Soulagée par son succès arraché contre le Kazakhstan la veille, l’équipe de France affronte l’Allemagne avec un peu moins de pression. Si le regard est surtout tourné vers le match contre l’Italie mercredi, les Bleus conservent dans un coin de la tête l’envie de piéger l’Allemagne ce soir, même si elle a fini 4e du Mondial 2021. Philippe Bozon sait que les quatre derniers France-Allemagne se joués à un seul but, avec deux victoires chacun…
Malheureusement, ils devront se passer du plus allemand de l’effectif : le joueur de DEL Anthony Rech, blessé. Le staff a choisi d’officialiser la présence d’Enzo Guebey, Fabien Colotti et Quentin Papillon en les inscrivant auprès de l’IIHF pour cette compétition. Cela finalise l’effectif de 25 : il ne peut plus y avoir d’arrivées. Les trois joueurs apparaissent pour la première fois sur une feuille de match au Mondial. L’absence de Rech chamboule les lignes. Guillaume Leclerc rejoint Louis Boudon et Alexandre Texier et Dylan Fabre monte d’un cran sur la quatrième ligne avec Nicolas Ritz et Kévin Bozon. Fabien Colotti prend la place de treizième attaquant, et Enzo Guebey celle de septième défenseur à la place de Romain Bault, envoyé en tribunes.
Dans les cages, les Bleus lancent Sébastien Ylönen – avec Papillon en remplaçant – et les Allemands reposent Philip Grubauer, choisissant Mathias Niederberger.
La France patine bien sur cette première minute, mais Jordann Perret est puni pour un cinglage après 1’39. Ylönen réalise un premier arrêt du bouclier, mais ne peut rien sur sur une passe vers le cercle gauche, reprise par Daniel Fischbuch esseulé dans le dos de la défense (0-1).
Les officiels ne laissent décidément rien passer et sanctionnent Samuel Soramies pour un retenir. Les Bleus cafouillent leur installation. Texier et Auvitu ne se comprennent pas et Stefan Loibl en profite. L’attaquant de Skellefteå part en échappée et son revers échoue sur la mitaine d’Ylönen. Le deuxième groupe tricolore profite d’une accélération de Texier, parti de sa ligne de fond en slalom, et qui cherche à ouvrir sur Bertrand en cage ouverte… mais la passe est déviée par la crosse du défenseur.
Après ce coup de froid, les Français montrent un peu plus de rigueur en défense, et cherchent la vitesse en contre. Le trio Bertrand-Claireaux-Perret, très en vue depuis le début du Mondial, se crée ainsi une bonne situation près du but de Niederberger. Les tirs restent plutôt allemands, ceci dit, à l’instar d’un essai de Kai Wissman depuis l’aile droite, bloqué par le gardien de Cergy.
Le match se ferme petit à petit, des deux côtés. La France cherche à consolider son jeu défensif et patiente pour contrer son adversaire, qui semble se méfier. Une rare incursion française crée un revirement et il faut un retour défensif de Louis Boudon pour couper l’action devant Ylönen.
Après une charge de Thiry, Stützle reste sur la glace et parait se tenir le genou Alors qu’il rentre péniblement vers son banc, la star d’Ottawa se rend coupable d’un cinglage sur Crinon, avant de filer au vestiaire. La pénalité est logique, frustration du joueur blessé… La France parvient à s’installer. Texier lance de volée au cercle droit et Treille ne parvient pas à prendre le rebond. Mais ce n’est pas fini et la France reprend le même schéma. Tim Bozon glisse le palet entre deux défenseurs et trouve Texier avancé au cercle, qui allume une volée en pleine lucarne (1-1, photo).
Alex Texier with a top-shelf snipe.🎯 @Hockey_FRA @atexier99 @BlueJacketsNHL#FRAGER #IIHFWorlds pic.twitter.com/jCPjmW4Iim
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L’Allemagne semble avoir du mal à trouver son jeu, mais fait tout de même faire la différence à deux minutes de la pause. Un lancer de la bleue de Dominik Bittner est dévié entre les cercles par Alexander Ehl et piège Ylönen (1-2). Un but qui permet à l’Allemagne de virer en tête. On sent que les joueurs de Toni Söderholm se méfient énormément de la vitesse tricolore. Côté impact physique, les Bleus répondent aux mises en échec – Dylan Fabre en subit deux très appuyées – par des mises en échec tout aussi puissantes – Perret sur Seider. Un sentiment de frustration pour les joueurs de Bozon sur ce score, car ils ont l’impression qu’il y a un coup à faire…
À la reprise, Tim Stützle reste aux vestiaires, probablement blessé au genou. L’Allemagne attaque fort avec une tentative de tour de cage de Michaelis. Les officiels interrompent le match pour vérifier à la vidéo si l’arrêt d’Ylönen est du bon côté de la ligne… et confirment leur premier jugement, pas de but.
La France cherche à exploiter sa vitesse. Texier contourne la cage et remonte vers la bleue, freine et décoche un tir qui frôle le cadre. Mais l’Allemagne reste bien plus dangereuse. Seider s’avance depuis l’aile et se heurte à Ylönen, Michaelis butant à son tour en prenant le rebond. Le gardien de Cergy est décisif sur ce début de tiers, alors que les joueurs de Söderholm accélèrent: ils comptent huit tirs en quatre minutes !
La France ne s’en laisse pas compter et enchaîne quelques bonnes présences, notamment du trio de Texier. Llorca de l’aile droite, Bertrand de l’aile gauche trouvent Niederberger. Ce temps fort bleu culmine avec un gros travail de Ritz et Kevin Bozon le long de la bande, et Maximilian Kastner concède deux minutes. Les Bleus s’installent bien, mais Fleury, servi sur un renversement par Texier, manque le cadre. Puis Fabre, placé entre les cercles, n’arrive pas à reprendre.
Les Bleus sont récompensés au retour à cinq. Hugo Gallet, monumental depuis depuis le début du tournoi, coupe une attaque allemande, relance vers Claireaux à gauche, qui accepte une mise en échec pour trouver Bertrand à l’aile droite. Le défenseur a continué son effort. Il n’est pas suivi par la défense et dévie le centre du joueur de Tappara, glissé entre les jambes de Bittner, juste devant le gardien (2-2). C’est le premier but au Mondial élite pour Hugo Gallet.
Hugo Gallet with a tip-in. We're tied again.🇫🇷 @Hockey_FRA #FRAGER #IIHFWorlds pic.twitter.com/buA85GX6gi
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Déchaînés, les Bleus pilonnent une défense sonnée, avec deux tirs déviés de peu à côté, puis un tir de Llorca bloqué par Niederberger. Il reste trois minutes et Louis Boudon se rend coupable d’une crosse haute dans son travail défensif. Kévin Bozon réalise un penalty-kill de toute beauté, grattant du temps en zone offensive, puis dégageant le palet et gênant la relance pendant le changement de ligne. L’Allemagne ne compte aucun tir et les Bleus manquent même de piéger Niederberger sur une montée de Texier, qui décale Tim Bozon. Le tir en hauteur en angle fermé n’est pas cadré. À la pause, les deux équipes sont à égalité 2-2. Les Bleus s’accrochent bien et rêvent de l’exploit.
La France cherche à éviter la tornade subie au deuxième tiers, et entame donc pied au plancher. Bertrand allume de l’aile droite sur une bonne montée de Claireaux et Niederberger intervient de justesse sur ce tir ras glace. Ylönen poursuit de son côté son bon match en bloquant un tir de Kastner en tête de cercle. L’attaquant de Munich manque ensuite le cadre en reprenant un palet bondissant en haut de l’enclave. La pression monte et Michaelis échoue sur Ylönen, vigilant. Les Bleus plient sur ces cinq premières minutes, mais combattent dans les bandes et ne lâchent rien.
Et finalement, c’est sur contre-attaque que l’Allemagne trouve la faille. Après un tir de Chakiachvili dévié par Texier, une relance de Michaelis piège la montée le long de la bande de Leclerc et Boudon, et envoie un 2 contre 3. Guebey couvre le passeur Noebels, mais celui-ci glisse le palet vers Pföderl, son coéquipier à Berlin. Ce dernier, au duel avec Chakiachvili et Boudon, parvient à placer sa crosse et dévie le palet derrière Ylönen (2-3).
Les Bleus accusent un peu le coup et peinent à repartir devant. A la mi-tiers, Gallet concède deux minutes. La défense se sacrifie pour contrer les tirs face à un jeu très en mouvement des Allemands, et Ylönen sort une grosse parade sur un tir entre les cercles. La France revient au complet, et Texier relance ses coéquipiers vers l’avant avec un nouveau tir lointain.
Les minutes défilent. Sur une bonne montée à droite, les Bleus récupèrent et Ritz sollicite Niederberger sur une passe en retrait. Sur le face-off qui suit, Llorca cafouille à la bleue et Fischbuch démarre. Il centre vers Soramies, gêné par Leclerc, et Ylönen a bien suivi.
La fin de match est tendue. L’Allemagne ne prend plus aucun risque et les Bleus sont gênés dans leur relance. Le temps passe… Philippe Bozon pose son temps mort à 2’35 de la fin, sur une mise au jeu offensive après un dégagement interdit, et sort Ylönen. Les Bleus s’installent bien. Texier, de sa zone de confort au cercle droit, frôle l’égalisation mais le rebond laissé par Niederberger est dégagé. Sur l’engagement suivant, la crosse de Fleury vole en éclats sur sa reprise… Les Bleus ne parviennent pas à libérer leurs positions de tir, à la recherche de Texier. L’attaquant de Columbus reprend enfin de volée à treize secondes, mais Niederberger garde le disque. Le gardien de Berlin bloque ensuite la volée d’Auvitu à la bleue malgré le trafic à quatre secondes de la fin…
Si proche, mais les victoires morales ne rapportent aucun point. Comme contre la Slovaquie, la France a su élever son niveau de jeu et se mettre à la hauteur d’un Championnat du monde élite. La solidarité de l’équipe et le travail défensif ont fait d’immenses progrès. Cela n’a pas payé ce soir. Il faudra que cela paie mercredi contre l’Italie.
Désignés joueurs du match : Hugo Gallet (France) et Marc Michaelis (Allemagne)
Commentaires d’après-match :
Dylan Fabre (attaquant de la France) : « Oui, j’ai pris deux belles charges (rires). Je suis forcément content pour ce premier mondial. Je suis content de moi, ça va bien plus vite ! Il faut prendre les décisions plus rapidement. C’est que du bonheur, mais c’est vraiment dommage sur ce match. Le troisième but nous fait mal, mais tous les joueurs ont montré de l’envie, on a joué de la même façon et joué comme le coach nous l’a demandé. Pour le reste, c’est le hockey… »
Sébastien Ylönen (gardien de la France) : « C’est frustrant, on est pas loin, comme contre la Slovaquie. On ne leur a pas donné grand chose et nous avons eu des occasions à la fin. Nous avons montré un bon niveau de jeu contre une bonne équipe, classée au dessus de nous. Nous avons été solidaires, en infériorité comme à cinq-contre-cinq. On les a fait douter. Cette solidarité, c’est notre identité, nous l’avons démontré ce soir, même si ça n’a pas payé. Globalement je suis content de ma prestation. Le deuxième but est malchanceux… Mais je suis satisfait d’être resté dans le match. Il nous manque encore un point ou deux pour assurer le maintien, je pense. »
Charles Bertrand (attaquant de la France) : « Nous avons répondu présent dès le début de match. Nos efforts nous ont permis d’y croire jusqu’au bout. Maintenant, on va se tourner vers le prochain match, très important. Sur la fin, nous avons cherché la cage et mettre du trafic devant. L’Italie ? Ce sera dur, comme tous les matchs. Il faudra patiner plus et travailler plus fort qu’eux. Ce sera compliqué, et il faudra profiter du jour de repos demain. »
Sacha Treille (attaquant de la France) : « Un peu de frustration sur ce match mais nous sommes en bonne voie, il faut que nous continuions comme ça. C’est à l’image du premier match du tournoi, on fait un bon match et on n’est pas récompensés. Ce soir c’est pareil. Nous savons qu’ils sont meilleurs que nous mais on a vraiment fait le job. Cela se joue à pas grand-chose. On a été solide sur 60 minutes, c’est très positif pour la suite du tournoi. Nous on prend du plaisir à jouer ces matchs. On est un groupe très soudé et on s’apprécie tous. Contre l’Italie, c’est le plus gros match du tournoi qui nous attend. »
Philippe Bozon (entraineur de la France) : « Je n’aurais qu’un seul mot : fier. Je suis déçu du résultat, et surtout frustré pour les joueurs. On donne vraiment tout ce qu’il faut sur la glace, face à une sacrée équipe en face, et on est là, avec eux. On a plus que le niveau pour être ici, mais la réussite nous fuit. Contre l’Italie, ça ne sera pas le même scénario. L’Allemagne a la qualité, et on prend un but en infériorité. Sur le dernier, nous sommes en surnombre par rapport à eux, à trois contre deux, mais il y a une petite erreur, on ne prend pas la crosse du buteur. Ils ont mis beaucoup d’impact physique et de trafic vers la cage ; c’est leur jeu, utiliser les défenseurs pour envoyer au but. Nous avons répondu présent, il nous a juste manqué un petit rebond pour égaliser. On passe pas loin, il y a de quoi être fier. Il faut garder cette attitude pour avoir des résultats. Quand je vois que le banc allemand s’énerve et commence à m’insulter, je sais que nous sommes entrés dans leurs têtes. J’avais dit aux joueurs que ce serait un duel d’hommes, et on était là. On leur a montré qu’on ne reculerait pas. Nous nous sommes retrouvés à 2-2, c’est ce qu’on voulait, ne pas prendre un but juste avant la pause. L’attitude des joueurs a été irréprochable. Les débuts de tiers ? Après le premier tiers, il y a dû y avoir un message dans leur vestiaire car ça les a réveillés. Il fallait s’attendre à ce qu’ils sortent fort. On ne vient pas au Mondial sans subir d’orage ! Mais nous sommes restés solidaires. Face à une belle équipe, nous avons produit du beau jeu, et nous étions bien physiquement même en ayant joué hier. Demain ce sera repos, juste des activités hors glace. La dépense d’énergie hier et aujourd’hui le demande. »
France – Allemagne 2-3 (1-2, 1-0, 0-1)
Lundi 16 mai 2022 à 20h20 à la Helsingin jäähälli. 2652 spectateurs.
Arbitrage de Roy Stian Hansen (NOR) et Lassi Heikkinen (FIN) assistés de Josef Spur (TCH) et Davis Zunde (LET)
Pénalités : France 4′ (2′, 2′, 0′), Allemagne 6′ (4′, 2′, 0′)
Tirs : France 11 (5, 6, 0), Allemagne 20 (8, 12, 0)
Récapitulatif du score
0-1 à 02’04 : Fischbuch assisté de Pföderl et Michaelis (sup. num.)
1-1 à 14’48 : Texier assisté de T. Bozon et Chakiachvili (sup. num.)
1-2 à 17’51 : Ehl assisté de Bittner et Kastner
2-2 à 31’18 : Gallet assisté de Bertrand et Claireaux
2-3 à 45’45 : Pföderl assisté de Noebels et Michaelis
France
Attaquants :
Tim Bozon (-1) – Damien Fleury (C, -1) – Sacha Treille (A, -1)
Charles Bertrand (+1) – Valentin Claireaux (A, +1) – Jordann Perret (+1)
Guillaume Leclerc (-1) – Louis Boudon (2′, -1) – Alexandre Texier (-1)
Dylan Fabre – Nicolas Ritz – Kévin Bozon
Fabien Colotti [1 présence]
Défenseurs :
Yohann Auvitu (+1) – Hugo Gallet (2′)
Florian Chakiachvili (-1) – Vincent Llorca (-1)
Pierre Crinon – Thomas Thiry
Enzo Guebey (-1)
Gardien :
Sébastien Ylönen
Remplaçant : Quentin Papillon (G). Réservistes : Henri-Corentin Buysse (G), Romain Bault (D), Anthony Rech (blessé).
Allemagne
Attaquants :
Matthias Plachta – Tim Stützle (2′, blessé au 1er tiers) – Yasin Ehliz
Leonhard Pföderl – Marc Michaelis – Marcel Noebels (A, +1)
Daniel Schmolz – Setfan Loibl – Daniel Fischbuch
Samuel Soramies (2′) – Maximilian Kastner (2′, +1) – Alexander Ehl (+1)
Défenseurs :
Moritz Seider – Moritz Müller (C)
Korbinian Holzer (A) – Jonas Müller (+1)
Kai Wissman – Fabio Wagner (+1)
Dominik Bittner
Gardien :
Mathias Niederberger
Remplaçant : Philipp Grubauer (G).