Road Trip à Munich, la suite – Interview de Pierre Allard (assistant entraîneur des Red Bulls Munich)

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La visite de la capitale de Bavière et la période des play-offs de DEL, ont permis de rencontrer le franco-canadien Pierre Allard qui officie dans le staff des Munich Red Bulls. Il s’agissait de retracer son parcours et d’en savoir un peu plus sur le fonctionnement de cette organisation.
Malgré la période intense des séries, Pierre nous a accordé de son temps pour échanger sur la situation.

C’est au lendemain matin du match 3 (remporté le 14 avril par Munich 3-1), sur le parvis de la patinoire olympique, que cet entretien débute.

Hockey Archives : Tout d’abord, revenons sur le match d’hier soir. Düsseldorf a mis beaucoup de pression. La série s’annonce difficile ?

Pierre Allard : « On savait dès le début que ça allait être difficile, car c’est une équipe qui a beaucoup de vitesse. Ça joue très bien et ils ont un bon gardien. Pour notre part on a obtenu beaucoup de chances et le gardien a fait un bon travail. Hier c’était un gros match et c’est bien qu’on ait gagné pour aller à Düsseldorf avec la volonté de terminer la série ».

 

H.A : Munich est un favori, mais comment vois-tu, rétrospectivement, le parcours de la saison ?

P.A : « ça a été une saison en dents de scie jusqu’aux Jeux Olympiques. Comme tout le monde, nous avons fait face aux contraintes de la COVID et avons subi deux quarantaines. On a aussi eu beaucoup de blessés et nous nous sommes appuyés sur les jeunes. On avait vraiment du mal à trouver notre rythme jusqu’à la pause des J.O. C’est en récupérant tous nos joueurs que l’on a retrouvé notre alchimie et renforcé notre système. Du coup on a remporté 17 victoires sur les 20 derniers matchs de la saison régulière ».

 

H.A : Au niveau du poste des gardiens on a pu voir l’arrivée d’Haukeland. Dany Aus Den Birken ne semblait pas avoir retrouvé son niveau.

P.A : « Dany à fait beaucoup de boulot en début de saison. Il y a eu pas mal de blessures dans l’équipe, lui-même a été blessé, et il a fallu tenir l’équipe. Avec l’arrivée d’Haukeland, on a été en capacité de créer un partage du filet entre les deux jusqu’à la fin de la saison. Mais maintenant c’est une décision d’entraineur, qui fait qu’Haukeland est devant les filets, pendant les séries, pour le moment. Non, Dany a fait le job et nous a permis de mieux nous structurer défensivement ».

 

H.A : Munich a utilisé, quatre gardiens en deux ans. Dans ceux-ci, le jeune Fiessinger a démontré de belles choses.

P.A : « Chez les gardiens, on remarque que le degré de maturité optimale arrive un peu plus tard vers les âges de 25, 26, 27 voir même 30 ans. On est content de l’avoir avec nous, il découvre le métier, progresse et c’est un atout pour nous. Il travaille très fort à l’entrainement avec Patrick Dallaire (entraîneur des gardiens) et il est encore en apprentissage avec l’équipe ».


H.A : C’est un bon prospect pour l’avenir ?

P.A : « Oui exactement ! »

 

H.A : Tu es arrivé chez les Red Bulls Munich. D’où est venu ce transfert ?

P.A : Durant mes onze saisons chez les Canadiens de Montréal, vers la sixième ou septième année, j’ai eu la chance de côtoyer les gens de Red Bull qui étaient venus visiter nos installations et découvrir notre travail. Par la suite, ils m’ont invité à Salzbourg pour aller voir les installations. J’y suis allé et je suis passé à Munich où j’y ai rencontré Don Jackson, que je connaissais un peu. Je leur ai apporté mes commentaires sur les améliorations possibles sur la préparation physique. On était resté en contact et pendant les deux dernières années à Montréal, j’ai commencé à songer à me rapprocher de la glace et de pouvoir devenir entraîneur dans le futur.»

 

H.A : Donc un lien s’est constitué entre Montréal et Munich dans la recherche du développement ?

P.A : « Oui, mais le lien s’est créé fortement avec Clément Jodoin (actuellement à Cologne) qui faisait le lien avec l’Europe et moi. Pour ma part j’ai joué en Europe et la transition était donc plus facile pour venir ici. Maintenant, je suis bien ici et j’ai encore deux ans à faire, pour apprendre le métier d’entraineur.»

 


La France, on ne sait jamais… peut-être que j’y retournerai

 

 

H.A : Quel est ton rôle dans l’organisation ?

P.A : « Pour moi c’est assez varié. A mon arrivée, j’étais en charge du travail vers les jeunes joueurs et ensuite mon rôle a changé, car je me suis retrouvé derrière le banc. J’ai été impliqué dans la structure des entrainements, la préparation des matchs et des meetings avec les joueurs. Tout ce travail me permet de progresser pour devenir entraineur ».

 

H.A : En Allemagne, le développement des jeunes semble bien organisé, même si tous ne jouent pas en DEL. Comment vois-tu cela ?

P.A : « L’Académie Red Bull est une belle structure où les jeunes s’intègrent dans cette organisation, apprennent à travailler et cela nous permet d’avoir de bons jeunes que l’on peut aussi envoyer à Garmisch-Partenkirchen. On a un bon partenariat qui nous permet de faire jouer les jeunes, et ici, à Munich on essaie le plus souvent de jouer à quatre trios. Mais si on parle de cette année, on est satisfait du développement de nombreux jeunes et particulièrement en défense, car c’est le secteur le plus compliqué à développer. On a Maksymilian Szuber qui nous a agréablement surpris car il a très bien progressé. J’aime beaucoup ce travail vers les jeunes. Et je travaille aussi sur les retours au jeu des joueurs revenant de blessure, c’était une de mes spécialités à Montréal. Ramener les joueurs au jeu, être sur la glace avec eux et apporter cet encadrement ».

 

H.A : Au sujet de Don Jackson, comment peux-tu présenter sa philosophie et son travail avec le groupe ?

P.A : « D’abord, Don est une légende en Europe. Son jeu est axé sur l’offensive avec beaucoup de pression, ce qui est totalement différent de la trappe qui est pratiqué en Amérique du Nord. Ici, on n’en parle jamais, on axe tout sur le forecheck, les situations de revirement. Pour moi c’est un apprentissage en matière de structure de jeu. Don est quelqu’un de très patient et il responsabilise beaucoup les joueurs pour mettre en place le système. Il communique beaucoup avec eux et leur explique précisément ce qu’il attend d’eux. De plus, il donne beaucoup de son temps. A mon arrivée, il a pris le temps de me présenter le système et ensuite il te laisse travailler. Il est très calme et moi j’apprécie ça. Car on voit passer différents caractères chez les entraineurs et j’en ai vu passer pas mal à Montréal. Il prend son temps, chaque intervention est mesurée. C’est vraiment bien comme ça ».

 

H.A : Donc c’est un vrai plaisir de travailler avec lui ?

P.A : « Oui, c’est sûr, moi aussi je suis quelqu’un de posé qui n’essaie pas de se laisser entrainer vers l’émotion. Notre objectif est de rester régulier dans tous les cas de figure, les bons comme les mauvais moments. Je n’aime pas les dirigeants qui s’emportent pour rien, et là c’est sûr, c’est un vrai plaisir ».

 

H.A : Quel est ton regard sur le hockey en France et as-tu le temps de t’y pencher ?

P.A : « Oui, je suis un peu l’actualité avec les sites web. Je regarde surtout Grenoble, Rouen où j’ai joué, Angers aussi. J’ai vu que Grenoble est en finale… »

 

H.A : Grenoble est déjà champion !

P.A : « … Ok … j’avais vu alors qu’il restait un match à faire (Rires). C’est super de voir ça et j’ai passé de très bons moments en France. J’ai de très bons amis encore impliqués dans le hockey là-bas, comme Gérald Guennelon. Après, on ne sait jamais, peut-être que je retournerai là-bas (Rires).»

 

H.A La question n’était pas posée dans ce but, mais en France on regarde avec attention les questions de développement des jeunes, la remontée de l’équipe de France dans l’élite. Il y a beaucoup de discussions sur ces sujets. 

P.A : A mon époque, j’ai vu le développement à Rouen et j’ai trouvé de bonnes idées comme d’aller chercher les jeunes après l’école, avec un bus pour les emmener jouer au hockey. Tout faire pour éviter les contraintes. Mais aujourd’hui, l’objectif c’est de monter des structures, des académies et d’encadrer les jeunes.

On voit que même au Québec, il y a une remise en question de la part de la fédération québécoise pour l’atteinte de l’excellence, faire monter des joueurs dans la Ligue Nationale. Et un peu avant Noël, ils ont créé un comité de réflexion pour revisiter tout le développement des jeunes.   C’est une remise en question générale que l’on voit un peu partout, car les jeunes ont changé au niveau de l’apprentissage. On ne travaille plus avec eux comme il y a 15 ou 20 ans. C’est important de se remettre en question ».   

                                                                                                                                                            

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