
Des finales régionales surprises

La finale régionale tournait à l’avantage de Yale, victorieux 4-1 grâce à quatre buts dans le dernier tiers, Root étant à nouveau crédité du but vainqueur.
Le même jour, le tournoi régional « Northeast » voyait la victoire de l’université Massachussets-Lowell
Le 31 mars se déroulaient les deux autres finales régionales.


Quinnipiac, St. Cloud State, Yale, Massachussets-Lowell : le plateau du « Frozen Four » était totalement inédit, les quatres équipes n’ayant jamais remporté le titre NCAA. Il fallait remonter à 1958 pour voir un carré final composé exclusivement de novices ! Parmi ces quatre équipes, seule Yale a déjà participé au Frozen Four, avec une troisième place en 1952.
Vers une nouvelle tendance ?
Le phénomène pousse certains observateurs à anticiper une tendance lourde. Les places fortes traditionnelles, comme Boston College ou Minnesota paient en effet un lourd tribut à la NHL. Ces universités de renom attirent les meilleurs jeunes espoirs, mais aussi les recruteurs. Minnesota, par exemple, subissait une véritable saignée. Pas moins de sept joueurs quittaient l’université pour les rangs professionnels dès l’élimination.
Les meilleures universités doivent donc s’habituer à perdre les meilleurs jeunes du pays plus tôt que prévu, après une, deux ou trois saisons. Il leur faut perpétuellement reconstruire.
A l’inverse, des universités moins connues, comme les quatre finalistes de cette année, peuvent conserver leurs joueurs sur la durée et dominer une ligue grâce à une alchimie de joueurs bien rôdée et plus expérimentée.
Le « Frozen Four » pour Yale
Le « Frozen Four » disputé ce week-end a donc consacré l’université de Yale. Les Bulldogs ont eu toutes les peines du monde à se débarasser de Massachussets-Lowell au premier tour. Après avoir dominé tout le match et s’être heurté au gardien Connor Hellebuyck (44 arrêts), ils ont du patienter jusqu’à la prolongation pour arracher leur billet en finale, grâce à un exploit invididuel de leur capitaine Andrew Miller.
Dans le même temps, Quinnipiac, très solide en défense toute la saison, muselait St. Cloud State 4-1. Le match tournait court assez vite, les Bobcats marquant trois fois dans les douze premières minutes.
Quinnipiac et Yale, deux universités séparées par quelques kilomètres à peine – elles sont situées sur la même rue, « Whitney Avenue » – se retrouvaient donc en finale, à Pittsburgh.
Malheureusement pour Quinnipiac, son gardien Eric Hartzell, arme fatale toute la saison, craquait en finale. Son homologue de Yale, Jeff Malcolm, repoussait 36 tirs et portait Yale au titre, 4-0. Yale ouvrait le score à seulement 3,5 secondes de la fin du deuxième tiers : sur un palet mal relancé par Hartzell, un tir lointain du défenseur Gus Young était dévié au fond des filets par Clinton Bourbonais. Dominés par Quinnipiac au début du dernier tiers, les Bulldogs pliaient sans rompre avant de casser les reins de leur adversaire grâce à un but en contre de Charles Orzetti, exploitant une rare erreur de Hartzell sur un rebond. A dix minutes de la fin, le capitaine Andrew Miller, désigné meilleur joueur du tournoi final, concluait une échappée en beauté pour le 3-0. Un dernier but cage vide de Jesse Root finissait le travail.
Yale est la plus faible tête de série à remporter le titre depuis 1981 (15e), après avoir battu successivement les trois premières têtes de série.
Le Hobey Baker pour Drew LeBlanc

LeBlanc a devancé Eric Hartzell, le gardien de Quinnipiac, et le buteur de Boston College John Gaudreau pour le trophée. Hartzell signait pour sa part chez les Pittsburgh Penguins le lendemain de la finale perdue. LeBlanc est le premier joueur de St. Cloud State à remporter ce trophée.
Ruée sur les meilleurs joueurs NCAA
La victoire de Yale est aussi la consécration pour l’un des agents libres les plus observés cette saison. Le Québécois Antoine Laganière, l’un des meilleurs marqueurs de la saison, termine son cursus en beauté et a reçu une pile d’offres de contrats, dont celle du Canadien de Montréal. Il choisit finalement les Ducks d’Anaheim. Il illustre parfaitement un phénomène qui prend de l’ampleur depuis plusieurs saisons : les bonnes affaires NCAA.
De nombreux joueurs non draftés par les franchises NHL se font découvrir sur le tard et suscitent un fort intérêt de la part des recruteurs, parfois avant même la fin de leur quatrième année. L’exemple de Stéphane Da Costa est bien connu du public français, mais il n’est pas le seul. Ces dernières années, des joueurs comme Matt Gilroy, Justin Schultz, ou Cory Conacher se sont imposés en NHL après une solide carrière NCAA. Cela dit, la tendance n’est pas nouvelle : New Jersey avait par exemple construit ses titres 2000 et 2003 avec des joueurs comme Brian Rafalski et John Madden, non draftés.
Cette année, le joueur le plus convoité était sans aucun doute le défenseur Danny DeKeyser. L’arrière de Western Michigan était suivi par presque toutes les équipes mais il a logiquement rejoint les Red Wings de Detroit. De Keyser avait disputé quelques camps d’été chez les Wings et est un proche du fils du propriétaire.
Le départ pour les professionnels de DeKeyser après seulement trois saisons NCAA a donné le coup d’envoi d’une succession de départs. Plus de trente joueurs sont passés professionnels avant la fin de leur cursus, la plupart après trois saisons NCAA, qu’ils soient draftés ou non. Une bonne partie des « seniors » (4e année) ont aussi obtenu un contrat.
Certaines équipes universitaires ont subi de lourdes pertes :
- Michigan avec les départs de ses défenseurs vedettes Jacob Trouba (Winnipeg) et Jon Merrill (New Jersey)
- Minnesota avec les départs de ses défenseurs offensifs Nate Schmidt (Washington) et Mark Alt (Philadelphie) et de sa première ligne d’attaque : Nick Bjugstad (Florida), Zach Budish (Nashville) et Erik Haula (Minnesota)
- Denver avec son meilleur marqueur Nick Shore (Los Angeles), son gardien de deuxième année Juho Olkinuora (Winnipeg) et le défenseur Scott Mayfield (Islanders)
Qu’ils soient draftés ou non, ce sont des joueurs majeurs qui partent plus tôt que prévu. Mais aussi des renforts de poids pour les équipes NHL.
- Tampa Bay a ainsi pu reconstruire sa défense avec le Tchèque Andrej Sustr (Nebraska-Omaha).
- San Jose s’est particulièrement distingué en renflouant son système vide de bons espoirs avec les attaquants Rylan Schwartz (Colorado College), meilleur marqueur de NCAA avec 53 pts, Eriah Hayes (Minnesiota State), Matt Nieto (Boston University) et Chris Crane (Ohio State), ainsi que le gardien d’Union College Troy Grosenick.
- Vancouver tentait sa chance sur Kellan Lain (Lake Superior), un attaquant de grande taille au jeu très physique. Lake Superior perdait aussi Buddy Robinson (Ottawa), autre grand gabarit.
- Philadelphie avait ouvert le bal avec Kyle Flanagan (St. Lawrence), auteur de 147 pts en 134 matchs NCAA malgré une taille modeste.
- Buffalo, enfin, lançait immédiatement Chad Ruhwedel en défense, ce dernier ayant à peine perdu la demi-finale du Frozen Four avec Massachussets-Lowell, et ajoutait le centre-défensif Tim Schaller (Providence).
- De nombreux anciens premiers choix de draft ne terminent donc pas leurs cursus. Outre Trouba et Bjugstad, citons Derek Forbort (Los Angeles).
- Parmi ces joueurs NCAA obtenant des contrats, certains ont cependant bien terminé leur cursus, comme Steven Whitney (Anaheim), petit gabarit prolifique de Boston College. Whitney rejoint donc Laganière chez les Ducks : deux renforts en agents libres qui s’ajoutent à un troisième, Charles Sarault, 2e meilleur marqueur de l’OHL (junior majeur). De quoi rattrapper des drafts manquées !
Et l’intersaison est loin d’être terminée…





































