Elle a tout d’une grande. Non, ce n’est pas le slogan d’une pub des années 1990 mais la réflexion que beaucoup ont eu à l’esprit hier avant le coup d’envoi de ce qui n’était qu’une « petite » finale, une simple lutte pour la médaille de bronze, entre la République tchèque, encore tenante du titre pour peu, et la Russie, première puissance mondiale du hockey. Trop d’ingrédients étaient en effet réunis à Bratislava pour faire de ce remake de la finale 2010 la rencontre la plus palpitante de la journée. Il y a tout d’abord une petite brochette de stars dans les deux formations, dont les plus vendeurs restent Jaromír Jágr, Alex Ovechkin ou Ilya Kovalchuk.

Rouges tchèques contre Russie blanche. N’y voyez aucun parallèle avec l’histoire tumultueuse des deux pays, juste une précision des couleurs des casaques respectives. Les Russes dominent assez nettement l’entame de match avec à la baguette un Ilya Kovalchuk déchaîné. Ses tours de cages prolongés en tours de cercle créent quelques situations d’alerte, notamment lorsque son centre n’est pas loin d’être efficacement repris dans le slot par Aleksandr Radulov. Sauf que le tir est détourné de sa cible par un mollet tchèque (00’26”). Ovechkin, vraiment pas dans son assiette en Slovaquie, adresse dans le cercle gauche ce qui sera certainement sa seule tentative cadrée de la soirée, mais Pavelec est en plein sur la trajectoire (01’05”). La frappe dans l’axe de Denis Grebeshkov sur la « bleue » est ensuite détournée par le portier tchèque (02’49”).

En moins de deux (en quinze secondes pour être précis), les Fédéraux vont passer de l’état de menés à celui de menants. La frappe de Červenka sur la bande gauche est refoulée par un blanc et Aleksandr Radulov, récupérant le rebond, déclenche la contre-attaque dans l’axe. Le récent vainqueur de la Coupe Gagarine décale à droite pour Kovalchuk qui enfile l’aiguille un peu avant le point d’engagement (1-1, 09’25”). Sur l’action suivante, Maksim Afinogenov prend part sur la gauche à la relance russe et centre en retrait pour Dmitri Kulikov qui arrive en soutien à droite. Son slap envoyé sur le cercle se fraye un étroit passage sous l’aisselle d’Ondřej Pavelec, qui ne baisse pas le bras assez promptement (1-2, 09’40”). Vite fait bien fait !
Tellement bien fait que même les Tchèques s’inspirent de la méthode. Petr Průcha part à droite de son camp, transmet à Jan Marek en zone neutre qui en fait de même à Tomáš Rolinek au centre. Le « métallurgiste » de Magnitogorsk termine la remontée en repassant à Průcha qui s’est replacé dans le cercle droit ; l’ancien Ranger ajuste Barulin dans la lucarne droite (2-2, 10’22”). Le speaker de l’Orange Aréna s’en mêle les pinceaux au moment d’énoncer les identités respectives des buteurs et passeurs des trois réalisations qui viennent d’avoir lieu en moins de soixante secondes ! Dans le public, l’atmosphère monte d’un cran : d’un côté les nombreux pro-tchèques scandent Češi (« tchéchi », les Tchèques), de l’autre les fans russes, pas moins abondants, leur répondent Rossiïa. Ambiance de finale, quoi ! Fût-elle « petite »…

C’était parti très vite en première période. C’est encore plus rapide sur la deuxième. Près de la bande gauche tchèque, Ovechkin adresse une passe hasardeuse en retrait à Konstantin Gorovikov et celui-ci ne contrôle pas la rondelle. Jan Marek saute sur l’aubaine en partant en break en zone neutre mais Barulin dévie son missile. Les joueurs rejoignent leurs bancs. Alors qu’il vient juste d’arriver sur la glace après un changement de lignes, Průcha profite de cette relâche générale pour intercepter et égaliser dans l’enclave en logeant le puck sous la transversale (3-3, 22’11”). La reprise de Jágr repoussée mais récupérée par ses camarades génère un lot de menaces tant bien que mal contenues par le gardien slave (23’02”). Inversement des rôles : c’est la République tchèque qui presse le plus désormais. La Russie, quant à elle, est moins mordante et va payer cash sa subite léthargie.
Pavelec relâche la frappe de Zinoviev en haut du cercle gauche mais Průcha, par réflexe, dégage au loin. Červenka a lu l’action. Il sprinte vers le camp russe et récupère le palet que, par chance, Atyushov, en se jetant sur lui, n’a pas suffisamment dosé pour qu’il atteigne Barulin. Le gardien russe saute vers l’avant : sa crosse et celle du meilleur buteur de KHL s’entrechoquent, ce qui envoie la rondelle en l’air avant de retomber derrière la ligne de but (4-3, 30’45”). La formation coachée par Alois Hadamczik a quand même pas mal de bol ce soir. Un peu moins toutefois lorsque le capitaine Rolinek trouve la barre après un contre mené à deux (32’03”).

Reprise. Jágr met la pression sur Ilya Nikulin derrière la cage et le défenseur russe envoie son dégagement en plein sur Červenka, sur la bande gauche. Le légendaire numéro 68 se replace, démarqué, entre les deux cercles et tape de la crosse pour demander le palet mais Červenka préfère transmettre en retrait à Plekanec. La salve du Canadien de Montréal est déviée au fond par l’attaquant d’Omsk, qui signe là un triplé personnel sans toutefois avoir tiré au but sur ses réalisations (5-3, 35’10”). La Russie réagit presque de suite. Konstantin Korneev contourne les cages vers la droite, envoie au centre où se bouscule la meute. Le palet passe quand même la forêt de jambes (il est toutefois dévié par l’une d’elles) et Vladimir Tarasenko le reprend au poteau gauche. Les arbitres font appel à la vidéo avant de valider la réduction du score (5-4, 36’03”). Tarasenko, sûr de son fait, avait déjà fêté la chose et pris place sur le banc.

Les Russes perdent définitivement Aleksei Emelin sur blessure après un choc dans son coin droit ; le défenseur quitte le terrain en boitant sérieusement. Les Tchèques poursuivent sur leur lancée du deuxième acte, les Russes sont toujours présents, mais le rythme est quand même légèrement moins soutenu. Barulin sauve du patin une reprise dans l’axe de Rachůnek (45’37”). Sur une énième relance tchèque, Jakub Voráček passe à Rolinek qui sert en retrait Jan Marek dont la reprise instantanée entre les deux cercles conclut avec succès l’offensive en triangle (6-4, 46’30”). Ça sent bon pour les champions du monde 2010.

Le général Bykov tente le va-tout en faisant sortir Barulin à plus de deux minutes de la sirène (57’41”). Suicidaire. Après avoir conservé la rondelle dans le coin droit, Tomáš Plekanec assure la troisième place finale de la République tchèque en la glissant dans la cage vide, achevant ainsi la « petite » finale la plus riche en buts, J.O. compris (7-4, 58’16”). Les Russes, qui brisent là une série de quatre Mondiaux successifs terminés avec une médaille autour du cou, font la tronche. Seuls Kovalchuk et Tyutin accepteront en effet de répondre à la presse.
Désignés joueurs du match : Roman Červenka (République tchèque) et Ilya Kovalchuk (Russie).
Commentaires d’après-match

Alois Hadamczik (entraîneur de la République tchèque) : « C’est une prouesse de battre les Russes deux fois dans un même championnat. Il s’agit quand même d’une formation très puissante. Rien que pour cela j’adresse toutes mes félicitations à mes joueurs. Je pense qu’on a plutôt bien commencé la partie, on a marqué le premier but. Mais les Russes, de par leurs mouvements incessants, nous ont ensuite posé de nombreux problèmes. En deuxième période, on a changé notre défense en zone neutre, on s’est alors créé des occasions que nous avons d’ailleurs transformées. Autant de buts dans une seule rencontre, ça a dû être un sacré régal pour les spectateurs. Cette troisième place enlève un peu de notre déception née de notre revers contre la Suède. »
Jaromír Jágr (attaquant de la République tchèque, élu meilleur attaquant du championnat) : « On avait une meilleur équipe que l’an passé lorsqu’on avait gagné l’or. Mais cela n’a visiblement pas suffi cette année même si j’estime que l’on a fait un excellent tournoi. On a eu la chance que les joueurs de NHL viennent en sélection, ils nous ont beaucoup aidés. J’irais même jusqu’à dire que l’on a bénéficié du groupe le plus fort en championnats du monde depuis plusieurs années. Avec les Russes, on ne peut pas se livrer à une guerre ouverte pendant tout le match. Par chance, on a compris ça assez rapidement, on s’est calmés et à partir de la deuxième période on a beaucoup mieux défendu. On a eu retourné le jeu en notre faveur. (…) Je ne veux pas dire que je ne viendrai plus jouer en sélection. S’il y en aura toujours besoin, je serai toujours prêt à aider l’équipe. D’un autre côté, si je veux encore jouer au hockey l’année prochaine, il va falloir que je trime pas mal ! »
République tchèque – Russie 7-4 (2-3, 3-1, 2-0)
Dimanche 15 mai 2011 à 16h00 à l’Orange Aréna de Bratislava. 9283 spectateurs.
Arbitres : Danny Kurmann (SUI) et Christer Lärking (SUE) assistés de Ivan Dedioulia (BLR) et Miroslav Valach (SVK).
Pénalités : République tchèque 4’ (0’, 4’, 0’) ; Russie 6’ (0’, 4’, 2’)
Tirs : République tchèque 28 (7, 12, 9) ; Russie 43 (17, 15, 11)
Évolution du score :
1-0 à 03’33” : Červenka
1-1 à 09’25” : Kovalchuk assisté de Radulov et Tyutin
1-2 à 09’40” : Kulikov assisté de Afinogenov et Gorovikov
2-2 à 10’22” : Průcha assisté de Rolinek et Marek
2-3 à 18’53” : Kovalchuk assisté de Radulov et Zinoviev
3-3 à 22’11” : Průcha
4-3 à 30’45” : Červenka assisté de Průcha
5-3 à 35’10” : Červenka assisté de Plekanec
5-4 à 36’03” : Tarasenko assisté de Zinoviev et Korneev
6-4 à 46’30” : Marek
7-4 à 58’16” : Plekanec assisté de Jágr et Červenka (cage vide)
République tchèque
Attaquants :
Roman Červenka (+2) – Tomáš Plekanec (+2) – Jaromír Jágr (A, +1)
Milan Michálek (-2) – Patrik Eliáš (A, -1, 2’) – Michael Frolík (-1)
Tomáš Rolinek (C, +3) – Jan Marek (+2) – Jakub Voráček
Petr Průcha (+3) – Jiří Novotný – Petr Hubáček
Défenseurs :
Zbyněk Michálek – Karel Rachůnek (2’)
Martin Škoula (+3) – Marek Židlický (+2)
Petr Čáslava – Ondřej Němec (+1)
Gardien :
Ondřej Pavelec
Remplaçants : Jakub Štěpánek (G), Petr Vampola. Absents : Jakub Kovář (G), Lukáš Krajíček, Radek Martínek, Martin Havlát.
Russie
Attaquants :
Ilya Kovalchuk (A, -1) – Evgeni Zinoviev – Aleksandr Radulov (A, -2)
Nikolaï Kulyomin (-1) – Vladimir Tarasenko – Evgeni Artyukhin (2’)
Aleksandr Ovechkin (-1) – Konstantin Gorovikov – Maksim Afinogenov (+1, 2’)
Danis Zaripov (-2) – Aleksei Tereshenko (-2) – Aleksei Morozov (C, -2)
Défenseurs :
Fedor Tyutin (-2) – Vitali Atyushov (-2)
Konstantin Korneev (+1) – Denis Grebeshkov (+1)
Dmitri Kalinin (+1, 2’) – Dmitri Kulikov (+1)
Aleksei Emelin (-3) – Ilya Nikulin (-3)
Gardien :
Konstantin Barulin [sorti de 57’41” à 58’16”]
Remplaçant : Vassili Koshechkin (G). Absents : Evgeni Nabokov (G), Nikolaï Belov, Aleksei Kaïgorodov.







































