L’Allemagne accède aux demi-finales du championnats du monde pour la troisième fois de son histoire, et le hasard du calendrier tombe mal pour mettre en valeur l’évènement : la dernière journée de la Bundesliga de football se joue le même jour, et pour une fois il y a du suspense car le Bayern Munich n’avait pas déjà le titre en poche. Mais le leader Dortmund a trébuché tout seul, le Bayern a remporté son onzième titre de suite, dans une monotonie sans fin.
Les amateurs de sport allemand zapperont-ils sur cette demi-finale qui commence juste après le dénouement footballistique ? Le hockey sur glace, longtemps décrié parce que ce sont toujours les mêmes qui gagnent, offre aujourd’hui plus de diversité. La Lettonie a failli accéder à la finale. Certes, c’est encore le Canada qui s’est qualifié mais il aura un adversaire inédit. L’Allemagne n’a jamais connu de finale mondiale, les États-Unis n’en ont plus connu depuis 1934.
En 1934, les Américains avaient battu en demi-finale les Allemands (3-0) avec 2 buts et 1 assistance de Pete Bessone, qui jouait cette année-là en France, où il avait été recruté l’année précédente – après l’unique titre mondial américain – pour faire les beaux jours de la nouvelle patinoire installée dans le Vel d’Hiv’. Retrouver le même adversaire aujourd’hui permettra-t-il de mettre fin à la série de 11 défaites consécutives en demi-finales depuis lors ?
Les États-Unis sont évidemment favoris. Ils sont invaincus dans le tournoi et ont sans doute pratiqué le hockey le plus rapide et le plus séduisant. Néanmoins, l’Allemagne leur avait posé des problèmes en poule, s’inclinant de justesse 2-3.
Le départ des Américains est tonitruant. Après une minute de jeu, Rocco Grimaldi concentre la défense sur lui en entrée de zone et décale sur l’aile gauche Drew O’Connor qui centre pour Alex Tuch au second poteau avec la cage grande ouverte (1-0, photo ci-dessus). Cette attaque semble confirmer qu’ils peuvent prendre de vitesse leurs adversaires.
Le deuxième but vient d’une grosse erreur, une mauvaise passe de Jonas Müller en entrée de zone pendant que son partenaire défensif est en train de changer. Le lancer fulgurant du petit gabarit Rocco Grimaldi est plus rapide que la mitaine de Niederberger (2-0).
L’Allemagne n’a jamais été menée de deux buts d’écart dans la compétition, et ce n’est pas forcément l’équipe que l’on imagine capable de renverser de telles situations. Harold Kreis n’a-t-il pas une réputation d’entraîneur défensif ? Ne s’est-il pas privé de buteurs ? Néanmoins, son équipe n’a pas eu de problèmes à marquer pendant le tournoi.
Un croc-en-jambe de Patrick Brown sur Nico Sturm en zone neutre engendre le premier coup de sifflet. Le jeu de puissance allemand arrive à maintenir du mouvement de manière continue, en gardant de la persévérance quand les palets sont contrés. Un lancer de Daniel Fischbuch arrive dans les bottes du gardien, et le palet franchit la ligne dans un second temps alors que la jambière de Casey DeSmith a été poussée par le patin de Frederik Tiffels… qui n’avait pas cherché ce contact avant que le défenseur Thrun ne le pousse sur son gardien (2-1, photo ci-dessus). Le banc américain décide de ne pas utiliser son challenge, qui aurait pu coûter une autre pénalité alors qu’il reste un but d’avance…
Une avance qui ne tient que quatre minutes. Posté en relais à la ligne bleue, Nico Sturm encaisse une grosse mise en échec de Kleven dans la bande mais parvient quand même à faire entrer le palet en zone. J.J. Peterka protège le palet dans le coin et Sturm vient recevoir la passe et donner en retrait au jeune défenseur Maksymilian Szuber, arrivé seul devant le but pour son premier point en championnat du monde : un tir parfait le long du poteau, côté bouclier (2-2).
Une minute plus tard, Stachowiak fait trébucher Samberg à la ligne bleue. Pendant l’avantage numérique, Alex Tuch rate un contrôle dans sa zone et laisse Justin Schütz partir seul au but, mais rattrape son erreur en venant lui soulever la crosse. Mais comme l’attaquant de Buffalo lui retient ensuite le bras en fond de zone, il part en prison à son tour. Les Allemands sont aussi de bons patineurs, Peterka le prouve en accélérant en zone neutre à 4 contre 4 et Grimaldi le fait trébucher. L’Allemagne est à 5 contre 3 pour 1’39 en théorie, mais la sirène de fin vient arrêter cette séquence avant les vingt dernières secondes, au moment où le jeu devenait très dangereux.
Dès le début de la deuxième période, l’Allemagne revient en zone offensive pour se réinstaller. Fischbuch obtient alors un rebond devant la cage et se décale, mais Casey DeSmith réussit à repousse de la jambière. Les noirs poursuivent leur temps fort à 5 contre 5. Sur un engagement, Moritz Seider contourne toute la défense et prend un tir en angle fermé qui frappe la barre transversale.
Après ces deux occasions, les supporters allemands sont d’autant plus frustrés de voir Rocco Grimaldi lever les bras : son centre a été malencontreusement dévié par la crosse de Kahun entre les jambes du gardien. Mais les arbitres ont peut-être été abusés par la célébration de l’attaquant… En ramenant sa botte gauche après avoir refermé les jambes, Mathias Niederberger a eu le bon réflexe. La vidéo prouve que le palet n’a jamais franchi la ligne et le but est annulé.
Les Allemands dominent ce deuxième tiers-temps aux tirs. Un lancer masqué de Fabio Wagner, rabattu par une déviation du défenseur Perunovich, est détourné par la jambière gauche bien placée de DeSmith. Mais ce sont les États-Unis qui marquent. Mikey Eyssimont donne à droite à O’Connor qui lui rend le palet, fonce à la cage pour dévier le centre puis prend son propre rebond en poussant le palet en force malgré la mitaine au sol de Niederberger (3-2, photo ci-dessus). En difficulté en patinage, le défenseur Kai Wissmann a lâché son marquage au moment de la passe initiale et a été en retard sur toute l’action.
La rapidité américaine est en train de faire la différence, comme annoncé. Nico Sturm retient Coronato et part en prison. Lors de cette infériorité numérique, le joueur de l’ombre Max Kastner montre pourquoi il a été élu MVP des play-offs DEL malgré ses stats discrètes : il gagne l’engagement initial pour permettre de dégager, puis son poke-check empêche un franchissement américain à la ligne bleue à pleine vitesse. De retour à cinq, les Allemands semblent très exposés aux contre-attaques américaines et ont du mal à se procurer des tirs face à une défense américaine compacte. Mais la poussée des deux dernières minutes leur donne espoir pour la troisième période.
L’Allemagne prend effectivement ses aises dans la zone américaine au début du troisième tiers-temps. Le gardien Casey De Smith effectue deux arrêts d’extrême justesse, en posant in extremis son bâton sur la glace sur un tir à mi-distance de Noebels sur le point de passer entre ses jambes, puis du gant sur un slap de la ligne bleue de Szuber. La plus belle occasion arrive à 49’30 sur une attaque rapide. Daniel Fischbuch attire trois défenseurs sur lui et fait une passe en pivot du revers qui décale seul face au but Max Kastner… mais le centre défensif de Munich montre aussi pourquoi sa production offensive est limitée : il laisse échapper la rondelle !
Cette domination territoriale allemande ne se traduit toujours pas en but. Plus le temps passe et plus les contre-attaques américaines font peur. Le centre de Matt Coronato est ainsi dévié devant la cage par Patrick Brown, hors cadre.
À six minutes de la fin, J.J. Peterka sert une belle passe transversale à Jonas Müller qui s’avance dans le cercle gauche et lance… sur la barre ! Plus la fin approche et moins les relances allemandes sont précises, empreintes d’une précipitation qui coûte du temps au lieu d’en gagner.
Après quelques constructions de jeu difficiles, la Nationalmannschaft entre en zone offensive et sort son gardien pour jouer à 6 contre 5 en gagnant les batailles dans les bandes. Leon Gawanke lance au but, Kahun insiste au rebond et le palet parvient à Marcel Noebels qui égalise du revers dans la cage ouverte (3-3, photo ci-dessous). Juste à temps, il restait 83 secondes.
La prolongation de dix minutes à 3 contre 3 semble favorable à la vitesse des Américains. Cela se vérifie pendant cinq minutes, au cours desquelles ils mènent 6 tirs à 1. L’ébouriffant junior Cutter Gauthier dribble Gawanke en un contre un et tire à bout portant sur Niederberger, tout comme le fait Matt Coronato. Le coach David Quinn ne fait tourner que les trois meilleurs patineurs parmi ses sept défenseurs : Dylan Samberg, Nick Perbix et surtout le petit Lane Hutson.
Harold Kreis fait tourner pour sa part cinq de ses arrières, même si certains semblent souffrir. En attaque, il a beaucoup aligné en vain ses vedettes Peterka ou Noebels, mais il a encore une carte dans sa manche : qui dit vitesse dit Frederik Tiffels. L’ailier de Munich attaque la cage et le palet détourné en l’air par le gardien retombe… sur le dessus du filet. C’était juste une alerte. Sur sa présence suivante, Tiffels zigzague à tout berzingue et même Hutson qui patine devant lui peine à suivre ces mouvements. L’attaquant autrefois drafté et mis sous contrats par Pittsburgh, mais vite rentré au pays après un an en AHL/ECHL, n’a pas un angle très ouvert mais réussit un tir parfait dans la lucarne opposée de Casey DeSmith, le gardien… des Pittsburgh Penguins (3-4).
Wunderbar ! L’Allemagne – après avoir obtenu hier l’organisation l’organisation des championnats du monde 2027 à Mannheim et Düsseldorf – est en finale de l’édition 2023.
Les Américains, eux, comptent plus de défaites de suite en demi-finale que le Bayern n’a de titres de champion consécutifs : 12 ! La prochaine fois, ils n’ont plus qu’à prendre un joueur évoluant en France, comme en 1934…
Désignés joueurs du match : Drew O’Connor pour les États-Unis et Matthias Niederberger pour l’Allemagne.
Trois meilleurs Américains du tournoi selon leur entraîneur : Casey DeSmith, T.J. Tynan et Alex Tuch.
Trois meilleurs Allemands du tournoi selon leur entraîneur : Kai Wissmann, Moritz Seider et Nico Sturm.
Commentaires d’après-match :
Drew O’Connor (attaquant des États-Unis) : « Nous étions en contrôle pendant la plus grande partie du match, c’est juste décevant, nous étions juste là. ils ont marqué un but à la fin. Nous avons eu beaucoup d’occasions en prolongation, malheureusement ce n’est pas rentré. Bravo à eux, ils ont bien joué et ils le méritent. À ce moment, c’est dur, nous sommes déçus, nous voulions jouer l’or demain. Je pense que nous jouons quand même pour une médaille, c’est un challenge pour nous. Les Lettons auront faim, ils n’ont jamais eu de médaille et seront très excités. »
Harold Kreis (entraîneur de l’Allemagne) : « La finale était à portée de main, nous en avions conscience. Mais maintenant nous sommes vraiment en finale et c’est incroyable. Je n’arrête pas de me pincer, mais c’est réellement vrai. La joie est énorme dans le vestiaire. C’est une histoire incroyable, qui n’est pas encore fini. Demain aussi, nous jouerons pour gagner. »
Moritz Müller (capitaine de l’Allemagne, en photo ci-dessous) : « C’est comme le déroulement de la phase préliminaire : ce n’était pas le départ que nous avions espéré, mais nous n’avons jamais cessé d’y croire. La clé du succès contre les gros est de croire qu’on est capable de rivaliser. Pendant des décennies, le match n’était pas perdu sur la glace, mais avant dans le vestiaire, parce qu’on n’y croyait pas. C’est différent maintenant : avant de jouer les gros, nous nous disons que nous pouvons les battre. »
photos IIHF
États-Unis – Allemagne 3-4 après prolongation (2-2, 1-0, 0-1, 0-1)
Samedi 27 mai 2023 à 18h20 à la Nokia Arena de Tampere. 8011 spectateurs.
Arbitres : Tobias Björk (SUE) et Jan Hribik (TCH) assisté de Onni Hautamäki (FIN) et Jirí Ondrácek (TCH).
Pénalités : États-Unis 6′ (6′, 0′, 0′, 0′) ; Allemagne 4′ (2′, 2′, 0′, 0′).
Tirs : États-Unis 33 (10, 9, 8, 6) ; Allemagne 26 (7, 8, 8, 3).
Évolution du score :
1-0 à 01’11 : A. Tuch assisté de O’Connor et Grimaldi
2-0 à 03’56 : Grimaldi assisté de A. Tuch
2-1 à 12’22 : Tiffels assisté de Fischbuch et Kahun (sup. num.)
2-2 à 16’03 : Szuber assisté de Sturm et Peterka
3-2 à 28’47 : Eyssimont assisté de O’Connor et Garland
3-3 à 58’37 : Noebels assisté de Kahun et Gawanke
3-4 à 67’32 : Tiffels assisté de Kahun et Mo. Müller
États-Unis
Attaquants :
Rocco Grimaldi (+2, 2′) – Nick Bonino (C) – Alex Tuch (A, +2, 2′)
Michael Eyssimont – Drew O’Connor (+2) – Conor Garland (A, +1)
Cutter Gauthier (-1) – TJ Tynan – Carter Mazur (-1)
Sean Farrell (-2) – Patrick Brown (-1, 2′) – Matt Coronato (-1)
Défenseurs :
Dylan Samberg – Nick Perbix
Tyker Kleven – Scott Perunovich (+1)
Henry Thrun – Connor Mackey
Lane Hutson
Gardien :
Casey DeSmith
Remplaçants : Cal Petersen (G), Anders Bjork (A). Réservistes : Drew Commesso (G), Ronnie Attard (D), Luke Tuch (A). Substitué sur blessure : Sammy Walker (A, épaule)
Allemagne
Attaquants :
Frederik Tiffels (-1) – Dominik Kahun (A) – John Peterka
Samuel Soramies (+1) – Nico Sturm (+2) – Alexander Ehl
Marcel Noebels (A) – Maximilian Kastner (+1) – Daniel Fischbuch
Parker Tuomie (-1) – Wojciech Stachowiak (-1, 2′) – Justin Schütz (-1)
Défenseurs :
Moritz Müller (C) – Moritz Seider (+2)
Jonas Müller (-3) – Kai Wissmann (-2)
Maksymilian Szuber (+1) – Leon Gawanke (+1)
Fabio Wagner
Gardien :
Mathias Niederberger [sorti de 58’21 à 58’37]
Remplaçants : Dustin Strahlmeier (G), Filip Varejcka (A). En réserve : Maximilian Franzreb (G), Leon Hüttl (D), Manuel Wiederer (A).

















































