Un Français au centre du favori de la KHL, un pays d’accueil pour un dopé, un projet pharaonique où on se perd, des équipes qui changent totalement ou au contraire qui restent très stables : on trouve de tout dans la division Tarasov, deuxième volet de la présentation de KHL.

Pour cela, il doit prouver qu’il ne tient pas à la seule personnalité d’Aleksandr Radulov mais constitue une équipe solide et homogène. La question se pose surtout sur sa défense, sans joueur étranger depuis le départ de Nemec, remplacé par l’international russe Aleksandr Kutuzov. Dans les cages, le meilleur gardien du championnat du monde 2011 (élu pendant qu’il craquait en finale) Viktor Fasth, remplacé par son compatriote Anders Nilsson (ex-Kazan) à Edmonton, arrive en nouveau concurrent de Stanislav Galimov. Le junior Sorokin reste encore cantonné au rôle de numéro 3.
La capacité à faire éclore au plus haut niveau les nombreux joueurs qu’il forme s’est perdue au CSKA. C’est pourquoi une équipe-ferme – le Zvezda – a été créée en VHL, réminiscence de l’époque soviétique où le « club central de l’armée » (signification des initiales CSKA) disséminait ses soldats dans une multitude de clubs militaires affiliés. Aujourd’hui, les jeunes Moscovites ont pris l’habitude de partir d’eux-mêmes pour se révéler. Au moins, certains reviennent, tel Dmitri Kugryshev, qui ne jouait qu’en quatrième ligne avant son départ et qui, après deux grosses saisons au Sibir, revient compléter un bon deuxième trio avec Jan Mursak et Simon Hjalmarsson.
La première ligne a perdu pour sa part Igor Grigorenko, le complément idéal de Radulov. Mais une semaine avant le début du championnat, le CSKA, qui avait encore une place vacante d’étranger, a récupéré Geoff Platt, viré du Lokomotiv pour cause de passeport biélorusse devenu inutile. Platt a vite été adopté et a marqué du revers le but vainqueur en prolongation lors du match d’ouverture face au SKA. Et même si Stéphane Da Costa, en convalescence de son genou, a manqué toute la préparation, le Français est revenu au jeu au troisième match, entre Platt et Radulov, pour inscrire un doublé. Avec deux trios offensifs qui fonctionnent, l’entraîneur Dmitri Kvartalnov sera peut-être moins tenté de changer ses lignes en permanence cette année…

Le Dynamo s’y perd parfois lui-même : se sent-il vraiment chez lui alors qu’il continue de s’entraîner à la base de Novogorsk, à l’extérieur de la ville et à l’opposé, donc… au nord-ouest. Vous avez suivi ? Vous êtes vraiment très fort. Même le plus russophone des journalistes grenoblois s’était perdu en cherchant en vain un match de hockey du Dynamo au métro Dynamo (quelle idée aussi !). C’est comme si vous alliez à la VTB Arena et pas au Palais de glace VTB, pff…
L’entraîneur letton du Dynamo, Harijs Vitolins, est maintenant un homme seul. L’ancien adjoint ne bénéficie plus des conseils de son mentor Oleg Znarok (qui s’occupe uniquement de l’équipe de Russie) et il a perdu son principal soutien, le président du club Arkadi Rotenberg, qui a démissionné pour se faire élire président du conseil d’administration de la fédération de hockey russe (FHR). Or, beaucoup de supporters lui font grief de l’absence d’une première ligne forte. Ce n’est pas forcément sa faute, car il n’a aucun centre à mettre entre Kaspars Daugavins et Maksim Pestushko. On ne compte plustrop sur le vieux Tereshchenko toujours blessé. Le vieillissant Konstantin Gorovikov est mieux adapté sur une troisième ligne. Daniil Tarasov, revenu d’Amérique où il était parti à 18 ans, a été testé mais sans faire l’affaire. Et on ne va pas employer Aleksei Tsvetkov qui forme déjà un beau duo technique avec Maksim Karpov sur la deuxième ligne.
Le Dynamo s’est occupé de donner de la mobilité à la défense en remplaçant Jalasvaara par son compatriote Juuso Hietanen. Mais les lignes arrières, menées par le soutien offensif Mat Robinson, manquent surtout de poids. En plus, le gardien numéro 1 Aleksandr Eremenko est blessé pour un mois après une collision malheureuse avec Robinson. Heureusement qu’il y a de la densité avec les deux autres membres du « trio des Alexandre » (Lazushin et Sharychenkov) dans les cages)… Comme quoi l’homogénéité reste un atout malgré le manque d’une recrue-vedette (et surtout d’un meneur offensif) qui contenterait les fans.

La principale recrue offensive est Jonas Enlund, toujours plus efficace depuis cinq ans au Sibir Novosobirsk, mais qui n’a rien d’une star flamboyante. Ce bon travailleur devrait s’intégrer à une équipe dont la colonne vertébrale est la discipline. C’est le fer de lance du nouvel entraîneur Aleksei Kudashov, qui a appris à travailler avec les jeunes à l’Atlant et pourra faire progresser les espoirs prometteurs de Yaroslavl, bien encadrés par des éléments de grande expérience internationale comme les centres Jiri Novotny et Petri Kontiola.
La défense, point fort habituel du Lokomotiv, a perdu deux éléments importants, Jonas Holøs et Yegor Yakovlev, mais reçoit en renfort Patrik Hersley, le canonnier suédois dont le lancer de la droite a remporté le concours de puissance de tir au dernier All-Star Game de KHL. L’arrière-buteur arrive dans une équipe qui dispose de son complément presque idéal, son compatriote Staffan Kronwall, le capitaine de l’équipe de Suède et garde-chiourme de sa propre cage. Attention néanmoins, cette paire très puissante n’est pas réputée pour sa vitesse.
Le Lokomotiv Yaroslavl garde un statut d’outsider, qu’on devrait normalement retrouver en play-offs, mais sans l’assurance d’y passer un tour.
Le Torpedo Nijni Novgorod est l’équipe qui a connu le plus gros bouleversement à l’intersaison : l’entraîneur Peteris Skudra est toujours là, mais la majorité des joueurs sont partis. Son système fonctionnera-t-il encore, y compris face à des adversaires qui auront des renseignements de première main ? En effet, huit joueurs sont partis chez des rivaux directs de la même division : Hietanen au Dynamo, le jeune défenseur Grigoriev au Lokomotiv, deux joueurs au CSKA et quatre à Sotchi !

En attaque, le Torpedo a recruté trois étrangers au style de jeu assez physique, adapté à l’intensité réclamée par Skudra : les Suédois Carl Klingberg et Linus Videll, ainsi que le Canadien Carter Ashton. Ce dernier avait commencé la dernière saison en NHL à Toronto avant d’être interrompu dans son élan par une suspension de 20 matchs pour un contrôle positif au clenbutérol (et de revenir au jeu mais le plus souvent en AHL). Explication officielle : il a fait une soudaine crise d’asthme après un entraînement, a emprunté un inhalateur à un coéquipier et l’a gardé ensuite… Aucun mot, bien sûr, de l’identité ou de la sanction du partenaire si généreux… Le clenbutérol – détourné par les culturistes et connu comme dopant depuis des décennies – est un médicament d’origine vétérinaire, néanmoins interdit en Europe comme aux États-Unis. C’est pour ça qu’Alberto Contador – déchu du Tour de France 2010 à cause du clenbutérol – avait déclaré avoir mangé un steak pour se justifier… Cette substance est autorisée à l’usage humain contre l’asthme… en Russie ! Autant dire que le cas Ashton a été passé sous silence par la presse russe.
Le débat chaud tient plutôt aux joueurs biélorusses, puisque le Torpedo en avait 3, en plus des 4 « étrangers des pays non amis ». L’un d’eux a été viré, Aleksandr Makritsky, et la rumeur annonce que les frères Kostitsyn pourraient bientôt voir leur contrat rompu. Quoi qu’il arrive, il est surprenant de voir un joueur aussi célébère qu’Andrei Kostitsyn placé en quatrième ligne (!), avec le revenant Aleksandr Frolov, qui a retrouvé un contrat après une saison blanche, et qui semble en bonne forme. Les deux ailiers d’expérience encadrent un centre débutant de 20 ans, Daniil Ilyin. Mais pour le coach, ce libellé de « quatrième trio » renvoie à une hiérarchie très théorique puisque toutes les lignes ont des temps de jeu similaires. Normal, puisque la star, c’est l’entraîneur…

Relancer sa carrière, c’est aussi l’objectif de Konstantin Barulin, le gardien qui a souffert la saison dernière à Omsk et qui en a perdu le contact avec l’équipe nationale. À Sotchi, sa place de titulaire ne devrait pas être remise en question et il pourra retrouver confiance.
Mais bien sûr, on ne saurait constituer une équipe uniquement avec des caractériels. Sotchi a aussi engagé un travailleur de l’ombre persévérant, le triple champion KHL Dmitri Kazionov. Surtout, il s’est musclé en défense avec Janne Jalasvaara et le géant Aleksei Semyonov.
Puisque le club de la Mer Noire avait atteint les play-offs l’an passé malgré un temps d’adaptation initial forcément compliqué pour le débutant, il espère évidemment en faire autant avec une équipe désormais rodée. Mais comme il était huitième et dernier qualifié de la Conférence Ouest, il n’est pas à l’abri qu’un club moins bien placé connaisse une meilleure saison.

Confier l’offensive aux enfants du pays présente l’avantage de pouvoir blinder la défense avec des étrangers. Jusqu’ici, le calibre des recrues extérieurs était médiocre, mais le Severstal semble avoir un peu plus investi dans le domaine. Il a engagé Miroslav Blaták et Ondrej Nemec, qui formaient ensemble la deuxième paire défensive de l’équipe tchèque championne du monde 2010, plus un gros arrière suédois de 104 kilos, Mattias Karlsson. Le gardien tchèque Jakub Stepanek est quant à lui resté pour une troisième saison. L’effectif est ainsi intéressant et expérimenté, même si la profondeur de banc est nettement plus faible que dans les grands clubs.
Le Severstal Cherepovets a la particularité d’être le premier club à avoir osé violer la loi en alignant six étrangers (dont les deux internationaux biélorusses Nikolai Stasenko et Evgeni Kovyrshin), mais a priori avec une permission spéciale de la ligue, qui n’avait pas encore tranché ce point chaud. Il espère donc que l’amende annoncée par le Ministère des Sports sera en fait payée par la KHL.

Le Vityaz s’était essoufflé la saison passée, ayant dépensé trop d’émotions en début de championnat. Il espère que l’expérience acquise l’aidera à mieux gérer sa saison, d’autant que l’effectif agrandi accroîtra la concurrence au sein de l’offensive. Le club de la Région de Moscou a conservé la quasi-totalité de ses joueurs. Ivan Lisutin, parti à Nijni Novgorod, n’était plus que le second gardien derrière le Finlandais Harri Säteri.
La filière finlandaise a d’ailleurs été poursuivie dans les deux remplacements d’étrangers, car on émet le vœu à Podolsk que deux nouveaux Finlandais puissent améliorer un powerplay jusqu’ici faiblard. Le petit Teemu Eronen, bon organisateur en supériorité numérique, remplace Mattias Porseland en défense. En attaque, le Tchèque anonyme Robert Kousal est substitué par le meilleur buteur de la Liiga finlandaise, Olli Palola.
Ces deux recrues ont été embauchées dès le printemps : si le Vityaz ne recrute plus que des Européens, c’est aussi parce qu’il ne veut pas attendre l’ouverture du marché nord-américain au 1er juillet. À cette date, l’équipe était déjà constituée et partait pour son stage hors glace à Bellinzona en Suisse. La préparation est ainsi optimale pour le début précoce de la saison KHL, qui reprend dès la fin août.









































