Médaillée de bronze aux derniers Jeux olympiques, la Slovaquie entame donc contre la France, promue par défaut à cause de l’éviction de la Russie, sanctionnée pour le conflit en Ukraine. La France espère bien profiter de l’aubaine pour piéger un effectif très jeune – moins de 25 ans de moyenne d’âge – et y croit d’autant plus après sa courte défaite 2-0 en préparation.
Malgré tout, même privée de nombreux titulaires (Christián Jaroš, Martin Marinčin et Martin Gernát en défense, Peter Cehlárik, Libor Hudáček et Tomáš Jurčo en attaque), la Slovaquie reste un os que les Bleus n’ont plus battu aux Championnats du monde depuis Minsk en 2014. On suivra avec attention les deux prodiges de même pas 18 ans, Šimon Nemec et Juraj Slafkovský, qui seront sous le microscope des recruteurs de la NHL… qui les placent dans le top-10, voire le top-5, de la prochaine draft.
Côté bleu, Philippe Bozon a construit un effectif composé d’une douzaine de trentenaires mais aussi de huit débutants dans un Mondial élite, traduction d’une possible passation de pouvoir entre générations, et dans l’optique d’un nouveau cycle olympique. Ces jeunes vont vite devoir accumuler de l’expérience, et rien de mieux que l’élite pour cela. La mission maintien est essentielle, et gratter un point – ou plus ! – aujourd’hui serait un formidable départ.
La France défend bien
Une mauvaise relance de Damien Fleury sur la première présence coûte un temps fort slovaque de quelques instants… mais Hugo Gallet fait le ménage avec une belle mise en échec derrière la cage française, et les Bleus ressortent. Un petit incident de courte durée, car derrière, les Bleus font preuve d’une belle concentration. Solides dans les duels, n’hésitant pas à user de leur physique, ils tiennent la Slovaquie à distance.
Il faut attendre quatre minutes pour la première chance slovaque, une déviation dans le slot que Henri-Corentin Buysse repousse avec un joli réflexe. Les Bleus répondent du tac-au-tac avec une présence solide de la quatrième ligne. Kévin Bozon tente sa chance dans l’axe, pour le premier tir cadré tricolore.
La France rend une copie très propre sur ces premières minutes. Solide dans les duels, jouant physique, les Bleus s’appliquent à la relance, sans prise de risque inutile, avec du soutien et de la vitesse en transition. De quoi gêner une formation slovaque qui peine à poser son jeu. Elle doit attendre dix minutes pour menacer la mitaine de Buysse, d’un tir de Róbert Lántoši suite à un revirement dans la neutre.
Malheureusement, ce bon passage s’efface sur une terrible contre-attaque. Róbert Lántoši conclut de près le rebond laissé par Buysse, auteur d’un arrêt de la jambière difficile (0-1).
Ce coup du sort se voit offrir une chance de rédemption, avec un avantage numérique français sifflé dès la reprise. Guillaume Leclerc intercepte une relance et chauffe Patrik Rybár. Derrière, les volées de Chakiachvili et Texier sont bloquées, et Treille ne parvient pas à dévier un lancer de Crinon.
La supériorité se termine et, après une action chaude de Juraj Slafkovský près de la cage de Buysse, les Français restent dans leur schéma : aucun espace laissé, des mises en échec, du soutien et de l’application à la relance. C’est ainsi qu’ils obtiennent une occasion d’Anthony Rech, à l’affût d’un rebond du tir de Pierre Crinon.
À deux minutes de la pause, Charles Bertrand et Kristián Pospíšil s’échangent quelques amabilités près du banc slovaque, et sont punis tous les deux. À quatre-contre-quatre, aucune équipe ne fait la différence avant la pause.
Les fusées bleues frappent fort
Dès la reprise, la France se met en valeur avec un contre mené par Jordan Perret sur l’aile droite. Il laisse en passe-abandon pour Charles Bertrand, qui lance en force. Patrik Rybár sort la mitaine. Malheureusement, sur la présence suivante, Pierre Crinon veut dégager du revers et le palet sort au dessus du banc slovaque. Le jeu de puissance s’installe. La sanction ne tarde pas. Lántoši lance du cercle gauche et Buysse, bien masqué, écarte le rebond de l’autre côté… Tatar ne manque pas l’aubaine, cage ouverte (0-2).
Le but donne confiance aux Slovaques, bien plus présents dans la zone tricolore. Ce qui ne veut pas dire que les Bleus lâchent prise, bien au contraire. Guillaume Leclerc travaille fort dans le coin slovaque, récupère avec l’aide de Louis Boudon et trouve Sacha Treille lancé en retrait. Patrik Rybár sauve son camp de la mitaine. Mieux, sur la mise au jeu qui suit, gagnée par Louis Boudon, Anthony Rech récupère et s’infiltre dans un trou de souris pour réduire le score du revers (1-2).
La France ne lâche rien. Texier tente un revers qui échoue hors cadre mais récupère, remonte vers la bleue. Le tir est contré, mais Fleury prend le palet qui traîne et lance en pivot en force… Rybár bloque de justesse.
Vers la mi-match, Valentin Claireaux se fait voler un palet alors qu’il allait sortir de sa zone. Mauvais réflexe avec un cinglage qui n’échappe pas aux officiels. Ses coéquipiers tuent une minute, puis, après un engagement, Philippe Bozon lance audacieusement Dylan Fabre et Louis Boudon sur la deuxième vague d’infériorité. La pénalité est tuée.
Et la France a pris le momentum. Une longue passe de Auvitu est déviée dans la neutre à une touche par Claireaux, qui trouve Perret dans le dos de la défense. Celui-ci se présente seul devant le gardien, le fixe et égalise (2-2).
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— IIHF (@IIHFHockey) May 13, 2022
Juste après, la vitesse française manque encore de destabiliser la défense. Duel gagné en entrée de zone et Texier est envoyé en échappée. Rybár sauve son camp en un-contre-un ! Le portier du Dynamo Minsk doit encore s’employer lorsque Leclerc attaque la cage suite à une mise au jeu gagnée.
Il reste deux minutes, et la Slovaquie termine fort le tiers. Une longue possession enferme les Bleus dans leur camp. Ponctuée d’un changement de ligne à la limite du surnombre, se termine par une action dans le slot où Takáč finit par être crédité du but (2-3).
Les Bleus répliquent avec une percée de Boudon et Rech, ce dernier échouant en pivot. Treille veut prendre le rebond et est mis au sol dans le dos sans coup de sifflet… mais Rech, lui, est vu par les officiels pour faire trébucher sur la relance. Il reste moins d’une minute et la Slovaquie reçoit un jeu de puissance. La France s’en sort et rentre aux vestiaires avec un but de retard et encore 1’06 à effacer.
La Slovaquie finit fort
Le gros travail de Gallet et Auvitu fait le travail et les Bleus reviennent au complet, avant de repartir à l’attaque. Texier, du cercle droit, sollicite Rybár. Les minutes défilent et il reste moins d’un quart d’heure lorsque Louis Boudon perd le palet juste devant son propre but… Buysse lui sauve la mise devant Slafkovský ! Le portier amiénois sauve ensuite de la mitaine sur un tir de loin de Rosandić, puis bloque un lancer de Nemec.
La Slovaquie campe de plus en plus dans la zone française, portée par son public venu en nombre. Il faut plusieurs minutes aux Bleus pour desserrer l’étau, avec l’aide du duo Perret-Claireaux, très actif. Malheureusement, ce temps fort est annulé par une faute d’inattention de Buysse, qui joue le palet juste derrière la ligne de fond, hors de sa zone… La défense française résiste très bien et ne concède guère de chance. Mais il ne reste plus que 4’25 à jouer avec un but de retard.
Les joueurs de Philippe Bozon s’emploient immédiatement en zone offensive, avec un tir de Texier puis un de Fleury, que le gardien slovaque peine à contrôler. Mais un contre vient menacer Buysse : Rosandić en passe-abandon vers Slafkovský, dont le tir laser percute la barre et s’envole dans le filet. L’entraîneur français pose alors son temps mort, à 2’14 de la fin du match… Buysse laisse sa place à un attaquant sur la présence suivante. Les Bleus gagnent l’engagement et Texier allume de volée. Malgré plusieurs engagements gagnés, les Français ne parviennent pas à se procurer des positions de tirs. Après quelques tentatives infructueuses, la Slovaquie tue le match avec un but cage vide de Regenda à huit secondes de la fin (2-4).
Malgré une belle prestation collective, l’équipe de France s’incline donc dans son entrée dans le tournoi. Il n’y a pas de point au bout et les victoires morales ne servent à rien dans la course au maintien, mais ce premier match a de quoi donner de bonnes bases de travail. Utilisant bien son impact physique, rapide dans les transitions, la France a donné du fil à retordre au médaillé de bronze olympique. Le contenu est prometteur, le résultat malheureusement non.
Désignés joueurs du match : Yohann Auvitu (France) et Patrik Rybár (Slovaquie)
Commentaires d’après-match :
Hugo Gallet (défenseur de la France) : « C’est frustrant. Nous avons bien joué mais il n’y a rien au bout. Nous avons la satisfaction d’avoir montré que nous avions le niveau pour tenir ce genre d’équipes. Jouer le mondial en Finlande ? Oui j’ai quelques marques, mais cela reste variable. J’ai joué deux ou trois fois cette saison dans cette patinoire, cela facilite un peu mais c’est aussi une nouvelle équipe, un nouveau tournoi, une compétition différente. L’impact physique ? Ce n’était pas une consigne particulière, mais si l’on gagne nos duels, nous montrons que nous n’avons pas peur, que nous ne les respectons pas trop et que nous avons le même niveau qu’eux. On se doit de jouer physiquement. Nous sommes là pour performer et ce style fait partie de notre identité. Mais maintenant, nous voulons gagner, prendre des points pour le maintien. Faire sept bons matchs sans victoire ne servira à rien. »
Louis Boudon (attaquant de la France) : « Nous sommes déçus, forcément, car nous ne sommes pas passés loin. On y a cru à 2-2, ils marquent cage vide à la fin… Vraiment pas passé loin. Cela passe par des petits détails dans le jeu, trop de turnovers à la fin, mieux manager le palet. Nous n’avons pas le résultat au bout, mais il y a du bon dans le contenu, il va falloir construire dessus. »
Jordann Perret (attaquant de la France) : « Sur mon but, j’ai regardé le gardien pour savoir ce que j’allais faire. Mais l’enchainement est effectivement travaillé à l’entrainement, et là ça a marché nickel ! Nous avons répondu présent aujourd’hui, avec un gros match. Cela se joue sur des petits détails, c’est frustrant. Mais on s’est tous mis dedans, c’est positif. Après quatre semaines de camp, et là encore deux semaines ensemble, le collectif se forme bien. On s’entend bien en dehors de la glace comme sur la glace, on travaille les uns pour les autres. C’est comme cela que l’on gagnera. Nous avons fait une longue préparation, avec beaucoup de musculation au début, ce qui explique que nous avons parfois manqué de jambes sur les amicaux. Mais le but était d’être prêt ici, et là nous sommes tous en forme.é
Philippe Bozon (entraineur de la France) : « On a fait le match que l’on voulait faire. Nous pensions qu’il y avait un coup à jouer contre cette équipe. Les joueurs ont eu une attitude irréprochable à 0-2, nous sommes revenus à 2-2 et manquons le troisième en breakaway, une belle occasion. Le troisième but slovaque arrive trop tôt, juste avant la fin du tiers. Si nous avions réussi à tenir, cela aurait pu changer beaucoup de choses, mais ils nous prennent sur une très longue présence où l’on n’arrive pas à changer de joueurs. Ce troisième but est frustrant. Sur la fin, il manque ce petit shoot, cette petite déviation alors que nous avons du trafic devant le gardien. Il va falloir construire sur ce match, saisir l’opportunité de prendre des points à chaque match, des joueurs peuvent s’améliorer. L’arbitrage ? On ne peut faire de challenge vidéo que sur des actions bien spécifiques et le surnombre [sur le 3e but] n’en fait pas partie. Je ne pense pas qu’il y soit d’après les images, le joueur entrant ne fait pas action de jeu. Le poste de centre ? Alexandre Texier préfère jouer à l’aile, sauf que nous sommes courts au centre. Sur cette ligne, nous avons échangé des positions au troisième tiers en mettant Damien Fleury au centre. Nous allons revoir tout cela, et voir comment nous allons aborder les prochains matchs sur ce plan. Sur le troisième tiers, nous tentons de revenir, cela a impliqué des évolutions dans les lignes. Mais je suis satisfait du comportement des équipes. Nous allons regarder notre prochain adversaire [le Kazakhstan] demain, on a étudié leurs deux matchs contre la Lettonie. Nous, nous serons en repos pendant leur match. Les jeunes en penalty kill ? Louis Boudon et Dylan Fabre sont prévus dans la rotation. C’est difficile pour le treizième attaquant, il faut réussir à l’intégrer sans rogner trop le temps de jeu des autres. Fabre est jeune, il répond bien et sa vitesse est intéressante. Boudon a une bonne lecture du jeu défensive. cela responsabilise tout le monde et, avec les absents que nous avons, cet aspect collectif prime. »
Juraj Slafkovský (attaquant de la Slovaquie) : « Je n’ai pas entendu les supporters chanter mon nom, non ! C’est dommage, mais c’était incroyable d’entendre le public chanter. Notre jeu est basé sur le physique et la vitesse, et quand nous jouons là dessus nous pouvons battre n’importe qui. »
France – Slovaquie 2-4 (0-1, 2-2, 0-1)
Vendredi 13 mai 2022, 16h20. Helsinki Ice Hall, 3731 spectateurs.
Arbitrage de Lassi Heikkinen (FIN) et Jake Rekucki (USA) assistés de Daniel Beresford (GBR) et Elias Seewals (AUT)
Pénalités : France 2′ (2′, 6′, 2′), Slovaquie 4′ (4′, 0′, 0′)
Tirs : France 18 (6, 8, 4), Slovaquie 28 (5, 15, 8)
Récapitulatif du score
0-1 à 10’23 : Regenda assisté de Grman et Roman
0-2 à 21’54 : Tatar assisté de Slafkovský et Lántoši (sup. num.)
1-2 à 26’06 : Rech assisté de Boudon
2-2 à 32’49 : Perret assisté de Claireaux et Auvitu
2-3 à 38’03 : Takáč assisté de Liška et Nemec
2-4 à 59’52 : Regenda assisté de Slafkovský et Čerešňák (cage vide)
France
Attaquants :
Damien Fleury (C, -1) – Alexandre Texier (-1) – Tim Bozon (-1)
Charles Bertrand (2′) – Valentin Claireaux (A, 2′) – Jordann Perret
Sacha Treille (A, +1) – Louis Boudon – Anthony Rech (2′, +1)
Kévin Bozon (-1) – Nicolas Ritz (-1) – Guillaume Leclerc (-2)
Dylan Fabre
Défenseurs :
Yohann Auvitu (+1) – Hugo Gallet (+1)
Florian Chakiachvili (-2) – Romain Bault (-1)
Pierre Crinon (2′) – Thomas Thiry
Vincent Llorca
Gardien :
Henri-Corentin Buysse (2′) (sorti de sa cage à 58’05)
Remplaçant : Sébastien Ylönen (G). Réserviste : Quentin Papillon (G)
Slovaquie
Attaquants :
Tomáš Tatar (C) – Michal Krištof (A, +2) – Róbert Lántoši
Juraj Slafkovský (+1) – Miloš Roman – Pavol Regenda (+1)
Kristián Pospíšil (2′) – Alex Tamáši – Mário Lunter
Adam Liška – Jakub Minárik (-1) – Samuel Takáč
Défenseurs :
Peter Čerešňák (A) – Mislav Rosandić
Michal Ivan (+1) – Šimon Nemec (+2)
Adam Jánošík (-1) – Daniel Gachulinec (2′, -1)
Mário Grman (+1)
Gardien :
Patrik Rybár
Remplaçant : Matěj Tomek (G). Réserviste : Adam Húska (G)