Les enjeux sont clairs avant ce dernier match de la phase de poules. Si les Tchèques gagnent dans le temps réglementaire, ils passeront devant la Finlande. Mais dans ce cas, ils hériteraient du Canada comme adversaire en quart de finale à la place de l’Allemagne, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle ! La Finlande, elle, peut encore jouer trois adversaires potentiels : la Slovaquie en cas de victoire en 60 minutes, le Canada en cas de prolongation, l’Allemagne en cas de défaite en 60 minutes.
La République tchèque repose deux défenseurs (Simek et Jordán) sur recommandation des médecins. L’arrière junior David Jiříček et le centre Michael Špaček, qui ne jouaient plus depuis deux rencontres, reviennent dans l’alignement. Le gardien Marek Langhamer – à domicile puisqu’il joue à Tampere pour Ilves dans le championnat finlandais – est titularisé pour la première fois devant les filets tchèques.
Le premier tir, après 51 secondes, est pour Matěj Blümel en débordement, il arrive dans l’épaule du gardien. Les Tchèques ont l’intention de s’installer en attaque mais se mettent en danger par des erreurs individuelles. Filip Hronek perd le palet tout seul en entrée de zone, Joel Armia part alors en contre mais n’arrive pas à servir Pesonen. Une minute plus tard, Jakub Vrána se fait voler le palet en zone offensive par Mäenälänen, qui part à 2 contre 1, mais Anttila effleure seulement le palet sur sa passe. La troisième contre-attaque de ce genre est la bonne : en fond de zone, Blümel se fait chiper la rondelle par Juho Lammikko qui allonge ses longs bras dans son dos ; cette fois, Joel Armia signe un but superbe, il dribble d’abord Jan Ščotka qui en tombe, puis tire en lucarne, côté plaque (1-0, photo ci-dessous).
La Finlande est efficace défensivement, un peu moins offensivement. Mikael Granlund rate son tir du poignet sur une contre-attaque après une énième perte de palet tchèque, provenant cette fois du vétéran David Krejčí, pourtant réputé techniquement sûr. Les hommes d’expérience sont à la faute. Le capitaine Roman Červenka est ensuite pénalisé pour crosse haute dans un duel avec Hietanen en zone offensive. Sur l’avantage numérique, l’habituel passeur Sakari Manninen reçoit ce coup-ci le palet devant la cage ouverte, une offrande de Jere Sallinen qui s’est saisi de son propre rebond dans le slot (2-0).
Les Tchèques démarrent très fort au deuxième tiers-temps : dès la première minute, Červenka presse le défenseur Ohtamaa, lui prend le palet et donne en retrait à Krejčí seul dans l’axe pour un tir… en plein dans le masque de Jussi Olkinuora ! Jiri Smejkal n’est pas plus précis avec un tir rasant dans les bottes du gardien alors qu’il est absolument seul sur une passe en retrait de Sklenička. Les blancs ne quittent presque pas la zone offensive et impriment un rythme élevé que la Finlande peine à soutenir.
Après avoir subi le jeu pendant cinq minutes, la Finlande attaque à son tour. Mais le dernier geste fait là encore défaut. Sur une excellente passe transversale de Mikko Lehtonen, Sakari Manninen tire dans la poitrine du gardien. Marko Anttila, seul face au but après une perte de palet de Hronek dans le coin, trouve pour sa part la botte droite de Langhamer. C’est néanmoins le signe que les Tchèques sont de plus en plus en souffrance défensive. Ils concèdent d’ailleurs deux dégagements interdits en une minute et demie. L’équipe locale concrétise ce temps fort : après un tir en pivot de Miro Heiskanen – auteur d’un festival technique – dans les bottes de Langhamer, l’autre défenseur Mikael Seppälä récupère le rebond et ajuste une passe diagonale qui offre une cage ouverte à Toni Rajala au poteau opposé (3-0).
Les Tchèques auront concédé toutes leurs pénalités en zone offensive ce soir. En troisième période, c’est le cas de Zohorna (petit coup de crosse sur la main de Lehtonen) et de nouveau de Červenka (qui se débarrasse du défenseur pour être seul au second poteau au cas où il recevrait la passe). Des pénalités tuées sans problème, mais qui font passer le temps. À dix minutes de la fin, la Finlande est aussi sanctionnée en zone offensive quand Mäenälänen lève le coude sur Pastrňák. Mais la Finlande est toujours impeccable en infériorité numérique et finit cette phase de poules à 100%.
L’intensité tombe et le match semble tranquillement sous contrôle finlandais. Les Tchèques semblent avoir accepté la défaite, mais Kari Jalonen veut envoyer un autre message et sort son gardien avec trois minutes à jouer et trois buts de retard. Le seul évènement de ce jeu sans gardien – à 6 contre 4 après un accrochage de Manninen – est le moment où Anttila s’apprête à viser la cage vide… et se fait subtiliser le palet par-derrière par Pastrňák !
Les 5 buts encaissés par la Finlande dans la phase de poules sont un nouveau record des championnats du monde. Ne parlons même pas des statistiques du gardien Jussi Olkinuora : quatre blanchissages, 99% d’arrêts et 0,20 but encaissé par match !
On ne dira pas que les Tchèques sont entrés sur la glace avec l’idée de perdre, mais après quelques accélérations (le début de deuxième tiers), ils en ont ensuite gardé sous le pied sans s’échiner vainement, déjà tournés vers le quart de finale qui les attend contre l’Allemagne. La Finlande partira favorite face à la Slovaquie. Et c’est donc la Suède qui héritera du Canada tenant du titre pour la grosse affiche des quarts de finale…
Désignés joueurs du match : Jussi Olkinuora pour la Finlande et Filip Hronek pour la Tchéquie.
Commentaires d’après-match :
Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : « Nous avons été un peu plus efficaces dans l’enclave et nous avons défendu avec fermeté. Chaque fois qu’on bat une équipe forte, on se sent bien. On n’encaisse aucun but, on ne peut pas être plus heureux. Je ne sais pas s’ils ont joué à moitié, ce n’est pas nos affaires. Nous avons décidé de jouer pour gagner. Avec une victoire à 3 points, on est premier et on rencontre le quatrième de l’autre poule. Chercher à perdre se retourne souvent contre vous. Jouer bien est plus utile que jouer mal et espérer s’améliorer le lendemain. Nous sommes venus jouer notre meilleur hockey, nous y sommes arrivés. Nous sommes prêts à jouer jeudi pour une place en demi-finale. »
Kari Jalonen (entraîneur de la Tchéquie) : « Nous avons mis la pression au début de la deuxième période et nous aurions dû marquer. Cela a influencé le cours du match. Le but du 2-0, aussi. Les interventions de Zohorna et Červenka étaient pourtant loin d’être des fautes. La défaite est dure, mais rencontrer la Finlande en championnat du monde, ce sera un des meilleurs souvenirs de ma carrière de coach. Nous avons été un challenge pour la Finlande, mais c’est l’équipe qui concède le moins. Il y a eu beaucoup de combat devant le but, de bons engagements. Mais il est évident que nous étions fatigués. Les Finlandais se sont reposés deux jours alors que nous avons joué deux jours de suite. Cela fait une différence. Maintenant on regarde l’Allemagne. Nous devons avoir la mémoire courte et ne pas ruminer la défaite. Ce n’est pas un problème de devoir voyager [à Helsinki], c’est ainsi que ça fonctionne. Je ne crois pas [que les joueurs aient eu en tête de perdre]. Nous avons du respect pour tous nos adversaires. En plus, l’Allemagne a vraiment fait un bon tournoi. J’ai regardé l’autre groupe tout le temps, je sais qu’ils jouent vraiment bien. »
David Jiříček (défenseur de la Tchéquie) : « C’est difficile [de rejouer après une pause] mais j’étais prêts. Ce n’était certainement pas ma meilleure performance personnelle. Je dois apprendre de mes erreurs. [Sur le troisième but] nous avons mal communiqué devant notre filet, cela ne doit pas arriver. Je ne savais même pas quelles étaient les possibilités, quel était le tableau des quarts de finale, je suis entré pour gagner. Je ne sais ce que les autres joueurs savaient, mais je ne savais pas. »
Finlande – Tchéquie 3-0 (2-0, 1-0, 0-0)
Mardi 24 mai 2022 à 20h20 à la Nokia Arena de Tampere. 11 673 spectateurs.
Arbitres : Mikael Nord (SUE) et Miroslav Štolc (SVK) assistés de Nick Briganti et Jake Davis (USA).
Pénalités : Finlande 4′ (0′, 0′, 4′) ; Tchéquie 6′ (2′, 0′, 4′).
Tirs : Finlande 19 (8, 8, 3) ; Tchéquie 24 (4, 11, 9).
Évolution du score :
1-0 à 09’31 : Armia assisté de Pesonen
2-0 à 16’17 : Manninen assisté de Sallinen et Granlund (sup. num.)
3-0 à 35’34 : Rajala assisté de Seppälä et Heiskanen
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund – Sakari Manninen (2′) – Teemu Hartikainen
Toni Rajala (+1) – Valtteri Filppula (C, +1) – Jere Sallinen (+1)
Harri Pesonen (+1) – Juho Lammikko (+1) – Joel Armia (+1)
Saku Mäenalanen (2′) – Hannes Björninen – Marko Anttila (A)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen – Juuso Hietanen
Miro Heiskanen (+1) – Mikael Seppälä (+1)
Niklas Friman (+1) – Ville Pokka (A, +1)
Esa Lindell – Atte Ohtamaa
Gardien :
Jussi Olkinuora
Remplaçant : Harri Säteri (G). En tribune : Frans Tuohimaa (G), Sami Vatanen (D), Jere Innala (A).
République Tchèque
Attaquants :
Roman Červenka (C, 4′) – David Krejčí (A) – David Pastrňák
Hynek Zohorna (-1, 2′) – Tomáš Hertl (-1) – Matěj Blümel (-1)
Jiří Smejkal – David Kämpf – Jakub Vrána
Jakub Flek (-1) – Michael Špaček (-1) – Matěj Stránský (-1)
Défenseurs :
Michal Kempný – Filip Hronek
Jan Ščotka (A, -2) – Tomáš Kundrátek (-1)
David Jiříček (-1) – David Sklenička
Gardien :
Marek Langhamer [sorti à 57’03]
Remplaçants : Karel Vejmelka (G), Jiří Černoch (A). En réserve : Lukáš Dostál (G, blessé), Radim Simek (D), Michal Jordán (D), Dominik Simon (A, départ).