Grenoble sombre corps et âme

De son côté, Dijon s’est rassuré depuis la reprise après une fin octobre plutôt difficile. Les Ducs se sont imposés face à Chamonix (5-3) samedi dernier en Ligue Magnus avant de s’assurer d’une qualification pour les quarts de finale de la coupe de France en écartant une formation de Division 2, Wasquehal (10-3). C’est donc en pleine confiance qu’ils viennent défier une équipe grenobloise en plein doute. Les deux équipes se suivent au classement (Grenoble 9e, Dijon 10e).
Les Brûleurs de Loups doivent se passer des services d’Elie Raibon pour trois semaines suite à une blessure au genou contractée lors du match Espoirs à Reims dimanche. Joris Bedin est mis pour sa part au repos suite à une petite commotion tandis que Vincent Llorca manque aussi à l’appel. Matthieu Le Blond, diagnostiqué avec une pubalgie cette semaine, tient sa place malgré des douleurs récurrentes. C’est avec un alignement au complet et bien huilé que les Dijonnais se présentent ce soir. L’intégration des deux dernières recrues Branislav Kvetan et Peter Trokan s’est faite avec succès grâce notamment à deux matchs organisés pendant la trêve contre Mulhouse.
Les Brûleurs de Loups prennent logiquement l’initiative du jeu lors des premières minutes mais proposent une copie assez brouillonne avec peu d’occasions d’inquiéter vraiment Mojmir Bozik si ce n’est sur des tirs cadrés de Mitja Sivic après des déboulés plutôt intéressants et des actions assez tranchantes de Christophe Tartari, relativement actif dans ce premier tiers-temps.

Les choses deviennent encore plus compliquées pour les Grenoblois lorsque Baptiste Amar puis Maxime Moisand se retrouvent tous les deux en prison, permettant ainsi aux Ducs d’évoluer pendant quarante-trois secondes en double supériorité numérique. Une phase de jeu à haut risque globalement bien maîtrisée par la défense grenobloise, les Ducs ne se montrant dangereux que sur des tirs lointains bien détournés par Eddy Ferhi. Pourtant la fin du premier tiers est difficile pour des Grenoblois qui n’arrivent plus à revenir porter le danger devant la cage adverse. Les Dijonnais sont maîtres du palet et il faut un sauvetage in extremis avec la crosse d’Aymeric Gillet qui neutralise une contre attaque des Ducs en se jetant sur la glace devant l’attaquant dijonnais. Dijon mène logiquement au chapitre des tirs, 14 à 7 sur l’ensemble de vingt premières minutes relativement soporifiques.
Ce n’est guère plus brillant à la reprise avec une rencontre dont le niveau atteint rarement des sommets. Multiplication de dégagements interdits ou de hors-jeu, symboles d’une approximation de tous les instants. Sur une contre-attaque de Miroslav Kristin, Ludek Broz se fait sanctionner pour un accrocher mais Kristin, qui a amplifié le geste, reçoit également deux minutes pour simulation accompagnées de dix minutes de méconduite. Une curieuse décision qui provoque l’éternel débat de la double pénalité simultanée pour deux fautes a priori incompatibles. Le jeu à quatre contre quatre laisse plus d’espace aux deux équipes, ce dont Mitja Sivic met à profit pour laisser sur place la défense dijonnaise sur une accélération caractéristique. Baptiste Amar a bien suivi l’ailier slovène et vient conclure l’action d’une subtile déviation (1-0, 24’04 »). L’ouverture du score semble un bon signe pour Grenoble qui généralement l’emporte dans ce cas de figure. Mathias Arnaud, emporté par sa fougue, se fait sanctionner pour une charge incorrecte. Les Brûleurs de Loups ont ainsi l’occasion d’enfoncer le clou, mais les locaux n’en profitent pas.

Tout est à refaire pour Grenoble qui peine à réagir en fin de deuxième tiers. Alexandre Rouleau tente comme à son habitude de mettre un peu plus d’intensité pour montrer l’exemple à ses coéquipiers mais se montre trop engagé et prend deux minutes pour dureté. La supériorité numérique dijonnaise ne donnera rien et c’est toujours sur un score de parité que les deux équipes regagnent le vestiaire.
Grenoble revient sur la glace sans Viktor Wallin ni Maxime Moisand, visiblement touchés au cours de la deuxième période. Du coup, seulement quatre défenseurs sont alignés au troisième tiers avec les paires défensives Amar-Gillet et Crossman-Rouleau. Les Ducs, sentant un bon coup jouable ce soir, montrent clairement plus d’envie et d’agressivité au coup d’envoi. À l’image d’un Mathias Arnaud virevoltant, ils se mettent plusieurs fois en position d’inquiéter Ferhi qui doit réaliser quelques arrêts importants. En face, rien ou pas grand chose, la formation de Jean-François Dufour se contentant de subir les débats sans réaction notable.
Une pénalité de Decock donne pourtant une bonne occasion aux Brûleurs de Loups de se remettre dans le bon sens. Mais le power-play grenoblois manque clairement de percussion depuis quelques matchs, l’absence de Wallin dans ce tiers et la méforme du duo Broz-Krayzel ne contribuant pas à améliorer l’efficacité en jeu de puissance. Pire même, sur une relance hasardeuse d’Alexandre Rouleau depuis sa zone défensive directement sur Mathias Arnaud, Grenoble va se faire châtier durement : Arnaud remonte le palet rapidement et met toute la rage nécessaire pour fusiller Ferhi d’un tir croisé qui jette un froid dans Pôle Sud (1-2, 48’10 »).

Amar et Kristin s’expliquent le long de la bande, une action qui traduit toute la frustration du capitaine grenoblois, peu habitué des passes d’armes musclées le long de la bande. La suite est inéluctable : Anthony Guttig réalise un festival au milieu d’une défense grenobloise statique. Une feinte et un tir du revers plus tard, Ferhi peut aller récupérer le palet au fond de ses filets (1-3, 55’37 »). Cette fois Dijon tient sa victoire et Grenoble voit se profiler sa deuxième défaite consécutive à domicile. Jean-François Dufour demande quand même un temps mort bien trop tardif à une minute du terme pour faire sortir Ferhi. Peine perdue, Christophe Tartari commet une faute qui rend l’opération totalement inutile. Sans supériorité numérique sur la glace, les Brûleurs de Loups encaissent logiquement un but en cage vide de Robert Jarvis depuis sa zone défensive (1-4, 59’47 »). Fin des hostilités, Grenoble a bu le calice jusqu’à la lie.
Dijon repart de l’Isère avec une victoire sans doute pas programmée mais qui s’est dessinée au fil du match. Lents et peu précis au début de la rencontre, les Ducs ont pris confiance en leurs moyens au fil de la rencontre pour finalement donner le coup de rein nécessaire permettant d’aller chercher les deux points. Bozik a réalisé les arrêts qu’il fallait dans sa cage, Arnaud a montré de l’enthousiasme à l’image de ses coéquipiers de ligne Decock et Guttig. En défense, rien de bien extraordinaire mais match sérieux avec un Robert Jarvis capable de bien orienter le jeu, notamment en supériorité numérique. Une performance bonne pour la confiance avant à la réception de Caen qui permettra peut-être aux Ducs de doubler leurs adversaires du jour au classement.

Certes les absences de Wallin et Moisand ont compliqué les choses défensivement au troisième tiers mais les joueurs restant sur la glace avaient largement les moyens de décrocher la victoire. Mais l’attaque, décriée depuis plusieurs matchs, s’est montrée toujours aussi stérile et inefficace, le seul but inscrit ce soir provenant une nouvelle fois d’un défenseur. Pour le reste ce fut le néant ou presque : Tartari en début de match avant de s’éteindre et de commettre des fautes au troisième tiers, Sivic qui retrouve des sensations avec plusieurs tirs cadrés mais bien isolés. Trop peu pour compenser l’inefficacité d’un duo Broz-Krayzel de plus en plus poussif et peu décisif. Trop peu également pour compenser l’inefficacité de jeunes, transparents dans ce match à l’image d’Avenel, Le Blond, Arrossamena ou même Baylacq qui patinent sans véritablement construire quoi que ce soit de bon.
L’attaque grenobloise est malade, alors les défenseurs essaient de compenser. Amar et Rouleau, les seuls véritablement au niveau espéré dans cette équipe, essaient d’en faire plus. Devant, derrière, ils sont partout. Mais personne ne suit. Même pas Ferhi, relativement moyen depuis deux matchs. Une profonde remise en cause s’impose dans une équipe incapable de réagir aux injonctions d’un coach qui semble à court de solutions. Une série de trois matchs consécutifs contre Angers se profile à l’horizon. Dans l’état actuel des choses, cette équipe, laborieuse face à Chamonix et incapable de s’imposer à domicile face à Épinal et Dijon, ne paraît pas en mesure d’espérer quoi que ce soit sur cette série. À moins que jouer à l’extérieur ne permette aux Grenoblois de se libérer et de trouver enfin une motivation avec les demi-finales de la coupe de la ligue, une compétition à enjeu immédiat. Sinon la saison promet d’être longue, très longue du côté de Pôle Sud…
Désignés meilleurs joueurs du match : Baptiste Amar (Grenoble) et Mathias Arnaud (Dijon)
(photos www.hockey-passion.com)
Commentaires d’après-match (d’après Le Dauphiné Libéré et France Bleu Isère) :
Baptiste Amar (capitaine de Grenoble) : « Ce soir, je n’ai rien dit. La frustration m’indiquait peut-être de me taire pour dire des choses un peu plus réfléchies et à froid. Le dernier match, j’ai poussé un grand cri, un grand cri de frustration. Il y avait beaucoup d’énervement, beaucoup de choses qui avaient envie de sortir et qui sont sorties. Le résultat n’est visiblement pas du tout à la hauteur de ce que je pouvais espérer. À moi de trouver des mots peut-être différents pour sentir des joueurs un peu plus concernés par ce qui se passe sur la glace. C’est mon travail, certainement, celui du coach… À un moment donné, il faut savoir de quoi on a envie, chacun d’entre nous. Je parlais de bonnes conditions de travail ici à Grenoble, une bonne patinoire, etc. Je n’ai pas l’impression qu’on mérite tout ça pour l’instant. En tout cas, vu ce qu’on fait sur la glace, je trouve qu’on ne le mérite pas. »
Eddy Ferhi (gardien de Grenoble) : « On essaie un peu tous d’échapper à nos responsabilités. L’effort est là mais on se contente de ne pas sortir du lot. Personne ne prend le match en main, personne n’emmène les autres dans son sillage. Il faut changer les choses. »
Grenoble – Dijon 1-4 (0-0, 1-1, 0-3)
Samedi 27 novembre à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3200 spectateurs
Arbitrage de Alexandre Hauchart assisté de Guillaume Gielly et Anne-Sophie Boniface
Pénalités : Grenoble 14′ (4′, 4′, 6′), Dijon 20′ (2′, 4’+10′, 4′)
Évolution du score :
1-0 à 24’04 » : Amar assisté de Sivic et Moisand
1-1 à 31’22 » : Dmytruk assisté de Riendeau et Trokan
1-2 à 48’10 » : Arnaud (inf. num.)
1-3 à 55’37 » : Guttig assisté de Arnaud
1-4 à 59’47 » : Jarvis (sup. num., cage vide)
Grenoble
Gardien : Eddy Ferhi [sorti de 58’51 » à 58’57 » et de 59’08 » à 59’47 »].
Défenseurs : Viktor Wallin – Alexandre Rouleau (A) ; Baptiste Amar (C) – Maxime Moisand ; Jason Crossman – Aymeric Gillet ; Rémi Colotti.
Attaquants : Ludek Krayzel – Ludek Broz – Julien Baylacq ; Mitja Sivic – Christophe Tartari (A) – Graham Avenel ; Raphaël Papa – Mathieu Le Blond – Nicolas Arrossamena ; Loup Benoît ; Maxime Suzzarini.
Remplaçant : Sébastien Raibon (G). Absents : Vincent Llorca, Elie Raibon (blessure au genou), Joris Bedin (commotion).
Dijon
Gardien : Mojmir Bozik.
Défenseurs : Andrej Mrena (A) – Michael Steiner ; Robert Jarvis – Peter Strapaty ; Branislav Kvetan – Robert Dmytruk.
Attaquants : Stephan Dugas (C) – Peter Trokan – Miroslav Kristin ; Thomas Decock – Anthony Guttig (A) – Mathias Arnaud ; Yanick Riendeau – Nicolas Ritz – Loïc Sadoun.
Remplaçants : Andy Foliot (G), Pierre Sanchez. Absent : Gabriel Da Costa.




































