Après une ouverture laborieuse mais victorieuse, l’équipe de France poursuit sa route olympique avec une escale italienne a priori accessible. Les Transalpins, étrillés 6-0 par la Lettonie la veille au soir, restent sur douze défaites de rang. Leur dernier succès ? Un 1-0 contre… la France, lors d’un amical au printemps.
C’est dire que la méfiance reste de mise. L’attaque française, en verve face à la Hongrie, est sur le papier largement au dessus d’une défense italienne passoire ces dernières semaines. Le malheureux Andreas Bernard est trop souvent bien seul dans un effectif manquant de profondeur.
Un premier tiers prudent
La France débute bien. Une récupération en défense, suivi d’une longue passe, envoie Alexandre Texier et Stéphane Da Costa en deux contre un. Le benjamin des Bleus choisit le tir et se heurte à la plaque d’Andreas Bernard.
Les joueurs de Philippe Bozon prennent ainsi le jeu à leur compte, avec des séquences de possession en zone offensive. L’Italie réplique par un lancer lointain ou des tirs de l’aile, et cherche à placer du trafic devant Henri-Corentin Buysse. Après quatre minutes, Daniel Frank est sanctionné pour un mauvais geste dans un duel avec Texier. Efficace hier, le jeu de puissance lancera-t-il l’équipe ? Le premier bloc campe dans la zone, et cherche des tirs de Fleury et Gallet, sans réussite. L’Italie revient au complet et monte en attaque, avec une séquence qui se rapproche de Buysse.
Une interception profite à Charles Bertrand : il tente ras glace et prend son propre rebond, et Bernard ferme la porte de la botte. Pas de but à mi-période, avec quelques séquences collectives bleues prometteuses. Mieux, les attaquants provoquent des revirements. Bellemare force une perte de palet et Texier récupère, pour un tir repoussé par Bernard.
Le match reste laborieux, avec des duels le long de la bande très accrochés. La zone neutre, fermée, ne crée pas souvent d’attaque lancées en pleine vitesse. Sur une bonne entrée néanmoins, Ritz prend un rebond de Manavian pour une chance dangereuse dans l’axe. Ce sera la dernière d’un tiers-temps où la France s’est procuré les meilleures occasions. Reste à trouver la faille derrière Andreas Bernard.
Les Bleus haussent le ton
La France reprend, de manière un peu poussive. Mais au moment où l’on s’inquiète de ce match embourbé, un bon échec-avant permet à Tim Bozon de récupérer dans le coin. Il remise en retrait du revers vers Hugo Gallet, qui tire sans contrôle. Sacha Treille est en écran et dévie derrière Bernard (1-0).
Pas de relâchement, les Bleus accélèrent. Une longue relance envoie Bertrand sur l’aile droite mais il ne parvient pas à centrer, un défenseur s’étant couché pour couper la passe. Peu après, Stefano Gialiati, ex-coéquipier d’Anthony Rech en DEL, sort pour un cinglage. Le jeu de puissance tricolore s’installe, produit du jeu mais ne cadre pas ses tirs, décochés par Da Costa et Rech.
La France contrôle le match et ne concède rien défensivement. Les attaques combinent bien, à la recherche de déviation. Un tir de Gallet offre ainsi une double occasion à Bellemare, peu après une attaque vers la cage de Treille. Hormis un 2 contre 1 italien conclu par Traversa hors cadre, les Bleus maîtrisent leur sujet. Tim Bozon provoque même une nouvelle pénalité, sa feinte piégeant Miglioranzi.
La France reprend la même méthode que la Hongrie. Chakiachvili à la pointe écarte vers Texier au cercle droit et l’attaquant de Columbus exploite un écran parfait de Sacha Treille, crédité du but en déviation (2-0).
Alors que la France repart à l’assaut, une tentative de reprise de Roussel envoie le palet en plein tête de Lorenzo Casetti. L’attaquant tricolore alerte de suite les arbitres et le joueur d’Asiago, visage en sang, rentre au vestiaire. Le jeu s’interrompt quelques minutes afin de nettoyer la glace.
À la reprise, Treille, en feu, contourne ensuite la cage et retrouve Ritz plein axe. Malgré l’écran de Perret, Bernard capte de la mitaine. Toujours sereins en défense et portés vers l’avant, les joueurs de Philippe Bozon provoquent une nouvelle pénalité. Hochkofler dépasse les bornes sur Gallet le long de la bande et replace le jeu de puissance en lice… pour quelques secondes, Treille étant puni dans l’enclave. Da Costa sort lui aussi dans la foulée et l’Italie reçoit donc un 4 contre 3 à l’approche de la fin du deuxième tiers.
Avec un très gros travail défensif et de bloc, notamment de Bellemare, Buysse n’a qu’un seul tir de la bleue à repousser : deux buts d’avance pour la France à l’issue d’un tiers très bien maîtrisé.
Le show Buysse
L’Italie sort de sa boite en début de troisième tiers et Buysse doit sortir un bel arrêt de la botte. La France gère, fermant la neutre et coupant les lignes de passe. Les occasions se font rares. Le portier amiénois reste toutefois très solide avec un arrêt de la plaque sur Hochkofler, et un grand écart sur un tir en pivot. Puis, il bloque sans rebond un lancer de la bleue de Miglioranzi, et sauve un lancer masqué de Miceli au cercle gauche, de la mitaine.
La France resserre sa défense au fil des minutes et reprend le contrôle du palet, sans pour autant décocher de tirs sur Bernard. Un travail de gestionnaire, à la fois pour conserver l’énergie et travailler des aspects du jeu – communication, relance et replacement.
Buysse, lui, poursuit son festival avec un déplacement latéral rapide pour un arrêt de la botte, lorsque Miceli trouve dans le dos de la défense Miglioranzi lancé sur la gauche. Bernard sort de sa cage à deux minutes du terme et l’Italie installe son attaque en surnombre, tentant de mettre le feu dans l’enclave. Crinon y concède deux minutes et l’Italie appelle son temps mort.
Petan allume la première mèche au cercle gauche, bloqué par Buysse. Petan manque ensuite un rebond, cage ouverte… car Buysse a placé sa plaque, pour un arrêt magique.
NOT IN MY HOUSE ! 💥🇫🇷
L'arrêt exceptionnel d'Henri-Corentin Buysse dans la fin de match qui permet à la France de gagner avec un blanchissage (2-0).
Demain face à la Lettonie, les bleus joueront leur qualification olympique 🙏 @Hockey_FRA pic.twitter.com/F7wzYvSeMr
— Sport en France (@sport_en_france) August 27, 2021
Larkin, de la bleue, trouve à son tour la mitaine du portier amiénois pour un dernier arrêt. Victoire 2-0 et objectif atteint pour les Bleus, qui vont s’offrir leur finale contre la Lettonie dimanche. C’est le premier blanchissage en match officiel depuis mai 2015 (Autriche, 2-0) : Buysse a parfaitement répondu présent et se pose en sérieux prétendant pour être titularisé lors de ce match décisif.
Désignés joueurs du match : Sacha Treille (France) et Andreas Bernard (Italie)
Commentaires d’après-match :
Romain Bault (défenseur de la France) : « C’était un match assez compliqué. Les Italiens étaient très intensifs et on a un peu senti le match d’hier dans les jambes. Mais nous avons su nous remobiliser et faire face. Le groupe vit bien, c’est ça qui nous aide, cet esprit de famille. C’est tout nouveau pour moi, et personnellement je le vis bien, les gars m’ont bien intégré. Ce n’est pas forcément ce que j’attendais. On a des relations dans les clubs, mais on met tout ça de côté et l’équipe de France, c’est la famille. »
Florian Chakiachvili (défenseur de la France) : « L’essentiel y est. Ce n’est pas forcément notre meilleur match. L’Italie est toujours pour nous un problème à jouer et à faire déjouer. Ils sont difficiles à manœuvrer et ce fut encore le cas ce soir, ils nous ont mis en difficulté sur leur forecheck assez régulièrement. Nous avons fait quelques grosses erreurs, mais cela ne nous a rien coûté et l’essentiel est là. Le groupe vit super bien, cela fait quelques semaines que nous sommes ensemble, depuis le stage à Cergy fin juillet même s’il n’y avait pas encore tout le monde. Cela a créé quelque chose. On se connait depuis des années, mais c’est la première fois que nous sommes au complet depuis Paris 2017 je crois. C’est un plaisir de retrouver tout le monde. On a le même objectif et ça se ressent que tout le monde pousse dans le même sens. Nous avons monté les deux premières marches, mais il reste la plus grande. Il faudra mettre tous les ingrédients pour aller la chercher. »
Henri-Corentin Buysse (gardien de la France) : « C’était le match qu’il ne fallait pas rater. Nous avons attaquer fort le match, mais il a fallu attendre le deuxième tiers pour réussir à le débloquer. On savait que ce troisième tiers serait plus compliqué à gérer. Ils ont monté leur intensité mais on a souvent réussi à desserrer un peu. L’objectif était de gagner. L’ambiance? Depuis que je suis revenu en 2019, après dix ans à peu près, je n’ai pas eu l’impression que l’ambiance avait beaucoup changé. L’équipe tire dans le même sens. C’est un peu comme être en club, mais avec que des joueurs français. »
Philippe Bozon (entraineur de la France) : « C’était un France-Italie comme beaucoup de France-Italie. Un match serré et difficile à jouer. Nous avons commencé doucement, les jambes ne bougeaient pas assez mais nous n’avons pas concédé de grosses chances. C’était bien mieux en deuxième, comme hier, avec plus de pression et cela nous a permis de mener 2-0. En troisième, nous avons joué intelligemment, même si nous n’avons pas créé assez d’offensive. Malgré tout, nous avons bien géré l’avance, quelque chose que nous n’avions pas su faire il y a deux ans. Maintenant, la clé, c’est la récupération et tâcher de se préparer au mieux. La Lettonie a changé d’entraineur il y a peu, ce qui change leur façon de jouer. Nous tâcherons de donner le maximum d’informations à l’équipe, pour être fin prêts sur la glace. Nous savions quel était le challenge avant de venir, nous voulions être dans cette position et nous y sommes, à 60-65 minutes de notre objectif. Si on veut gagner, il faudra être solides défensivement. Ce soir les gars ont montré beaucoup de sacrifices, pour bloquer les tirs, tout le monde était impliqué, les cinq joueurs sur la glace aident au jeu défensif. Tout le monde a été solide devant la cage. Nous avons un peu souffert sur la fin car nous étions en infériorité, mais nous avons bien protégé notre gardien qui a aussi réussi un gros arrêt dans la dernière minute. Nos deux gardiens évoluent en Magnus et ont donc peu joué cette année, ils ont eu peu de références internationales aussi, d’autant que Flo Hardy n’a pas pu être là pour le tournoi à Ljubjlana. L’idée était de leur partager le temps de jeu pour que nous récoltions un maximum d’informations, et gérer le physique de chacun. Il n’était pas sûr qu’un gardien puisse jouer les trois matchs ici. Maintenant, nous avons les informations dont nous avions besoin, nous allons nous poser tranquillement demain pour faire notre choix. »
Sacha Treille (attaquant de la France) : « C’est toujours difficile contre l’Italie, c’est une bonne équipe. Nous avons été meilleurs en deuxième, jouant avec intelligence et dureté. L’un de mes rôles c’est de placer mon grand gabarit devant la cage afin de libérer des espaces pour les autres, rendre le travail du gardien difficile. Il y a un peu de chance, mais je prends! Cela a bien profité à Alexandre Texier notamment. Demain ça sera peut être quelqu’un d’autre. Quand je prends des coups du gardien, cela veut dire qu’il commence à perdre les pédales et cela me motive encore plus. Par rapport aux précédents TQO, le scénario est un peu différent car une victoire même en prolongations nous suffit. Il faudra aborder ce match comme si c’était le dernier, car après 20 ans sans JO on a tous une faim énorme. La patinoire sera quasi remplie, cela nous motive encore plus d’aller chercher la victoire sur leur sol. Il faudra imiter les erreurs, tous jouer à 100% notre meilleur hockey. Être tous ensemble dès le début pour avoir une chance de réussir. »
France – Italie 2-0 (0-0, 2-0, 0-0)
Tournoi de qualification olympique, groupe E.
Vendredi 27 août 2021, 15h30. Arena Riga. 197 spectateurs.
Arbitrage de Mads Frandsen (DAN) et Mikko Kaukokari (FIN) assistés de Dmitry Golyak (BLR) et Alexander Waldejer (NOR)
Pénalités : France 6′ (0′, 4′, 2′), Italie 8′ (2′, 6′, 0′)
Tirs : France 22 (9, 12, 1), Italie 23 (6, 3, 14)
Récapitulatif du score :
1-0 à 23’23 : S. Treille assisté de Gallet et Bozon
2-0 à 33’41 : S. Treille assisté de Texier et Chakiachvili (sup. num.)
France
Attaquants :
Damien Fleury (C) – Stéphane Da Costa (2′) – Antoine Roussel
Alexandre Texier – Pierre-Edouard Bellemare (A) – Tim Bozon (+1)
Anthony Rech – Valentin Claireaux – Charles Bertrand
Jordann Perret – Nicolas Ritz (+1) – Sasha Treille (A, 2′, +1)
Floran Douay
Défenseurs :
Florian Chakiachvili – Romain Bault
Antonin Manavian (+1) – Hugo Gallet (+1)
Pierre Crinon (2′) – Thomas Thiry
Kevin Hecquefeuille
Gardien :
Henri-Corentin Buysse
Remplaçant : Florien Hardy (G). Réservistes : Sebastien Ylönen (G), Eliot Berthon (A), Vincent Llorca (D, quarantaine)
Italie
Attaquants :
Daniel Frank (C, 2′, -1) – Alex Petan (A, -1) – Angelo Miceli (-1)
Luca Frigo – Giovanni Morini – Simon Kostner
Stefano Giliati (2′) – Domenico Alberga – Tommaso Traversa
Ivan Deluca – Diego Kostner – Peter Hochkofler (2′)
José Magnabosco
Défenseurs :
Alex Trivellato – Thomas Larkin (A)
Peter Spornberger (-1) – Daniel Glira (-1)
Enrico Miglioranzi (2′) – Lorenzo Casetti
Stefano Marchetti
Gardien :
Andreas Bernard [sorti à 57’21]
Remplaçant : Justin Fazio (G). En réserve : Jacob Smith (G), Gregorio Gios, Raphael Andergassen.