Avant ce match, la Suède est quatrième de la poule de Fribourg avec 9 points, mais un match en plus. La Norvège est cinquième avec 7 points, même si elle en aurait mérité bien plus. Présenté comme ça, la confrontation paraît décisive pour l’accès aux quarts de finale. Elle ne l’est pas tout à fait : rien ne sera définitif en cas de victoire ou de défaite des uns ou des autres. L’enjeu est néanmoins important car il se résume ainsi : le vainqueur sera maître de son destin, le perdant ne le sera plus !
Cette affiche est historiquement déséquilibrée. La Norvège n’a battu la Suède qu’une fois en compétition officielle et c’était seulement aux tirs au but lors des Mondiaux 2011 à Košice. Elle a souvent un complexe d’infériorité dans le hockey face au grand voisin, mais elle est si prometteuse cette année qu’on espère qu’il y aura match.
Le coach norvégien Petter Thoresen a choisi comme gardien titulaire Henrik Haukeland, qui a deux blanchissages mais a affronté les adversaires les plus faciles. Sam Hallam continue de respecter l’alternance et titularise donc Arvid Söderblom.
Les enfants gâtés suédois et leur joujou
Le jeu prend la configuration attendue. C’est-à-dire que la Suède prend le contrôle du palet sans beaucoup l’envoyer vers la cage. Les jeunes Norvégiens, eux, se projettent vite vers l’avant dès qu’ils le peuvent. Mikkel Eriksen prend ainsi un lancer après avoir déboulé sur l’aile gauche. Tinius Luc Koblar, quant à lui, dribble au centre de la glace Rasmus Asplund qui le fait trébucher.
Le powerplay débute mal pour les rouges. Dos au jeu et pas assez attentif, Johannes Johannesen voit sa passe interceptée par Jacob de la Rose, qu’il fait trébucher à l’approche du but. C’est un pénalty, et la Suède envoie Lucas Raymond pour le tirer. Il vise au-dessus de la jambière, mais Henrik Haukeland s’est positionné avec confiance et pare avec son gant. L’avantage numérique peut ensuite se poursuivre, et il est converti de façon majestueuse : passe levée de derrière la cage d’Eskild Bakke Olsen pour la reprise à bout portant de Noah Steen (1-0).
Non seulement la Norvège mène, mais en plus elle s’empare maintenant de la possession. Les Suédois sont privés de leur joujou en caoutchouc favori. Alors, quand celui-ci est à leur portée, ils le gardent pour eux avec leurs mauvais caractère : « c’est à moi et j’ai pas le droit de le prêter ». Les jeux de construction ? Sûrement une invention des Danois à laquelle ils ne veulent pas avoir affaire…
Après 20 minutes, la Norvège est donc devant au score, aux tirs (7 à 6) et aux engagements (9 à 6). De quoi se demander qui des deux est le grand pays de hockey…
La passe du visage
La Suède doit montrer autre chose en deuxième période. Elle maîtrise toujours le palet, mais la différence réside dans les transmissions qui s’enchaînent rapidement. Mettre de l’intensité a un effet immédiat : Mikkel Eriksen charge Brännström dans la bande et part en prison. Le meilleur powerplay de la compétition – avec trois juniors – montre alors son sens de l’innovation : la passe du visage ! Le lancer de Viggo Björck frappe en effet Jack Berglund en pleine face, le palet part en l’air et Ivar Stenberg approche sa main gauche de sa palette pour le reprendre au vol en angle fermé (1-1). Berglund se tient la bouche de douleur pendant que ses coéquipiers le félicitent de son étrange assist.
Martin Rønnild fait un dégagement croisé en zone neutre qui part au-dessus du plexi opposé, un ratage complet qui vaut deux minutes de pénalité. Dès le début du jeu de puissance, un tir de Simon Holmström dans le cercle gauche ricoche sur la transversale. Mais ce même Holmström hache la crosse de Håvard Østrem Salsten et la supériorité numérique se renverse bientôt. Malgré l’infériorité, Carl Grundström lance une en contre-attaque à 3 contre 1, qu’il gère mal avec un lancer repoussé.
Max Krogdahl part en prison pour une crosse haute sur Raymond (qui avait été le premier à lever sa crosse juste avant). La Norvège se rappelle alors qu’elle avait la deuxième meilleure infériorité numérique avant ce match et se montre très active pour perturber la construction suédoise. Mieux encore, Noah Steen part en contre, se débarrasse du retour de Stenberg en le mettant totalement dans le vent par un élégant pivot, puis tire dans la lucarne, côté mitaine de Söderblom (2-1).
Les arbitres demandent la vidéo car Jacob de la Rose a envoyé le palet vers la zone de but (et simplement au niveau où devait trouver se le poteau) alors que la cage a bougé bien avant le tir. Perte de temps inutile. La Suède continue de mettre la pression en zone offensive mais le vétéran Jakob Silfverberg fait un croc-en-jambe à Kåsastul sur une mise au jeu. La boîte jaune tient le powerplay rouge dans le périmètre. La Norvège subit les deux dernières minutes, mais dégage proprement dans la bande pour permettre les changements et rentrer aux vestiaires en avantage.
Raymond, le héros puis l’erreur
Dos au mur, la Tre Kronor montre enfin le jeu qu’on attend d’elle au troisième tiers-temps. Après un beau mouvement collectif et un tir de Robert Hägg, Linus Karlsson échoue deux fois au rebond sur la jambière puis le patin de Haukeland contre son poteau. Dans la continuité un lancer de la bleue d’Oliver Ekman-Larsson fait tinter le poteau. Après la première remise au jeu, la pression reste aussi intense. Viggo Björck vient presser derrière la cage le Suédo-Norvégien Jacob Berglund dont la relance dans la bande arrive à Lucas Raymond. Celui-ci décoche alors un tir magnifique dans la lucarne proche (2-2).
Stenberg s’écroule en contre-attaque pour faire siffler une faute de Solberg mais les arbitres de ne se laissent pas abuser. Ils sifflent en revanche le cinglage de Steen sur Brännström juste après.
Les Suédois ne s’installent guère pendant ces deux minutes. Ils ont une seconde chance à 5 contre 4 après un palet dégagé trop haut par Solberg. Une passe en zone neutre de Lucas Raymond est alors contrée par Martin Rønnild : Eirik Salsten se jette sur l’occasion et transperce Söderblom côté plaque (3-2).
Rien ne va plus pour la Tre Kronor. Emil Heineman offre une cage ouverte au second poteau à Linus Karlsson qui rate sa reprise, la seconde occasion en or gâchée par l’attaquant des Vancouver Canucks dans cette période. Plus le temps s’amenuise, moins les Suédois savent quoi faire. Les Norvégiens se sentent pousser des ailes et les pressent de plus en plus loin.
Qui ira en quart de finale ?
Les trois dernières minutes sont folles. La Suède sort son gardien et fait tourner le palet à 6 contre 5 face à des maillots rouges qui se jettent dans tous les sens. Un tir dans le trafic d’Ivar Stenberg, masqué par Linus Karlsson, frappe même le poteau. Dans les dernières secondes, Stenberg met un dernier palet devant la cage où De la Rose a été plaqué par Kåsastul et où Karlsson ne peut que le voir passer.
Embrassades à n’en plus finir chez les supporters norvégiens, qui ont vu la plus belle performance de leur équipe nationale contre l’adversaire le plus connu et le plus redouté. Dans cette soirée complètement dingue, le meilleur powerplay du tournoi a mis un but… et en a concédé deux. La star Lucas Raymond a inscrit un but superbe… mais a raté un tir de pénalité et a offert le but de la victoire à l’adversaire.
La Norvège a maintenant 10 points et encore deux rencontres à jouer face aux Tchèques et aux Danois. Il lui suffit d’en gagner une pour être irrattrapable par la Tre Kronor et donc accéder aux quarts de finale.
Seule autre chance de la Suède ? Espérer que le Canada batte les Slovaques, pour que la Tre Kronor puisse alors jouer un « huitième de finale » mardi contre ces derniers.
Désignés joueurs du match : Oskar Sundqvist pour la Suède et Noah Steen pour la Norvège.

Norvège – Suède 3-2 (1-0, 1-1, 1-1)
Samedi 23 mai 2026 à 20h20 à la BCF Arena de Fribourg. 5417 spectateurs.
Arbitres : Mikko Kaukokari (FIN) et Jiří Ondráček (TCH) assistés de Mitchell Gibbs (CAN) et Patrick Laguzov (ALL).
Pénalités : Norvège 14’ (4’, 2’, 4’) ; Suède 10’ (2’, 4’, 4’).
Tirs : Norvège 14 (6, 5, 3) ; Suède 34 (6, 14, 14).
Évolution du score :
1-0 à 09’32” : Steen assisté de Bakke Olsen et Vesterheim (sup. num.)
1-1 à 22’23” : Stenberg assisté de Berglund et Björck (sup. num.)
2-1 à 33’15” : Steen assisté de H. Salsten (inf. num.)
2-2 à 43’10” : Raymond
3-2 à 49’11” : E. Salsten assisté de Rønnild (inf. num.)
Norvège
Attaquants :
Emilio Pettersen – Tinus Luc Koblar (2’) – Andreas Martinsen (C)
Petter Vesterheim – Eskild Bakke Olsen – Thomas Olsen
Mikkel Eriksen (2’) – Eirik Østrem Salsten (+1) – Martin Rønnild (+1, 2’)
Noah Steen (2’) – Håvard Østrem Salsten – Jacob Berglund (-1)
Patrick Elvsveen [2 présences]
Défenseurs :
Christian Kåsastul (A, +1, 2’) – Max Krogdahl (A, +1, 2’)
Stian Solberg (2’) – Johannes Johannesen
Kristian Østby – Sander Hurrød
Adrian Saxrud Danielsen [4 présences]
Gardien :
Henrik Haukeland
Remplaçant : Tobias Normann (G). Non équipés : Mathias Arnkværn (G), Markus Vikingstad, Mikkel Øby Olsen (A).
Suède
Attaquants :
Ivar Stenberg (-1) – Viggo Björck (2’) – Lucas Raymond (A)
Emil Heineman – Jacob de la Rose – Linus Karlsson (-1)
Rasmus Asplund (2’) – Oskar Sundqvist (2’) – Simon Holmström (-1, 2’)
Carl Grundström – Jack Berglund (-2) – Jakob Silfverberg (2’)
puis à 40’00” André Petersson
Défenseurs :
Jacob Larsson – Mattias Ekholm (A)
Albert Johansson – Oliver Ekman-Larsson (C, -1)
Robert Hägg – Joel Persson
Erik Brännström (+1)
Gardien :
Arvid Söderblom [sorti à 57’40”]
Remplaçant : Magnus Hellberg (G). Non équipés : Love Härenstam (G), Tim Heed (D), Anton Frondell (A).












































