Du hockey ou du kendo ?

Un petit préambule est nécessaire : depuis la demi-finale de Moscou 2007, qui avait fait deux blessés dans les rangs du pays organisateur, la Finlande est l’équipe que les Russes détestent le plus, et qu’ils accusent de tous les maux. Il n’y a plus de joueur salaud à la Jarkko Ruutu depuis longtemps chez les Leijonat, mais qu’importe, le préjugé reste dans les esprits. Chaque confrontation en Euro Hockey Tour est donc généralement émailée d’explications viriles.

La Finlande entre parfaitement dans son match et semble à la hauteur de l’enjeu. Conquérante dans les duels, elle ouvre le score rapidement, par une pleine lucarne de Petri Kontiola sur passe en retrait de Juhamatti Aaltonen (0-1, photo de gauche).
Pourtant, ces Russes sont encore capables de coups de génie : Aleksandr Radulov réussit une action splendide derrière la cage adverse, une passe aveugle entre ses jambes (et entre celles de Kontiola qui le marque) qui offre un palet en or près du poteau à Denis Kokarev, mais l’attaquant défensif du Dynamo Moscou manque complètement son revers.

Depuis le but, la Russie a dominé à 5 contre 5 et la Finlande a surtout été dangereuse dans ses deux avantages numériques. Janne Pesonen n’a cependant pas réussi à conclure ses deux occasions. D’abord servi entre les cercles par une bonne passe en retrait de Juhamatti Aaltonen, il n’a pas assez levé sa reprise alors que Varlamov était en assez mauvaise posture. Ensuite, sa déviation a fini sa course sur le poteau. Pesonen n’a donc récolté que des bleus, car Medvedev n’a pas lésiné sur les coups de crosse non sanctionnés dans l’enclave.
Les poteaux continuent d’être les vedettes en deuxième période, repoussant un beau slap d’Aaltonen dévié par l’épaule de Varlamov. Perezhogin échappe ensuite à Viitaluoma devant le banc russe et part au but, contraignant Pihlström à la faute. Le jeune gardien finlandais Antti Raanta commet sa première erreur en lâchant un mauvais rebond sur un lancer de Kovalchuk ce qui donne une cage ouverte à Radulov (1-1, photo ci-dessous).

Les arbitres sanctionnent Aaltonen à la mi-match pour avoir vaguement accroché Biryukov en zone offensive et récoltent une bordée de sifflets, réservés le reste du temps à Radulov. La première ligne russe passe encore les deux minutes sur la glace, mais l’imprécision des lancers de la bleue de Nikulin les handicape.
Et c’est donc la première ligne finlandaise qui creuse encore l’écart en avantage numérique : reprise d’Aaltonen sur passe transversale de Pesonen (3-1). Tuukka Mäntylä lance dans la foulée un 3 contre 2 et réussit une passe levée par-dessus le défenseur couché, mais la déviation au second poteau de Sakari Salminen est hors cadre. Les « Suomi » résonnent, les spectateurs sont aux anges, enthousiasmés par le dynamisme retrouvé de leur équipe.

Les Russes ressortent des vestiaires avec une consigne : se forcer à bombarder la cage d’Antti Raanta et compter sur l’inexpérience internationale du gardien finlandais. Mais celui-ci répond présent avec dix arrêts en l’espace de cinq minutes, dont une belle mitaine sur un slap à mi-hauteur de Denis Denisov.
Kovalchuk provoque une nouvelle pénalité de Hietanen, et après une petite pause sur le banc, il revient pendant l’avantage numérique où il sert dans le slot Tereshchenko (qui a pris la place de Loktionov comme centre numéro 1 au cours de ce match). Raanta réussit un double arrêt de l’épaule puis de la botte face au centre de Kazan.
La Finlande défend vaillamment jusqu’au bout face à des Russes de plus en plus frustrés. Medvedev donne un coup de crosse à Hagman, et ce sont les deux joueurs qui vont en prison pour s’être expliqués. On joue à 4 contre 4, et Varlamov sort pour provoquer la supériorité numérique. Aaltonen intercepte une passe russe à la ligne bleue et part en contre vers la cage vide, mais on le fait trébucher sans que les arbitres ne sifflent. La Russie s’installe à nouveau, Ilya Nikulin envoie un bon lancer sur Raanta, et Tereshchenko décale Kovalchuk sur le rebond (3-2). Raanta se sera incliné au vingtième tir de la période !

La Russie concède sa deuxième défaite en deux jours et perd la tête de la poule. Si les Américains continuent leur bon parcours et finissent devant, on risque donc d’avoir un Finlande-Russie en quart de finale ! On imagine la tension qui règnera dans cette hypothèse… On espère que les crosses y serviront uniquement à jouer le palet, pas comme ce soir où les fautes « charge avec la crosse » et « cinglage » ont mystérieusement disparu du règlement ! En constatant cette absence de sifflet sur les premiers coups de crosse de Medvedev sur Pesonen, ou encore sur un cinglage douteux au poignet signé Melart, les deux équipes ont adapté leur logiciel en conséquence et ont commencé une escalade dont on peut même être heureux qu’elle n’ait pas encore plus dégénéré… La commission de discipline ne suspendra même pas Kovalchuk, alors qu’on l’avait connu plus sévère jusqu’ici.
Pour ce qui est du hockey sur glace, on ne peut que souligner une fois de plus le Mondial exceptionnel que réalise la première ligne emmenée par Petri Kontiola et ses ailiers Pesonen et Aaltonen. Mais je voudrais accorder une petite mention plus inattendue à un joueur de l’ombre qui n’est pas toujours épargné par la critique, Niklas Hagman. Le vétéran aux 10 saisons de NHL n’est peut-être plus très efficace offensivement (0 point en 11 rencontres internationales cette saison), mais sa reconversion en quatrième ligne lui va bien et son pressing, y compris dans les phases d’infériorité, a été fort utile ce soir.
Désignés joueurs du match : Aleksandr Radulov pour la Russie et Petri Kontiola pour la Finlande.
Commentaires d’après-match
Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : « Bon match. Deux bonnes équipes. Deux mauvais arbitres. »
Russie – Finlande 2-3 (0-1, 1-2, 1-0)
Vendredi 10 mai 2013 à 20h15 à la Hartwall Areena. 12383 spectateurs.
Arbitrage de Ian Croft (USA) et Marcus Vinnerborg (SUE) assistés de Johnathan Morrison (USA) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Russie 35′ (4′, 4′, 2’+5’+20′) ; Finlande 41′ (2′, 10′, 4’+5’+20′).
Tirs : Russie 36 (7, 8, 21) ; Finlande 24 (7, 14, 3).
Évolution du score :
0-1 à 03’22 » : Kontiola assisté d’Aaltonen et Lepistö
1-1 à 23’37 » : Radulov assisté de Kovalchuk (sup. num.)
1-2 à 27’21 » : Kontiola assisté de Lepistö
1-3 à 36’00 » : Aaltonen assisté de Pesonen (sup. num.)
2-3 à 58’12 » : Kovalchuk assisté de Tereshchenko et Nikulin
Russie
Gardien : Semyon Varlamov [sorti de 57’38 » à 58’12 », de 59’17 » à 59’33 » et de 59’46 » à 60″00″].
Défenseurs : Yevgeni Biryukov (-1, 2′) – Ilya Nikulin (C, +1) ; Fyodor Tyutin (-1) – Yevgeni Medvedev (-2, 2′) ; Denis Denisov (2′) – Anton Belov (+1, 2′).
Attaquants : Ilya Kovalchuk (A, +1, 5’+20′) – Andrei Loktionov [puis Tereshchenko] – Aleksandr Radulov ; Aleksandr Popov – Artyom Anisimov (2′) – Aleksandr Perezhogin ; Sergei Mozyakin – Aleksei Tereshchenko (A, +1) [puis Loktionov] – Kirill Petrov ; Denis Kokarev (-2) – Yevgeni Ryasenski (-1) – Sergei Soïn (-2).
Remplaçant : Ilya Bryzgalov (G). En réserve : Vassili Koshechkin (G), Aleksandr Svitov.
Finlande
Gardien : Antti Raanta.
Défenseurs : Sami Lepistö (+1) – Juuso Hietanen (+1, 2′) ; Tuukka Mäntylä – Teemu Laakso ; Janne Jalasvaara – Ossi Väänänen (2′) ; Lasse Kukkonen (C) – Ilari Melart (2′).
Attaquants : Janne Pesonen (+1, 5’+20′) – Petri Kontiola (A, +1) – Juhamatti Aaltonen (+2, 2′) ; Sakari Salminen – Jarno Koskiranta – Lauri Korpikoski ; Veli-Matti Savinainen (2′) – Ville Viitaluoma (2′) – Antti Pihlström (2′) ; Niklas Hagman (A, 2′) – Juha-Pekka Hytönen (2′) – Marko Anttila.
Remplaçant : Atte Engren (G). En réserve : Joni Ortio (G), Juha-Pekka Haataja.









































