La réalité du hockey sur glace en Chine

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Ci-dessus en photo, Qiqihar, la ville du hockey sur glace

Les Jeux olympiques ont mis en lumière le hockey sur glace en Chine, mais ils en ont aussi donné une vision partielle et déformée, uniquement de façade. Que se cache-t-il derrière ? Recherchons le véritable hockey chinois pour faire d’étonnantes découvertes…

Portraits de hockeyeurs chinois

En complétant notre registre des internationaux, quelques portraits permettent de montrer la diversité des visages de cette équipe de Chine. Ce que l’on a retenu de cette équipe de Chine (et c’est bien normal puisqu’ils avaient 99% du temps de glace), ce sont les naturalisés. Ils ont été le visage du hockey chinois pendant une quinzaine, mais ne rejoueront sans doute plus jamais pour cette équipe nationale, sauf peut-être éventuellement les frères Spencer Foo et Parker Foo.

Le bastion historique du hockey chinois et de tous les sports d’hiver, c’est le Heilongjiang, cette province du Nord-Est dont les deux grandes villes Harbin et Qiqihar sont les éternelles rivales en hockey. Pour les Pékinois, ce sont des provinciaux, avec un dialecte et un accent qui amusent par leurs expressions pittoresques, un peu comme les Parisiens pourraient considérer avec un brin de condescendance des Marseillais pagnolesques. Le représentant-type de cette ancienne génération est Han Pengfei, meilleur gardien du championnat national depuis des lustres qui a eu une chance de briller en KHL mais zéro aux JO.

La nouvelle génération n’a rien à voir. Il s’agit de fils de la bonne société de la capitale (hommes d’affaires, personnalités du spectacle ou politiques) qui ont les moyens de faire des études à l’étranger, y compris en hockey sur glace. L’exemple parfait est Chen Zimeng, dont le père a acheté un million de dollars une équipe canadienne de hockey juste pour le faire jouer. Ce qui fait presque 10 000 dollars par seconde jouée aux Jeux olympiques !

Cette histoire semble édifiante, mais Hockey Archives n’aime pas en rester à la simple caricature. Alors, racontons une autre histoire…

Le mécène privé de ses enfants

Il était une fois un amoureux de hockey sur glace nommé Zhang Yuan. Fils de deux professeurs de l’Institut d’éducation physique de Harbin, il en est sorti diplômé à son tour et a joué au hockey depuis son enfance. Il est entré dans les affaires et a fondé Hosa, une société de clubs de fitness qui a compté jusqu’à 80 centres. Lorsque les « Nordic Vikings » ont intégré la Ligue Asiatique, il n’y avait pas de vraie patinoire dédiée à plein temps au hockey sur glace à Pékin. Alors au faîte de sa fortune, Zhang Yuan y construisit la première patinoire olympique de 60 mètres sur 30. Elle sera utilisée en 2006/07 avant un retour à Harbin.

C’est à ce moment-là, en 2007, que Zhang Yuan a commencé à aider les jeunes de Harbin âgés de 11 ou 12 ans qui n’arrivaient pas à intégrer une école de sports et avait peu de temps de glace. Il les a aidés à s’entraîner, à Jiamusi puis à Pékin, en nommant son équipe « Espoir ». Lorsque la crise économique éclata en 2008, les salles de sport Hosa commencèrent à faire faillite les unes après les autres. Zhang n’avait plus d’autre choix que de les ramener à Harbin dans le système éducatif officiel. Mais il s’était tellement attaché à ceux qui étaient devenus « ses enfants » qu’il leur a promis de les soutenir tant qu’ils voudraient faire du hockey. Au fil des ans, il a vendu ses voitures, sa maison, dépensant au total 100 millions de yuans (14 millions d’euros) dans sa passion du hockey sur glace, par un club qui ne faisait jamais appel à la moindre subvention.

Il conserva la patinoire Haotai dans son patrimoine, mais ses ressources financières s’asséchaient. Il obtint un sponsoring du gouvernement municipal de Chengde, la résidence de montagne estivale des empereurs de la dynastie Qing pour fuir la chaleur pékinoise, et son équipe prit alors le nom de Chengde.

Mais lorsque le Red Star Kunlun intégra la KHL et recruta les hockeyeurs chinois pour ses filiales, le pauvre Zhang Yuan vit partir ses enfants, qui ne revinrent pas.

C’est l’histoire de hockeyeurs qui finissent un match à 5, donc sans pouvoir quitter la glace ! Apprenez l’incroyable déroulement de ce championnat de Chine 2018… et vous constaterez que le fils de l’entrepreneur millionnaire qui est venu aider et partager l’émotion de ces hockeyeurs en souffrance, de quoi égratigner la caricature.

2018 05 chongqing chengde

L’histoire se répéta au championnat de Chine 2019, où un match ne fut même pas terminé face à cette mini-équipe dépouillée de ses joueurs. Triste fin pour Chengde, sacrifié.

Le basculement du pouvoir dans le hockey chinois

Ces premiers championnats, avec un groupe B, témoignaient déjà de la création d’équipes aux quatre coins de la Chine. Le moment-clé se déroula dans un championnat 2020 joué près de la frontière birmane (mais oui !). Ces étudiants pékinois rapatriés – qui suivaient la nuit en visio-conférence les cours de leur université américaine – battirent les hockeyeurs qui dominaient ce sport depuis cinquante ans.

Le championnat 2021 priva même de finale les équipes traditionnelles privées de leurs internationaux, dans un renversement des valeurs.

Ci-dessous, la vidéo du moment historique du hockey chinois que fut la finale 2020. Elle vous donnera l’occasion de juger de visu le niveau de ce hockey chinois, mais aussi celui – plus impressionnant – des moyens mis en place pour le couvrir à la télévision nationale

Nous vous partagerons dans les prochains mois d’autres histoires incroyables de ce hockey chinois. De nouvelles frontières s’ouvrent pour Hockey Archives pour toujours plus de découverte…

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