défenseurs :
Damir Sharipzianov (A) – Ville Pokka (2′)
Oliwer Kaski (+1) – Aleksei Bereglazov (+1)
Kirill Gotovets – Maksim Goncharov
Semyon Chistyakov [une présence]

Gardien :
Simon Hrubec

Remplaçants : Igor Bobkov (G), Arseny Gritsyuk. Absents : Jiri Sekac (étranger surnuméraire), Aleksei Emelin (blessé), Maksim Chudinov (blessé), Nail Yakupov (blessé), Aleksei Potapov (blessé), Egor Chinakhov.

CSKA Moscou (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Pavel Karnaukhov – Sergei Andronov (C, -1) – Mario Kempe
Maksim Mamin – Maksim Shalunov – Konstantin Okulov
Brendan Leipsic – Andrei Loktionov – Anton Slepyshev
Ivan Telegin (-1) – Andrei Svetlakov – Maksim Sorkin (-1)

Défenseurs :
Klas Dahlbeck (-1) – Artyom Sergeev (-1)
Bogdan Kiselevich (A) – Egor Rykov
Artyom Blazhievsky – Mat Robinson (A)

Gardien :
Lars Johansson

Remplaçants : Aleksandr Sharychenkov (G), Marsel Ibragimov, Egor Afanasiev. Absents : Dmitri Samorukov (épaule), John Gilmour (étranger surnuméraire), Aleksandr Popov (surnuméraire), Nikita Soshnikov (surnuméraire).

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