Il avait suffi d’un déplacement en Gironde pour stopper net l’élan amiénois. Les Gothiques restaient pourtant sur cinq victoires de suite, dont un succès de prestige face à Marseille (5-4), alors deuxième du championnat. Pour leur entrée en lice en Coupe de France, mercredi à Dijon, ils avaient ensuite validé sans trembler leur ticket pour les huitièmes de finale (17-1), Hinam trouvant à lui seul six fois le fond des filets. Deux jours plus tard, à Mériadeck, la série prenait fin de la plus brutale des manières, sur le plus lourd revers de leur saison (1-8).

Le scénario de vendredi avait de quoi inquiéter. Les hommes de Bruce Richardson avaient tenu un tiers (1-2), avant de sombrer dans le deuxième, où ils encaissaient quatre buts et ne tentaient que cinq tirs pour vingt-neuf concédés. « En deuxième période, on a été terribles, on a été affreux », reconnaissait l’entraîneur amiénois, qui invoquait la fatigue d’un nouveau voyage au lendemain du retour de Dijon. Il dénonçait aussi l’indiscipline des siens, sanctionnés de vingt-huit minutes de pénalité contre dix pour les Girondins, qui avaient converti deux supériorités numériques.

La revanche tombait dès ce dimanche au Coliséum, et elle s’annonçait délicate. Neuvièmes avec douze points, cinq de moins que leur adversaire du soir, les Picards devaient la jouer sans Bergeron, annoncé forfait après un coup à la tête reçu vendredi. Ils devaient surtout apprendre à vivre sans Bernier, blessé à Briançon au début du mois. Le club avait en effet annoncé qu’il devait être opéré et que sa saison était terminée, et le staff s’était aussitôt mis en quête d’un renfort.

En face se présentait le champion de France. Les Boxers avaient décroché en avril le premier titre de leur histoire en dominant Grenoble en finale (quatre victoires à une), au terme d’une saison régulière achevée au quatrième rang (75 points). Ce sacre leur avait ouvert les portes de la Ligue des champions, où ils avaient découvert l’Europe avec un enthousiasme que le score n’avait pas toujours récompensé. Après une défaite en prolongation à Klagenfurt (1-2), ils signaient à Graz la première victoire européenne de leur histoire (4-2). Ils rivalisaient ensuite avec Mannheim (4-5) et Pilsen, qu’ils menaient à la mi-match avant de craquer (4-10), puis avec Pardubice, devant qui ils menaient 2-0 avant de s’incliner (2-5). Leur parcours s’achevait le 13 octobre chez le tenant du titre, Frölunda (1-11), avec quatre points en six matchs.

Ce double front avait laissé des traces en championnat, où les Boxers ne comptaient que six victoires en onze rencontres. « Nous ne sommes pas là où nous aimerions être », reconnaissait le manager général Stéphan Tartari, qui voyait dans la fatigue européenne la cause de points perdus en route. L’infirmerie n’avait rien arrangé. Le gardien Papillon, le défenseur Hilderman, victime d’une fracture au doigt, et Mongo manquaient encore à l’appel vendredi, tandis que Tournier et Girard revenaient à peine. C’est pour colmater ces brèches que le club avait engagé fin septembre un joker médical pour deux mois, le défenseur international letton Niks Fenenko, passé par le Drakkar de Baie-Comeau en LHJMQ, où il avait dépassé les cent points en saison régulière. Septièmes avec dix-sept points, les hommes d’Olivier Dimet avaient néanmoins puni chaque erreur amiénoise vendredi, à l’image du défenseur Ouellet Beaudry, auteur de quatre points, dont un doublé.

De la Hinam-ite
Comme vendredi, Gaëtan Richard gardait la cage bordelaise, et il était mis à contribution d’entrée. Sur un tir de Schmitt, le rebond filait sur le côté et trouvait Magee dans le slot, mais le gardien girondin s’interposait d’un superbe arrêt de la mitaine. Servi par Giroux depuis la ligne bleue, Morin répliquait aussitôt d’un petit dribble du revers, et Gravel ne s’en sortait que difficilement, de la botte.

Les Gothiques frappaient pourtant les premiers. Le Bordelais Girard tentait de relancer depuis sa zone, mais Vertanen lisait la passe et interceptait le palet. Nicholas Girouard trouvait aussitôt Hinam dans le slot, et ce dernier contrôlait avant de loger un revers en lucarne (1-0, 1’32). Le ton était donné, celui d’un match à haute intensité, au point que la cage de Richard avait déjà dû être refixée à deux reprises.

Avec Hinam, promu à l’aile, la ligne de Craig et Girouard semblait particulièrement en jambes. Bordeaux répondait par deux belles présences en zone offensive, mais c’était encore ce trio qui se montrait le plus dangereux. Sur le côté, Hinam trouvait Girouard devant le but, mais la cage avait encore bougé, et Craig était peu après sanctionné (7’54, pour avoir accroché). L’infériorité ne durait que vingt et une secondes, car Barriga, qui se battait sur chaque palet, obtenait la pénalité de Lamarche (8’15, obstruction).

À quatre contre quatre, Schmitt se démenait pour se présenter devant Richard, qui gagnait le duel. Magee récupérait le palet d’un gros effort, et Schmitt attaquait de nouveau la cage. Sur le rebond, le palet finissait au fond après avoir touché un patin, et les arbitres ne validaient le but de Magee qu’après visionnage vidéo (2-0, 8’55).

La pression amiénoise mettait les Bordelais en difficulté. Le jeu se faisait souvent en transition, et les visiteurs multipliaient les passes manquées. Servi par Craig, Hinam se créait une nouvelle grosse occasion, sans parvenir à conclure. Le match commençait alors à s’échauffer, et Hinam se faisait sanctionner pour un coup porté après le coup de sifflet (14’47, dureté). Les arbitres lui ajoutaient dix minutes pour comportement antisportif, et la première ligne amiénoise perdait son ailier jusqu’à la 27e minute.

L’infériorité tenait bon, et Craig y gagnait un duel face à Boscq. Girouard était ensuite violemment chargé contre la bande. Toujours en infériorité, servi à la ligne bleue, il filait vers la cage avec Craig sur un deux contre zéro, mais Richard le privait du troisième but d’un nouvel arrêt de la mitaine. De l’autre côté, Gravel répondait par un arrêt miraculeux sur un lancer frappé de Dusseau, décoché depuis la ligne bleue à travers une forêt de joueurs. Le tiers s’achevait cependant sur une faute de Girouard (19’49, pour avoir retenu), qui laissait Bordeaux entamer le deuxième tiers en supériorité.

Gravel fait le mur
Il ne fallait que cinquante-deux secondes aux Boxers pour en profiter. Lamarche envoyait le palet au fond, et celui-ci rebondissait derrière la cage pour tomber dans la crosse de Giroux, qui dribblait un Gravel laissé seul par sa défense (2-1, 20’52). Ce relâchement relançait le champion. Peu après, Tomasino contrôlait entre les cercles et tentait sa chance ras de glace, mais Gravel fermait la porte de la jambière.

Les Amiénois sortaient pourtant vainqueurs de presque tous les duels, sans parvenir à empêcher Bordeaux de s’installer. Bruche et Girard combinaient en passe et va, et Gravel refermait ses jambières sur la tentative de Bruche. La pression bordelaise finissait par payer en provoquant la faute de Benoit (26’43, pour avoir retenu), puis celle de Plagnat (27’33, crosse haute).

À cinq contre trois, les Gothiques ne concédaient pas la moindre occasion. La supériorité se poursuivait à cinq contre quatre, et Di Dio Balsamo, sur une interception, tentait même sa chance en contre, sans tromper Richard. Sur la relance, Ouellet Beaudry se retrouvait seul dans le slot, face à une cage ouverte, et Gravel le repoussait d’un énorme arrêt de la jambière.

Les hommes de Bruce Richardson subissaient depuis dix minutes lorsque Guillaume leur offrait enfin une supériorité bienvenue (30’37, pour avoir fait trébucher). Au terme d’une superbe séquence en zone offensive, Hinam, revenu sur la glace, décalait Schmitt, qui trouvait la lucarne (3-1, 31’34). Le but venait contre le cours du jeu, mais il récompensait une équipe qui ne lâchait rien depuis le début de la soirée.

Le tiers se terminait dans la tension. Gravel et Santerno se percutaient violemment, et tous deux semblaient touchés. Si le gardien amiénois se relevait, l’attaquant bordelais ne revenait plus sur la glace de la soirée. Peu après, Carry tapait les jambières de Gravel après le coup de sifflet, et Mony allait le recadrer. Le duo filait en prison (36’38, Carry pour plongeon, Mony pour charge avec la crosse).

Avec trois tirs pour quatorze concédés, on croyait revoir le deuxième tiers de vendredi à Mériadeck. La différence tenait cette fois à Gravel, infranchissable à cinq contre cinq, et à un jeu de puissance qui ne laissait pas passer sa seule chance.

Giro d’Amiens
La ligne de Craig repartait de l’avant dès la reprise, et sa pression sur la cage de Richard poussait Lamarche à la faute (41’18, pour avoir retenu). Sur le jeu de puissance, Girouard, servi à la ligne bleue, attaquait la cage et glissait le palet entre les jambières de Richard après un petit dribble (4-1, 42’23).

Dans la foulée, en zone bordelaise, Morin s’en prenait à Djemel, qui répondait, et l’arbitre les envoyait tous deux au banc des pénalités (42’42, dureté). Les Gothiques ne reculaient devant aucun sacrifice. Sonné par une charge, Benoit trouvait encore la force de revenir contrer un tir.

Bordeaux continuait de pousser, à l’image de Farnier, dont le lancer en pivotant obligeait Gravel à un arrêt difficile. Les Amiénois ne lui concédaient pourtant que sept tirs dans le tiers. Frustré, Carry se voyait de nouveau sanctionné après le coup de sifflet (54’48, obstruction). Ce jeu de puissance ne donnait rien, et Schmitt, crosse cassée, offrait même aux Boxers un deux contre un, que Gravel stoppait.

Conscient de tenir une grande soirée, le Coliséum vivait les dernières minutes debout. Une faute de Mony (58’42, pour avoir fait trébucher) relançait pourtant Bordeaux. Morin gagnait la mise au jeu face à Barriga, et Giroux, servi seul dans le cercle, ne laissait aucune chance à Gravel (4-2, 58’53). Richard quittait sa cage au profit d’un sixième joueur de champ (59’15). Girouard interceptait alors le palet à la ligne bleue et signait son doublé dans la cage vide (5-2, 59’34).

Un accident, rien de plus
Deux jours après la gifle de Mériadeck, les Gothiques livraient un match plein, autant dans le jeu que dans la mentalité. Leur premier tiers, particulièrement engagé, prenait de court des Boxers qui peinaient à y poser leur jeu. La ligne de Craig, Girouard et Hinam en était le fer de lance, sur la glace pour quatre des cinq buts amiénois. Au deuxième tiers, aussi dominés qu’à Mériadeck, les Samariens subissaient, mais ils ne craquaient pas cette fois. Ils le devaient à Gravel, remplacé vendredi après sept buts encaissés, et à une infériorité qui annulait soixante-dix secondes à cinq contre trois. Les hommes de Bruce Richardson savaient ensuite reprendre le momentum dans le dernier tiers, et Girouard, auteur de deux buts et de deux passes, se chargeait de conclure. Hors supériorité, Bordeaux n’avait d’ailleurs jamais trouvé la faille. Ce succès montrait donc que le 1-8 de vendredi relevait bien de l’accident, et non d’un mal plus profond. L’indiscipline que dénonçait Richardson n’avait pourtant pas disparu, puisqu’elle coûtait les deux seuls buts bordelais. Le coup de Hinam après le sifflet privait même le meilleur trio de son ailier pendant douze minutes. Privée de Bergeron, la défense tournait à cinq, Plagnat compris, Detcheverry n’étant inscrit sur la feuille que pour faire le nombre. Elle tenait néanmoins le choc, et Vertanen, auteur de trois passes, assurait même la relance. Bruce Richardson devra retrouver ce visage loin du Coliséum, sans offrir autant de supériorités.

Neuvièmes avec quinze points, les Gothiques revenaient à deux longueurs de Cergy-Pontoise, huitième, et de leur adversaire du soir. Ils s’apprêtaient à retrouver Marseille dès le mardi 27 octobre, cette fois en Provence, avant de recevoir Briançon le vendredi suivant. Bordeaux, battu pour la sixième fois en douze journées, recevrait Gap le même mardi, puis se rendrait à Grenoble.

Meilleurs joueurs : Nicholas Girouard (Amiens), Tommy Giroux (Bordeaux)
Amiens – Bordeaux 5-2 (2-0, 1-1, 2-1)
Dimanche 25 octobre 2026 à 18h00 au Coliséum. 3 220 spectateurs.
Arbitres : Rayan Bernoussi et Yann Furet assistés de Joffrey Yssembourg et Achille Lefèvre
Pénalités : Amiens 26′ (6’+10′, 6′, 4′) ; Bordeaux 12′ (2′, 4′, 6′).
Tirs : Amiens 24 (13, 3, 8) ; Bordeaux 31 (10, 14, 7)
Évolution du score :
1-0 à 01’32 : Hinam assisté de Girouard et Vertanen
2-0 à 08’55 : Magee assisté de Seitz et Vertanen
2-1 à 20’52 : Giroux assisté de Lamarche et Ouellet Beaudry (sup. num.)
3-1 à 31’34 : Schmitt assisté de Hinam et Girouard (sup. num.)
4-1 à 42’23 : Girouard assisté de Craig et Vertanen (sup. num.)
4-2 à 58’53 : Giroux assisté de Morin et Bruche (sup. num.)
5-2 à 59’34 : Girouard (cage vide)
Amiens
Attaquants :
Nicholas Girouard (+2, 2′) – Kieran Craig (A, +2, 2′) – Tyler Hinam (+2, 12′)
Nicholas Seitz (+1) – Elijiah Barriga – Brandon Magee (+1)
Ilies Djemel (2′) – Virgile Gauffriau – Cédric Di Dio Balsamo
Noa Besson – Enzo Benoit (2′) – Esteban Voiturier
Défenseurs :
Jere Vertanen (+2) – Bastien Lemaitre (+1)
Mathieu Mony (A, +1, 4′) – Charles Schmitt (+1)
Théo Detcheverry – Antonin Plagnat (A, +1, 2′)
Gardien :
Alexis Gravel
Remplaçant : Mathis Thirion (G). Absents : Justin Bergeron (blessure), Gabriel Bernier (blessure)
Bordeaux
Attaquants :
Tommy Giroux (-2) – Pierre-Olivier Morin (-1, 2′) – Luke Santerno
Enzo Carry (-2, 4′) – Felix Girard (-2) – Baptiste Bruche (-2)
Aina Benjamin Rambelo – Julien Guillaume (A, 2′) – Tom Guidoux
Kaylian Leborgne – Loïc Farnier – Quentin Tomasino
Défenseurs :
Jules Boscq (-1) – Jeremy Ouellet Beaudry (-2)
Kévin Dusseau (C) – Maxim Lamarche (A, -2, 4′)
Niks Fenenko (-1) – Ulysse Tournier
Gardien :
Gaëtan Richard [sorti de 59’15 à 59’34]
Remplaçant : Ewan Barrier (G). Absents : Quentin Papillon, Jarod Hilderman, Yvan Mongo, Steven Fournier (blessés)































