En ce jour de Pâques, la FFHG vous présente le projet qu’elle couve depuis longtemps et qui éclot en beauté : un match international de hockey sur glace au Palais Omnisports de Paris-Bercy. Il fallait un adversaire dont le prestige soit à la hauteur de l’évènement, et le Canada était l’équipe rêvée. Bienfait supplémentaire, il emmène cette année aux championnats du monde un effectif de belle facture avec ses principaux jeunes talents.
Malgré un prix des places plus élevé que pour une finale de Coupe de France, et corrélé avec les standards du POPB, la salle de Bercy est bien remplie en cet après-midi ensoleillée d’avril. Si remplie du reste qu’il y fait incroyablement chaud, et qu’on sue à grosses gouttes en entrant dans l’enceinte surchauffée. On comprend immédiatement que la glace ne sera pas des meilleures dans cette étuve.
Les hymnes sont chantés avant le match, selon une tradition issue d’autres sports, mais la Marseillaise ressemble plus à une ballade qu’à un chant guerrier quant elle est fredonnée dans les travées du POPB. L’ambiance est plus courtoise que dans un stade, tout en applaudissements polis. Messieurs les gentlemen, entrez donc sur la glace…

La France adopte une stratégie intéressante : presser les défenseurs canadiens dans leur zone, ne pas leur laisser le temps, travailler avec la crosse pour couper les lignes de passes, mais le tout sans donner de mises en échec. Inutile de provoquer l’adversaire sur son point fort. Du fait de ce pressing actif, la France se crée des occasions, mais les espaces sont nombreux et les Canadiens ont quelques boulevards en contre-attaque. Heureusement, Cristobal Huet semble chaud et se déplace bien pour obstruer l’angle à Ladd sur un 2 contre 1.

Assez logiquement entre deux équipes qui n’ont pas la même homogénéité, le duel le plus déséquilibré est assez logiquement celui qui oppose les quatrièmes lignes… surtout que Ken Hitchcock a placé ses joueurs défensifs (Vermette-Zajac-Clutterbuck) sur le troisième trio. La quatrième ligne dans l’ordre de présentation, c’est celle du numéro 1 de la draft 2009 John Tavares, qui reprend à bout portant une belle passe du revers de derrière la cage d’Evander Kane. Huet fait front.

Les Canadiens sont évidemment vexés et intensifient le rythme. Après un tir contré de Spezza côté gauche, le palet traîne dans le slot et revient en situation de 2 contre 0 pour Jordan Eberle qui n’a plus qu’à resservir Spezza (1-2, 26’16 », photo de gauche). Les Bleus subissent alors, à l’instar de Stéphane Da Costa qui perd le palet dans sa zone face à Chris Stewart.
Le gardien français devient l’acteur principal du match. La mitaine de prédateur de Cristobal Huet, penché en avant, capte d’abord un tir d’Andrew Ladd, ex-coéquipier avec qui il a remporté la Coupe Stanley à Chicago voici un an. Il effectue ensuite un arrêt-réflexe de la botte après une passe de derrière la cage de Duchene pour Stewart. Les Canadiens jouent beaucoup en partant de l’arrière du but, et se seraient créé encore plus d’occasions de ce type avec un peu plus de précision.

La troisième période s’ouvre par une petite bourde du gardien Devan Dubnyk qui, en allant ramener la rondelle derrière son but, est tout près d’offrir un but à Desrosiers en la lui donnant devant la cage vide. De quoi redonner confiance aux Français qui rééquilibrent à nouveau le jeu malgré une dimension physique accrue. Alors que Clutterbuck est en prison pour un cinglage, Luc Tardif décoche une rapide flèche de la ligne bleue, que Dubnyk repousse comme il peut de la jambière gauche. Stéphane Da Costa est à l’affût et envoie le palet au fond (2-2, 49’21 »).

La France a été parfois mal payée de ses bonnes phases, surtout en début de match, mais elle a vraiment souffert au deuxième tiers-temps, lorsque le banc est plus loin et que les jambes deviennent plus lourdes, dans un contexte rendu encore plus difficile par les blessures défensives. Cristobal Huet a alors tenu l’équipe à bout de bras. Les Bleus ont su être à la hauteur de Bercy. Espérons qu’ils y reviennent, comme l’a promis Luc Tardif dans son discours de clôture.
Pour les Canadiens, il s’agissait avant tout de se mettre en jambes, à l’instar d’un Dion Phaneuf qui a perdu à lui seul trois palets dans sa zone au premier tiers avant de retrouver son jeu et son impact physique. Ils attendront aussi leurs derniers renforts de NHL pour compléter l’équipe, notamment en défense.
Désignés joueurs du match : Brent Burns pour le Canada et Cristobal Huet pour la France.
(photos de Nicolas Platel)
Commentaires d’après-match

photo (Nicolas Platel) : Jonathan Janil met en échec Rick Nash dans le coin
Jason Spezza (attaquant du Canada) : « Je me sens un peu rouillé après deux entraînements seulement en deux semaines, mais ça va. La glace était mauvaise, mais il y avait une bonne atmosphère. C’était différent des foules nord-américaines, ça chantait, ça dansait. J’étais venu en France en vacances avec ma femme, mais c’était la première fois pour le hockey. […] Stéphane Da Costa est un gars sympa et un bon hockeyeur. On a pu voir à Ottawa combien il était rapide et talentueux. Il est confiant sur la glace, plus discret dans le vestiaire, mais c’est normal pour un jeune. C’est très important pour lui de faire un bon championnat du monde et de garder du momentum cet été pour être encore plus fort au camp NHL à la rentrée. »
Dave Henderson (entraîneur de la France) : « Il faut regarder les choses comme elles sont : Huet nous a permis de garder le match serré, et quand c’est serré tout peut arriver. Je suis content de l’effort fourni, on doit corriger certaines erreurs. On est peut-être trop naïf dans le forecheck, on force quand on doit revenir en zone neutre. C’est la deuxième vague du forecheck qui dépasse le joueur, et ils arrivent alors à chipper, c’est ce point qu’il faut travailler. […] Il nous manque une énorme pièce défensive avec Amar, mais même avec trois blessés on a de jeunes joueurs en défense comme Janil ou Moisand qui sont capables de jouer à ce niveau-là, ce n’était pas le cas il y a quelques années. Le plus important, c’est que les gars avec nous doivent avoir le fil de l’équipe. Avec Pierre [Pousse] depuis trois ans, on prend du plaisir à travailler avec ces gars car ils ont envie de travailler. »
Ken Hitchcock (entraîneur du Canada) : « L’équipe française a bien joué, les fans étaient exceptionnels. La glace était lente, mais j’ai été coach à Dallas pendant sept ans, et c’est à ça que la glace ressemblait à chaque play-off. C’est facile pour le Canada de bien jouer défensivement après deux semaines sans hockey. Le plus gros challenge est d’être sur la même page offensivement, et j’ai bien aimé ce que nous avons fait. Il faut juste améliorer les transitions de la défense à l’attaque, on n’a pas délivré le palet assez vite au joueur libre. »
France – Canada 2-3 (0-1, 1-1, 1-1)
Dimanche 24 avril 2011 à 15h00 à Paris-Bercy. 12737 spectateurs.
Arbitrage d’Alexandre Bourreau et Nicolas Barbez assistés de Jérémy Rauline et Guillaume Gielly.
Pénalités : France 14′ (4′, 2′, 8′), Canada 4′ (2′, 0′, 2′).
Tirs : France 18 (8, 7, 3), Canada 45 (15, 15, 15).
Évolution du score :
0-1 à 10’45 » : Nash assisté de Pietrangelo et Duchene (sup. num.)
1-1 à 24’03 » : Hecquefeuille
1-2 à 26’16 » : Spezza assisté d’Eberle et Tavares
2-2 à 49’21 » : S. Da Costa assisté de Tardif et Desrosiers (sup. num.)
2-3 à 58’21 » : Stewart assisté de Nash et Duchene (sup. num.)
France
Gardien : Cristobal Huet.
Défenseurs : Johan Auvitu – Nicolas Besch (-1, 2′) ; Vincent Bachet (A, 2′) – Kevin Hecquefeuille (A) ; Maxime Moisand – Thomas Roussel (4′) ; puis Jonathan Janil à 30′.
Attaquants : Pierre-Édouard Bellemare (+1) – Laurent Meunier (C, +1, 4′) – Sacha Treille ; Julien Desrosiers – Stéphane Da Costa – Damien Fleury ; Luc Tardif – Laurent Gras (2′) – Teddy Da Costa ; Brian Henderson – Damien Raux (-1) – Nicolas Arrossamena puis Jérémie Romand à 40’00 ».
Remplaçant : Fabrice Lhenry (G).
Canada
Gardien : Devan Dubnyk.
Défenseurs : Dion Phaneuf (A) – Luke Schenn ; Marc Méthot (-1) – Brent Burns ; Alex Pietrangelo – Mario Scalzo.
Attaquants : Andrew Ladd (-1) – Jason Spezza (A) – Jordan Eberle ; Rick Nash (C, 2′) – Matt Duchene – Chris Stewart ; Antoine Vermette – Travis Zajac – Cal Clutterbuck (2′) ; Evander Kane – John Tavares (+1) – Jeff Skinner (+1).
Remplaçant : James Reimer (G).







































